De Roques-Hautes au hameau du Trou au lever de soleil


Un grand classique, facile, au pied de la face sud de la montagne Sainte-Victoire : un aller par une belle piste tout en ondulations jusqu’au hameau du Trou à Saint-Antonin sur Bayon ; un retour sur des sentiers plus intimistes. Mais l’originalité de ce jour, c’est que nous sommes partis au lever du soleil avec Gilles comme animateur et un groupe qui a accepté de se lever tôt pour ce moment de partage. Le rendez-vous est donné à 6h30, dans la grande prairie de Roques-Hautes où il fait encore sombre. Petit à petit, les membres du groupe arrivent à la lampe de poche.

C’est dans ce parc qu’a été découvert en 1952 un filon important d’œufs de dinosaures.
L’armée y effectuait des entraînements au tir du 30 juin au 30 septembre ; des signaux sonores une demie heure avant et une flamme rouge en haut d’un mât, annonçaient des tirs imminents.

Il fait encore sombre quand nous arrivons au hameau du Trou, commune de Saint-Antonin-sur-Bayon. Avant la visite du hameau, chacun prépare pour le partage ce qu’il a amené. Il y a de tout : thé, café, gâteaux maison, etc. De mon côté, j’ai réservé la veille, par l’application mobile TooGoodToGo, un lot d’invendus du jour à la boulangerie à côté de chez moi.

Pour 4€, je récupère 10€ de marchandises environ ; pas toujours le choix mais ce jour là, mon sac contenait une grande brioche, plusieurs viennoiseries et même du pain. Par solidarité, on peut même offrir son lot à une association pour des personnes dans le besoin. Les restaurants partenaires peuvent proposer un repas, les épiciers des fruits et légumes défraîchis mais parfaitement comestibles. Et pour agir pour le bien de la planète, on amène son sac. Dans tous les cas, un peu de surprise qu’il faut accepter puisque par avance on ne peut savoir ce qui restera à vendre.

Après être passés devant le refuge Cézanne, nous nous installons près de l’aire de battage (bien grande, ayant appartenu en indivision aux habitants),  nous avons tous compris que nous étions dans un ancien hameau agricole, si petit qu’en 1824, la Statistique des Bouches-du-Rhône ne le cite pas encore sous son nom actuel. Quelques ruines de maison, un puits, un four, d’anciennes banquettes de cultures, confirment la vocation du lieu. D’après l’étude Saint-Antonin sur Bayon : Une petite commune du pays d’Aix et son histoire, J. GanneJ. Ganne, 1999, c’est probablement la famille David qui a construit ce hameau à la fin du XVIIe car en 1704 il n’y a que deux maisons. Ces forains1 – au sens étymologique du terme – s’y sont installés à la demande du seigneur Louis de Garnier qui voulait mettre en valeur ses terres. Après 1851, plus personne ne vit au Trou.

Mais surtout, c’est le piton rocheux surmonté d’un calvaire, le rocher en équilibre et la chapelle qui intriguent. Sur aucune carte ancienne, n’y figure le symbole d’un lieu religieux. Elle n’a jamais été consacrée officiellement même si parfois on trouve la mention Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Selon moi, la plus grande maison a été transformée en chapelle après l’abandon du hameau. Quel ermite vivait ici à la fin du XIXe ? Est-ce que ce sont les jeunes de la communauté pénitentiaire de Beaurecueil qui ont installé la croix en haut du rocher ? Mystère…
Un passage couvert et carrelé a été aménagé vers une grotte entre deux rochers à l’est. C’est peut-être cette cavité, ce trou, qui a donné son nom au quartier.

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Digne-les-Bains, les trois chapelles, par le Bourg et la Prévôté


Combien de fois ai-je parcouru la colline en passant par les trois chapelles : 1985, 2011, 2020, et j’en oublie ! Yves a préparé un circuit au départ du parking saint Jean Chrysostome. En face, un immeuble rénové pour des logement sociaux, aux fenêtres toutes identiques. Quand il me décrit les petits appartements situés de part et d’autre d’un long couloir, je comprends qu’il s’agit probablement de l’ancien petit séminaire (Ecole libre de l’Immaculée Conception) : les élèves allaient prier, avant leurs examens, à la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes dans la colline juste au-dessus de leur école. Le grand séminaire est devenu collège Gassendi.

Il faut citer également le nom de Mgr Marie-Dominique Sibour (1792-1857) […] Il fonda le Petit Séminaire et la Maîtrise Épiscopale. Histoire du diocèse

L’importance religieuse de la ville autrefois est donc incontestable ; Monseigneur de Miollis (l’évêque des pauvres), évêque de Digne de 1805 à 1838, a été rendu célèbre par Victor Hugo dans Les Misérables sous les traits de Monseigneur Myriel qui vient en aide à Jean Valjean.
Mes photos (les deux premières : 1985), les photos de Yves, les photos de Daniel

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Nous passons devant la cathédrale Notre Dame du Bourg (XIe) connue pour sa crypte. Inutilisée pendant un certain temps, elle a souffert des pillages et dégradations. Les fouilles récentes de la cathédrale et de la nécropole ont prouvé que ce quartier est bien le quartier primitif de la ville.

