Tavernes, les trois croix



Je retrouve avec plaisir Yves Provence, notre guide habituel que je n’ai pas vu depuis longtemps ainsi que quelques habitués. Tavernes est une petite commune d’un bon millier d’habitants autrefois desservi par la ligne ferroviaire Central-Var et peut-être aussi par une route romaine : elle aurait été lieu d’accueil – du latin taberna boutique sur rue – dans l’antiquité. Trésor du terroir, Les noms de lieux de la France, Roger Brunet, CNRS Editions, 2016

Les photos de Yves Provence, Mes photos

Nous passons non loin de la tour de l’horloge monumentale et son campanile ajouré ; celui là témoigne du savoir-faire des maîtres ferronniers : regardez son embase et sa coupole ajourées ; cette dernière en forme d’hexagone se termine en pyramide, avec des ornements de fanions et de boules. De tels petits détails sont rarement présents sur les campaniles de Provence.
Il est écrit sur le panneau d’information affichée sur la tour que ce campanile reproduit le système solaire tel que le concevait Copernic… Or aux archives départementales du Var, section DD, je lis une toute autre histoire : cette cage en forme de pyramide était couverte d’un globe en cuivre représentant la couronne royale, ornée de fleurons et de fleurs de lys et surmonté d’une croix. On devait planter sur chaque pilier un bâton royal en fer […]. Aurait-on travesti la vérité après la révolution ? Il a fallu un horloger de Marseille, deux serruriers (Saint-Maximin et Tourves), et de généreux donateurs (la communauté de Tavernes, un fondeur aixois pour le cadran et un marseillais pour les boules) pour construire cette horloge mise en service en 1727.

Nous montons le chemin de croix de Notre-Dame, qui autrefois comptait 14 stations, 4 oratoires en pierre de taille représentant saint Antoine, saint André et sainte Catherine ; Daniel essaie de les compter et les photographier tous : croix de métal rouillée ou cassée qu’il reconstitue le temps d’une photo, sur socle de pierre restauré ou simple rocher.

Je n’ai vu que deux oratoires, plein de vieilles croix métalliques et en plus une croix de pierre, celle qui a peut-être donné son nom au quartier au début du XIXe ; à force de guetter toutes les stations, nous sommes arrivés presque en haut (606 m d’altitude). Un banc salutaire accueille les plus fatigués face à la croix représentant Marie auréolée de roses, tandis que d’autres profitent du point de vue et échangent leurs bons tuyaux ; comme l’application androïd peakLens qui affiche en réalité augmentée les sommets qui vous entourent (n’existe pas sur iPhone) ; qui saurait mettre un nom sur celui qui a un bec en l’air ? (photo de droite : je parie pour le mont Aurélien). Nous attendons maintenant une personne de l’office du tourisme avec qui Yves a rendez-vous.

NOTRE BELLE VUE, PAPOUNET83

Impatientes, avec les copines, nous montons jusqu’à la chapelle Notre Dame de belle-Vue et de Consolation. C’est un Dominicain qui, en 1642, la fait construire. Le clocheton a été déposé sur un rocher et la cloche installée en haut : mais comment les bâtisseurs ont-ils fait ? sur la façade un crochet et une tige métalliques devaient retenir une corde permettant d’actionner la cloche ou d’y monter.

A la révolution les cloches des églises ont souvent été récupérées pour fabriquer des canons ou de la monnaie. Sept ou huit ont été emportées de Tavernes. Un tavernais coupa une grande quantité de fagots de menu bois dans la forêt qu’il disposa au-dessous du rocher supportant le clocher. Après avoir enlevé le battant de la cloche, il la fit rouler sur ce tapis et la cacha dans un tas de pierre. Quand la tourmente fut passée, on remit la cloche en place mais en 1871, elle fut brisée par la foudre causant des dégâts considérables sur le sanctuaire. D’après la notice historique de Tavernes, lecture en ligne sur Gallica

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** De Barjols à Pontevès par le site des Carmes (2)



    Deuxième venue à Barjols ; mon but est de visiter le site des Carmes qui était fermé lors de ma dernière visite thématique en février Barjols, sur le thème de l’eau.

    Le temps qu’il fait aujourd’hui à cet endroit :
    Direction du vent et température ressentie

    Nous, André et moi, stationnons sur la grande place de la Rouguière ; la statue de la fontaine Raynoard est depuis longtemps cachée sous le calcaire et les dépôts de travertin ; plus rare dans les villages, un monument a été dressé en hommage aux  hommes de l’insurrection de 1851.

    En 1848, la France avait choisi la République.[…]
    Le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, qui avait été élu président de la République en 1848, exécutait un coup d’État pour se maintenir au pouvoir et rétablir l’Empire. Dans une vingtaine de départements, notamment les Basses-Alpes […], le Var et le Vaucluse, la protestation républicaine prit la forme d’une insurrection populaire « pour le Droit et la Légalité républicaine ». Selon le LDH Toulon

    Devant l’ancien hospice Saint-Joseph, le lavoir et sa lessiveuse, tradition pas si ancienne que cela ; dans la cour fermée, un autre lavoir était réservé au lavage du linge des pestiférés : pas question de laver le linge des malades avec celui des bien portants !

    Nous passons devant la fontaine-lavoir de Saint-Marc, dans un quartier un peu éloigné du centre et construite suite à une pétition des habitants en 1856.
    La toiture vernissée de la collégiale, et son campanile comme posé dessus, semble protéger les maisons. Nous passons sous la porte, près des habitations partiellement troglodytiques dont certaines ont su aménager une agréable terrasse qui domine le village.

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** Ile de Port-Cros : plongée et visite du fort de l’Estissac



Dernière journée sur une des îles d’Or – Port-Cros1 – avec Mattis 17 ans, venu de Norvège pour visiter la France ; il fait vraiment beau (25° annoncé) et j’espère qu’il pourra se baigner – sur une île des Lofoten, je l’ai vu se baigner dans une eau à 10° ! -, filmer les poissons et visiter au moins un fort. En cette fin de saison, il n’y a plus qu’une navette le matin à 9h au départ de Hyères, trop tôt pour nous qui venons d’Aix-en-Provence, et deux au départ du Lavandou : nous prendrons celle de 11h00.

