Du canal à la chapelle Sainte-Réparade


Le confinement que nous avons vécu en fin d’année 2020 a replacé mes objectifs de balade près de mon lieu d’habitation ; mais comme je n’aime pas refaire exactement les mêmes marches, j’ai essayé de trouver une autre manière de découvrir la chapelle sainte-Réparade (topoguide Bouches-du-Rhône à pied, La colline de la Quille, réédition en 2021) au Puy. Il m’a fallu plusieurs visites et l’aide d’un riverain bienveillant pour y parvenir. Je suis partie du canal EDF, dans le bas du chemin de la Taillade menant à la chapelle.

Le canal EDF offre une alternative intéressante en fonction de la météo : la berge du canal en hauteur et à découvert, ou le chemin en contre-bas le long des puits d’entretien, à l’abri du vent et à l’ombre, ou même le ‘chemin long du canal EDF’, macadamisé, qui dessert les habitations. J’ai essayé les deux premiers : avec un chien, c’est l’idéal !

Peu après le pont sur le canal, je prends le chemin des garrigues qui dessert quelques propriétés entre lesquelles des champs, des jardins ou des bosquets. La Quille, tel un triangle de pierre, émerge de la cime des arbres tout en haut de la colline, tandis qu’à mi-hauteur, je reconnais les belles villas du ‘chemin de la chapelle du Puy Sainte-Réparade‘.
A la fin de la route, un chemin d’abord caillouteux, prend la relève et s’enfonce dans les bois. De temps en temps un modeste cairn le matérialise. Peu avant que le sentier soit barré (désormais privé et annoncé), une vaste plate-forme rectangulaire dont je ne comprends pas la fonction. Ensuite, c’est par une sente raide et montante, parfois glissante dans la terre fine, que je rejoins le chemin de la chapelle. En sortant, je me repose sur le rocher juste en face car il va falloir monter encore !

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Sur les traces de l’ancien canal du Verdon depuis Puyricard : retour par le castellas


En revenant de ma précédente balade au bord du canal du Verdon, j’aperçois depuis la route du Seuil, sur une éminence côté gauche, une haute ruine émergeant des arbres, étonnante pour un ancien petit village autrefois indépendant d’Aix-en-Provence. J’ai tout de suite eu envie de m’en approcher. Aujourd’hui, je pars donc du lotissement près du château d’eau (parking prévu impasse des cigalons, près d’une pharmacie) et tenterai de m’en rapprocher.

A travers le lotissement et ses impasses étroites entre deux maisons, je rejoins l’ancien canal du Verdon (canal de la Trévaresse aujourd’hui), presque totalement couvert à partir du bassin de régulation de Puyricard. Après avoir coupé le chemin de la Simone, je le retrouve à l’air libre, conforme à ce qu’il est du côté du cimetière du grand Saint-Jean, avec des parois verticales et peu d’eau. Des tuyaux noirs en travers du canal permettraient-ils de traverser en jouant les équilibristes, comme le pense un enfant passant par là ?

Le tuyau en travers du canal sur la photo 590 permet aux eaux pluviales qui s’accumulent le long du mur de droite de pouvoir franchir le canal et continuer leur chemin le long de la pente générale du terrain. L’ensemble du linéaire de canaux géré par la SCP est protégé du ruissellement des eaux pluviales de cette manière.  Une partie de l’eau transportée étant destinée à la consommation, il est important de protéger nos ouvrages du ruissellement de manière à ne pas dégrader la qualité de l’eau par des apports pluviaux. Bernard Sabatier du service Patrimoine de la SCP

Côté gauche, des escaliers avec une corde en guise de garde-corps, donnent accès à la propriété en contre-bas. Après la martelière, je rejoins le chemin de la Fauchonne traversé par le canal mais barré et fermé à clé à l’endroit de la propriété éponyme : il me faut donc la contourner et le retrouver de l’autre côté sur le chemin de Mikely, très peu passant. Ce sieur Michaëlis, au début du XVIIe, louait ce qui restait du vieux château de Puyricard pour y stocker ses récoltes.

Je retrouve les abords du canal qui traverse des propriétés privées : il ne faut surtout pas s’éloigner de la berge. Un pont permet de passer sur l’autre rive puis la route du Seuil et le portail du domaine de Saint Julien les Vignes.
Cette route bordée de vignes est quand même un peu plus fréquentée que les chemins pris auparavant. Au loin la chaîne de l’Etoile.

