Echappée belle au pays de la lavande



Mi-juillet : la récolte de la lavande a presque partout déjà eu lieu avec deux à trois semaines d’avance. La rando-bistrot organisée sur ce thème par Provence Authentic, petite agence attentive à ses clients, gardera-t-elle son charme ? c’est la grande inconnue. Marie et moi avons rendez-vous avec Daniel Villanova (de l’association Ventoux-Passion-Nature) devant le bistrot de pays de Saint-Trinit (84) ; je connais ce guide : avec lui, en 2011, sur le thème de la pierre sèche à partir de Monieux, j’avais pu voir un bout du mur de la peste, un aiguier et la ferme de Lauzemolan. J’avais été impressionnée par la qualité de sa prestation.
Saint-Trinit dédié à la Sainte-Trinité, n’a pas de rempart ni d’enceinte mais une sorte de prieuré-fortin où un moine s’était installé. Il n’a pas souffert des exactions de Raymond de Turenne, ni des guerres de religion… sauf Lesdiguières le 1er avril 1591.

Lien vers l’album des photos

Allure sportive et cheveux ras, chapeau sur la tête, accompagné de sa chienne Ilka, Daniel nous accueille avec simplicité et bonne humeur, expose le programme de la journée, et donne le signal du départ. Ce matin : marche, cet après-midi : visite guidée d’une exploitation de lavande et lavandin dans la Drôme toute proche.
Nous démarrons au nord du village, en passant devant la petite église de la Sainte-Trinité.

les restaurations l’ont […] recoiffée d’un campanile […], un haut donjon carré chapeauté d’une pyramide de lauzes elle-même surmontée d’un clocheton pointu, une abside pentagonale qui ose à peine afficher sa saillie par rapport au donjon, une nef […] ; quelques raffinements l’enluminent: des pilastres aux angles, et une baie enchâssée dans une niche à colonnettes.
Le donjon et l’abside (XIIe) ont été complétés en 1580 par un chemin de ronde et des guérites qui firent s’effondrer la voûte ; on la reconstruisit en 1652. Les ouvertures sont rares mais leur qualité compense : la baie axiale et la baie principale son encadrées de colonnettes et surlignées d’un arc cintré. […] Terres de Sault d’Albion et de Banon, P. Ollivier-Elliott, Edisud, 1996

Rapidement, dès la sortie du village, le Ventoux se pointe à l’horizon. Premier champ de petit épeautre (ou engrain) : cette céréale rustique proche du blé, cultivée au proche Orient depuis bien avant J.-C. est remise à la mode dans les années 1990. Elle a une faible teneur en gluten, contient pas mal d’acides aminés, des sels minéraux, des fibres mais son rendement est faible. Elle côtoie ici les champs de lavande avec lesquels elle est en rotation comme avec diverses légumineuses (pois chiches, lentilles). Le petit épeautre se fête à Monieux en septembre. Comment le cuire

Après le petit sous-bois, le paysage s’ouvre sur des collines en damier coloré puis sur les champs de lavande. Inévitablement la question de la différence entre lavande et lavandin se pose.

Le lavandin est un hybride naturel issu d’un croisement entre la lavande dite « fine » et la lavande « Aspic ». II est stérile donc l’homme le multiplie par bouturage. Son essence a un rendement quantitatif 4 à 5 fois plus élevé mais son huile essentielle est plus camphrée et plus acre. Il pousse à n’importe quelle altitude.
La Lavande « fine » se reproduit par graine ou par boutures ; ainsi il est possible d’en trouver à l’état sauvage. Elle pousse en altitude (plus de 600 m).

Extérieurement, si on a les deux sous les yeux c’est assez facile : l’épi de la lavande est fin, de couleur « lavande » avec une tige de 30 à 40 cm. L’épi du lavandin est plus gros, pointu et de couleur violette avec des tiges plus longues de 60 à 80 cm.

Ici point de comparaison possible puisque nous n’avons pas les deux sous les yeux ; alors Daniel nous parle de botanique. La lavande fine possède une seule fleur sur chaque tige ; le lavandin a un épi central et deux ramifications. J’éviterai de vous parler de la lavande aspic qui, elle aussi, a plusieurs ramifications mais est peu utilisée en France.