La vedette est presque pleine et l’humeur joyeuse : beaucoup d’étrangers et de retraités qui passeront la journée sur l’Ile du Levant ou sur celle de Port-Cros. Nous longeons le cap Bénat dont je reconnais le phare. La vedette passe entre la pointe nord de l’île de Bagaud et  celle du Miladou de Port-Cros, entre dans  la rade face au fort du Moulin ; aussitôt, les marchandises transportées depuis le continent sont déchargées. Le canon face à la mer rappelle qu’ici cinq forts ont été construits depuis Richelieu pour défendre nos côtes et la rade de Toulon : Port-Man, l’Estissac et l’Eminence, le fortin de la Vigie, le fort du Moulin.
Pas de chien, pas de voiture ni de vélo, pas de pêche de loisir ni de chasse : nous sommes dans un parc national protégé. Port-Cros a gardé son côté naturel et sauvage : seulement une trentaine d’habitants en hiver, une grosse centaine en été et 300 000 touristes de passage chaque année.

Nous allons en premier à l’accueil du parc National de Port-Cros pour avoir une carte de l’île (3€) et obtenir des informations sur les temps de parcours. J’apprends que le sentier sous-marin n’existe plus – je suppose que les balises sous-marines ont été enlevées à la fin de l’été – et que nous ne pourrons pas aller jusqu’au fort de Port-Man sans risquer de rater la dernière navette pour le Lavandou à 16h40.

Port-Man est le fort le plus éloigné, au nord-est de Port-Cros, sur une étroite arête rocheuse ; jusqu’en 1882 un faible armement y sera maintenu. Sur l’île proche du grand Rigaud, il abritait encore en 188 deux canons de 30 ; plus tard, on y a implanté un phare.

Nous partons directement pour la plage de la Palud où le mouillage est totalement interdit. Nous contournons le fort du Moulin et la tour à canon qui porte une inscription rappelant le nom du couple qui a protégé l’île d’une invasion immobilière : Marcel et Marceline Henry, derniers propriétaires de l’île avant qu’elle ne soit léguée à l’Etat, et qui reposent au tout petit cimetière du village (décédés respectivement en 1953 et 1966). Entouré d’un mur qui le rend encore plus petit, il contient une fosse commune où furent ensevelis les soldats morts au lazaret, à leur retour du Tonkin. Petite Histoire des Îles d’Hyères (des origines à 1930): Presqu’île de Giens, […], Emile Jahandiez, Rébufa et Rouard, Toulon, 1929
Pas si facile ce sentier rocheux, en arêtes aiguës, qui monte et descend sans arrêt, découvrant parfois dans une trouée une vue sur la mer, l’île de Bagaud puis le rocher du Rascas. Quand la plage est en vue, il faut encore marcher en longeant les falaises. 40 mn à partir du village ; avec des chaussures de randonnée, c’est mieux.

L’eau est toujours aussi claire, la baie de la Palud est bien protégée des vents, nous sommes dans les premiers à prendre possession d’un petit coin de plage. Mattis prend d’abord un bain ; il a pied sur plusieurs dizaines de mètres ; quand il revient sur la grève, il s’équipe de son masque de snorkeling, randonnée palmée de surface, pour voir et respirer dans l’eau comme sur terre ! Il doit s’ajuster parfaitement au menton (attention à la barbe pour les hommes !) ; nous testons la pochette transparente étanche et flottante pour qu’il puisse faire des photos sous l’eau. Son expédition sera longue mais fructueuse. Il ramènera à faible profondeur une belle vidéo de quelques  poissons de l’île sur les 180 espèces différentes qui la peuplent.
Une vidéo d’André Pierini avec en sous-titrage l’identification des poissons

La réserve de la baie de Palud est aussi un sentier sous-marin pédagogique ; de nombreux panneaux ont été immergés et présentent les espèces locales. Il alterne des prairies de posidonies et de petits îlots rocheux immergés qui affleurent à la surface.

Photos des poissons de Port-Cros, site de la Réserve
Photos des poissons réserve de la Palud, site snorkeling-exploration

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Randonnée et interdiction de circuler été 2018-2019 : Var



Var : du 21 juin au 20 septembre, informations pratiques

! Ce qui change ! : code couleur identique à celui des Bouches-du-Rhône : niveau VERT ajouté, le niveau ROUGE E (extrême) remplace le niveau NOIR de 2017 ; ce niveau n’existe pas dans les Bouches-du-Rhône.

Les îles d’Hyères sont incluses sur la carte (massif n°9)

Comme les autres années, la légende de la carte qualifie le risque sans préciser si on a le droit ou pas de se promener…  donc :

Amis randonneurs, retenir que seul le niveau ROUGE vaut interdiction de randonner.

  • L’adresse internet de la carte d’alerte du risque incendie a changé depuis 2014 :
    http://www.var-adm.net/massifs83_web/massifs83.gif ;
    La mise à jour est faite la veille avant 19h pour le lendemain. L’ouest des Alpes Maritimes a la même réglementation que le massif de l’Esterel dans le Var.
  • Application mobile androïd et apple PREVENTION INCENDIE : activer la localisation ; à la date de publication, l’application n’est pas à jour avec la réglementation 2018
  • N° du répondeur : –

5 niveaux de danger. Du 21 juin au 20 septembre, la préfecture émet quotidiennement, à partir de 19h pour le lendemain, une carte matérialisant le risque d’incendie par massif. 4 couleurs comme dans le 13.

  • VERT : risque léger
  • JAUNE : risque modéré ; promenade dans les massifs avec prudence,
  • ORANGE : risque sévère ; promenade dans les massifs déconseillée,
  • ROUGE : risque très sévère ;  accès interdit aux piétons et véhicules, y compris accès par voie maritime
  • ! ce qui change ! ROUGE avec un E : risque très sévère extrême (anciennement NOIR) ; accès totalement interdit pour piétons et voitures, y compris accès par voie maritime. En gardant ce ROUGE E, cela permet sans doute de ne pas modifier l’arrêté de 2016 qui prévoit un niveau de danger exceptionnel.
Var : du 21 juin au 20 septembre, dispositions générales

* Site de la préfecture du Var (tél. 04 94 18 83 83) : Fermeture des massifs sur le site de la préfecture
Access rules for the forested areas in Var
* Pas de nouvel arrêté en 2018.
* Télécharger l’arrêté du 27 juin 2016
* Arrêté du 17 juin 2017 modifiant celui du 27 juin 2016
Réglementation spécifique îles d’Hyères (* Port-Cros* Porquerolles) en risque très sévère et exceptionnel : quelques itinéraires pédestres et cyclistes sont autorisés, ce qui correspond aux ZAPEF du 13.

Quelque soit le niveau de danger, il est interdit de fumer, d’allumer du feu, de faire du camping sauvage.