Chemin de Plumo gau (plume du coq ?) et l’oratoire de la Vierge Noire daté du XXe siècle.
La Vierge est couronnée, un ange à ses pieds et une rose accrochée au barreau de la niche.

Les vierges noires sont le plus souvent taillées dans du bois sombre ou noirci et génèrent souvent une forte dévotion populaire. Il y en a : dans le centre d’Aix rue Esquicho Coude, à Embrun, Notre Dame de Romigier à Manosque découverte dans un buisson de ronces, Goult, celle du XIIIe en bois de noyer de l’abbaye de Saint-Victor à Marseille, celle de Cogolin déplacée du chemin baptisé du nom que l’on donne aux femmes de petite vertu (chemin de la radasse1) à celui de Notre-Dame-des-Anges, etc. Les vierges noires de Provence

Sur la petite éminence, les ruines d’une haute bâtisse émergent des arbres ; en fond, Sainte-Victoire sous les lignes électriques : celui qui demeurait là bénéficiait donc d’une vue imprenable sur notre montagne ; au pied de celle-ci, des moutons paissent tranquillement enfermés dans une barrière souple. Voilà le castellas, ancien castrum de Puyricard du XIIIe, fouillé par Ariane Aujaleu, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Château Grimaldi, 155, chemin du château d’Alphéran, Archéologie médiévale, 45 | 2015, 164-165, et le château Grimaldi dont l’appellation actuelle est due aux réaménagements tardifs du cardinal de Grimaldi (°1597-+1685).

Héritier d’une illustre famille génoise, Jérôme GrimaldiGirolamo Grimaldi-Cavalleronisuccède à Michel Mazarin. Réputé austère, ami des Arts et de l’Antiquité, il se fait construire un château de proportions considérables à Puyricard ; il était seigneur majeur à Aix, au Puy Sainte-Réparade, Jouques et Puyricard. Il tient des conférences, installe la confrérie de pénitents gris en 1677 et favorise l’installation d’ermites comme celui du Prieuré de Sainte-Victoire :

Messire Jean Aubert, […] ayant eu dessein de renouveller la dévoction quy estoit autreffois de toutte anciennetté à l’hermitage estant sur le rocher apellé vulgairement Ste Venture [ndlr : sainte Victoire], […] d’en establir une nouvelle soulz le tiltre Nostre-Dame de la Victoire, [à faire] retraicte audict hermittage, en suitte de la permission que luy en fut donnée par Monseigneur l’Eminentissime cardinal Grimaldy, Archevesque dud-Aix. 1664-03-05 305 E 243 AD aix Nre reinaud

De la somptueuse demeure de trois étages (quatre niveaux) avec au-dessus une terrasse et deux belvédères, il n’en reste que deux en ruine, et la chapelle dont le maître-autel est dans l’église paroissiale de Puyricard et le tableau du Rédempteur transféré à Saint-Sauveur. Le premier étage, celui du cardinal, comportait des carreaux et cheminées de marbre, un billard à la mode à cette époque. Il y avait également une pharmacie (qui servit à soigner les nécessiteux), une bergerie, une glacière, un pigeonnier (visible depuis la route du Seuil ou depuis le champ), une orangerie et des parterres. Une allée de peupliers faisait le tour du domaine.

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Salin de Giraud, des corons aux marais salants


Salin de Giraud (2000 habitants environ), rattachée à Arles qui se trouve à 40 km de là ; pour y aller, soit vous passez par Arles (1h25, 112 km depuis Aix), soit vous prenez le bac de Barcarin (1h45, 88 km) ; ce que l’on ne consomme pas en essence, on le met dans le bac (6€ pour les voitures en 2020, gratuit pour les piétons) qui fonctionne en permanence la semaine, dans la journée. Impossible de faire des photos depuis l’extérieur ; à cause de la covid, nous sommes tenus de rester dans la voiture. Le temps est plutôt gris et incertain. Je vous mets la météo de Port-Saint-Louis-du-Rhône, plus proche de la réalité que celle d’Arles.

La météo ce jour à cet endroit :
Avec le vent et la température ressentie

Je me gare en face de l’office du tourisme et demande un dépliant contenant la visite de la ville ; celui que j’ai vu sur internet n’est pas disponible sous forme papier. C’est bon à savoir. Quand on regarde la carte de Cassini (1770) il n’y a rien à l’emplacement du village ; je vous ai mis par transparence et encadré de rouge le village actuel : on ne voit que l’étang et quelques maisons isolées (Faraman, Paulet), le canal du Japon, le Vieux Rhône, l’étang de Giraud. Ce n’est qu’en 1855 que l’entrepreneur Henri Merle transforme l’étang en salin pour fournir en sel son usine de soude dans le Gard. Fin XIXe naissent deux cités ouvrières, la Péchiney et la Solvay.