Dans le vallon de Guillon, les couleurs des champs de lavande ravissent les yeux. Les abeilles affairées bourdonnent : nous nous approchons avec précaution.

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Sentier du petit patrimoine rural du Paty



Après la visite du manoir hanté de la Pré Fantasti (esperit fantasti en provençal), j’enchaîne avec le sentier du petit patrimoine rural du Paty1 ; la voiture reste garée au parking du Lauron.
Jusqu’au début du XXè, les collines étaient cultivées ou réservées aux troupeaux. C’est à la recherche de ces témoignages que nous partons.

L’ensemble des photos

Le début et la fin de la boucle se rejoignent près d’un mur de soutènement en pierre sèche ; au carrefour vers la première variante, je tombe sur un petit ouvrage en pierre sèche qui ressemble aux guérites ayant servi d’abri aux sentinelles en faction le long du mur de la peste ; puis une belle cabane en pierre sèche située près d’un ancien parc à moutons devant laquelle on devine un jardin ; un grand pierrier témoigne sans doute d’une ancienne construction aujourd’hui écroulée.

Le sentier va maintenant monter dans les bois ; je ne repérerai pas la totalité des curiosités annoncées sur le panneau mais n’y pense plus dès que je suis en vue du lac du Paty.
Espérant pouvoir m’approcher du bord, je descends dans une pente un peu raide mais surprise, un grillage ferme l’accès au barrage. Je remonte, doublée bientôt par un chien fougueux qui rejoint son maître. Sur l’autre rive, trois personnes installées pour une partie de pêche. A l’une des extrémités du lac, la fameuse écluse conçue par le père jésuite Morand pour alimenter les quatre moulins de Caromb, le plus haut ouvrage maçonné de France à l’époque (1773), aussi lourd que la tour Eiffel. Les pierres de taille n’en sont que l’habillage : l’intérieur est en terre et tout-venant, construit comme une restanque ; l’eau entrait dans le mur pour s’écouler ensuite à travers le plafond crépiné de la galerie du bas. Le lac de Paty n’est désormais utilisé que pour les loisirs et la pêche.
En 1999, le service municipal du barrage est créé et assure l’entretien régulier de cette construction particulière, encore unique en France.

Les archives municipales précisent qu’en juin 1762, on décide de faire dresser un devis pour établir cette écluse au Paty, qui retiendrait toutes les eaux de source. […] Le vice-légat, pour l’exécution d’un tel ouvrage, accordera son autorisation à la condition que le père Morand, ingénieur expérimenté, soit l’auteur du projet.
En octobre 1762 […] : Le projet du père Morand prévoyait trois vannes mobiles superposées pour la distribution de l’eau en été, et celle du fond, la plus basse, pour effectuer les vidanges et faire évacuer les boues.
En août 1763, on va poser des affiches dans les villes du Comtat pour la mise aux enchères de l’écluse. On nomme un inspecteur des travaux, payé trente sols par jour.
[…] On fait élever un jas sur la montagne du Paty et on fait mettre aux enchères, à concurrence de cinquante livres, la construction d’un four au-devant du jas.
Les travaux durent deux ans (de 1764 à 1766). En juillet 1764, le travail de l’écluse a commencé et il y a aussitôt contestation avec l’entrepreneur sur la solidité des pierres de taille des revêtements intérieurs et extérieurs. […]
En novembre 1766, l’entrepreneur de l’écluse du Paty réclame une augmentation pour agrandir une guérite et réparer des dégâts causés par les eaux. L’écluse du Paty a été mal construite (juin 1767) et l’eau se perd dans les jointures et fentes de la muraille : le retard de sa construction cause un grand préjudice.
La dépense prévue au devis initial était de 36000 livres, elle atteignit alors le double, soit 60000 francs.
En juin 1768, la communauté intente un procès à l’entrepreneur de l’écluse pour malfaçon des travaux. On décide de surélever l’écluse du Paty, le 19 mars 1769.
En janvier 1772, un chaudronnier spécialiste […] place une «palette» ou «soupape» que l’on peut ouvrir ou fermer aisément par serrure. [..;]
En mai 1773, les consuls vont sur les lieux de l’écluse pour surveiller et hâter les travaux de surélévation du massif, pour alimenter les moulins. […]
En septembre 1784, des vandales forcent la serrure ou palette de l’écluse et l’eau se répand au préjudice de la ville. Le mois suivant, on constate un fort envasement de l’écluse, car on a négligé de réserver un puits (“coup perdu”) à la base de l’ouvrage et l’eau a fortement diminué. […] On dépense 1000 livres à cet indispensable ouvrage.
On élèvera une statue à la mémoire du père Morand. Extrait de l’histoire de Caromb par J. Gallian