Les graves risques d’incendie et la fragilité des milieux naturels nécessitent la fermeture et l’interdiction complète de certaines voies privées (panneau blanc cerclé de rouge) les jours de risque très sévère et exceptionnel. Amende forfaitaire 135€
Voies interdites aux véhicules en risque très sévère ou exceptionnel par massif et commune
Circulation et stationnement de tout véhicule sur les pistes DFCI (panneau fond blanc cerclé de rouge) interdits toute l’année. (annexe 1 de l’arrêté 2016)
Conséquence : par exemple, sur le Massif de Siou-Blanc, la route forestière ‘V40’ reliant les communes de Signes à Soliès-Toucas est fermée à la circulation publique.

Région PACA : ce qu’il faut retenir

Memento à imprimer et conserver dans le sac à dos ou la boîte à gants :
Télécharger le mémento actualisé de deux pages (contenant la légende des couleurs de la carte, les adresses internet et numéros de téléphone utiles concernant les Alpes-de-Haute-Provence, les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse) + 2 pages pour situer les communes du Vaucluse dans les zones nord et sud et dans les massifs.

  • Dans les départements de la région PACA concernés par les risques d’incendie, l’utilisation du feu et la circulation du public sont réglementées dans les massifs forestiers.
  • Depuis août 2013, les Alpes-de-Haute-Provence ont réglementé également l’accès aux massifs.
  • Chaque préfecture publie la veille une carte des zones à risques disponible sur internet et sur répondeur téléphonique.
  • Ne dites pas : On ne peut pas randonner en Provence l’été, mais : On peut randonner en Provence l’été mais on ne le sait de façon certaine que la veille au soir du jour prévu…
  • Les 3 départements les plus touchés (Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse) ont trois réglementations différentes qui tentent d’harmoniser leur code couleur : le ROUGE est désormais le niveau de risque le plus élevé pour tous  (suppression du NOIR) MAIS la qualification du niveau de risque (faible, léger, modéré, sévère, très sévère, exceptionnel) n’est pas représenté par la même couleur dans les 3 départements ; en Vaucluse le niveau ORANGE (très sévère) correspond au ROUGE, le VERT correspond à l’ORANGE… par mesure de simplification, le Vaucluse utilise 3 couleurs, les autres 4. Regardez bien la légende des couleurs pour chaque département !


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** De Barjols sur le thème de l’eau, à Pontevès



Deux visites ont été nécessaires pour finalement écrire deux articles au lieu d’un sur Barjols (de bar jolium = beau rocher), la Tivoli1 de la Provence ; la première fois c’était avec un groupe autour d’Yves Provence et la communauté OVS, sur les thèmes de la ligne ferroviaire  Central Var et des fontaines. La seconde c’était avec un provençal érudit et curieux pour la découverte du vallon des Carmes, sur un circuit un peu différent (-> article à venir)
La ressemblance entre Barjols et Tivoli, la ville italienne, ne me parait pas évidente, portant sur l’abondance de l’eau et des fontaines ainsi que sur la présence de travertin2.

La ville s’est développée sur plusieurs balcons de travertins étagés. Ils ont été édifiés par les eaux incrustantes du ruisseau des Laus (ou des Écrevisses) et celles du Fauvery (le ruisseau de Pontevès) provenant principalement de l’exsurgence karstique du Pavillon (J. NICOD, 1967). Ces ruisseaux ont joué un grand rôle dans le développement de Barjols : les eaux du Béal faisaient tourner plusieurs moulins et le Fauvery se précipite à partir de cascatelles sous la Chapelle des Carmes en une magnifique cascade où l’encroûtement est encore actif. […] Jean Nicod, Barrages de tufs calcaires et cascades dans le Centre-Var : rapport avec les eaux des sources karstiques, historique et déclin actuel, Physio-Géo [En ligne], Volume 4 | 2010, mis en ligne le 09 mars 2010, URL : http://journals.openedition.org/physio-geo/1100 ; DOI : 10.4000/physio-geo.1100

Photos de Yves Provence, Photos de Catherine Tataka en 2014, Photos de Julie, Photos de Daniel

Le parking de la place le long de l’allée Anatole France est grand ; tandis que certains se préparent j’ai le temps d’aller jusqu’au monument de la résistance de 1851 et la fontaine du Bœuf au bassin hexagonal. Depuis fort longtemps, un bœuf s’y désaltère une dernière fois avant d’être rôti : c’est la fête des Tripettes. Le texte ci-dessous a été extrait presque uniquement de l’excellent site de randonnée de JP randonnée Var qui a indiqué ses sources. Les variantes de cette légende sont nombreuses, j’ai dû en choisir une !

Saint-Marcel est né en Avignon au début du Vè siècle. Il fut nommé évêque de Die dans la Drôme en 463. A près de 80 ans, […] se sentant fatigué, [il] s’arrêta au monastère de St Maurice, près de Montmeyan, il y mourut et fut enterré. En 1349, cette abbaye tombant en ruine, St Marcel apparut en songe au seul gardien qui restait et lui demanda de faire transporter son corps dans un endroit plus digne de lui. Barjols et Aups […] revendiquèrent aussitôt les saintes reliques.
Les Tavernais, […] conseillèrent aux Barjolais de s’emparer des reliques sans attendre de savoir qui était le plus près du monastère […].
Le 17 janvier 1350, les Barjolais […] s’emparèrent du corps de Saint Marcel. Le groupe ramenant les reliques rencontra des femmes en train de laver les tripes du bœuf que l’on avait abattu en commémoration de celui qui, un jour, fut trouvé dans l’enceinte de Barjols, alors assiégé, et qui sauva les habitants de la famine. Un cortège se forma, […] et en rentrant dans l’église, […] les Barjolais, ivres de joie, entonnèrent pour la première fois leur refrain entraînant : SANT MACEU SANT MACEU LEIS TRIPETOS VENDRAN LEU.
Depuis ce temps là, chaque année, suivant un rite immuable, se célèbrent les Offices Religieux suivis de la danse des Tripettes […] on lui [le bœuf] met de belles cocardes et on le promène dans le village où il s’abreuve à la Fontaine du Boeuf. […] il est rôti le lendemain sur la place de la Rouguière à l’aide d’un monumental tournebroche. D’après le site de la commune de Barjols
A deux reprises, les reliques ont été volées puis récupérées ; cependant au moment des guerres de religion les reliques tombent entre les mains des huguenots.
[…] une vieille femme vint fort à propos conter qu’elle avait sauvé du feu un doigt de saint Marcel et un morceau de son intestin, une « tripette ». Ces restes précieux furent placés dans un nouveau reliquaire et comme par le passé l’on continua de célébrer la fête traditionnelle.
Un siècle plus tard, le Pape Pie IV [ndlr : XVIe], pour consoler Barjols du tort que lui avaient causé les huguenots, accorda une indulgence plénière à tous ceux qui […] feraient une prière à l’intention du Souverain Pontife. Mais ce pardon ne détourna jamais les Barjolais de faire, le 17 janvier, des processions, des chants, des danses et de tuer le bœuf. Au dix-huitième siècle, Mgr Martin de Bol [ndlr : Dubellay ?], évêque de Fréjus tenta de  supprimer ces réjouissances ; elles reprirent après sa mort. D’après le Bulletin de la Société d’études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan, Société d’études scientifiques et archéologiques de Draguignan et du Var, Imprimerie de P. Gimbert, Draguignan, 1870
Journal des débats politiques et littéraires, 24 janvier 1913, A. Hallays

