Entre le Lubéron et la colline Saint-Jacques, morceau de calcaire détaché du Luberon, existe une faille de 8 millions d’année dans laquelle se loge la plaine de Cavaillon. Cette colline est son unique relief, habitée depuis la préhistoire. Surprenant de trouver la nature aussi près de la ville. Sa richesse géologique et historique en fait un lieu de grand intérêt. Pour parcourir ce vieux sentier de découverte et même aller au-delà, Papy84 nous propose un jeu de piste doublé d’une chasse au trésor : la colline Saint-Jacques 1 à 5.
La météo aujourd’hui à cet endroit :
Avec la température ressentie
Dès le départ, une surprise : un superbe arc romain sur lequel on peut voir encore quelques détails architecturaux : guirlandes, oves, rais de coeur1 à la base des pilastres extérieurs par exemple. Les deux arceaux sont séparés par un intervalle égal à leur ouverture. Il a été étudié lors du congrès archéologique de France en 1910.
Ce très bel arc date des toutes premières années de l’ère chrétienne. Construit sur un plan carré il était destiné à manifester dans la ville [...] une intersection majeure ou l’entrée dans une zone privilégiée. A l’origine au coeur de la ville romaine puis médiévale, [ndlr : enfoui autrefois dans les jardins de la cathédrale, déblayé par l'architecte départemental Prosper Renaux] il fut déplacé entre 1876 et 1880 jusqu’à la place du Clos. La seule existence de cet arc indique, dès les premiers temps de l’empire romain, la volonté d’un urbanisme ambitieux. (information extraite du site http://www.provenceguide.com/)
Nous prenons le chemin de Saint-Jacques par la montée César du Bus. En haut de celle-ci, ces mots attribués à Mistral et que je devine même si je ne suis pas d’ici :
« Lou camin di Sant Jaque au paradis nous meno.
Souven-te-n’en
Cavalounen ! [...] »
Même pas très haute, la falaise inclinée présente un danger. On dirait celle de Lagnes. En bas, Cavaillon ; en haut, la chapelle Saint-Jacques. De gros spécimens de figue tapissent un jardin qui longe le chemin. De l’oppidum il ne reste que 300m d’enceinte. Essayez d’imaginer ce que devait être le transport de marchandises à dos d’homme depuis le petit port sur la Durance jusqu’ici ! Les Ligures puis la tribu gauloise des cavares s’y sont installés construisant une double enceinte fortifiée.
Le jeu de pistes se poursuit avec moins de bonheur ; nous prendrons deux fois le mauvais chemin, le balisage laissant à désirer notamment dans les carrefours. Du fond de la grande Combe, il faut rejoindre la route de Saint-Jacques qu’on a perdue. La grande baume est plus facile à trouver : habitée autrefois par nos ancêtres du néolithique, elle a été abandonnée durant plusieurs siècles, a servi de lieu d’équarissage au XIXème siècle (un quartier proche porte d’ailleurs le nom de l’Equarissage), de bergerie au XXème, et d’abri pour sans logis (???) au XXIème !
Nous passons ensuite dans les anciennes carrières du petit et du grand Roucas (Roucas = rocher en provençal). Les pierres y étaient extraites de la même façon que dans les carrières de Calès à Lamanon (voir Jeu de piste dans les grottes de Calès dans ce blog).
Un peu plus loin de jolis noms sont accrochés à la pierre ; en levant les yeux on comprend qu’il s’agit de voies d’escalade. A nouveau nous hésitons sur la voie (non, je ne parle pas d’escalade) à suivre : on en prend une, on rebrousse chemin et c’était pourtant celle-là qu’il fallait prendre.
Comme quoi le GPS ne dispense pas d’une carte au 1/25000. Du coup nous ratons la voie romaine à partir du Roucas, au nord ; nous la retrouverons donc au sud. Nous chercherons vainement les traces de char et charrettes qu’un panneau nous signale. Cette Via Domitia a pourtant été utilisée jusqu’au XIXème pour le transport de pierre et de bois.
Dernière étape : la célèbre chapelle Saint-Jacques et son ermitage. Construite au XIIème siècle sur une place forte naturelle, sur le lieu de culte des cavares puis du temple de Jupiter, « la chapelle Saint-Jacques est un charmant petit édifice au décor sobre à l’image des chapelles rurales. Elle est agrandie de 2 travées, d’un porche et
d’un ermitage entre le XVIème et le XVIIème. Son hôte le plus célèbre fut César de Bus (1544-1607), fondateur d’une congrégation dévouée à l’enseignement de la doctrine chrétienne ; au XIXème, la famille Jouve se charge de sa restauration et de l’aménagement de l’enclos qui l’entoure ».
César de Bus »réforma les Bénédictines qui, de son temps, menoient une vie scandaleuse, & ne gardoient plus de clôture ; il [...] fit construire une petite chambre à côté de la chapelle de Saint-Jacques & Saint-Philippe, où il passoit les nuits en oraison. Ce saint homme avoit des visions, &, à ce qu’on dit, opéroit des miracles ; il a été béatifié, mais il n’a pas encore été canonisé,… » (Dulaure Jacques-Antoine, Description des principaux lieux de France, 1789)
Seuls les jardins sont visibles de l’extérieur. Depuis le XVème siècle, c’est toujours le même escalier de pierre qui facilite l’accés à la chapelle.
Retour par le calvaire qui tremble au vent. Ce sera un parcours aux multiples facettes.
Merci Papy84 : nous avons galéré… avec plaisir !
Itinéraire de randonnée - boucle – dans la colline St-Jacques, 6.100km env, dénivelée 130m, 2h30
![]()
1Rais de coeur![]()
ci-contre la définition extraite d’un dictionnaire d’architecture. Ça ne vous dit rien ? vous préférez une image ?
©copyright randomania.fr




Superbe article, ça donne envie !
[Sud Lubéron : portail de l'immobilier et de l'hébergement]
Cavaillonnaise d’origine (actuellement en exil à Nantes), la lecture de cet article m’a remis en mémoire les dizaines de fois où j’ai grimpé cette colline, relisant à chaque fois « lou camin di Sant Jaque… » bien que je connaisse le texte par coeur ! Il y avait un micocoulier à cet endroit, sans doute y est-il toujours…