Autour du Paty 2 : la grimpette, ilagaris

Pratiquement arrivée au sommet de la randonnée, un paysage noir, tristement consumé par le feu, s’étale devant moi ; les branches noircies et dénudées sont telles des bras maigres qui appelleraient au secours, les arbres sont déracinés. L’incendie n’est pas vieux ; en effet, c’est en août 2016 qu’il s’est déclaré. Dans quelques années, une autre formation végétale constituée de chênes kermès, d’arbustes aux feuilles persistantes et ou coriaces viendra remplacer la forêt primitive de chênes verts dégradée par des incendies.

Le panache de fumée est visible depuis tout le Comtat venaissin. Sept aéronefs (Canadair, Tracker et Dash) sont à pied d’oeuvre dans les airs pour aider le travail des pompiers au sol, déployés en grand nombre et venus de tout le département. Près de 10 hectares sont déjà partis en fumée. La Provence, 27/08/2016

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La maison hantée de la Pré Fantasti



Quel randonneur curieux n’aurait pas envie de se rendre jusqu’au manoir de la Pré Fantasti1 réputé pour être une maison hantée ? en déplacement dans le Vaucluse pour la préparation de l’Aperocache Provence 10 ans (3 et 4 juin 2017, rencontre organisée par l’association des Geocacheurs de Provence et de Partout), j’en ai profité pour faire cette courte balade que j’ai complétée ultérieurement par un circuit vers le lac du Paty, constituant ainsi une vraie randonnée autour du patrimoine.

Je stationne sur le parking du lac du Paty, déserté sans doute à cause du mistral. Le sentier est balisé. Je passe d’abord à la figuerie où était plantée la figue longue noire [violet foncé] de Caromb : deux récoltes par an, la seconde donnant des fruits plus petits. Comme pour la truffe, la figue a sa confrérie  : la confrérie de la figue longue noire de Caromb créée en 2008 : c’est cette association qui entretient la figuerie du Paty, verger conservatoire pédagogique avec 35 variétés de figues différentes.

Un cairn puis les traces d’une ancienne carrière, empreinte économique du XIXe ; c’est un calcaire coquillier de bonne qualité, de couleur blanche ou jaune, assez imperméable : sans doute cela explique-t-il qu’il ait servi à la construction et la réparation de quelques fontaines de Pernes [fontaine du Cormoran par exemple], du couvent des dominicains à Carpentras. Le front rocheux donne l’impression d’étages de pierre.

Au loin le haut manoir hanté surgit, annoncé par quelques pierres posées au sol, gravées ou sculptées en relief (« NI » comme Barberini ?, « AU », « P »). Construite entre les XIVè et XVè par le maître-carrier du lieu, elle est habitée ensuite par les frères Barberini, d’une famille noble originaire de Florence. Ses fenêtres à meneaux se détachent bien sur les murs dorés ; un jardin en terrasse fait face au porche en encorbellement soutenu par un pilastre monolithe. A l’intérieur, on devine l’escalier à vis qui menait à la chapelle privée à l’étage.

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Les gorges de la Nesque, évocation de Frédéric Mistral (2)



Première partie du parcours, voir Les gorges de la Nesque 1.

Au final, compte tenu de nos nombreuses difficultés à l’aller, nous avons autant marché que stationné sur place, foi de GPS !