La fête de Saint-Marcel restera donc un mélange de fête païenne et de fête chrétienne…
Barjols et le culte de Saint-Marcel, Paul Vaillant, Lorisse 2004

Au sol, de temps en temps, vous remarquerez des pavés marqués des initiales BB comme sur le blason du village créé en 1246 par Raymond Béranger IV : c’est Robert, comte de Provence qui les ajoute en 1322 ; elles signifient ‘Baillage de Barjols’.

Leur importance [baillages et sénéchaussées] est primordiale pendant le XIIIe siècle, où baillis et sénéchaux sont dotés de pouvoirs étendus : armée, justice, administration, perception de l’impôt. Au XIVe siècle s’amorce le déclin : bailliages et sénéchaussées deviennent essentiellement des circonscriptions judiciaires dotées d’un tribunal […] habilité à juger les procès où des nobles sont impliqués. D’après l’Encyclopédie Universalis

A l’entrée du chemin de Saint-Martin on retrouve l’Eau Salée, un ruisseau affluent de l’Argens, que nous avions longé en arrivant. Pourquoi l’Eau Salée ? parce qu’elle est riche en sels minéraux !

Extrait de wikhydro : le bassin versant de l’Argens est marqué par trois particularités géologiques : l’abondance des massifs calcaires fissurés […] ; l’influence du gypse, roche très soluble qui entraîne une forte minéralisation de l’eau. L’Eau Salée, la rivière qui descend de Barjols et rejoint l’Argens à Châteauvert, lui doit son nom ; les travertins […]

Nous commençons par le tunnel de Barjols, en bon état, sur la ligne Central Var longue de deux cent onze kilomètres. Nous y entrons avec une lampe pour trouver la cache. C’était une des trois lignes du réseau Sud-France, repris en 1925 par la société des Chemins de fer de Provence et  fermée au début de l’année 1950. Du temps de la traction à vapeur, un seul train quotidien faisait le trajet complet de Meyrargues à Nice et le trajet durait un peu plus de onze heures.

Train des Pignes Central Var : tunnel de Barjols, Kidoulo

Inaugurée le 28 août 1888, la gare de Barjols est typique des gares de la fin du XIXe. Les installations sont importantes : halle séparée, trois voies reliées par plaque tournante, dépôt pour quatre machines, remise à voitures. En 1930, le débord a été allongé pour permettre le trafic de bauxite. Entre 1942 et 1943, l’ancienne remise à voiture est transformée en logements. Derrière le hangar, on aperçoit le sommet du château d’eau qui alimentait en eau la  locomotive à vapeur.

Train des Pignes Central Var : gare de Barjols, Kidoulo

Pendant presque un kilomètre, nous allons longer la route, passer devant une ancienne borne-fontaine à volant en fonte gravée du nom des Ets Bayard et devant un ancien pressoir à vin ; après deux grands rond-points, nous obliquons sur le chemin de Régusse à droite. Une maxime encadre les volets bleus d’une maison ; l’oratoire de Saint-Expédit sous-titré « Spiritus Ubi vult spirat » [ndlr traduction : l’esprit souffle où il veut] nous interroge car peu de personnes en ont entendu parler. Commandant romain d’Arménie, il s’est converti au christianisme et fut décapité pour cette raison par l’empereur Dioclétien en l’an 303 de l’ère chrétienne. L’historien d’art Louis Réau rapporte que le pape Pie X l’avait rayé, en 1906, de la liste des martyrs. Saint Expédit est vénéré dans certains pays d’Amérique du Sud, dont l’Argentine et le Chili. Il a sa statue dans l’église de Saint-Cannat et celle des Grands-Carmes de Marseille.

Nous retrouverons la route D560, sans pouvoir traverser le ruisseau. Encore un peu de macadam jusqu’au château de Pontevès ; à l’oratoire, nous grimpons jusqu’à la porte dans le rempart pour atteindre l’esplanade en passant devant une tour transformée en pigeonnier.
De là, nous reconnaissons la montagne enneigée et son plateau festonné ; mais comment s’appelle-t-elle donc ? le Mourre de Chanier (1930 m) et à gauche de la faille le Chiran. A nos pieds, de vastes champs et un pigeonnier isolé au milieu d’eux.

1233 : premiers aménagements avec des bâtiments en forme de U. Les quatre tours du château ne sont pas toutes en bon état, pas toutes de la même époque ; il reste quelques bouts de murs médiévaux, notamment au nord sous lesquels se trouve la cache. Avec la construction d’un jeu de paume, d’une salle de billard, le château prend une fonction d’agrément. Quand Pierre Maurel rachète le château à François de Pontevès, il réutilise les matériaux pour construire un bâtiment de 50 pièces sur 3 étages. Vices de constructions, difficultés de succession et la Révolution ont eu raison de ce vieux château que l’association Alpes de Lumière a mis en valeur grâce à un chantier de jeunes. D’après les panneaux sur place

LE CHATEAU DE PONTEVES, PAPOUNET83

Chateau de Pontevès photo à  360°, Yves Provence

Nous traversons la cour et sortons par une autre porte puis une belle calade. Près du lavoir couvert nous trouvons une table pour le pique-nique ; tandis que je sers l’apéritif, un blanc moelleux pas trop sucré, Majo n’arrête pas de trifouiller dans son sac sans trouver ce qu’elle cherche. À ma grande surprise, elle finit par extirper un bloc de foie gras portant une bougie ; un chaleureux et tonitruant Bon anniversaire ! accompagne la remise des cadeaux : une thermos pour le café chaud, une clé USB qui diffuse un léger nuage parfumé quand je travaille sur mon micro. Un moment organisé par Majo et qui m’a fait oublier que j’avais un an de plus.

