** Train des Merveilles Rétro : de Nice à Breil sur Roya (1)

Publié le Catégories 06 Alpes-Maritimes, Balade, En voiture ou en train ou en bateau, et à piedMots-clés , , ,
 

Tout a commencé par un mail de Catherine en janvier 2017 :

Pour toi qui aime les trains (j’ai vu ton dernier billet) ! voici un trajet que notre club va effectuer le samedi 29 avril mais qui est ouvert à tous dans la mesure des places disponibles.

Elle tient un blog de randonnées, régulièrement et abondamment illustré. Nous ne nous sommes jamais rencontrées mais nous échangeons de temps en temps au sujet de nos randonnées respectives.

Le train des Merveilles mène à la vallée des Merveilles, dans l’arrière-pays niçois, autour du Mont Bégo (Tende) et son trésor archéologique d’environ 40000 gravures rupestres, datées pour la plupart aux environs de 3300 ans avant J.-C. et classé Monument Historique (1989). Le train des Merveilles rétro est un train touristique des années 60 géré par l’Association Train Touristique du Centre Var.

La vallée de la Roya ! […] Je n’ai jamais parcouru cette route sans admirer, stupéfait, l’extrême beauté et exceptionnelle singularité de la vallée de la Roya. Un canyon oui, mais quel canyon […] Une fente profonde de plusieurs centaines de mètres, tortueuse, imprévisible, riches d’eau et de forêts, en même temps sauvage et civilisé. Mario Sodati, 01/03/1965.

Sur la vidéo, en début du parcours, c’est notre train ; ensuite c’est l’autorail de la ligne TER classique.

Le trajet coûte 55€ quelle que soit la gare de départ. Quelques vidéos visionnées sur le parcours avec la Caravelle X4567 (radiée en 2006 par la SNCF mais agréée pour rouler sur le Réseau Ferré National) ont suffi à me convaincre que ce devait être une journée exceptionnelle… et ce fut le cas. Les conducteurs Julien et Pierre font partie de l’association, mais seront obligatoirement secondés par un cadre de la SNCF tout au long du trajet.

Les automoteurs diesel type Caravelle X-4500, composés d’une motrice et d’une remorque-pilote, ont été construits entre 1963 et 1970 ; 120 km/h max ; leur moteur se situait sous la caisse, 21 m de long, 34 t à vide, presque 43 t en charge, 60 places assises. Le système de refroidissement sifflant au démarrage les cheminots ont surnommé ces autorails « caravelle ».

Une guide-conférencière nous accompagne à partir de Nice.
Cette ligne ferroviaire, œuvre monumentale, fait l’objet d’une démarche pour devenir Patrimoine mondial de l’UNESCO ; elle est issue d’un travail titanesque pour l’époque : début des travaux en 1883 et inauguration officielle en 1928 ; et je ne vous parle  pas des discussions qui ont commencé bien avant entre l’Italie et la France, des interruptions de trafic dues à la guerre, des imprévus de toutes sortes. Quelques chiffres donnent le vertige :

  • Partant du niveau de la mer 10 m, la ligne ferroviaire Nice-Tende s’élève à plus de 1000 m d’altitude sur 100 km de trajet
  • 81 tunnels pour un total de 44 km dont 3 tunnels hélicoïdaux
  • 407 ponts dont le viaduc de Rivoira long de 300 m
  • 15 arches pour 45m de hauteur absolue
  • 130 murs de soutènement

Départ matinal et retour tardif ; le Luc-Le Cannet :  6h41, arrivée Tende : 12:38 h soit 6h de trajet en passant par Nice puis les vallées de la Roya et Bévéra. J’arrive vers 6h15 dans la rue de la gare au Luc ; une rue mais pas de gare. Le village est bien endormi et la seule personne que je croise fait le ménage au MacDo du coin. Elle ne sait pas où est la gare, se renseigne et… la gare se trouve au Cannet ! quand j’arrive là bas, le marché se prépare, le policier municipal me fait signe de circuler, je n’ai plus que quelques minutes pour me garer. Tant pis, je me mets sur une place de stationnement réglementé juste à côté de la gare, en espérant retrouver ma voiture au retour.

Sur le quai, un ancien cheminot attend le train qui est pratiquement plein quand j’y monte et je n’ai pas le choix d’une place près des fenêtres pour profiter des paysages : ce sera mon plus grand regret mais Catherine, championne de bonnes photos prises à la volée, m’autorise à intégrer les siennes dans cet article.

Les photos prises du train sont aux couleurs de notre caravelle rouge et ocre

A Nice nous prenons encore quelques voyageurs dont notre guide-conférencière et Ewan avec sa maman qui seront d’agréables compagnons de voyage, curieux et intarissables.