Les premières découvertes révéleront entre autres la présence d’un lieu de culte de grande ampleur avec les traces de ses aménagements liturgiques dont l’utilisation a perduré du Ve siècle au XIe siècle. […] Ce qui est spectaculaire ici c’est que les traces des constructions s’échelonnent sur près de quinze siècles et que le fort exhaussement des sols qui s’est produit au fil du temps parfois jusqu’à six mètres de haut a permis une remarquable conservation des vestiges. Site de Digne-les-Bains tourisme

Les fouilles de l’ancienne cathédrale de Digne : état des questions, Démians d’Archimbaud Gabrielle,Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 2001

Nous entamons la partie la moins agréable puisque nous allons suivre la route D900 jusqu’au camping en longeant le cimetière ; au loin, dans la verdure, la chapelle Notre Dame de Lourdes en bordure de ravin, nous fait excellente impression.
Beaucoup de tombes sont recouvertes d’un toit métallique courbée couvrant la croix. Beaucoup doutent de ce rôle protecteur. Simple ornement alors ?

Nous prenons une piste sur la gauche qui va monter en douceur jusqu’à la première chapelle Saint-Vincent, ce que nous apprécions. La piste devient sans doute chemin d’exploitation interdit aux véhicules, passe devant la ferme de la Prévôté ; en larges virages, dominant le ravin de Saint-Claude, la piste aboutit à la chapelle où nous découvrons avec surprise, en nous retournant, que c’était un sentier privé… je suppose qu’à pied le propriétaire tolère le passage puisqu’il ne nous a pas informé en bas.

Pour en savoir plus sur l’histoire des trois chapelles : Les trois chapelles sur le mont Calvaire

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Etang de Bolmon, coucher de soleil sur le Jaï


Marignane, 1ère partie, étang de Bolmon : endroit bien peu connu, peu engageant au départ à cause de sa proximité avec la décharge. Avec le parking Patafloux souillé de déchets, et à l’autre bout de l’étang les bruits incessants de l’aéroport de Marseille Provence, ça ne donne pas envie d’initier une balade. Il faut persévérer…

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La particularité de cet étang situé dans une zone industrialisé – d’où une pollution du sous-sol aux métaux lourds -, c’est qu’il est fermé par l’étroit cordon dunaire du Jaï mais communique avec l’étang de Berre par des chenaux qu’on appelle bourdigues ; la bourdigue de Châteauneuf, la plus grande, est encore fonctionnelle. Les deux autres sont colmatées. Au moyen âge, on y pratiquait une technique de pêche particulièrement piégeuse. Pêcheurs et bourdigaliers de l’étang de Berre au Moyen-âge, Yves Grava, Gazette des Archives, 1996

En 1448, Gabriel Valory, alors seigneur de Marignane, obtint de René d’Anjou la permission de creuser un canal entre les deux étangs. Ces canaux, les bourdigues (SCHOLASTIQUE PITTON, 1666), […] ont été associés à une technique de pêche consistant à canaliser les poissons vers des chambres de capture à l’aide d’un ensemble de palissades fixes. Les bourdigues permettaient de pêcher 4000 kg de poissons entre juillet et mars.

Les échanges entre les étangs peuvent avoir lieu dans les deux sens, bien que le sens d’écoulement soit la plupart du temps de l’étang de Bolmon vers l’étang de Berre. Etant alimenté en eau douce par la Cadière et le Raumartin, sa salinité varie.

Nous entrons dans une zone boisée qui débouche sur les bords de l’étang ; nous y apprenons que la chasse à la grive est autorisée  ainsi que la chasse nocturne au gibier d’eau depuis des huttes ; en échange les chasseurs participent à la gestion du site. Nous rejoignons l’étang ; à part la digue du canal de Marseille au Rhône qui n’est qu’à soixante mètres de distance, que du bleu et des nuages blancs qui se reflètent dans l’eau. Au loin Sainte-Victoire.