Nous repartons vers la Croix du Castellas qui, comme celle de Sainte-Victoire, remplace une première croix en bois installée dans les années 1768-1790 ; celle d’aujourd’hui date de 1964 et remplace une croix en fer de  1915. On fit appel à un artificier pour creuser dans la roche un trou d’une profondeur supérieure à 1 m ; la Croix fut assemblée sur place. A l’intérieur du socle en ciment, un manuscrit enfermé dans un tube en verre indique la date et le nom des constructeurs. Selon L’histoire de la croix du Castellas, Eugène Tanniou
A cet endroit, le 19 août 1944, la résistance barjolaise et le 179e régiment d’infanterie américain (45e division de la 7e armée) libèrent le village de Barjols.
La croix du Castellas, désormais doublée d’une antenne de téléphonie, offre un point de vue étendu sur Barjols ; je ne sais s’il y a eu un château mais ce fut sans doute un habitat perché et isolé comme l’indique la racine castra. Le décor de la table d’orientation en céramique et son support en maçonnerie sont signés de noms italiens : Nironi, Vilanova, Delpiano, Lorenzi, Pigliapochi. Ils sont sans doute issus de familles d’émigrés italiens bien intégrés, et très nombreux au début du XXe : en 1915, 115 italiens sur 150 ouvriers, travaillaient aux tanneries de Barjols. Des temps de paix aux temps de guerre : les parcours des travailleurs étrangers de l’Est et du Sud-Est de la France (1871-1918)Stéphane Kronenberger, thèse de doctorat, 20 mars 2014 Université de Nice Sophia-Antipolis

LA CROIX DU CASTELLAS, PAPOUNET83

Nous quittons la route pour un sentier étroit, humide, en descente avec quelques passages où on dérape dans la terre fine mais aussi quelques marches de bois ; nous descendons dans le vallon ombragé des Carmes, espace classé Natura 2000 : la première découverte est un ensemble troglodytique dont la grotte aux coquillages, fermée parce que ce n’est pas une période de vacances scolaires (article à paraître). Me dirigeant au bruit de l’eau derrière la grotte de l’ermite, je découvre le Fauvery, houleux, bruyant, qui a emporté et délaissé des troncs d’arbres en route. La grotte est occupée par des jeunes qui n’ont pas envie d’être dérangés. Nous ne verrons que le balcon de la cellule.

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La mine de Cap Garonne au Pradet



Le lendemain de notre réunion de travail, Sylvaine et Bernard partent au boulot en vélo tandis que je me rends au Cap Garonne1. Le parking est désert et je ne croiserai que des scolaires en visite pédagogique. Mon objectif : le sentier de découverte Jean-François Jubé et quelques écarts selon mes envies du moment. Sylvaine a chargé mon GPS avec quelques caches dont une earthcache et ses nombreuses questions sur la mine :

EarthCacheLa mine de cuivre de Cap Garonne GC397A2, Dida03

Mes photos à Cap Garonne

Un technicien de l’eau a posé sa voiture juste en face du réservoir, s’active et s’attarde ; impossible de chercher la cache :
Le Bau Rouge, migar

La première chose que l’on voit, c’est la cheminée et les bâtiments de la mine. Son passé n’a jamais été vraiment florissant. En 1892, on y fabrique du sulfate de cuivre pour la viticulture, nouveau débouché pour un minerai pauvre en cuivre.

Messieurs Layet et Martel […] demandent l’autorisation d’exploiter une carrière de pavés de grés à Cap Garonne. Le maire de la commune de la Garde (Le Pradet n’existait pas encore […] s’aperçoit que les matériaux extraits contiennent du cuivre et du plomb. Il demande un indemnisation financière de 3 000 francs or et, en échange, il donnera son avis favorable à la demande de concession minière de Layet et Martel.
1862Autorisation sous Napoléon III pour une concession de cuivre et de plomb. Les premiers mineurs sont des italiens spécialisés dans le travail minier. […] Pour forer un trou de 60 cm, les mineurs étaient deux et il fallait 8 heures de travail à l’aide d’un fleuret et d’une masse. […] des enfants assuraient les allées et venues entre le forge et les mineurs.
Le minerai extrait est […] envoyé à Swansea […]. La teneur en cuivre à Cap Garonne est faible (3 à 8%) et, en France, on se savait pas traiter les minerais pauvres. […]
Rapidement Layet et Martel se rendent compte que la mine n’est pas rentable […]
1873Rachat de la mine par un anglais, Mr Unwin. […] Il sera le seul concessionnaire à rentabiliser la mine. […]
En 1877 se produit la rencontre avec une grande faille qui provoque un net ralentissement de l’exploitation.
1884Arrêt de la concession anglaise. La mine va fermer ses portes pendant 8 ans.
1892Reprise de l’activité avec le rachat de la mine par M. Roux. Il est le premier à envisager le traitement sur place du minerai pauvre par voie humide pour faire du sulfate de cuivre. Celui-ci servira pour la fabrication de la bouillie bordelaise[…]. Mais la mine n’est toujours pas rentable.
1899Rachat par la Société des Mines de Cap Garonne. […] c’est à nouveau un échec.
1903Rachat de la mine par MM. Enderlin et Roche qui mettent beaucoup d’espoir dans la construction de la ligne de chemin de fer Toulon-Hyères. Ils négocient la réalisation d’un embranchement de 4 km 300 qui dessert la mine. […] Malheureusement ils se heurtent à de nombreux problèmes techniques. […] La mine ferme pendant 9 ans.
1903-1916Dernier concessionnaire : M. Bolo Pacha […] vient en Provence où il rachète la mine par l’intermédiaire de M. Geydon de Dives. Mais il ne va l’exploiter, avec l’aide de 120 ouvriers, que jusqu’en Octobre 1917 date à laquelle on lui confisque ses biens. Il est arrêté et condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi. Il sera exécuté en avril 1918. […]
3 octobre 1917, arrêt définitif de l’exploitation.
1933- 1956, Grâce à son ciment humide et tempéré, la mine de Cap Garonne devient une champignonnière. […] Les galeries étant laissées ouvertes, la mine est livrée au pillage. […] elle recèle en effet une extraordinaire richesse : plus d’une centaine de micro-minéraux dont les minéralogistes du monde entier connaissent l’intérêt scientifique.
1984, Les maires des communes du Pradet, de La Garde et de Carqueiranne sont conscients de l’intérêt culturel et historique que représente un tel site sur leur territoire. […] Les trois communes propriétaires des lieux se constituent en syndicat intercommunal et décident de fermer la mine.
1990, Le syndicat fait réaliser des travaux intérieurs de mise en sécurité. […]
9 juillet 1994, le Musée de la Mine est inauguré.
Extrait de l’histoire de la mine, site de la mine du Cap Garonne

Le circuit est court mais comprend de multiples points d’intérêt comme ce bassin qui recueillait l’eau de pluie servant à humidifier les caisses de bois pour la culture des champignons de Paris. Ensuite un panneau d’information sur les arbres : on retrouve tous ceux de la région (pins, arbousiers, chênes verts) avec en plus le chêne-liège caractéristique des sols siliceux.