Route du sel Saorge

La ligne de train suit l’ancienne route du sel entre la méditerranée et le Piémont, sentier muletier puis route royale ; au milieu du XVIIe siècle, les Alpes sont placées sous la souveraineté de deux états : le Duché de Savoie au Nord et au Sud qui avait réalisé des travaux dès 1616, le Royaume de France au centre en Dauphiné. Le sel était préalablement acheminé par bateau depuis les salines d’Hyères jusqu’à Villefranche.

Drap-Cantaron

Le tunnel du moulin de Cantaron a été creusé près de l’ancien moulin à huile de la commune.

Le premier clocher à bulbe que nous verrons sur ce parcours sera celui de l’église de Drap.

Une minute d’arrêt, le temps d’apprendre que le lycée René Goscinny de Drap (4300 habitants) est aux normes HQE avec sa propre installation solaire photovoltaïque ; les élèves peuvent s’y rendre par le train.

Le viaduc des morts, le premier sur la photo de Catherine, franchit le « vallon des morts », vallon par lequel les habitants du hameau de Borghéas transportaient leurs défunts jusqu’au cimetière du village voisin de Drap. Une fois la construction du viaduc des morts initial terminée, le tunnel en aval s’effondra et on dut modifier le tracé du train, d’où le deuxième viaduc sur lequel nous circulons.

Peillon Sainte-Thècle

Classé parmi les plus beaux villages de France, j’ai trouvé la photo de ce village perché dans un vieux livre du Reader Digest de 1977 (photo de droite). La chapelle des Pénitents Blancs (pénitents vêtus d’un costume de toile blanche et d’une cagoule qui se dévouent pour secourir les malades et les nécessiteux) contient des peintures de Canavesio, un peintre piémontais du XVe : la Passion, la Crucifixion, la Mise au Tombeau. Sans oublier le retable de bois sculpté 17e et sur l’autel une Pietà en bois polychrome.

Peillon : 1 h de route depuis la gare.

Peille

Peille, site provence7.com, encore un village perché ; entre les maisons du Moyen âge construites le long de ruelles étroites, de nombreux pontis.

Noyé dans une immense olivaie au faîte de la vallée du Paillon, avec ses toitures de tuiles rondes et ses nombreux édifices médiévaux tels le clocher roman “lombard” (XIIe), le toit en rotonde de la chapelle des Pénitents (XIIIe), l’enceinte fortifiée (XIVe). Extrait de la randonnée Cime de Baudon, site randoxygène

Le train passe à l’Est de la Grave de Peille avec les cheminées, l’usine et le poste électrique de la carrière de calcaire artificiel du groupe Vicat matériau redécouvert par Louis Vicat au début du XIXe. Son nom est gravé en bas de la tour Eiffel avec 71 autres noms de scientifiques, ingénieurs ou industriels qui ont honoré la France de 1789 à 1889.
Compte tenu du climat sec et d’un paysage méditerranéen typique, Vicat a dû relever un challenge pour une reforestation rapide et durable de la carrière de la Grave de Peille : la mycorhization qui consiste à associer un champignon au chevelu racinaire d’un jeune arbre.

Puis nous passons dans le canyon karstique du Paillon et sur le viaduc de l’Erbossiera, pont en arc sur le ruisseau de l’Erbossiera, dont l’architecte est l’orléanais Paul Séjourné, éminent constructeur de ponts maçonnés à l’époque de la nouvelle technologie des poutres métalliques.

Peille : 1 h de marche depuis la halte de la Grave de Peille

L’Escarène

L’Escarène est le premier relais muletier et de diligence sur la route du sel, dont la devise est voyageur, arrête-toi ; l’église baroque Saint-Pierre Es Liens (XVIIe), forme avec la chapelle des pénitents blancs et celle des pénitents noirs un ensemble baroque exceptionnel, classé monument historique ; sa confrérie est toujours en activité. Son moulin à l’huile dit « à la grecque » produit une huile « 1ère pression à froid extra vierge » dans le respect d’une tradition millénaire.
Le viaduc de l’Escarène, pont en arc en plein cintre dominant le village, composé de onze arches de 40 mètres de hauteur, enjambe la vallée du Paillon.

L’Escarène : 10 mn depuis la gare.

Touët de l’Escarène

Encore un relais sur la route du sel et un clocher à bulbe baroque aux tuiles polychromes rappelant l’influence italienne. A pied, vous pouvez voir des vestiges du canal de l’eau construit en pierre sèche au moment du réaménagement de la route au XVIIIe siècle pour satisfaire aux besoins d’eau des travaux ; au fur et à mesure de l’avancement des travaux, les pierres étaient réutilisées dans la route.

