En période de canicule, trouver une randonnée ombragée est difficile ; André, en partant à 7h30, propose de suivre le canal de Marseille de la Roque d’Anthéron vers Charleval, à partir du carrefour D561/canal EDF. Deux beaux aqueducs jalonnent le parcours le plus souvent en sous-bois.
Pour rejoindre le canal de Marseille, nous suivons la large piste du canal EDF, parallèle au célèbre canal de Craponne ; autrefois simple chemin de Charleval à La Roque il est emprunté aujourd’hui par ITER, où se construit le plus grand tokamak jamais conçu, une machine qui doit démontrer que la fusion — l’énergie du Soleil et des étoiles — peut être utilisée comme source d’énergie à grande échelle. iter.org
Après les travaux entrepris par l’EDF pour l’équipement de la Durance, le canal a perdu 10 km en amont. Il démarre depuis 1963 à la chute de Saint-Estève-Janson. Quand Massilia dépasse Rome de Paul Courbon.
Habituellement réalisé en automne, l’entretien annuel du canal de Marseille s’est déroulé cette année au printemps.
A droite, nous repérons le pont de Font-des-Bois et remontons jusqu’au Bief de Font-des-Bois, de la borne 69+170 à la borne 100+165 – selon un document technique officiel de Société des Eaux de Marseille Métropole à regarder au zoom 200% – , et sa vanne de sectionnement. En cas d’incident (pollution, rupture de berge, fuite majeure), fermer ces vannes permet d’isoler immédiatement le tronçon touché afin d’éviter la vidange complète du canal et de limiter les inondations. La manipulation de ces vannes, historiques mais modernisées, influence directement le débit de l’eau.
Sur la section C1 du cadastre napoléonien de La Roque d’Anthéron, le quartier s’appelle Font-du-Bosc (bosc = bois) : j’ai donc pu situer ce bief d’où nous démarrons notre promenade. La borne 100 (km) me laisse perplexe car la branche-mère ne mesure que 80 km. Est inclus le réseau secondaire dans la ville de Marseille. Quant au nombre derrière le +, ce sont des mètres.
Presque aussitôt, le premier tunnel Font-des-Bois ; pour le contourner (on ne passe pas dessus !), nous effectuons une large boucle dans les bois : l’occasion d’un point de vue sur le canal EDF et derrière, la plaine qui s’étend jusqu’à la Durance. Taillé dans la roche, il fait partie des 77 souterrains diagnostiqués au printemps 2026 sur le parcours du canal de Marseille.
Deuxième tunnel Fouques : ce nom ne figurant sur aucune carte récente, pour le situer, j’ai émis l’hypothèse que c’était le patronyme d’un individu exproprié à l’époque ; en effet, dans ce quartier, de nombreux membres de la famille Fouques y possédaient pins, vignes, oliviers. Long de 62m environ, il nous contraint à nouveau à un détour.
Devant l’entrée du petit troisième tunnel Meille (13,75m), de longs filaments d’algues ont envahi l’eau ; son entrée a été consolidée et une arche en pierre de taille a été construite ; il a donné du fil à retordre au constructeur puisqu’il a coûté beaucoup plus cher : 525 Frs par mètre courant au lieu de 138 Frs en moyenne pour les deux remiers. Pour un souterrain aussi court, je suis étonnée de le contourner aussi largement.

Vu plusieurs fois sur le parcours, ce fléchage moderne, jaune dans un sens et rouge dans l’autre, fixé sur la berge.
Points de repères pour les techniciens de maintenance ?
Nous arrivons au premier ouvrage d’art d’importance l’aqueduc de Jacourelle (1841-1843). A l’origine à ciel ouvert, la cuvette avait été protégée totalement par un revêtement en bitume, recouvert d’une chemise en briques. Il est fermé désormais.
Le 9 juillet 1973, la rigole maçonnée d’origine s’est effondrée sur la quasi-totalité de sa longueur (environ 60 mètres). Pour rétablir l’alimentation en eau en urgence, le revêtement en pierre a été remplacé par une canalisation en tuyaux de béton armé de 2,50 mètres de diamètre posée directement sur le tablier de l’aqueduc. Wikipedia
Nous descendons dans le vallon par une piste facile, pour passer sous l’aqueduc et l’admirer dans sa totalité : 9 arches en plein cintre de 6m d’ouverture, hauteur max 21m, des piles de 2m50 d’épaisseur. Pour retrouver les berges, c’est moins facile mais André trouve un accès, zigzaguant sur la pente jusqu’à l’extrémité opposée de l’aqueduc.
Nous trouverons une vieille borne d’origine du canal sur 3 lignes (milieu XIXe), pratiquement illisible, datant des travaux préparatoires de topographie ; à l’époque, l’altitude ne se réfère pas encore au niveau de la mer du marégraphe de Marseille (1891), mais au niveau 0-Bourdalouë, fixé par décision ministérielle du 13 janvier 1860 comme étant le trait 0,40 m de l’échelle de marée du Fort Saint-Jean à Marseille. Histoire du nivellement. Quelques mm de différence.
C.M. (canal de Marseille)
n°borne
altitude
Après un parcours paisible, nous arrivons au tunnel du Fenouillet de 130m de longueur que nous contournons, évidemment ; pour retrouver sa sortie, nous montons d’abord d’une bonne dizaine de mètres avant de redescendre lentement, par un sentier malaisé et rocheux, jusqu’au niveau 180m. Là une vieille borne indique C.M. borne 109 et un peu plus loin, la même borne moderne portant le même numéro. La numérotation n’a donc pas changé bien que le canal soit plus petit depuis que sa prise d’eau n’est plus au même endroit.