Le canal de Caronte, mis en eau en 1863, relie les eaux du golfe de Fos à l’étang de Berre. L’idée de le prolonger pour atteindre Marseille et son port, […] est avancée dès 1820. Les travaux débutent en 1907. Il est nécessaire de revoir la morphologie des canaux existants (pas assez profonds) et de moderniser leurs équipements […]. L’étang de Berre, endigué dans sa partie sud, rallie Marignane et l’éperon rocheux de l’Estaque, qui sépare la ville de Marseille. En 1927, le tunnel de Rove termine les travaux du canal. […] Mais le 17 juin 1963, un effondrement obstrue l’ouvrage. Jugé dangereux, le tunnel est fermé par deux murs de béton. Le trafic est depuis détourné par la mer, comme à l’origine. Selon le dossier inventaire

Nous photographions un arbre remarquable… en largeur. Avant de rejoindre le sentier, nous remarquons des piquets de bois à peu de hauteur au dessus de l’eau ; serait-ce les supports de quelques nids de ponte pour les canards confectionnés par les chasseurs marignanais ? Quelques piquets, du grillage, quelques clous et de la paille ont suffi à fabriquer ces nids.

Quelques oiseaux que nous aurons du mal à identifier malgré le recours au smartphone mais qu’importe, ils sont là ; beaucoup de canards différents, des mouettes, un cormoran qui étale ses ailes pour sécher au soleil. Nous nous arrêtons à l’observatoire du Barlatier. Nous repérons l’entrée du terrier des ragondins. Nous y apprenons que l’on pêche des daurades, et des muges (appelés mulets ailleurs que dans le sud) qui naviguent entre l’eau de mer et l’eau douce dans une faible profondeur. Au loin les installations industrielles de l’étang de Berre brillent au soleil…

Nous continuons jusqu’à la limite de communes que nous allons suivre ; les Paluns de Marignane sont un ensemble de zones humides inondées l’hiver qui s’assèchent l’été. Après les plots de bois végétalisés plantés dans l’eau (perchoir ou chemin déplacement pour l’entretien du canal ?), un ancien canal en pierres restauré, précédé d’une porte métallique amovible, permet peut-être de réguler les apports d’eau.

[Ces opérations de restauration] consistent à supprimer ou recalibrer les canaux ou drains artificiels créés par l’homme afin de retrouver un fonctionnement naturel des marais (circulation naturelle des eaux, assec estival et réduction des zones profondes à eaux croupies). Selon le Conservatoire du littoral, mars 2009, diagnostic Bolmon

Depuis l’observatoire des Paluns, nous ne parvenons à observer les oiseaux cachés par les herbiers aquatiques. Nous rebroussons chemin et continuons en direction de la station d’épuration de Marignane. Sur le côté gauche de la piste, une plateforme surélevée d’environ 1m50 permet aux visiteurs de prendre de la hauteur pour observer le paysage et la faune sur un site particulièrement plat.

Une piste parallèle à la première, sur laquelle trotte une cavalière, longe les  grands espaces incultes destinés au pâturage (coussous en Provence). Sur le site de Bolmon, ces pelouses steppiques rases sont en partie pâturés par un troupeau de bovins : il n’y en avait pas aujourd’hui.

Lors du retour en ligne droite, un couple d’oies blanches volant bas, passe au dessus de nos têtes. Elles peuvent se nourrir ponctuellement dans l’étang et le canal du Rove comme les canards, les cormorans et balbuzards pêcheurs. Mais elles sont sans doute peu nombreuses. Pas eu le temps de faire une photo.

2e partie, crèche de la chapelle Notre Dame de Pitié : après le repas, direction la colline Notre Dame, seul îlot de verdure au centre de Marignane. Sont exposés des santons grandeur nature qui attirent beaucoup de monde. Depuis le parking, une courte balade mène d’abord à l’oppidum dont les fouilles sont protégées par un grillage.

Habitat fortifié du deuxième âge du fer. Edifié dans le courant du 4e siècle avant J.-C., le site est abandonné au début du 2e siècle avant J.-C. Il se compose de diverses unités d’habitation regroupées en trois îlots représentant quatre phases d’occupation. L’ensemble est ceint d’un rempart flanqué de tours. Le mobilier archéologique comprend surtout des restes de céramique, notamment pseudo attique, amphores massaliètes, vases à vernis noir de l’atelier du Latium. Extrait de Monumentum

La chapelle a été construite en 1636. Sa cloche gravée trône sur l’esplanade. Sa crèche est mise en place par des bénévoles de l’association des Amis du Vieux Marignane qui nous accueillent avec le sourire. Les décors sont installés dès la Toussaint. Les mannequins (1m60) sont habillés de costumes traditionnels par les femmes de l’atelier couture de l’association : couture soignée, visages expressifs à tel point que sur le banc, j’ai cru un bref instant que c’était un homme, un vrai ! Au total, une dizaine de tableaux de la vie rurale marignanaise ou provençale, et une cinquantaine de personnages et animaux grandeur nature. Reconnaitrez-vous le pistachier – valet de ferme à la réputation de coureur de jupon -, le rémouleur, le pêcheur du Bolmon, le meunier, la cardeuse, le berger ? Quant aux rois mages, je ne peux qu’admirer leurs riches habits cousus d’or.
Ouverture du 20 décembre 2019 au mercredi 8 janvier 2020, tous les jours de 14h à 18h.

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