Du Castelleras au plan d’eau de Monieux par le GR9 et le lit du torrent

(Rappel : pas d’interdiction de circuler l’été sauf risque exceptionnel)

La météo aujourd’hui à cet endroit :
Avec la température ressentie

St__le_au_belvedere_baladins_vauclusiens.jpgTi'Mars... et Bob13 devant le VentouxDepuis 1966 une stèle (photo empruntée aux Baladins Vauclusiens) en l’honneur de Frédéric Mistral (1830-1914) a été dressée au belvédère du Castelleras ; nous pouvons voir en face de nous le fameux Rocher du Cire1 empourpré par l’oxyde de fer, où Mistral situa une scène du Calendau, 1867 : « De là, venu dans la Nesque, il étouffe les ruches du Rocher du Cire, et pour trophée apporte à Estérelle un petit rayon de miel ».

Parti tard de Monieux avec deux amis félibréens, Mistral se rendit à Méthamis par les gorges ; ils se perdirent non loin du rocher du Cire et manquèrent plusieurs fois de tomber dans un gouffre. Obligés de faire demi-tour, ils furent hébergés par une famille de chevriers au lieu-dit les Bessons
rocher-cire-mistral-nesque.jpg Le lendemain, ils repassèrent au Rocher de Cire où ils découvrirent de nombreuses abeilles sauvages. Mistral, Frédéric Mes origines : mémoires et récits de Frédéric Mistral, 1915. IMG_4453r.JPGimg_4462r.JPG
En face de nous, de nombreuses et grandes baumes creusées dans le canyon mesurant parfois près de 200m. Avez-vous vu l’étroit sentier dans le fond des gorges  sur la photo de droite  ? nous y étions le matin.

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Au sud, « la cathédrale » est un « rétrécissement extrême…, long de 50m, étroite entaille d’à peine 10m de largeur, entre deux murs à pics hauts de 40m,… ; il se pourrait que cet étroit fut une ancienne caverne. » Mistral s’y est promené ; pourquoi pas nous une prochaine fois ?

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Au Nord le mythique mont Ventoux dans toute sa splendeur avec la route des gorges comme suspendue au flanc de la montagne : il parait si près et pourtant il est à 15km à vol d’oiseau. img_4460r.JPGLe retour le plus direct à la chapelle Saint-Michel prend accès sur la D942 à gauche en venant de Monieux, à 700 m avant d’arriver au belvédère du Castelleras. La descente rapide et en lacets par le GR9 est bien balisée, on est souvent obligé de mettre les mains, ou se glisser dans une gouttière entre deux rochers. Malgré quelques pierriers glissants, je prends le temps de regarder les baumes aperçues depuis le belvédère. Prudence à ceux qui ont le vertige ! Nous retrouvons la chapelle Saint-Michel après 20mn et 124m de dénivelée. Un couple de randonneurs hésite devant la montée qui les attend. Il fait si frais et si calme à cet endroit qu’on n’a pas envie de quitter les lieux ! IMG_4422r.JPGLe temps de placer une nouvelle cache pour les geocacheurs « les gorges de la Nesque (GC14W4) » et nous voilà repartis.
Ti’Mars… suggère de remonter la Nesque le plus longtemps possible pour changer d’itinéraire et ne pas escalader les rochers. Le massif étant formé de calcaires souvent perméables, l’eau s’enfonce immédiatement dans la roche. Les pertes de la Nesque dans tout le secteur des gorges alimentent le système karstique de la Fontaine de Vaucluse. Extrait du Schéma de restauration, d’aménagement, de gestion et d’entretien de la Nesque

Pour le prouver, un traçage des eaux souterraines a été effectué. L’injection du traceur a eu lieu le 11 février 2004 à 14 heures en amont des pertes de la Nesque (commune de Monieux dans le département du Vaucluse)… Le traceur est arrivé en 11 jours et 18 heures à la Fontaine de Vaucluse. La vitesse maximale de 73 m/h est élevée… Ce traçage est le premier sur la Fontaine de Vaucluse avec une surveillance en continu du traceur (procédé breveté INPI)… Le traceur était de l’iode, un oligo-élément indispensable à la vie… Ce nouveau traçage pourrait remettre en cause la validité des premières colorations (fortement médiatisées) des années 60… Extrait des news du site Hydrogeologie.com

Nous marchons donc dans le lit à sec de l’ancienne rivière. A part en cas de forte crue, aucun risque d’avoir les pieds mouillés : vous pourrez donc suivre en toutes saisons le lit de la rivière de la chapelle rupestre Saint-Michel au plan d’eau de Monieux, si toutefois les galets et rochers ne vous font pas craindre une entorse.

