Le tour des hameaux de Sigonce



2è tour des hameaux de Sigonce (2019), 9 ans après le premier… avec Yves Provence. Nous ne sommes pas allés au four à chaux ni à la bergerie des Guérins ; nous avons rejoint directement le lieu-dit l’Hopital sur le GR de pays du tour de la montagne de Lure à partir de l’Asseroux ; le jas de l’Hoste (figurant sur la carte de Cassini XVIIIe) devait sans doute recevoir les pélerins de passage, sens premier de ‘hoste’, d’où vient également le mot ‘hôpital’.

Album de Mike, album de Daniel, Album de Yves notre guide, mon album

Une belle esplanade est désormais aménagée pour le pique-nique près de la chapelle Saint-André. Tous les hameaux ont gardé leur charme grâce aux maisons de pierre blanche ; nous avons rencontré des chevaux, chèvres, vaches, traversé de nombreux bois de chênes et des gués gelés.
Au loin le sommet de la Montagne de Lure, curieusement, n’est pas encore enneigé.

L’église saint-Claude a bénéficié de la restauration prévue : une riveraine fort sympathique nous laisse entrer chez elle pour faire quelques photos ; au milieu de la crèche installée près de la fontaine, coule une petite rivière qui rend le cadre réaliste : vous la découvrirez en décembre ou janvier.

A la fin de la boucle, nous tentons d’accéder au château Bel-Air, grande bastide située au nord du village, sur une colline à 527 m d’altitude. Cette belle demeure fut édifiée du XVIème au XVIIIème siècle, probablement par les Du Bousquet, coseigneurs de Sigonce sur des vestiges antérieurs médiévaux : Deux ailes en équerre sont reliées par un donjon et prolongées chacune par une tour, la façade Nord est couronnée d’un arc de cercle, les génoises de toutes les façades sont à 4 rangs de tuiles, privilège des seigneurs de haut rang. Extrait de Le château de Bel-Air. Émile Portigliatti

Image de l’itinéraire 11km350 5h30 (3h15 déplacement seul) 294m dénivelée (+354, -354).

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1er tour des hameaux de Sigonce (2010) et 20ème fête de la randonnée Forcalquier pays de Lure) : IMG_0007.jpggrâce à un charmant guide qui s’était blessé de la veille, cette boucle a l’intérêt d’allier marche et patrimoine puisque nous commençons par la visite de Sigonce en présence du maire et d’un membre de l’association les Amis de Sigonce qui agit pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de la commune.

Blason D’azur à la lettre S capitale d’argent, surmontée de trois étoiles du même mal ordonnées. Le S ne signifierait pas Sigonce mais Secondus locus, second village apparu à l’emplacement actuel, le premier étant au Chatelard et Aris.

IMG_0110.jpgLa statue de Saint-Claude, saint protecteur de la peste aux pouvoirs miraculeux, a été volée dans sa niche au coin de la  rue en 1972 et remplacée par un petit buste de terre cuite, trop petit pour l’abri qui le protège. Une tentative de vol par les habitants de Lurs s’était soldée par un échec : la statue était devenue si lourde lors de son transport que le butin avait dû être abandonné. D’après Pays de Lure Forcalquier Manosque et de Giono, Ollivier-ElliottEdisud, 2000

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** De Barjols à Pontevès par le site des Carmes (2)



    Deuxième venue à Barjols ; mon but est de visiter le site des Carmes qui était fermé lors de ma dernière visite thématique en février Barjols, sur le thème de l’eau.

    Le temps qu’il fait aujourd’hui à cet endroit :
    Direction du vent et température ressentie

    Nous, André et moi, stationnons sur la grande place de la Rouguière ; la statue de la fontaine Raynoard est depuis longtemps cachée sous le calcaire et les dépôts de travertin ; plus rare dans les villages, un monument a été dressé en hommage aux  hommes de l’insurrection de 1851.

    En 1848, la France avait choisi la République.[…]
    Le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, qui avait été élu président de la République en 1848, exécutait un coup d’État pour se maintenir au pouvoir et rétablir l’Empire. Dans une vingtaine de départements, notamment les Basses-Alpes […], le Var et le Vaucluse, la protestation républicaine prit la forme d’une insurrection populaire « pour le Droit et la Légalité républicaine ». Selon le LDH Toulon

    Devant l’ancien hospice Saint-Joseph, le lavoir et sa lessiveuse, tradition pas si ancienne que cela ; dans la cour fermée, un autre lavoir était réservé au lavage du linge des pestiférés : pas question de laver le linge des malades avec celui des bien portants !

    Nous passons devant la fontaine-lavoir de Saint-Marc, dans un quartier un peu éloigné du centre et construite suite à une pétition des habitants en 1856.
    La toiture vernissée de la collégiale, et son campanile comme posé dessus, semble protéger les maisons. Nous passons sous la porte, près des habitations partiellement troglodytiques dont certaines ont su aménager une agréable terrasse qui domine le village.

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Crête du Grand Tatet



Je n’ai jamais entendu parler de la crête du Grand Tatet, cette petite colline à Saint-Maime qui barre le Plan des Aires côté Forcalquier. C’est le moment de la découvrir. Nous arrivons sur le parking du parc de l’ancienne gare de Saint-Maime-Dauphin, face au bar des quatre reines mais c’est en bas du chemin des écoles, qu’Yves Provence nous attend.

L’album photos

On a bien du mal à imaginer une gare passant par là maintenant que l’aménagement de l’esplanade est terminé. La gare de la ligne Volx-Cavaillon était aussi une gare d’embranchement de la ligne vers Forcalquier. Elle connaissait un fort trafic au temps de l’exploitation du charbon.  Ainsi en 1923 il y avait 28 départs et arrivées quotidiens […]. Selon Marc-André Dubout

Notre randonnée débute dans le vieux village enroulé autour de son château aux ruelles pentues ; derrière l’église paroissiale Saint-Maxime, les tombes du XIXe sont curieusement incrustées dans le mur.

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Pichauris, puits d’Arroumi, château de Ners



Pichauris1, ancien hameau rural rattaché à Allauch est devenu domaine départemental : c’est ma première visite ; j’emmène Claude et Majo.