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Ollioules, l’oppidum de la Courtine



C‘était un mercredi après-midi pour une réunion de travail associative avec Sylvaine et Bernard ; mais avant de travailler, nous profitons du beau temps de décembre ; ils m’emmènent marcher dans la forêt d’Ollioules toute proche de Toulon. Suite à un problème avec mon appareil photo, je n’ai que peu de souvenirs des lieux à vous proposer ; si un internaute en a d’autres, je suis prête à les intégrer ici en le citant.
Mes photos à l’oppidum et au Croupatier, Les photos de Monique au Croupatier avec son groupe de marche
Chateau Vallon, qui n’en a pas entendu parler ? Site officiel Chateau Vallon, une scène nationale avec théâtre, musique, danse.
Dans les années 1970, des artistes et des musiciens célèbres, des penseurs ont forgé une réputation internationale au lieu grâce au premier festival de jazz, retransmis en direct à la télévision et à la radio. Tous les musiciens légendaires s’y sont côtoyés, Paul McCartney, Joan Baez ou Maria Casarès.

Dans les années 1980, des célébrités y présentent leurs spectacles […]
En 1996, le maire Front National de Toulon Jean-Marie Le Chevallier et le préfet du Var Jean-Charles Marchiani exigent du directeur du Théâtre de déprogrammer un spectacle de Rap du groupe Suprême NTM2. À la suite de cette affaire et du refus de Gérard Paquet des subventions de la mairie Front National, la procédure judiciaire aboutit à la dissolution de l’Association Châteauvallon et au licenciement de son Directeur/Fondateur.
En 1998, une nouvelle association est créée sous le nom de Centre national de création et de diffusion culturelles (CNCDC) et placée sous la direction de Christian Tamet […] La ville d’Ollioules assume la gestion du site. Le projet de Christian Tamet affirme le caractère résolument pluridisciplinaire et international d’une programmation centrée sur le spectacle vivant.
En 2003, la gestion passe à la Communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée.
En 2015, l’association Centre National de Création et de Diffusion Culturelles a 17 ans d’existence, avec près de 50 000 spectateurs et environ 90 représentations par an. Elle affiche un taux de fréquentation annuel de plus de 90%. Châteauvallon fête cette année ses 50 ans. Selon wikipedia, Chateauvallon scène nationale

Vers l’Oppidum de la Courtine 1, sylberfil

Disposant de peu de temps avant la tombée du jour, nous rejoignons en voiture la table d’orientation posée sur un énorme réservoir d’eau ; le point de vue sur Toulon s’étale sur la rade et les îles.

Vers l’Oppidum de la Courtine 3, sylberfil

L’oppidum de la Courtine celto ligure, établi sur un banc de basalte, est tout proche. Un panneau rouillé nous mène par un sentier étroit et humide sur une muraille de pierre où il est facile de se tordre les pieds. Ce premier rempart barre le site au nord, dominant la vallée du Détras ; ce mur continu était flanqué de tours carrées ; des falaises de plus de 10 m le limitent au sud, permettant une défense naturelle efficace.  Selon le rapport de présentation du PLU d’Ollioules. Défense cependant insuffisante puisqu’une bataille contre les romains y est attestée par des restes de projectiles. Y ont été retrouvés des monnaies, des bijoux, des céramiques, des statues,… Leur étude détaillée permet de dater l’abandon du site vers 110-100 avant J.-C. L’oppidum protohistorique de La Courtine (Ollioules, Var). Les collections anciennesArcelin Patrice, Bérato Jacques, Brien-Poitevin Françoise, Documents d’Archéologie Méridionale, vol. 11, 1988. pp. 29-69

La fouille a mis au jour une série d’habitations qui se sont succédées du début du IVe siècle jusqu’aux environs de 140 av. J.-C., […] puis du sud au nord, des unités d’habitation juxtaposées appuyées à un mur maître qui les sépare à l’ouest de la ruelle. Neuf phases d’occupation ont été reconnues, huit pour la Protohistoire, une pour l’époque moderne. D’après L’oppidum protohistorique de la Courtine d’Ollioules, Centre archéologique du Var, Edition du Foyer P. Singal, Sanary-sur-Mer, 1996, les Cahiers de l’Ouest varois n°1 repris par le site ollioules.eu

En avant des maisons à l’est il y a un espace ouvert que nous traversons. La curiosité nous pousse sur un axe de circulation est-ouest qui marque la limite nord de l’habitat ; on présume qu’il est privé mais de toutes façons l’oppidum est sur une propriété privée où notre présence n’est que tolérée  ; une meule de moulin est posée debout contre un mur de pierre, d’autres gisent au sol, cassées, ou n’ont pas été extraites. Je reconnais une carrière de meules de moulin creusées dans le basalte, ce qui m’étonne. La grecque Olbia (Hyères) importait des meules d’Agde plutôt que de la Courtine pourtant plus proche, sans doute parce qu’elle était dépendante de Marseille. L’importation des meules domestiques dans la forteresse grecque d’Olbia (Hyères, Var) entre le IIe s. av. n. è. et le Haut EmpireJean-Louis REILLE à lire dans Documents d’archéologie méridionale

Aux temps protohistoriques et dans l’Antiquité, l’extraction de ces laves en vue de la confection de meules (essentiellement rotatives) est archéologiquement bien attestée, spécialement sur les sites de la Courtine (Layet 1950 ; Arcelin et al. 1988) et des Rochers de l’Aïgue (Bottin 1905).

Vers l’Oppidum de la Courtine 4, sylberfil

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Artigues, Mont-Major



Enveloppée d’une brume d’huile essentielle de thym à Linalol projetée toutes les minutes depuis le port USB de mon micro, j’écris, peu inspirée, en profitant de ses vertus désinfectantes (merci à Clodex, Majolir, Marie-Françoise et Vegalyre). Que puis-je raconter alors que nous n’avons pas trouvé la grotte de Roquerousse et que je n’ai pas rien identifié de l’oppidum ? Mais ce circuit reste l’occasion d’une balade nature avec de nombreux points de vue.