A l’arrivée, nous buvons un verre entre amis au bord du plan d’eau en revivant la journée : une manière de prolonger le plaisir de la randonnée.

Circuit n°10 du Topo-guide, Le pays du Ventoux à pied, 9km, 3h

Itinéraire de Montagne Cool, 5h

Notre itinéraire dans les gorges de la Nesque, 8.400km, 2h45

*L’album photo des gorges par les Baladins Vauclusiens et un descriptif d’itinéraire avec ses variantes

Circuit 26 des Nouveaux Guides Franck, Luberon Mont de Vaucluse, niveau technique 3 sur4, 3h15

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1 Rocher de Cire : nom probablement tiré de la présence d’abeilles sauvages fabriquant la cire

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Les gorges de la Nesque, en passant par la chapelle St-Michel et l’homme de Néandertal (1)



Plan d’eau de Monieux – belvédère du Castellaras

Voir la suite du parcours dans les gorges de la Nesque (2).

Dans ce canyon interdit, expression que j’emprunte volontiers au numéro hors-série de Pays de Provence Côte d’Azur, balades & randos, édition 2007, on accède à un monde étrange où l’on s’attend à croiser quelque aventurier en recherche de sensations. Grand avantage l’été : pas d’interdiction de circuler dans la région du Ventoux, le village de Monieux étant situé en zone A (voir note sur l’interdiction de circuler dans les massifs forestiers en Provence 2007)
IMG_4416r.JPGimg_4414r.JPGBob a préparé l’itinéraire avec sérieux, emmenant à la fois carte et GPS. Ti’Mars… et moi lui faisons confiance. Nous traversons quelques champs remplis de chardons géants et cardères sauvages dont les feuilles recourbées servent d’abreuvoir aux oiseaux. Dès le départ du plan d’eau de Monieux – lac du Bourguet dans lequel seuls les canards aiment se baigner -, la Nesque, qui prend sa source à Aurel (84), sur le flanc est du Mont Ventoux, est à sec et cela nous surprend. Elle ne possède pas de gros affluents, et reçoit, dans la partie amont de son bassin versant, les eaux de nombreux talwegs généralement à secs. Les écoulements s’interrompent dans les gorges … Ils redeviennent pérennes dans la partie comtadine (voir les gorges de la Nesque 2 pour plus d’information sur les pertes de la Nesque).

img_4418r.JPGIMG_4419r.JPGNous empruntons un sentier très étroit qui surplombe les gorges et donne le vertige : je n’ose même pas prendre de photo. Le fond des gorges est invisible, caché par une abondante végétation ; nous passons sous les frondaisons de résineux et feuillus enchevêtrés ; à hauteur des yeux, de l’autre côté du ravin, ce ne sont que des grottes creusées par l’eau. Une heure plus tard, à 615m d’altitude, une autre difficulté : un passage avec crochets dans la roche (photo de gauche) pour descendre quelques mètres plus bas. Bob passe le premier. Je n’ai jamais désescalader de cette façon et j’avoue que je tremble un peu ; finalement, mes compagnons m’encouragent et ça n’est pas aussi difficile que cela. Quelques minutes plus tard, c’est la récompense ! près du lit du torrent, la chapelle Saint-Michel est là, avec ses trois rangs de génoise (habitude locale depuis le milieu du XVIIème siècle), blottie sous la grotte à étages,  restaurée plusieurs fois, dont une en 1643 comme en témoigne la date inscrite dans la pierre au-dessus de la porte.