Ce Parc Départemental a été acquis en 2006. Situé au coeur des Massifs de l’Etoile et du Garlaban, ses 1 368 hectares parcourent le paysage si cher à Pagnol.
Ce Parc présente un double visage, d’un côté marqué par les conséquences de l’incendie de 1997 sur l’Etoile, de l’autre riche d’une garrigue à chênes kermès, à thym et à romarin. Site du Conseil départemental, domaine de Pichauris

L’album photos Pichauris

Nous sommes arrivés tôt et heureusement car à notre retour, les automobilistes se battent pour une place. Avec son environnement sec et caillouteux, des collines et du dénivelé, des pistes mais aussi plein de sentiers alternatifs, cette randonnée n’est pas si facile.

C’est à l’auberge de Pichauris que Joseph, le père de Marcel Pagnol, rêvait de vendre la moitié des grives qu’il avait chassées (Relire Le château de ma mère) ; dans presque chaque livre de Pagnol, on parle de Pichauris et de la chasse dans ses bois ! Yves Robert y a tourné la majeure partie des scènes de La gloire de mon père et le château de ma mère. Sur le cadastre napoléonien, les postes de chasse y figurent clairement ainsi que les fours à chaux, richesse naturelle du domaine.

Le Marquis Pierre d’ALBERTAS, inféodé aux Evêques de Marseille, qui prit définitivement possession des lieux en 1357, et ce pratiquement jusqu’au début du XXè siècle […]. Pendant 2 ans (1791-1793), Pichauris fut rattaché à Peypin car les habitants fréquentaient plus facilement son église. C’est à la suite d’une pétition des habitants que le Domaine retourna dans le giron d’Allauch. Il est a noté que le Four à Chaux et la Plâtrière fonctionnèrent jusqu’en 1930. Selon le bulletin municipal 98 d’Allauch, 2007

Le pays de Pagnol n’est pas aussi sec qu’on le pense puisque nous croisons rapidement le puits de Baptiste Long et le lavoir de la ferme de Pichauris. Triton vert a répertorié 28 sources ou puits dans le massif du Garlaban et ses environs.

Le village de Pichauris se trouve sur la gauche, avec ses trois anciennes bergeries et sa plâtrière au bout du chemin de Regage. C’est dans une de ces maisons abandonnées que fut tournée la scène du film de Pagnol sur la bastide des vacances de Marcel. La vraie Bastide Neuve se trouve à la Treille.

Après un petit bout du GR 2013, nous quittons la grande piste pour un sentier qui sinue dans la garrigue jusqu’à la table d’orientation où un VTTiste, en un saut bien rapide, réussit à identifier Sainte-Victoire, l’Olympe et son curieux bec, les antennes du mont Marseillais à 3 km à vol d’oiseau et la plaine de Pichauris.

Cette partie que je vous décris maintenant, peut être évitée pour une randonnée plus courte et plus facile en famille. Au lieu-dit les Grands Chênes, il y avait au début du XIXe l’Entrepôt de bois de Baragne2 (parcelle 97, Pichauris C2, 1824) au croisement du chemin de la Bourdonnière à Pichauris et du chemin des Grands Ubacs ; non loin de là, un four à chaux était bâti près du chemin et adossé à la pente : le four devant être alimenté en permanence pendant la cuisson, il fallait donc que le bois soit disponible et proche, d’où la construction de cet entrepôt qui devait être de dimensions importantes puisque le propriétaire (Barthélémy Jeanne-Rose épouse Camoins en 1824) était imposé sur sa surface, et le volume de baragne devait permettre de cuire au minimum une à deux fournées de calcaire ;  pour calciner 1 m3 de chaux dans un four de 60 à 75 m3, il faut pour un feu de 100 à 150 heures - près de 2 m3 de bois de corde, ou 22 m3 de fagots, ou 30 m3 de fascines de genêt ou de bruyèreFours à chaux dans le Var . La chaux vive était probablement éteinte par de l’eau venant par une canalisation depuis la source proche mentionnée sur la carte. Lire aussi Fours à chaux du vallon de la Panousse.
Merci à UnDeBaumugnes pour son aide sur ce sujet.

Nous prenons la large piste sous les rochers des Grands Ubacs ; le terrain est plutôt agréable et facile mais quelle montée sur 2 km700 pour passer de l’altitude 422 à 631 avec la chaleur qu’il fait en cette fin d’avril ! aussi quand le puits d’Arroumi3 est en vue, je sais que c’est là qu’aura lieu le pique-nique ; la pompe a été bloquée, sans doute réservée à l’usage des bergers ; un cycliste essaie de récupérer un fond d’eau pas très propre qu’il traitera ; un autre groupe de randonneurs s’installe également à côté de nous. C’est LE lieu de rendez-vous incontournable mais sans eau : amenez la vôtre.

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** Du vieil Eygalières au monastère de l’Epiphanie en passant par la chapelle Saint-Sixte



Une première courte visite de la colline surplombant le château m’avait séduite ; j’ai donc prévu une randonnée qui me donnerait l’occasion de circuler librement dans le village ; en me garant sur le parking face à l’école, j’étais certaine de n’avoir aucun problème pour trouver une place de stationnement. Le site Patrimoine en pays d’Arles y recense 20 points d’intérêt patrimonial : je ne les ai pas tous découverts, je reviendrai. Au IVe siècle, les Romains captent les sources dites guérisseuses du quartier Saint-Sixte AQUALERIA qui deviendra Eygalières (en provençal Eigaliero). J’ai privilégié la visite du village mais vous pouvez la faire après la randonnée.