Une fois tout le monde rassemblé à Artigues, le parking est plein ; Artigues est un tout petit village de 240 habitants. ll est temps de trouver l’unique cache près de la fontaine entourée de bancs et d’arbustes taillés en forme d’arche : un endroit idéal l’été. L’église et sa façade toute plate, comme une pièce rapportée, semble bien grande pour un si petit village.

Artigues, tineochris

Photos de Yves, Photos de DanielMes photos
Nous redescendons d’une centaine de mètres de dénivelée par une route étroite en passant devant le lavoir. C’est donc qu’il faudra les remonter en fin de randonnée…
Je reconnais la taille en cordon de Royat de la vigne typique des Coteaux d’Aix ; Artigues fait partie avec Rians des communes du Var autorisées à produire cet AOC.

Nous traversons la route Rians-Esparron et plutôt que de marcher sur la chaussée, certains ont repéré l’ancienne voie de chemin en contre-bas ; nous sommes à 1km300 environ de l’ancienne halte de chemin de fer du Train des Pignes Central-Var. Il fallait plus d’une heure pour relier la gare de Meyrargues à celle d’Artigues là où nous avons mis 35 mn en voiture. Et quand le voyageur était déposé à la station le long de la route, il lui fallait encore remonter jusqu’au centre du village à pied !

Quand nous tournons à gauche vers la Modeste, Yves demande au groupe de se montrer discret pour ne pas gêner ses habitants. Sur le ruisseau de la Plaine, un ancien réservoir de pierre et une fontaine apportaient l’eau aux habitants. La Modeste est une belle maison de maître d’un seul tenant avec la partie habitation (le maître, le fermier et les ouvriers) et la partie activités agricoles (hangar, cochonniers, pigeonnier). D’après Maisons rurales et vie paysanne en Provence, J.-L. Massot, berger-Levrault, 1995

Par un sentier d’exploitation en contre-bas de la maison, nous rejoignons le petit Adret. C’est là que débute la longue montée vers le Mont-Major ; le groupe se disloque, les bavardages s’éteignent. Chemin caillouteux. A mi-distance une courte pause. Je me retourne sur la montagne d’Artigues qui me rappelle un pique-nique mémorable un jour de Nouvel-An, par grand mistral : Majo avait apporté du foie gras, des toasts et du chutney de figues. Oratoires et croix entre Esparron de Pallières et Artigues
Dans le bois de Montmajor, des champs de pierre et le substrat rocheux apparent surprennent dans une partie boisée. Majo repère entre les pierres les premiers et frêles crocus.
Quand nous apercevons au loin une cabane de pierre sèche, sans doute poste d’observation idéal pour les chasseurs, Yves nous invite à chercher la grotte de Rigabe appartenant à la famille Magne ; le groupe se disperse, circule en mode sanglier, avec peine, sous la végétation mais ne trouve rien ; Daniel et Yves élargissent le périmètre tandis que le groupe, sagement, attend le long du sentier. Les spéléos et l’IGN déjà, ne la placent pas au même endroit. Comme elle s’ouvre vers l’ouest et que nous arrivons par l’est, nous ne l’avons pas repérée ; pourtant certains randonneurs l’ont trouvée, aidés sans doute par quelque personne du coin. En arrivant par la Marquise, nous aurions probablement repéré son porche d’entrée un peu sous le plateau. D’après la vidéo qu’on trouve sur internet, on y circule debout assez facilement (on peut se passer des commentaires du vidéaste en coupant le son…)

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Vinon sur Verdon, les chemins de l’eau



Arrivés tôt sur la place du marché, pas de marché le samedi nous a assuré Daniel, nous attendons le groupe avec Yves Provence, sous les platanes plantés par la ville d’Arles ; sous ces arbres, autrefois les troupeaux transhumant venaient boire à la fontaine du Cours. Ebranlée par le bombardement de Vinon en août 1944, démolie juste après la guerre, elle est reconstruite, puis rénovée dans les années 1970/1980. Selon Eligune, les fontaines

Les photos de Vinon

En passant devant la boulangerie en bas de la grande rue, Daniel m’indique que c’était l’ancien moulin à farine mû par l’eau du Verdon ; autrefois il ne fonctionnait pas le samedi pour permettre l’arrosage. Il pouvait moudre une charge de farine en deux heures (120 kg).
Le campanile ou tour de l’horloge servait bien plus au XVIIIe que maintenant que tout le monde possède un téléphone portable.

La construction du clocher de Vinon […] débute en 1781 sous le consulat de Maximin Guis […]. En 1784 le Conseil de la commune commandite maître Pérard, horloger à Aix-en-Provence. […] Parallèlement, un bail au maître serrurier Jacques Fosse de la Verdière est établi le 14 août 1785 pour la construction du campanile.
Le 23 octobre 1785, Vinon achète une cloche d’occasion à l’église Saint-Zacharie de Marseille.

Dans le jardin d’une maison de la rue du puits, des boucs grimpent sur le muret et quémande quelque nourriture. Nous grimpons encore dans la montée de l’église qui passe devant l’imposante façade de Saint-Sauveur, ancienne église du château des Hospitaliers ; le presbytère à sa droite est si différent que l’on a du mal à y voir un ensemble architectural. C’est que l’église a été reconstruite au XIXe et plus récemment suite à un incendie.
De là haut, la vue sur la plaine, le Hameau, la forêt domaniale au nord de Vinon ; à gauche, la passerelle piétonne sur le Verdon, toute blanche, de 165 tonnes et 81 mètres de long, installée en novembre 2015 et qui constitue une alternative au pont sur le Verdon ; elle a coûté 1,5 M là où un vrai pont aurait coûté 10 fois plus. Les automobilistes auraient sans doute préféré un second vrai pont…

Dans le quartier de Vière, deuxième village après celui de la colline Saint-Pierre détruit, le panneau n°16 tente de nous faire imaginer la citadelle et le château des Hospitaliers grâce à quelques bouts de vieux murs restés après sa destruction programmée par le Parlement d’Aix en 1596.

Vinon sur Verdon, ZoZo78

Guerre de religion. Le parlement de Provence est scindé en deux : les ligueurs catholiques d’Aix, emmenés par le comte de Carcès, qui ne reconnaissent pas Henri de Navarre, et les royalistes avec la Valette qui installent leur QG à Riez. En 1591, La Valette voulant éviter que la ville d’Aix soit ravitaillée en blé par la Haute-Provence, fait fortifier le village de Vinon et barre les routes ; quelques années plus tard, le parlement d’Aix prend sa revanche en faisant détruire la forteresse de Vinon.