ermitage_st_michel_nesque_1900_A_Martel.jpgIMG_4423r.JPG « ses remous [ndlr : les remous de la Nesque] ont pratiqué… des creux assez profonds pour devenir de véritables cavernes, parfois superposées en plusieurs étages comme, par exemple, les trois énormes affouillements qui surplombent l’antique ermitage Saint-Michel. » Extrait de Nature, la Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie, E.A. Martel, Masson et Cie éditeurs, Paris, 1903 (photo de gauche prise au début du XXème siècle). Le rez-de-chaussée est occupé par la chapelle ; pour accéder au 1er étage, IMG_4425r.JPGIMG_4471r.JPGoccupé à l’époque néolithique, il faut monter à l’échelle étroite sur la droite de la chapelle, la sortie est lisse ; pour le 2ème étage, il suffirait de monter à une autre échelle très raide mais nous ne l’avons pas tenté. Quelques cordes pendent au plafond. L’espace de la grotte a été astucieusement utilisé puisque l’abside est coincée totalement sous le rocher. Une image de Saint-Michel est peinte sur la porte. Au XIXème siècle, c’était encore un lieu de pélerinage. Les nombreux écrits déposés par les randonneurs demandant lachapelle.JPG à Saint-Michel de protéger leur famille en sont encore une réminiscence (Ti’Mars… sur l’échelle, photo de Bob13). Je suppose que le cippe votif gallo-romain1 est la colonne sur laquelle repose la table autel aujourd’hui. A y regarder de plus près, je pense qu’une entrée d’origine a été comblée et devait autrefois communiquer avec l’ermitage : un crucifix a été offert et accroché de ce côté en 1888.

IMG_4438r.JPGPourquoi cette chapelle est-elle dédiée à Saint-Michel ? cette histoire est peut-être un début d’explication. En l’an 492, un homme, nommé Gargan, faisait paître dans la campagne ses nombreux troupeaux. Un jour, un taureau s’enfuit dans la montagne et se réfugia dans une caverne. On lui décocha une flèche qui revint blesser celui qui l’avait tirée. Après trois jours de jeûne et de prières, l’Archange saint-Michel apparut à l’évêque et lui déclara que cette caverne était sous sa protection, et que Dieu voulait qu’elle fût consacrée sous son nom et en l’honneur de tous les Anges. Une chapelle y fut édifiée.

Les églises rupestres : Saint-Pons de Valbelle, Saint-Michel de la Nesque, Saint-Eucher de Beaumont, Les Alpes de Lumière, n°46, 1969

Nous quittons la chapelle pour tenter de rejoindre le belvédère ; mais ça se complique ; le GPS ne capte plus au fond des gorges et nous faisons de nombreux allers et retours inutiles dont une montée et une descente le long d’un câble métallique. Près d’abandonner, nous entendons des voix quelques mètres au-dessus de nous ; une falaise nous en sépare. A droite, impossible de les rejoindre. A gauche, une montée raide nous permet de rejoindre le groupe de danois accompagné d’un guide local. Ouf ! il va pouvoir nous aider. Face à notre carte, il hésite à nous situer. Je ne retiens qu’une chose : ne pas continuer dans les gorges sous peine d’être complètement bloqué et ne plus pouvoir remonter. Nous tombons sur un site archéologique complètement fermé. La pancarte est illisible. Il existe de nombreuses grottes préhistoriques dans les gorges de la Nesque dont le célèbre abri sous roche du Bau2 de l’Aubesier. Serait-ce celui-là ?

Je remercie Francis Hervieux pour son aide à l’identification du site et les références bibliographiques ; clin_d_oeil15491.gifoui, je retournerai dans les gorges, un jour de pleine lune… * ARCHÉOLOGIE EN PROVENCE : BAU DE L’AUBÉSIER, 1998.
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Le Sablon, sur la piste de l’ocre



Endroit moins connu que Rustrel ou Roussillon, le Sablon possède encore quelques vestiges du traitement de l’ocre dans la région. Situé entre Carpentras et Villes-sur-Auzon, dans le Vaucluse, le lieu-dit du Sablon est à peine visible depuis la départementale. plan sablon.jpgExploité par la société Malavard de 1887 à 1928 puis par la Compagnie des Ocres Françaises de 1928 à 1967, le gisement d’ocre l’était pour sa couleur jaune, à ciel ouvert ou en galeries souterraines selon l’affleurement et l’épaisseur des terrains qui recouvraient l’ocre.