L’album photos

La Grande Fontaine, fièrement, porte le buste de la Marianne républicaine.
L’église neuve Saint-Laurent (1905) a remplacé la vieille église : ses murs ne me semblent pas verticaux…

La place des Pago-Tard

fait référence aux habitants du lieu : dès lors que s’est installée une relative stabilité politique et sociale aux alentours du XVIe, l’agglomération s’est progressivement étendue vers la plaine, au sud. Les derniers occupants de la ville haute furent les ouvriers agricoles, les populations les plus modestes qui n’avaient pas les moyens de faire bâtir une nouvelle demeure et qui ne payaient leurs dettes qu’après la récolte, d’où leur surnom de « paye-tard ». Selon e-patrimoine en pays d’Arles

En passant devant cette place aux herbes, avec ses bancs de pierre qui invitent au repos, je reconnais la photographie du livre de M. Pezet : c’était la place de l’ancienne halle aux plantes fourragères construite en 1785 puis détruite en 1930.

La porte de l’Auro1 doit son nom au mistral qui s’y engouffrait. Dans la ruelle de la porte de l’Auro, étroite et fermée, quelques bouches à feu sont encore visibles dans le mur de droite.
Hors tracé : en se dirigeant vers l’ouest, en direction du moulin à vent, une bouche à feu ou canonnière2 d’angle, assez rare dans les fortifications, est encore bien visible malgré l’arbre qui pousse devant. Perché sur son socle rocheux, depuis la tour du moulin à vent (1711), vous aurez une belle vue sur les Alpilles et côté ville, sur l’hôtel Isnard.

En regardant avec attention, on trouve des traces de l’enceinte primitive (XIIe) qui entourait uniquement l’éperon rocheux, puis de la seconde enceinte (XIIIe-XVe) destinée à englober les maisons qui étaient venues s’agglomérer contre le premier rempart. Quelques vieilles et hautes maisons de pierre aux fenêtres à meneaux, des ruelles étroites, des voûtes de pierre complètent le tableau ancien. L’hôtel Isnard (XVIe) en partie restauré, en est un bel exemple ; Bruno Isnard (1656-1694) était un grand propriétaire terrien à Eygalières qui est dit bourgeois de cette ville dans un acte de vente de sa veuve du 09-12-1695 (Paul Bertrand, f° N°751) ; dans la société du XVIIe, la bourgeoisie est une classe de riches, travaillant beaucoup et possédant des terres ; la famille Isnard possédait également le mas de la Brune, classé monument historique.

Au croisement des rues Docteur Roque / Safranière, un grand calvaire dont je n’ai pas relevé la date. Hors tracé : la rue Safranière avec la façade de la maison de  la famille Estrangin et de leur moulin (appartenant, au début du XXe, à la famille Milhaud) situés à l’aplomb de la tour de l’Horloge. Il a fonctionné jusqu’en 1925. Cette rue se prolonge à l’est par l’ancienne draille des troupeaux, intéressante pour les randonneurs, mais presque impraticable, envahie par la végétation et coincée entre un mur et un grillage…

Un escalier caladé monte au sommet du rocher un peu accidenté tout de même, d’où vous aurez une vue sur les toits du village et sur la chaîne des Alpilles. Il y avait là le château, ses quatre tours rondes, le donjon et sans doute quelques habitations troglodytiques.
Au premier étage de ce donjon seigneurial éventré, logeait le seigneur. Derrière, le puits de 80 m de profondeur. Il ne reste de cette tour que le premier niveau  – une salle de garde – surmonté d’une Vierge : aucune preuve qu’elle rappellerait un miracle de 1893 comme le colporte la tradition.

En jetant un œil en contre-bas avant d’arriver à la tour de l’Horloge, vous verrez les ruines du  moulin à huile Estrangin, le dernier en activité dans le village, avec une arcade, un bac de pierre, des rigoles ; sur la photo ci-contre extraite du livre de M. Pezet p. 53, on peut voir la meule à rotation animale et les vis du pressoir à chapelle contre le rocher.

La tour de l’Horloge, reconstruite avec les pierres du donjon en 1676, commémore le rachat du village et des terres par la communauté, la libérant de la tutelle de son seigneur Henry de Guise.

En juillet 1652, le prince de Condé obtient la libération du duc de Guise détenu en Espagne depuis avril 1648 ; en 1660, Guise, lourdement endetté, vend aux habitants, pour la somme de 48 000 livres, tout le domaine de sa seigneurie mais il garde la justice, le château et le  péage de la Vallongue, au fort d’Ancize. A.C. d’Eygalières, registre « Vente de la terre d’Eygalières » f° 8 et 9 ou Les Alpilles, Eygalières et Mollégès des origines au XVIe, M. Pezet, Imprimerie Mistral, Cavaillon, 1949

Tour carrée, coiffée d’un campanile, ses arêtes sont protégées par des pierres de taille posées en harpage3. La cloche de 350 kg – prénommée Jésus Marie Joseph– fêlée en 1855, est refondue par Pierre Perron d’Avignon la même année. Son mécanisme datant des années 1850, est toujours activé mécaniquement par deux contre-poids. Bulletin municipal 94 mai 2016

Au-dessus de la porte d’entrée de la tour, une plaque de marbre rappelle que l’horloge fut restaurée en 1968 sous la mandature de Monsieur Breugne de Valgast Gaston, pour éviter l’érosion de celle-ci et la chute de pierres.
Le maire de l’époque Jean Roque, bonapartiste convaincu, fait graver sur la nouvelle cloche un aigle avec ses aiglons ayant en exergue la devise Aquilarum rupes (rocher des aigles) pour complaire à l’empereur Napoléon III. Bulletin municipal 79 de juin 2015.

En 2015, elle a dû être démontée par un cordiste monté en rappel sur la tour : les engrenages étaient bloqués.

De là haut, je vois bien la petite colline à l’est où se trouve la grotte Fernet appelée communément la « Baumo-Sourno », ce qui signifie en provençal, la Grotte sombre ; je me promets au retour de trouver comment y monter.

