L’oppidum du Castellar, Cadenet


Courte, proche de chez nous, un peu sportive tout de même, cette randonnée avait quelque chose de plus : Le laboratoire d’archéologie et d’histoire du Centre Camille Jullian (UMR7299 du CNRS) a obtenu en 2025 une bourse de valorisation d’Aix-Marseille Université, pour élaborer un projet de mise en valeur in sitù du Castellar : des QR -codes renvoient à des informations historiques issues des fouilles et figurant sur le site https://cadenet-castellar.nakala.fr/. Sur site, le plan est implanté à l’entrée nord : l’imprimer ou l’enregistrer car ce circuit arrive par le sud.

Souhaitant faire une boucle plutôt qu’un aller-retour, je consulte le plan IGN et trouve le sentier du Castellar qui monte sur le plateau dominant Cadenet. Il fait chaud, aussi tentons-nous de stationner sur le bas-côté du chemin de Saint-Jean ; si vous n’avez pas d’impératif, mieux vaut vous garer sur le parking du collège, route de Cucuron.

Le chemin passe entre les champs brûlés par le soleil ; après la première maison, après être passés derrière la barrière, il débute à droite ; un raccourci a été « créé » par les amateurs de sentiers juste après le virage. Je comprends qu’il est plutôt utilisé par des VTT et autres amateurs de descente glissante. Parfois c’est même un chemin creux. Il nous faudra donc marcher sur le côté ou contourner les endroits incommodes.

Dans la montée, très localisés, des fossiles de coquillages bi-valves, restes d’un monde marin datant du Miocène ; impossible de les rater : Le calcaire coquillier de Cadenet est une roche sédimentaire marine d’un jaune doré caractéristique […]. Riche en fossiles (huîtres, pectinidés, oursins), cette pierre locale a servi de matériau de construction majeur pour le patrimoine historique de la commune.

Nous arrivons au pied d’une barre rocheuse, sur un agréable sentier en sous-bois contournant l’obstacle par l’est. Il annonce la dernière montée raide jonchée de galets, toujours surprenant loin des berges de la Durance d’aujourd’hui ; à droite des gros blocs de pierre taillée puis l’entrée sud de l’oppidum matérialisée par quelques pierres encore en place ; modeste espace défensif vu que c’est le côté le plus difficile d’accès ? Nous pensons trouver la réponse grâce au QR-code n°1 mais il nous renvoie à l’histoire de la recherche (mais pas aux phases d’occupation contrairement au schéma de la page d’accueil). Il faudra lire la page consacrée au culte pour savoir qu’il y avait une muraille circulaire à l’intérieur de laquelle ont été trouvées des cendres et une plaque de cuivre dédiée à la déesse Dexiva.

Nous suivons le sentier en face de nous passant du panneau 1 au QR-code 7, apparemment il n’y a pas d’ordre chronologique mais des thématiques. Empreinte de pied et gallo-grec. Sept blocs d’empreintes de pied sont recensés à Cadenet mais aucun n’est visible sur place.

Photo UMR

Le premier bloc découvert au XIXᵉ s. sur une pierre tumulaire par Charles Alexandre Roland, a aujourd’hui disparu (N°1). Trois blocs (N°2, 3, 4) sont exposés devant la mairie. […] Le plus récent (N°7) trouvé en 2024, a été réemployé dans l’escalier du château de Cadenet. Pieds taille grandeur nature, pied droit ou gauche, probablement masculin. Deux autres empreintes existent : l’une à Cucuron , l’autre à Saint-Saturnin. Stèle funéraire ?
L’usage du gallo-grec – alphabet grec utilisé pour écrire la langue gauloise vers la fin de l’âge du Fer – suggère une datation fin IIe ou 1er siècle av.J.-C.
https://cadenet-castellar.nakala.fr/content/gallo-grec

Nous continuons le sentier jusqu’au QR-code n°3 Installation d’une communauté. Là encore, il faut lire et accepter qu’il n’y ait rien à voir.

Avant de devenir un lieu d’occupation structurée, ce plateau escarpé a sans doute fait l’objet d’un acte inaugural […] : un feu. Les traces de cette action sont conservées dans une fosse profonde (FS27022), creusée directement dans le substrat rocheux. […]. Son comblement principal est formé d’une épaisse couche de cendres pures […]

https://cadenet-castellar.nakala.fr/content/les-dexivates

Les Dexivates, nom gaulois, constituent un peuple celto-ligure du centre du Luberon. Les inscriptions latines mentionnant DEXIVA, sont toutes réalisées sur ou autour du Castellar, ce qui accrédite la thèse d’un centre important.

