Forcalquier, découverte de son aqueduc de plus de 500 ans

IMG_2564r.JPGCette randonnée est extraite du livre 25 balades sur les chemins de la pierre sèche, Florence Dominiquele bec en l’air, 2009. J’en avais fait une partie lorsque j’avais découvert le célèbre et unique site géologique des « Mourres » à Forcalquier. Cette fois, nous partons à 3 avec estoublon grâce à qui nous avons déjà découvert des coins insolites. Par une enquête de terrain à la recherche d’indices, nous allons tenter de retrouver le tracé de l’aqueduc de Forcalquier dont on ne parle pratiquement dans aucun livre, et que personne ne connait dans sa totalité.

IMG_2552r.JPGIMG_2565r.JPGLes élèves d’une école primaire de Forcalquier ont travaillé sur le parcours et laissé des traces de leurs travaux : jolis panneaux décorés, fiches d’information sur l’olivier ou le sanglier. Pour estoublon et moi qui avons été professeurs des écoles, nous mesurons ce que cela représente en travail pédagogique et nous jouons le jeu de lire ce que les élèves ont écrit ; Le parcours passe dans la partie haute des Mourres que nous présentons à estoublon. Cette rare formation géologique est expliquée dans la note *** les formes insolites des rochers des Mourres. On y voit bien la base marneuse et friable.

IMG_2569r.JPGAu clos de Melly, le GR entre dans une grande propriété privée. Nous ne trouvons pas sur la droite le cabanon signalé dans le bouquin. Dans les bois, les sangliers ont été nourris avec des dizaines de melons bien mûrs et désaltéré avec un abreuvoir mis à leur disposition. En France, l’agrainage de dissuasion a cependant pris des proportions qui ressemblent plus à du ‘nourrissage de fixation’, ce qui explique qu’ils soient en surnombre en 2009, en plus du fait qu’ils s’approchent très près des habitations. Télécharger l’article de sanglier passion au format texte Le site Sanglier passion est inacessible (décembre 2009).

Le sanglier ayant été croisé avec le porc domestique, les hybrides n’ont pas les mœurs farouches du sanglier sauvage et leur nombre élevé entraîne des dégâts et de graves accidents de la circulation. Sans prédateur, le sanglier ne subit que les risques liés aux intempéries, épizooties et activités humaines. Il n’a pas vraiment besoin de nourrissage artificiel qui le rend prolifique. Tout encouragement à sa prolifération témoigne d’une politique à courte vue, incontestablement préjudiciable au milieu naturel et aux productions agricoles. » Extrait de la ligue Roc

IMG_0900.jpgAprès la longue remontée dans les bois de Giraudis, nous rejoignons le chemin balisé de jaune où les taons nous attaquent impitoyablement. En quelques minutes nous sommes couverts de piqûres dont je garde encore la trace. Nous cherchons avec attention le cabanon pointu signalé sur la carte du bouquin. il nous émerveille tant il est plein de détails qui le rendent non seulement fonctionnel mais beau : porte à double arc de pierres clavées1, deux ouvertures dans la toiture surmontées d’une pierre plate pour l’évacuation de la fumée, poutre ayant supporté un plancher, enclos extérieur. Un ouvrage de pierres sèches de grande taille et en bon état. La seule chose qui m’étonne c’est que ceux qui l’ont construit n’ont pas cherché à utiliser des pierres de même taille : des très grosses sont posées sur des très petites. Si cela avait été l’heure, nous nous y serions installés pour le pique-nique.

IMG_2577r.JPGQuand nous atteignons le lieu-dit les charbonniers, je sors mon produit anti-moustiques ; enfin un peu de tranquillité pour déguster la salade de farfalles italienne et la tourte aux poireaux accompagnées du bandol rouge que Ti’Mars… transporte depuis ce matin. Nous échangeons nourriture et stratégie de découverte de l’aqueduc.

IMG_2579r.JPGIMG_2581r.JPGIMG_2656r_1.JPGPuis c’est la descente dans le vallon  du Viou ; estoublon nous a préparé sur papier le tracé supposé de l’aqueduc vieux de 500 ans, à partir du cadastre napoléonien, tracé que j’ai transféré dans mon GPS. Nous tombons presque par hasard sur une première canalisation désormais murée, au croisement de trois ravins, près du gué. Nous devinons sa trace jusqu’au réservoir des Fontaines : sans doute était-ce une canalisation en pierre qui acheminait ces sources jusqu’au départ de l’aqueduc (nous avons retrouvé des morceaux de canalisation à moitié comblé par du calcaire). La mère des fontaines est désormais close et n’est pas clairement signalée.

IMG_0949.jpgIMG_2665r_1.JPGIMG_0966.jpgIMG_0987.jpg

IMG_0982.jpgIMG_0983.jpgA partir de là, nous allons essayer de suivre l’aqueduc, pénétrant parfois dans le canal en bon état, haut d’1m50, avec deux canaux dont l’un devait servir aux fontainiers pour l’entretien, marchant au-dessus de celui-ci, découvrant l’intérieur au travers des nombreux regards parementés de pierre de taille, autrefois fermés par une porte en bois. Il traversait l’étroit vallon de Pain Perdu, peut-être par un pont-aqueduc disparu construit sur des fondations de grosses pierres en arc de cercle. Il longe ensuite des propriétés privées, sert de mur de clôture, voire de remise à outils. Avec l’autorisation d’un propriétaire avec qui nous nous entretenons de nos hypothèses, nous poursuivons encore sur quelques mètres avant qu’il ne disparaisse sous les ronces et les broussailles. Nous trouverons encore un morceau de mur sur le chemin qui enjambe le vallon de la Blancherie mais ne trouvons pas le dépotoir, important lieu de dépôt du calcaire de l’eau ; l’aqueduc disparait sous le ‘chemin du milieu’. De la chapelle Saint-Marc à la fontaine Saint-Michel, il est probablement totalement souterrain. Long de 3 km (premières études en 1492, achevé en 1511), il a nécessité la construction d’un château d’eau, des bassins de décantation pour les fontaines Saint-Michel et Saint-Pierre, le percement d’une rue et de deux places.

IMG_2678r_1.JPGCes fontaines d’eau, très décorées, s’achèvent par une flèche, elle-même surmontée par une statue, comme sur la fontaine de Saint-Michel de Forcalquier datant du début du XVIème siècle, à la fin de la construction de l’aqueduc qui l’alimentait ; elle est connue pour ses curieuses scènes érotiques sculptées.  Mais cette pose (un personnage debout et l’autre renversé, la tête entre les jambes du premier) pourrait être une allusion au jeu de culbute encore pratiqué au XIXème siècle.

La balade est fort agréable, tantôt en plein soleil, tantôt dans les bois. L’enquête sur le tracé de l’aqueduc a été des plus passionnantes. 

Pour en savoir plus, l’aqueduc de Forcalquier sur randomania… plus

Boucle Mourres – mère des fontaines_9km400_2h40 dépl._296m dénivelée

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1 opus clavé : pierres montées en clavade, verticalement. Ces murs ont une fonction drainante et sont souvent utilisés dans les lits des rivières ou dans le fond des talwegs

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Une réponse à Forcalquier, découverte de son aqueduc de plus de 500 ans

  1. 13770 dit :

    L’histoire de l’eau en Provence m’intéresse, merci pour cette découverte.
    Pour compléter votre article avez-vous pensé à mettre à disposition de vos lecteurs la trace au format gpx ?
    Amicalement
    DD

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