La chapelle des Pénitents Blancs, édifiée en 1581 contre le rempart nord-est, a servi de charnier lors de la peste de 1720 car les pénitents étaient chargés d’y enterrer les victimes. La tour de défense située dans l’angle est reconvertie en sacristie. A partir de la dissolution de la confrérie en 1881, la chapelle est laissée à l’abandon. En 1947, Maurice PEZET crée l’Association Les Amis du Vieil-Eygalières, qui après plusieurs années d’efforts, consolide le clocheton et restaure la chapelle des Pénitents. L’association en a fait un musée d’histoire locale, musée Maurice Pezet, D’après le site e-patrimoine en pays d’Arles

Le Musée Maurice Pezet, inauguré en 1967, regroupe et présente les découvertes, du paléolithique à aujourd’hui, faites dans la commune d’Eygalières. En complément, sous forme de panneaux manuscrits, les recherches de Mme Suzanne PEZET auprès des archives relatent en détail l’histoire du village.
Le Musée est ouvert de Mars à Novembre (tous les dimanches et jours fériés, + les journées du Patrimoine) par les bénévoles de l’Association qui continuent de mener l’action originelle de sauvegarde et des restauration du Patrimoine historique et culturel d’Eygalières. C. Delage, présidente de l’association, et J. Delage, par mail

Au zoom, je vois bien que le clocheton porte une inscription mais si je repère la date je n’arrive pas à la lire en entier. Supposant qu’elle a été laissée par un Compagnon, je contacte Jean-Michel Mathonière, spécialiste du compagnonnage qui a écrit plusieurs livres sur le sujet ; il me donne le texte en entier :

La Pansée du S. E[sprit C]ompagnon Passant Tailleur
M.M.                                    De Pierre 1743

La partie centrale avec [sprit C] a été détériorée (par la foudre ?) et n’est plus lisible. M.M. signifie « maître maçon » […]
Il y a une autre inscription juste au-dessous du fronton, au-dessus de l’arc, en capitales très soignées : MATHIVINARD.REC. Je pense qu’elle concerne le recteur en exercice de la confrérie des Pénitents blancs lors de l’érection du clocheton, un dénommé Mathieu Isnard.

Et comme je cherche la marque d’un outil ou un blason, il précise :

Il est rare, d’autant plus sur une partie visible d’un édifice religieux, que les compagnons tailleurs de pierre gravent leur blason. En l’occurrence, s’ils l’avaient fait, il se serait assez certainement composé du compas, de la règle et de l’équerre entrecroisés et entortillés d’une couleuvre, emblème de la Prudence, le tout entre des palmes. […] Le serpent compatissant

En lisant quelques pages sur son site dédié au compagnonnage, je constate que sur le millier de Compagnons passés par Avignon au XVIIIe et XIXe, 72 se surnomment La Pensée de [ville d’origine]. C’est sous cette identité compagnonnique qu’un Compagnon signe le Rôle4 à son arrivée dans la ville (s’il a déjà été reçu), ou au moment de sa réception.

Je suis descendue ensuite vers l’ancienne église Saint-Laurent (classée Monument Historique en 1983), dont j’aperçois le clocher. Reconvertie en temple de la raison après la révolution, elle accueillait donc les peuples sous la devise de la liberté et de l’égalité afin de revenir aux principes fondamentaux de la République.

Saint-Laurent fut édifiée au XIIe siècle dans le vieux village d’Eygalières. On en trouve déjà trace en 1155 dans une bulle du pape Adrien IV. Elle était bâtie contre le rempart, près du pont-levis, agrandie au XVe puis au XVIIIe. Le clocher détruit à la révolution est reconstruit en 1854. La porte a été exhaussée au moment de la construction des nouveaux remparts. Sous la nef, se trouvait un silo à grain destiné à recevoir les redevances de la dîme. En 1702, 36 familles avaient encore leur caveau sous la dalle de l’église. Elle est remplacée en 1905 par l’église neuve Saint-Laurent, non loin de l’école.

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Chapelle de la Santonne, le Calavon



Jour de marché à Apt, ville que je ne connais pas ; le GPS s’évertue à vouloir me faire passer par un sens interdit  ; plus de place, même sur les boulevards extérieurs ; finalement, Yves Provence me donne RV directement au départ de la randonnée, près de la chapelle Saint-Massian, au sud-ouest de la ville.

Tout le monde essaie de voir l’intérieur de la chapelle, mais seuls retiennent notre attention quelques chaises empilées, un autel simple tout blanc sur un carrelage qu’on imaginerait plutôt dans une cuisine. L’histoire de Saint-Martian est contée sur un panneau en provençal d’un côté et en français de l’autre.

Mon album photo, l’album de Yves Provence

Au-dessus de la porte, une pierre taillée en forme de blason porte les indications suivantes : « 1660 – Tout par force ». […] Vivant de mendicité et de dons, lui et l’un de ses frères allaient un jour récolter des fonds sur la route de Buoux lorsque Martian eut un malaise et mourut sur un rocher. La légende raconte que les cloches sonnèrent toutes seules pour annoncer sa mort, et que le corps fut entouré de lumière mais ne put être décollé, sauf en présence de l’évêque. Il fut inhumé dans la cathédrale d’Apt où ses reliques sont depuis lors conservées. Selon le site chapelles rurales

Le culte et le pélerinage de Saint-Martian d’Apt, René Bruni, Provence Historique-Fascicule 182, 1995

CHAPELLE SAINT MARTIAN, jeancaching84

Devant le monument, sur un piédestal de pierre, une croix de chemin porte en son centre un écusson gravé dont je ne comprends pas le sens.

Chemin de la Santonne et son éolienne. Yves nous a promis une bien curieuse chapelle construite au début des années 1960 ; la chapelle de la Santonne :

  • elle est privée : c’est un particulier (Roger Petit, professeur d’anglais et amateur d’art moderne) qui en est à l’origine : il s’était promis durant la guerre d’Algérie de construire une chapelle s’il revenait vivant ;
  • toujours ouverte et pas dégradée ;
  • elle a une forme extérieure inattendue, celle d’un poisson, et les nombreuses œuvres d’art à l’intérieur tel  le tronc d’olivier en forme de Christ aux bras levés ; derrière lui, le mur est occupé par une mosaïque qui représente un cœur d’où partent plusieurs rayons. La clef de voûte représente un poisson, symbole chrétien qui signifie le Christ et la vie en abondance promise aux chrétiens.
  • elle porte un drôle de nom La Santonne qui n’est pas le nom du quartier (les Agnels) mais le nom du chemin.
    Pourquoi la Santonne ? La femme de M. Santon, propriétaire en 1812 d’une des premières maisons le long de ce chemin, a probablement laissé un souvenir marquant dans ce quartier tout comme la Doudonne, femme de M. Doudon ou les Granettes, sœurs du peintre Granet : celles-ci ont laissé leur nom à un hameau à l’ouest d’Aix-en-Provence. Autrefois, pour trouver le chemin, il suffisait de dire : c’est là qu’habite la Santonne !
    Par coïncidence, j’y vois aussi un souvenir de l’Algérie : un santon, en Algérie, est une petite chapelle contenant le tombeau d’un santon, sorte de moine mahométan ; et un lien avec le santoun de Provence.
    Comme le souhaite son créateur, La Santonne est un lieu sacré qui doit inciter à la méditation envers la nature et la création.