Autrefois premier bâtiment visible sur la route de Ginasservis, la Chapelle Saint-Nom de Jésus, entourée d’habitations, a bonne mine de l’extérieur ; elle ne sert plus qu’à l’occasion de la fête du saint nom de Jésus le 14 janvier. En 1789 le sieur Etienne Sias est tenu de payer 24 livres pour les tambourins et fifres qui sont venus pour la fête du Saint-Nom de Jésus.

La montée va commencer sur le chemin de Savéou, un chemin de galets typique de la zone Verdon-Durance ; à mi-chemin, un tronc d’arbre porte deux galets en forme de cœur. La première borne domaniale, la plus au nord, marque le début de la forêt de Vinon (nord et sud : 238 ha sur 4 cantons) représentée par un trait vert épais sur la carte IGN ; ces bornes vont se succéder autour des deux cantons, dont celui de l’Homme Mort où se pratiquent les activités cynégétiques et les sports nature ; j’apprends ce jour là que le dispositif homme mort est un système permettant le déclenchement automatique d’une alerte en cas d’absence de mouvements de la part d’une personne considérée comme « isolée ». Beaucoup de lieux portent ce nom ; il n’y a pas pu avoir un homme retrouvé mort à chaque fois. André suggère un orme mort, transcription mal comprise du géographe ?…
Une cabane de chasse est à peine masquée par deux arbres. De là haut, on mesure l’importance du projet ITER à Cadarache par les nombreuses grues et les imposants bâtiments.

ITER (de l’anglais : International Thermonuclear Experimental Reactor, signifiant en français : « réacteur thermonucléaire expérimental international ») est un projet de réacteur de recherche civil à fusion nucléaire […]. Le projet de recherche s’inscrit dans une démarche à long terme visant à l’industrialisation de la fusion nucléaire. Cette démarche prévoit de construire un second réacteur de recherche, DEMO, plus proche d’un réacteur de production, avant la phase industrielle. Le projet associe trente-cinq pays : ceux de l’Union européenne ainsi que l’Inde, le Japon, la Chine, la Russie, la Corée du Sud, les États-Unis et la Suisse.
[…] le budget du projet [est] passé de 5 à 19 milliards d’euros. D’après wikipedia, ITER

Descente dans les galets roulants. Je crois que je préfère la montée… Borne domaniale 37 puis en bas, après avoir suivi la route en file indienne, en plein virage, nous voilà obligés de traverser la route D554 : prudence ! Daniel est prêt à régler la circulation. En contre-bas, la vallée du ruisseau de Boutre et ses champs cultivés que nous longerons tout à l’heure. Au fond la ligne du Luberon.

Ça y est, nous sommes en bas, une seule maison : celle de Margin de l’autre côté du ruisseau. Un renard mort sur le bord du chemin. Enfin le pique-nique au soleil, sur le bord du chemin qui mène sur l’autre rive. A peine avons-nous terminé de déguster le rhum arrangé d’Yves que le temps fraîchit, le vent se lève annonciateur de la pluie promise par Météo France.

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La montagne de Vautubière à partir de Rians



Aujourd’hui nous partons à l’assaut de la montagne de Vautubière orienté NO-SE, entaillée par la cluse de la Durance. De là haut, les points de vue sur la vallée et les montagnes environnantes sont exceptionnels : pratiquement toutes les montagnes provençales sont visibles à moins de 100 km à vol d’oiseau.
Les photos de Yves Provence
Mes photos
Les photos d’Emotion
Les photos de David

Nous partons du chemin de Saint-André qui traverse les Espargades et nous stationnons à l’angle du chemin de Langouste et du chemin de Simiane. Après le ruisseau de Saint-Paul dont la surface est gelée, j’enfile mes gants car le froid est mordant. Un virage en épingle à gauche et la montée commence, longeant bientôt le vallon de Vaudet. Au niveau du lieu-dit Guentié, Daniel nous montre Cadarache dans la vallée de la Durance et son impressionnante ferme de panneaux solaires. Par intervalle, une trouée laissant passer le soleil, nous ne serons jamais totalement à l’ombre.

A la cote 632, Yves propose d’aller à la recherche d’un ancien point géodésique ; le sentier est étroit mais visible. Au sol des centaines de pois blancs, ronds et lisses tapissent le sol. Ressemblant de loin à des petites billes de polystyrène, ils sont enveloppés d’une petite peau comme les pois chiches. Nous n’en verrons qu’à cet endroit là. UndeBaumugnes est venu une nouvelle fois à mon secours : il a reconnu la boviste plombée, champignon sans pied, blanc quand il est jeune, reliée au sol par une masse de fibres qui se rompent à maturité exposant l’enveloppe interne blanchâtre qui prendra plus tard la couleur du plomb.
Les pieds se tordent sur un pierrier en arc de cercle dont on devine le reste d’un mur bas. Classé comme oppidum de la Vautubière 1 d’âge du fer par le service d’archéologie, cette enceinte ovale (32 m x 42 m) serait un ancien lieu de culte gaulois.

Les gaulois possédaient des enceintes sacrées (téménos) où ils avaient commerce avec leurs divinités au travers d’offrandes. Culte pratiqué par des guerriers, riches propriétaires, druides : seuls les druides pouvaient comprendre la volonté des dieux. la Gaule une redécouverte, Documentation Photographique 8105

Ne ne trouverons pas le point géodésique mais une vue plongeante sur la métairie de Simiane coincée entre des champs cultivés ; nous passons insensiblement du Var aux Bouches-du-Rhône, de Rians à Jouques.

Nous repartons vers la vigie de la Vautubière en commençant par une longue descente caillouteuse qui en met mal à l’aise plus d’une. La dernière montée vers la vigie est dure mais sur large piste ; à peine arrivés, nous nous installons au soleil pour le pique-nique. Pas de pompiers pour nous offrir la protection du bâtiment de la vigie.

Après le repas, un groupe se détache pour sinuer sur la crête de Vautubière, ses arêtes anguleuses et ses passages légèrement escarpés qui lui donne des allures de petite Sainte-Victoire ; depuis cette ligne, les points de vue sont multiples ; en partant de Sainte-Victoire que vous reconnaîtrez par sa silhouette en dentelle irrégulière, en tournant sur vous-mêmes vers la gauche (boussole et jumelles recommandées) :

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