Gascou 1995, ILN Aix 222 (photo Centre Camille Jullian-CNRS) : dédicace à Dexiva

La déesse Dexiva du Castellar

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*** Le dernier refuge de saint Donat


Une autre variante pour une (re)découverte qui m’avait fortement impressionnée en 2013, non seulement par l’histoire du lieu, mais parce que j’avais pris trop de risques pour traverser le Mardaric en furie. La chapelle Saint-Donat et le mystérieux couvent des Crottes. Garés au pied de la chapelle, avec André, nous avons prévu de commencer par ce que les gens du coin surnomment : le Trou de l’ermite Donat.

Entre légende et réalité, la vie de saint Donat pourrait faire l’objet d’un roman d’action : ce qu’a fait Jean-Claude Barbier, Temps couvert sur la Provence, Edition Terradou, qui relate son histoire de son arrivée en Haute-Provence, à son passage par Théopolis, jusqu’à son ermitage dans le vallon du Mardaric, le Val-Saint-Donat.

Notre Donat est baptisé à Orléans, à l’époque des assauts des Wisigoths et des Saxons ; à 10 ans il connait par coeur l’Ancien et le nouveau Testament ; l’évêque d’Orléans lui confère avant l’âge, le diaconat puis le sacerdoce ; Donat répond à l’appel divin ; au milieu des contreforts des Alpes, il découvre une gorge boisée et retirée que domine le mont Lure ; ce lieu sauvage le séduit mais le démon qui y a élu domicile cherche à le chasser ; Donat prie et se livre à tous les exercices de la vie anachorétique ; il dort sur la terre nue et boit l’eau du torrent.
Les religieux de Val-Benoit essaient de l’avoir pour abbé ; il refuse et leur propose son compatriote Marius (ou Mary ou May selon les sites) plus apte que lui à les diriger.

Donat se met à parcourir le pays, convertit le peuple autour de lui ; le proconsul Celse, païen, le fait arrêter, lui interdisant de prêcher et l’oblige à demeurer dans son refuge. Cependant la fille de Celse devient aveugle et supplie son père de retrouver Donat. Accompagné de l’évêque de Sisteron, il conjure Donat de se transporter jusqu’à la jeune aveugle. En considération des vertus de Donat, Dieu rend la vue à la fille de Celse et celui-ci se convertit.
Pour pouvoir dire la messe, le ciel lui envoie un servant Florent, d’Embrun, qui, contre l’avis de son père, rejoint Donat. Florent se contruit une cellule. Quand son père le retrouve, le fils refuse de le suivre. Désormais maître et élève cultivent un clos de vignes, pressent le raisin pour en faire du vin de messe.

Averti par Dieu de sa fin proche (+vers 535), son ami Marius (ou May ou Mary) se présente dans sa cellule, ensevelit son ami, édifie un oratoire. Ses reliques sont transportées dans la cathédrale de Sisteron ; une partie de celles-ci sont envoyées à Avignon et Embrun ; d’autres églises du Dauphiné et de Provence sont bâties sous son vocable. Les Saints de l’église d’Orléans, Saint-Donat, Théophile Cochard, Herluison, vol.49 à 101, 1879, p.88

Les habitants de Sisteron confient à l’évêque de Grenoble Corbus, les reliques de Saint-Donat. En 732, craignant que les reliques ne tombent aux mains des Sarrazins, celui les emmène à Jovinzieu. Plus tard, le culte du saint s’y développe et le village change de nom devenant Saint-Donat. En 1349, le Dauphiné est rattaché à la France ; durant les guerres de religion, les reliques sont pillées mais le village garde son nom, aujourd’hui Saint-Donat l’Herbasse (Drôme, 26). Histoire de Saint-Donat-sur-l’Herbasse

Florent et May perpétuent probablement le souvenir de Donat ; dès le IXe siècle, Donat figure dans le premier martyrologe d’Adon1 puis en 1018, le lieu (locus) est donné à l’abbaye Saint-André de Villeneuve par le comte de Provence Guillaume II, date approximative de la construction de l’église. Pour la commodité, le pélerinage se fera dans l’église Saint-Donat-le-Bas.