Vue du chemin au dessus, le toit de la chapelle ressemble à une soucoupe volante. Nous cheminons sur une petite route entre les oliviers, découvrant les premières fleurs ou un cabanon de pierre sèche masqué derrière les feuillages.

Nous passons devant les Agnels puis, sur le vieux chemin de Saignon ; je ne peux qu’admirer cette belle maison dans un cadre de verdure avec son bassin devant ; à cause de la façade blanche (trop) bien restaurée, je ne reconnais pas l’ancienne chapelle de l’abbaye Saint-Pierre du vieux Tourettes datant des Xe et XIe siècles. Les arcades, les quelques marches, le bâtiment moderne accolé sont bien là, tels qu’en 1930.

Abbaye Saint-Pierre des Tourettes, base Mérimée

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Roumavàgi au prieuré de Sainte-Victoire à partir du parking des Amandiers



Grand jour au Prieuré de Sainte-Victoire : c’est l’inauguration des nouveaux vitraux de la chapelle et le traditionnel pèlerinage (roumavàgi en provençal) qui se perpétue le dimanche le plus proche du 24 avril, sur la montagne Sainte-Victoire.
# Liste de tous les parcours menant au Prieuré dans ce blog
Je me suis garée sur le parking des Amandiers, 3 km après le hameau des Bonfillons, pour laisser libres les places du parking des Venturiers. Partie vers 8h, je découvre le sentier qui va rejoindre le GR9 ; Philippe l’a balisé de ruban rouge et blanc, et apposé quelques pancartes là où le doute s’impose.
Ce sentier passe au pied des coteaux du Tounin d’Arles (cadastre napoléonien, E2, 1829), un bien drôle de toponyme qui m’évoque un nom propre (diminutif provençal d’Antoine ?), ou un oronyme signifiant hauteur (selon UnDeBaumugnes), mais en tous cas lié à la grande transhumance des troupeaux d’Arles ; la carraire arlésienne passait au nord de la route d’Aix à Vauvenargues à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau ; la carraire des Nègres (sans doute Négrel) arrivait au pied de cette colline, en venant de Beaurecueil et celle de Trotobas la poursuivait vers le nord jusqu’à la carraire d’Arles.
D’après le cadastre napoléonien de Vauvenargues, c’est donc bien sur les pas des bergers que je commence la randonnée. Le parking des Amandiers était-il un lieu de repos avant la rude montée sur le plateau ? Je serais prête à parier que la plus grosse pierre couchée au sol qui matérialise l’entrée du parking est une ancienne borne de transhumance : si je trouve la seconde, puisqu’elles étaient plantées par paire, j’en aurai la preuve définitive…

Avant de tourner à gauche pour longer la rivière, si la curiosité vous pousse à faire un saut jusqu’à l’extrémité orientale du barrage de Bimont actuellement à sec (2017-2019), passez le gué, probablement à pieds mouillés après les pluies ; vous découvrirez habituellement sous l’eau, un ancien pont de pierre sur la Cause, rivière qui coule sous vos yeux comme avant le barrage ; le petit chemin passant sur le pont rejoignait les Nègres (aujourd’hui les Sages) au Tounin d’Arles. Spectacle curieux que ces ilôts verdoyants qui côtoient des espaces caillouteux et secs et sur lesquels gisent des objets insolites ou des vestiges de murs de soutènement.

Le sentier longe les champs, passe dans un agréable sous-bois, traverse la rivière de la Cause sur un passage aménagé de pierres plates émergentes. Les enfants Alibert, qui vivaient ici au XIXe, étaient tous des bergers, filles ou garçons, sauf le père qui était agriculteur ; ne vous étonnez pas d’y retrouver encore des troupeaux de moutons.

Plus loin, un second gué rejoint le parking des Cabassols mais il ne faut pas le prendre mais monter vers l’est jusqu’à la jonction avec le GR9.

Ce petit parcours bien agréable n’enlève rien à la difficulté du tracé : vous retrouverez la montée raide et régulière, les parties bétonnées parfois entrecoupées de chemin de terre ; je croise le groupe des chanteurs qui va participer à la messe au Prieuré puis une dame en difficulté qui marche bien lentement mais sûrement. A la cote 710, je pars discrètement faire la maintenance de ma geocache ; je retire le logbook « all-weather writing paper » pour y lire les commentaires tout à fait lisibles malgré les intempéries qu’il a forcément subies : un anglais, des hollandais, un allemand, des autrichiens, un suisse, un tchèque,… et des français de tous horizons, sont passés par là. Presque tous écrivent qu’ils sont contents d’y faire une pause avant le dernier effort vers le Prieuré. Ci-contre un extrait de ce carnet de passage.

Summer #3a : le prieuré, la pause, nicoulina

Dernière partie, dans un sous-bois dans lequel vous apercevrez une stèle portant le nom de Lou ; puis la partie rocheuse, tout en virages aigus, zigzags, avec quelques pièges tant les roches sont hautes ou patinées ; je croise en cours de route un ami qui descend du Prieuré ; à peine le temps d’évoquer la Favouillane, dernière grande bergerie de Camargue, que je repars vers le Prieuré où l’inauguration a lieu dans une demie-heure.
Tous les Amis de Sainte-Victoire (AdSV) portent un brassard fluo les identifiant ; les bénévoles, trop nombreux pour être tous cités ici, connaissent la tache qu’ils ont à faire et, vu leur sourire, je pense qu’ils sont fiers de ce moment qui concrétise leur travail acharné durant plusieurs années.