Promenade sur les bords du canal de Marseille, E. de Saintferréol, impr. de Ballivet (Nîmes), 1854
Après quelques méandres, nous passons sur l’autre rive peu avant l’aqueduc de Valbonnette (Géographiquement à Lambesc, dans une partie de terrain entre La Roque et Charleval) qui, comme l’autre, a été recouvert d’une couche de béton. Pour aller le voir d’en dessous, je me refuse à descendre en mode sanglier à quelques pas de l’entrée ; demi-tour sagement jusqu’au pont traversant le canal où la piste descend jusqu’au canal EDF ; peu avant, un sentier sinue en sous-bois puis rejoint le chemin privé menant au château de Valbonnette, bien gardé.



11 arches de 6m d’ouverture en plein cintre, hauteur totale 19m. Comme le précédent, après le revêtement en bitume de la cuvette, et la chemise de briques, les pierres de taille tendres ont été protégées par un mélange d’huile bouillante et litharge (oxyde de plomb servant autrefois à réparer la pierre).


L’essentiel du circuit s’arrête là pour nous ; le retour très paisible le long du canal EDF n’offre pas d’ombre ; dans le vallon de Fenouillet, nous nous arrêtons au mémorial du Fenouillet inauguré le 13 juin 1945.
Dans le carré du charnier, ont été exhumés, en novembre 1944, avant leur transfert, les derniers corps non identifiés. La stèle porte vingt-trois noms. Parmi les vingt-trois noms, dix sont ceux de victimes, capturées le 12 juin et emmenées à la base aérienne de Salon, puis conduites au Fenouillet le lendemain en fin d’après-midi et fusillées. Treize résistants dont les noms sont inscrits sur la stèle, ont été arrêtés dans d’autres lieux, Martigues en particulier. Ils ont été amenés tout spécialement de Marseille où ils étaient détenus, pour être mis à mort dans ce vallon. […]
Ainsi que l’établissent plusieurs rapports, les résistants ont été fusillés à genoux, par rafales de mitraillettes, et achevés au revolver. Les victimes avaient été dépouillées de leurs papiers d’identité et les corps, mutilés.
[…] La plupart furent ensevelis sur place. Les sept Martégaux dont les corps furent identifiés en octobre ont été inhumés au cimetière Saint-Pierre de Martigues, le 21 octobre 1944.
Tous les ans, le 13 juin, une cérémonie rend hommage aux résistants assassinés dans la clairière du « Fenouillet ». Une forte délégation de la ville de Martigues y participe. Musée de la Résistance
Les noms Barthélémy Abbadie et Joseph Barthélémy, Aldéric Chave, Robert Daugey, Paul Di Lorto, Paul Baptistin Lombard, Lucien Toulmond et Henri Tranchier ont été donnés à des rues et écoles de la ville [de Martigues]. Comme celui de Marius Arnaud abattu par un agent français de la Gestapo alors qu’il tentait de protéger ses compagnons de lutte. Martiguesbouge.fr le massacre du Fenouillet.
Le peintre Antoine Serra, qui participa au maquis de Sainte-Anne et échappa de justesse à la mort, réalisa, après-guerre, un tableau sur cette tragédie. Un supplicié s’y dresse, torse nu et mains liées, au-dessus de gisants. Réalisme et symbolique se mêlent, avec des silhouettes dissimulées dans les arbres, sur fond d’aqueduc et d’un soleil éclatant. Extrait du catalogue Serra 2018
Une bonne idée – merci André – , randonnée bien agréable, plane le plus souvent, tout en petites montées et descentes successives, riche en patrimoine ; quand il fait chaud dès le matin, la faire à l’envers en commençant par longer le canal EDF puis suivre la berge vallonnée aux heures les plus chaudes.
Itinéraire 7km500 35m dénivelée (+157, -157), 2h30 déplacement, 3h au total.