Une aventure industrielle en Camargue : histoire de l’établissement Solvay de Salin-de-Giraud : 1895 à nos jours, Xavier Daumalin, Olivier Lambert, Philippe Mioche, Collection Terres d’industrie, REF.2C, 23/11/2012

Une cité industrielle en Camargue. Salin-de-Giraud, Durousseau Thierry, Marseille, Éditions Parenthèses, 2011

Je vais d’abord visiter le village ; cela commence par la sculpture en hommage aux 20000 travailleurs vietnamiens réquisitionnés entre 1939 et 1952.
Site Mémoires d’Indochine

Au moment de l’armistice seuls 4000 d’entre eux rentrent chez eux. Certains participent au lancement de la culture du riz en Camargue. Arrachés brutalement à leurs terres et leur famille, ils ont eu à subir la discipline militaire dure et arbitraire et peu de salaire individuel (ils sont payés 50 fois moins que les jeunes français de 14 ans débutant dans la même compagnie). Un millier d’entre eux, malade ou marié à une française, est resté sur place..

L’Empire, L’Usine Et L’Amour. « Travailleurs Indochinois » En France et en Lorraine (1939-2019), Daum, Tran, Manceron, Créaphis, 2019

Le 5 mai 2020 à 16h30, ARTE a diffusé un documentaire de 15 minutes qui raconte l’utilisation des « travailleurs indochinois » dans la relance de la riziculture en Camargue.
Le riz, grain de folie camarguais (vidéo dans laquelle vous verrez Pierre Daum, l’auteur du livre ci-dessus)

Pas de commune en Camargue sans arènes, même si Salin de Giraud n’est pas une commune à part entière : au dessus de la porte, un fronton surbaissé et mouluré. Avant d’arriver au rond-point Charles de Gaulle, je traverse le jardin dans lequel le traditionnel monument aux morts affiche la longue liste des noms des saliniers morts pour la France.
Est-ce un ancien poids public ? au sol, on voit encore la bascule. Pour les transactions commerciales des marchandises (animaux, ou tout autre chargement), il était nécessaire d’en peser le poids afin de les vendre. Les chargements étaient ainsi soumis à une taxe ou un droit de pesage, variable en fonction de leur type et de leur poids.

 

Je prends le boulevard de Camargue qui passe devant l’église et le kiosque où se déroulaient les bals autrefois. La statue d’Adrien Badin, directeur adjoint de Pechiney, rappelle que l’industriel ne s’est pas intéressé qu’à l’aluminium. Dès le début de la guerre de 1914 – 1918, la Compagnie d’Alais et de la Camargue fut comprise dans la mobilisation industrielle ; c’est ainsi que l’usine de Salindres fabrique à Salin de Giraud du phénol destiné à la production de mélinite, un explosif. Biographie de Badin par l’association pour la recherche et l’étude de l’histoire industrielle de Salindres
Sous l’impulsion d’Adrien Badin, on peut mesurer l’expansion de la Compagnie des Produits Chimiques d’Alais et de la Camargue (C.P.A.C.) : à son arrivée en 1900 dans la Socièté, il y avait 3 usines employant 1 200 personnes. A sa mort en 1917, cette même société comptait 15 usines et 12 000 employés.

Face à un hangar des Salins du Midi, un vestige de l’ancienne voie ferrée spéciale se dirige vers l’est où se trouvait le bac à wagons sur la digue du Rhône, et rapidement se perd dans la nature.

Demi tour jusqu’au boulevard de Kalymnos ; de nombreux grecs venant de cette île sont venus travailler pour les usines Solvay, qui exploitent le sel pour produire du carbonate de soude entrant dans la fabrication du savon de Marseille. En effet, les français sont au front.
L’église orthodoxe, blanche au toit bleu,  se prolonge par un kiosque blanc ouvert de tous côtés. Regardez bien l’église : c’est un ancien hangar, comme ceux que je peux voir derrière. Abandonnés, ils ont été construits pendant la Première Guerre mondiale pour fabriquer et tester le terrible gaz moutarde. Plus tard, ils sont transformés en hébergement pour des travailleurs indochinois. Carnet balade urbaine
L’église est construite en 1952 et la Compagnie des Salins du Midi en fera don à la Métropole grecque orthodoxe de France, en 2009.

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