Vous visiteurs, le temps d’une prière ou d’un échange avec un Ami de l’association, vous découvrirez les nouveaux vitraux de la chapelle et le cloître reconstruit.

Les vitraux ont été conçus par le maître verrier Gérard Tessier, fabriqués par les Passeurs de lumière de Massalia Vitrail, installés par les bénévoles de l’association. Une vidéo des Amis de Sainte-Victoire, des vitraux pour la chapelle, résume les différentes étapes de cette magnifique réalisation. A l’élégante montagne aux couleurs froides près de l’entrée, succède celle aux couleurs chaudes dans le fond de la chapelle.

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Pied d’Aulun et les tulipes d’Hypolite



Le groupe des aixois se retrouve aujourd’hui pour une randonnée au pied du village de caractère de Lurs pour admirer les tulipes précoces qui ont déjà fait l’objet de plusieurs reportages. Elles ne durent qu’un temps, alors j’ai proposé une randonnée incluant cette découverte. Nous stationnons sur le parking au bout du village et déjà, alors que nous enfilons nos chaussures, majolir achète son pain et vegalyre propose d’emblée de prendre un café avant de partir ; notre attroupement incite le bistrotier à ouvrir ; son établissement offre un belvédère sur la vallée de la Durance et les oliviers, sous un ciel tourmenté aujourd’hui ; ce paysage préservé fait l’objet d’une protection de niveau national en tant que site ‘pittoresque’, c’est à dire digne d’être peint.
Quelques minutes plus tard, pleins d’énergie, nous partons pour une visite guidée du cœur du village grâce à deux d’entre nous qui le connaissent déjà : le début du chemin des évêques ponctué de 15 oratoires (1866) – Lurs fut résidence des évêques de Sisteron jusqu’en 1789 – et une partie du chemin des écritures issu d’une proposition des Rencontres Internationales de Lure. En passant devant l’affiche du moulin Masse, Claude nous signale La cascade de Monessargues sur le Lauzon près de Lurs (04) [qui] anime le plus vieux moulin à huile actif du pays depuis 1674. Son occupant refuse l’Appellation d’Origine Contrôlée pour pouvoir garder l’usage de meules en pierre, de scourtins et d’un pressoir à chapelle. Selon Les oliviers de Provence, Claude. Le détour n’est pas prévu aujourd’hui.

L’album photos de Pied d’Aulun

Au sol, le fil d’Arthur : un balisage en grosses lettres incitant à les suivre et formant un mot : BLEU ou ROUGE. C’est vegalyre qui la première a décodé la séquence, terminée par le signe ‘infini’ sur fond sombre.

Au fil des étroites ruelles, nous passons sous les portes du village, notant que la cloche du portail marque toujours les heures ; rehaussé en 1861, il est doté d’une horloge et d’un campanile en forme de cloche.  Sous une arche abritée, le banc des fainéants attendaient les journaliers qui souhaitaient être embauchés pour la journée par les agriculteurs.
L’ancien château épiscopal bâti sur les vestiges d’une forteresse carolingienne, a été maintes fois remanié : il reste près du chemin des évêques la tour ronde du XIIIe qui raccordait le château à son enceinte. Depuis la rue du Barri, la vue s’étend sur les prés où des moutons s’éparpillent donnant l’impression d’un tissu vert à points blancs ; un pigeonnier au pied du village et quelques maisons isolées près desquelles nous passerons au retour.
L’amphithéâtre Marius en plein air (1960), avec ses gradins de pierre, invite au spectacle l’été ; il a été édifié à l’emplacement de ruines ayant appartenu à un certain… Marius.
Dans la sculpture d’Albert Chassagnard, la main de l’artiste en marbre de Carrare, je vois plutôt la petite main protectrice posée sur la tête plutôt que la grande main aux doigts repliés mais l’ensemble donne une impression de sérénité.
La chapelle des Pénitents (XVIIe) a conservé un beau porche avec fronton à volutes.
Nous nous étonnons du nom de baptême de l’église Invention de la Sainte-Croix en raison d’un reliquaire contenant un morceau de la vraie croix ramenée de Terre Sainte par Pierre de Sabran à l’issue d’une croisade.
En 1563, l’évêque de Sisteron, prieur et seigneur du lieu de Lurs, fait exécuter des travaux dans l’église. En 1683 ce n’est plus l’évêque mais la communauté qui prend en charge les travaux. En 1853-1854, ce sont d’importants et surprenants travaux qui vont avoir lieu.

Pour raison esthétique, la voûte de l’église devait être exhaussée ; le conseil de fabrique manquant d’argent s’oriente alors vers une autre solution qu’il pense moins coûteuse en temps et en argent : abaisser le niveau du sol. Joseph Mondet, maçon providentiel, propose de s’en occuper pour un prix modique ; il déblaie toute l’église à 1m30 de profondeur dont une partie de rocher, fournit les carreaux, le sable et la chaux. Il reprend les six piliers et les dix pilastres, s’occupe du dallage, replace les autels, la chaire, les fonds baptismaux qu’on a dû changer de place, ajoute cinq marches à l’entrée et le tout pour 652 Fr ; là où les autres demandaient entre 1500 et 4000 Fr. Et je ne vous parle pas des aléas consécutifs à ces travaux : le retable trop haut, la petite porte de l’église convertie en placard, etc. D’après Le patrimoine religieux de la Haute-Provence : le patrimoine de Lurs, Bulletin de l’association pour l’étude et la sauvegarde du patrimoine religieux n°21, 1998

Quel dommage que certains fils électriques détonnent dans ce décor moyenâgeux si agréable…

Passant devant l’oratoire Sainte-Madeleine, vegalyre nous entraîne sur le chemin des écritures en direction du cimetière : comme nous sommes peu nombreux, on peut déambuler au gré des envies de chacun. Nous passons devant la table de Vox (Conception : Sterenn Bourgeois), classification des caractères en fonction des liens qui les unissent ; elle regroupe neuf familles fondamentales : les humanes, les garaldes, les réales, les didones, les mécanes, les linéales, les incises, les scriptes et les manuaires. Ces familles définissent à leur tour des « types de transition ».