Le parcours commence par une marche sur la route jusqu’au panneau directionnel de départ du sentier qui, n’indiquant pas le « Trou de l’ermite », préserve bien le secret du lieu ; le Mardaric est à sec, le passer à gué est donc facile ; ensuite, nous montons en douceur sur le flanc de la colline ; entre chemin creux et chemin empierré, nous suivons probalement un bout d’ancienne fréquentée, un chemin plutôt qu’une route. Allons-nous repérer la doline profonde qui abritait le refuge de Donat ? Pas de cairn mais un imperceptible sentier sur la gauche qui invite à aller voir ; c’est bien là !

Dans un premier temps, au milieu des bois, je contourne la doline large de 25 m et haute de 10 m environ, espérant trouver un sentier en pente douce ; je passe donc à côté de l’emplacement d’une ancienne chapelle à abside et des tombes rupestres, totalement disparues aujourd’hui ; André est déjà en bas ; demi-tour jusqu’à l’escalier bien dégradé qui descend jusqu’au fond : démarrage sur les fesses par précaution ; quand je passe la « porte », je ressens la même émotion qu’il y a 13 ans : il s’est forcément passé quelque chose d’important ici…

Le lieu est sombre, on s’y sent enfermé entre deux hauts murs ; de quelle époque sont les éléments visibles aujourd’hui ?

  • de l’époque de l’ermite Donat au VIe siècle : sûrement les deux grottes dont l’une pourrait être l’abri à Donat ; l’autre un puits perdu, selon P. Courbon.
  • de l’époque de l’église orientée nord au XIe, construite pour servir de lieu de pélerinage. Ses murs latéraux devaient reposer l’un, sur le bord du rocher et l’autre, sur la plus haute voûte des substructions, avec un étage selon l’abbé Andrieu. En face, le chevet n’est construit que sur 4 m, le rocher constituant un mur naturel. Trois absides côté est avec des piliers dont certains en bon état. A l’entrée côté est, un escalier en colimaçon fait de lauzes encastrées dans la paroi qui mène au-dessus de l’ensemble troglodytique : impossible de remonter par là, trop de pierres l’encombrent. Un accès réservé aux religieux ou un clocher ?
  • ceux sans date : un morceau de maçonnerie avec quelques assises de pierres rappelant l’opus spicatum des Romains (photo 5 ci-dessous), une base carrée, support d’un oratoire ?
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De l’Arc au moulin sur la crête de Campbernard


Deuxième randonnée sur Rousset pour voir de près le moulin que nous avions aperçu d’en bas dans Rousset de la colline de Campbernard à la rivière de l’Arc ; le plan IGN mentionne en pointillés un sentier qui part de la crête de Campbernard et rejoint celui qui sinue entre le bas de la colline et les vignes. Il n’est pas balisé bien sûr mais ça se tente pour faire une boucle. Départ du parking de la promenade de Manéou à la Cairanne.

La météo ce jour à rousset/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Cette fois, j’ai longé l’Arc dans le sens amont-aval ; le premier gué de pas japonais m’a impressionnée moins que la première fois ; certes il faut faire de longues enjambées mais aidée du bâton de randonnée, ce n’est pas difficile ; en courant, avec un bon sens de l’équilibre, c’est sans doute plutôt pour les sportifs.

Plus de pollen blanc cette fois. Une eau encore abondante près d’un banc, puis dans une trouée d’arbres, le moulin à vent de Rousset sur la colline de Camp-Bernard. Un autre gué détérioré permet de passer sur l’autre rive.

Avant de rejoindre la route, je passe près des pontons réservés aux pêcheurs, où a eu lieu le 23 mai dernier le concours de pêche organisé par l’AAPPMA (fédération d’Associations Agréées de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique) Rousset-Fuveau.

La route du bassin (station d’épuration ?) circule entre les champs ; un cabanon garde encore son attrait grâce à sa terrasse mais l’intérieur commence à se dégrader. Un moulin à eau aurait-il été construit sur la rivière l’Aigue-Vive comme l’indique la carte IGN de 1950 ? J’en doute car je n’en trouve pas trace sur le cadastre napoléonien.

Au bout d’un virage serré, je rejoins la route de la sablière (D56C) et remonte jusqu’au village ; en passant devant la mairie et le marché, j’atteins la rue du Barry, juste au-dessus de l’avenue Paul-Marie Couton, qui évoque les remparts de l’ancien château. A gauche, un pigeonnier en pied ; au fur et à mesure de la montée, les quartiers résidentiels récents s’accumulent. Incroyable progression du nombre d’habitants dans ce bourg (700 habitants en 1906. 100 ans après 2600, 5400 en 2023) dont le coeur est coincé entre deux grosses artères de circulation la D7, ancienne et célèbre route nationale 7, et l’autoroute A8.

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