Le tunnel du col de Braus, 5930 m, un des plus longs tunnels français, le seul à 2 voies, a nécessité 4 ans de travaux ; les premières machines à air comprimé y ont été utilisées. Dans le train, certains déploreront sa longueur qui masque le paysage traversé ; moi j’admire plutôt le laborieux travail des hommes. Réalisé entre 1912 et 1922, le creusement du tunnel de Braus s’est heurté à trois arrivées d’eau à 1000, 3300 et 4700 m de l’entrée, dues à sa configuration géologique. Vous verrez ci-dessous qu’à toute chose malheur est bon

Cette grosse arrivée d’eau, située dans le piédroit gauche du tunnel et liée à la présence d’une cavité souterraine naturelle, a dû faire l’objet d’aménagements spéciaux lors du creusement du tunnel. Un bac de captage équipé de deux courtes galerie latérales a été construit sous la grotte […] des drains muraux ont été installés sur les piédroits droit et gauche du tunnel […].
Enfin, en raison de l’excellente qualité de l’eau, cet ensemble a été capté pour alimenter les communes de l’Escarène et de Sospel situées de part et d’autre du tunnel. […]
Par ailleurs, dans le cadre du plan Maginot stratégique de défense du SFAM (Secteur Fortifié des Alpes Maritimes), l’entrée du tunnel de Braus possède deux redoutes fortifiées latérales (RF) avec meurtrières […] pour interdire toute approche ou incursion ennemie. Extrait du site tunnels ferroviaires

Sospel

Autrefois, 2e ville la plus importante après Nice. Cercle d’étude du patrimoine de Sospel
Encore un bourg médiéval et beaucoup de chapelles (17 chapelles rurales en 1728 citées dans ISTORIA della città di SOSPELLO) dont celles des pénitents (rouges et gris !), une cathédrale baroque. La ville de Sospel est un des sites Maginot le plus fortifié de France. Dans un rapport de 1926 de la Commission de Défense des Frontières, il est écrit :

Les axes du littoral et des vallées descendant vers Nice doivent être barrés par une ligne d’ouvrages (barrages de la Tinée, de la Vésubie, de Sospel et de Menton) formant une petite région fortifiée.

Les tunnels fortifiés ne sont qu’un complément aux forts de la ligne Maginot alpine : fort Saint-Roch sur le mont Barbonnet, fortifications de Montegrosso, Agaisen.

Sospel : 5 mn depuis la gare.

L’ancien hôtel de luxe du golf, sur votre gauche à la sortie de Sospel, a été construit vers 1913 par H.-G. Tersling, un des principaux architectes de la Riviera durant la Belle Époque. Il était accessible depuis Menton par un tramway. La première guerre mondiale et la crise de 1929 vont entraîner sa fermeture et sa transformation en logements.

Le viaduc de Caï qui enjambe la Bévéra est original, car formé par deux travées métalliques reposant sur une arche transversale perpendiculaire à l’axe du viaduc. Un ouvrage probablement unique au monde de 125 m de long, haut de 30 m avec une rampe de 1 %.

Dans son article paru dans « Le Haut-Pays » n° 51, José Banaudo explique qu’à sa conception primitive, les militaires français avaient exigé que le viaduc soit orienté de telle manière qu’il puisse être bombardé depuis le fort du Barbonnet au-dessus de Sospel. Ce viaduc, ainsi que le tunnel du Grazian représentaient en effet une voie commode d’invasion italienne venant de la Roya. Nous sommes en 1898…
Dans le cadre du plan Maginot stratégique de défense du SFAM (Secteur Fortifié des Alpes Maritimes), l’entrée du tunnel du Mont Grazian possède donc des chambres fortifiées latérales avec meurtrières : les italiens y ont été stoppés en 1940.

Après le tunnel du mont Grazian, qui a a la particularité d’être fortifié, c’est l’arrivée à la gare de Breil où nous ferons une halte de 2h.

Breil sur Roya

La belle et grande gare de Breil mise en service le 31 octobre 1928, est de couleur rose à laquelle je suis peu habituée. L’exploitation de la ligne se fait dans une gare française mais avec la réglementation des chemins de fer italiens et du personnel français et italien entièrement bilingue : en effet, c’est à Breil qu’arrive la ligne venant de Vintimille (Italie).

Un guide de l’association ATTCV nous conduit à l’écomusée du haut-pays et des transports tandis que d’autres visiteront le village. Il fait frais.

On y trouve une maquette de la ligne Nice-Tende, avec ses ouvrages d’art, l’histoire mouvementée de la ligne sur de grands panneaux, d’anciennes locomotives et le nouveau design de la rame du train des Merveilles, bleu aux noms de gare peints en jaune avec des motifs primitifs de la vallée des Merveilles.

Breil est aussi connu pour son huile d’olives de Nice AOC qui fut servie à la table de Russie.

Deux heures plus tard, le train repart pour Tende et monte beaucoup plus doucement de 24 mm par m.

Breil : 10 mn de la gare au village.

Galerie d’images de l’association ATTCV 2017

La suite du voyage aller Breil – Tende 2

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