Vox n’était pas seulement typographe mais aussi dessinateur et écrivain : en 1926, il dessine le célèbre logo de la collection de romans policiers Le Masque, les lettrines du Grand Larousse du XXe siècle ; il présente et annote en 1943 la Correspondance de Napoléon, six cents lettres de travail (1806-1810). Selon wikipedia

A l’origine de cette association Les rencontres internationales de Lure en 1952, quatre amis qui se retrouveront chaque été à Lurs : Maximilien Vox, Jean Giono, Jean Garcia et Robert Ranc. Pour découvrir l’écriture latine et la typographie, est créé en 2010, le chemin des écritures composé de cinq installations originales en plein air et en accès libre toute l’année.

La bibliothèque (Conception : Jean-Yves Quellet) regroupe les différents supports de l’écriture : ardoise, plaque de bois, pierre, terre cuite,… Nous n’avons pas le temps de nous attarder sur l’installation qui raconte la naissance de l’écriture. Comme il est impossible de rejoindre le chemin des oliviers à partir du cimetière, nous retournons vers la place au monument aux morts. Télécharger le guide visite.

Les cinq randonneurs présents n’ont pas remarqué les couvertines (Conception : Laurence Durandau et Franck Jalleau), devant la Chancellerie […]. Ce sont des anagrammes de mots courants, qui ont leur signification pour les typographes. Il faudra donc y retourner.

La route des oliviers est en descente raide et sens unique ; veillez à bien rester sur le côté car une voiture qui monte a peu de chance de s’arrêter car elle ne pourra peut-être pas repartir. Au loin, les champs multicolores vont nous servir de repère. Nous pénétrons sur un sentier entre deux champs d’oliviers, traversons la D12 entre l’Hôpital où l’on a trouvé des tuiles romaines, et la Fortune, là où passait la via Domitia autrefois. Au niveau du domaine Hypolite, les voitures se sont arrêtées n’importe où le long de la route.

Sur une pancarte délavée, Luc Boissière, l’horticulteur, demande aux promeneurs de respecter ses cultures ; nous voilà au bord d’un immense champ de tulipes de toutes les couleurs : jaune, rose, trois sortes de rouge, du bicolore, du blanc, et même le violet foncé de la ‘tulipe noire’ (symbole d’un amour intense, mais qui se vit dans la souffrance. L’être aimé peut être loin ou décédé). C’est le même producteur que l’an dernier (voir l’article dans ce blog champ de tulipes) mais les champs ne sont pas au même endroit. Nous décidons d’en faire le tour par le sentier d’exploitation qui l’entoure, boueux par endroit car il a plu abondamment les jours précédents. Les champs ondulent avec grâce pour le plaisir des yeux.
Entretien avec le propriétaire de ‘Haute Provence plein champs’ : il produit en gros des bulbes de tulipes précoces pour la Hollande ; lorsque les fleurs sont arrivées à maturité, elles sont coupées et alimentent le marché des grandes surfaces régionales. Lorsque les feuilles sont sèches, les bulbes sont assez gros pour être récoltés et exportés. Après une année en Haute-Provence, ils peuvent s’acclimater à des régions plus froides que la nôtre.

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Le viaduc ferroviaire de Chanteloube… pour les piétons



Deuxième visite du lac de Serre-Ponçon dont la cote est particulièrement basse : le 13 avril elle est encore à plus de 48 m en dessous de sa cote optimale. C’est Yves qui organise ; Isabelle et moi l’accompagnons.

L’album photos Serre-Ponçon 2e visite

Photo panoramique à 360° par Yves Provence

Arrêt n°1 le barrage ; de multiples lignes à haute-tension partent de tous côtés ; le grésillement est incessant ; le plus grand barrage en terre d’Europe est impressionnant : 123 m de haut, 600 m de large (soit 10 mn pour le traverser à pied), 650 m d’épaisseur à la base et 6 fois le volume de la pyramide de Kheops en remblais.

S.P.56 – Autour du Lac : T.H.T., Ti’Mars…

Nous nous rendons jusqu’au belvédère de Rousset, en face de celui du Sauze où nous étions 8 jours auparavant. Du coup, je vois bien que la Ribière se situait sur une petite colline dominant le fleuve. Au ras de l’eau, côté l’Ile-de-Rousset, un tourbillon s’est formé autour d’un pic qui dépasse de l’eau : peut-être un pilier de l’ancien pont métallique qui traversait la Durance ?

S.P.50 – Autour du Lac : ROUSSET – Les 2 vallées., Ti’Mars…

Arrêt n°2 les Hyvans : sur la route qui mène au col Lebraut, le spectacle des montagnes est géant autour du pic de Morgon ; au col, nous entrons dans le bois humide et glissant ; il y a encore de la neige près du cairn Lebraut composé de grosses pierres et protégé par un tipi de branches ; un arbre tombé au sol nous oblige à passer dessous ou dessus. Un petit bois bien agréable.

S.P.154 – Autour du Lac : HYVANS – Cairn Lebraut., Ti’Mars…

S.P.153- Autour du Lac: HYVANS Ravin des Glaisoles, Ti’Mars…

Arrêt n°3 : la baie de Chanteloube1, le centre d’intérêt qui m’intéresse le plus. Après le viaduc sur le ravin Charles, vous reconnaîtrez sur votre droite la maison du garde-barrière au passage à niveau 77, à la bifurcation vers Barcelonnette ; des parkings sont aménagés de ce côté de la baie côté Prunières tandis que rive droite, aux Hyvans l’été, il faut suivre un sentier pour parvenir à la partie immergée du pont.

Le fameux viaduc de Chanteloube a été construit dans la baie pour relier par train Chorges (05) à Barcelonnette (04). Les travaux ont commencé en 1909 et se sont terminés en 1935. Le projet a été abandonné en 1941 donc aucun train n’a jamais circulé sur ce viaduc : les rails n’ont même jamais été posés !

En été, il est en partie immergé dans le lac de Serre-Ponçon (lire Le viaduc de Chanteloube… dans l’eau), c’est une attraction touristique très appréciée des plongeurs et des pêcheurs.

viaduc été 2017viaduc avril 2018Il franchit le ravin des Moulettes, affluent de la Durance. Il mesure 61 mètres de haut et 300 mètres de long. Un corps central à 6 arches encadré par deux viaducs à 4 arches de 9 m d’ouverture. Il est en pente : c’est pourquoi une partie émerge quand le lac est plein (voir ci-contre à gauche photo prise par Michèle R. l’été dernier et celle prise en avril 2018)
Inventaire ferroviaire aqueduc du vallon des Moulettes
De loin, selon l’angle de vision, sa forme en S aux deux extrémités ne se constate pas aisément.

Il n’existe pas en France de viaduc élevé tout en maçonnerie ayant des arches d’une aussi grande ouverture et des piles aussi minces. Le Bulletin du P.L.M. n° 39 – Mai 1935. Ubaye en carte, site perso

Pour le construire, l’entreprise Rangeard a d’abord monté une passerelle pour traverser la Durance à Grand-Pré.

Dans un premier temps le tracé de la voie devait être entièrement aérien. […] Ils [ces deux souterrains] ont été remplacés par le grand tunnel unique de Sauze, le plus long des Hautes-Alpes, qui était entièrement terminé et prêt à l’emploi lorsqu’il fut noyé dans le lac, juste à l’aplomb du village.

C’est là où nous étions la semaine dernière, à la confluence Ubaye-Durance, repérant uniquement le mur de soutènement inférieur de la voie ferrée mais pas le tunnel bouché.
Tunnel du Sauze

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De l’abbaye de Silvacane au château de Janson



Nous quittons Aix-en-Provence, à trois, avec la pluie à laquelle succéderont rapidement le soleil et un léger vent d’ouest. Le parking de l’abbaye de Silvacane est désert.

Mon album photos

Nous longeons la route sur une voie parallèle puis nous passons d’un trottoir à l’autre jusqu’au centre du village de la Roque d’Anthéron ; Claude levé tôt s’arrête à la boulangerie pendant que je me renseigne sur la possibilité de visiter le parc du château ; une habitante me suggère de revenir pour le Festival international de piano car il ne se visite qu’a cette période ou aux journées du patrimoine. Je me glisse discrètement par une porte cochère entrebâillée pour voir le château de la Roque d’Anthéron qui abrite la clinique de Florans.

Nous revenons sur nos pas pour dévaler la rue de la dévalade. Les ânes viennent nous saluer. Dans le jardin du château, les oiseaux chantent à tue-tête ; la longue allée du parc fermé ne laisse rien voir du Petit château renaissance et du Grand château. Nous passons sous le pont-canal EDF aux berges surélevées. Au fond du pré de la Petite Camargue, les chevaux nous observent sans s’approcher. Nous allons suivre ce canal sur des kilomètres, sans difficulté, en évoquant les prochaines randonnées. D’abord route macadamisée puis piste plus ou moins boueuse, à partir de Gontard, les berges se rapprochent de la Durance qui ne ressemble plus à la tumultueuse rivière d’autrefois.

Sur le côté gauche, des vestiges de l’ancien canal de Craponne dont le tracé est encore reproduit sur la carte IGN de 1950 ; sa dernière prise d’eau (xviiie) n’a pas été emportée par la Durance.

Creusé de 1554 à 1559 par Adam de Craponne, il avait sa prise à La Roque d’Anthéron au site de Gontard. C’est l’essai le plus ancien de dérivation des eaux de la Durance vers la Crau ou la mer. […] Jusqu’à la création du Canal EDF, il remplit parfaitement ce rôle, malgré quelques sécheresses difficiles. D’après le livret du patrimoine de l’office du tourisme de Charleval, ou MyProvence

Au panneau d’interdiction posé par l’EDF, le canal alimente une usine EDF. Marie, respectueuse des lois, hésite à passer ; pourtant un passage piéton est aménagé sur le côté du poste EDF, unique moyen de suivre le PR peint de rose et vert délavés. Ensuite nous arrivons au déversoir du bassin de Saint-Christophe.

Son parcours [le canal EDF] chemine ensuite près de Meyrargues, à l’écart de la Durance, puis près du château de Fonscolombe, de Puy-Sainte-Réparade, et du château d’Arnajon. […] Près de Mallemort, une troisième centrale est alimentée par une chute d’eau sur le canal. Selon wikipedia

Petit écart au pont suspendu de Cadenet, enfin ce qu’il en reste, soit les deux piliers, à chaque extrémité. C’est en 1974 qu’il est définitivement déclaré hors d’usage et remplacé par le pont actuel.

Pour franchir la Durance à cette hauteur, un bac est présent depuis le XIè siècle. Comme tous les bacs, leur utilisation est très difficile pendant les hautes eaux, et donc en 1834, le Conseil général de Vaucluse, ainsi que la commune de Cadenet demande en remplacement la construction d’un pont suspendu.
[…] le pont suspendu est ouvert à la circulation en Octobre 1839 moyennant droit de péage. Un règlement de police spécifique réglemente l’usage du pont : Il limitait à 6000 kg le poids maximal des attelages à deux roues, A 8400 kg le poids des attelages à 4 roues […] Les chevaux devaient marcher au pas, les attelages devaient être distants d’au moins 50 m, Les troupeaux de bœufs ou vaches devaient passer par fraction de 10 bêtes, Les hommes de troupe devaient passer sur les flancs en deux rangs, et la cavalerie par pelotons de 20 cavaliers.
Le pont devient propriété des départements des Bouches du Rhône et de Vaucluse en 1883 […]. D’après Base d’ouvrages en service ou construits au XIXème siècle en France

Claude nous rappelle un bout d’histoire de la seconde guerre mondiale : Henri Blanc originaire de Lambesc a saboté le pont de Cadenet, qu’il a rendu inutilisable le jour même du débarquement en Provence. Les ponts suspendus de la Moyenne Durance, site de Claude

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