La météo aujourd’hui à cet endroit :
Avec la température ressentie

Par le chemin à droite du parking, on découvre une carrière à ciel ouvert, un bassin de rétention et le cabanon des ocriers. Par le chemin qui s’étale en longueur sur la gauche, celui que j’ai parcouru, on peut voir :IMG_1647.JPG

  • les canaux d’alimentation en eaux captées à la source « La France » pour le lavage du mélange sable inerte-ocre,
  • le puits alimenté par cette source (ce puits faisait l’objet d’une question lors de la chasse au trésor que j’avais entreprise ce jour là, voir la fiche le Sablon sur le site de geocaching…) et le réservoir d’eau,
  • le malaxeur qui émiette le mélange et le transforme en boue,
  • les canaux de décantation avec les batardeaux qui ralentissent le courant permettant au sable deIMG_1686.JPG se déposer,
  • le bassin de décantation dans lequel se dépose les couches d’ocre successives,
  • des amoncellements de sable résiduels.

Après décantation et séchage, l’ocre était stocké sous forme de briquettes agencées en murets. Acheminé au moulin de Sainte-Croix ou à l’usine de Villes-sur-Auzon, il était alors broyé, stocké, transporté à l’usine d’Apt qui, après mélange et cuisson, fabriquait une gamme étendue de couleurs.Les moulins d’ocre de l’usine Lamy d’Apt ont été remontés dans leur configuration originale à l’usine Mathieu entre 1995 et 1998.
* Couleurs d’ocre (photographies de Rémy Quentin)
IMG_1688.JPGTout au long du sentier de découverte, des bornes explicatives vous guideront mais en acceptant de sortir du sentier tracé, en allant plus au nord, vous découvrirez des montagnes d’ocres aux couleurs qui rappellent celles du Colorado provençal (* voir la fiche Découverte du Colorado provençal dans ce blog). Certes les chemins sont plus étroits et plus risqués lorsqu’on escalade le sable mais se trouver au milieu de ces dunes colorées a quelque chose de dépaysant, coloré et joyeux, même si elles n’atteignent pas la hauteur de celles de Rustrel. Par contre, dès que vous atteindrez le champ, faites demi-tour sinon le propriétaire risque de vous signaler d’un air mécontent : « Il n’y a pas de chemin par là ». L’avantage de ce site est qu’il est beaucoup plus ombragé et moins connu des touristes, donc moins fréquenté. J’y ai rencontré un couple de grands-parents installés en bordure de chemin avec leur petit-fils qui s’affairait avec sa pelle et son seau à construire dans le sable. Comme quoi, pas besoin d’aller à la plage pour faire des chateaux !IMG_1636.JPG

Après l’abandon de l’exploitation, curieusement, le pin maritime – non, nous ne sommes pas en bord de mer – a pris possession du terrain. La forêt originelle consituée de chênes, commence à se reconstituer dans la partie Est du site. Dans la partie ouest, où sont déposés les résideux sableux, la forêt se reconstitue beaucoup plus lentement.

Les ocres sont connues depuis la plus haute antiquité et nos ancêtres s’en servaient pour l’ornementation de leurs cavernes. Toutefois, le début de l’exploitation de l’ocre se situe tardivement entre 1780-1785, lorsque Jean Etienne ASTIER, habitant à Roussillon, redécouvre les propriétés des terres jaunes et rouges de sa région et leurs pouvoirs inaltérables. Une nouvelle industrie est née qui fera, pendant des décennies la richesse de cette contrée du Vaucluse. Mais il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour voir l’ocre exploitée industriellement.IMG_1691.JPG

Et si vous voulez rejoindre à pied le lac des Salettes depuis le Sablon (baignade, parcours dans les arbres, balades), ne faites-pas comme moi. Partie sans IMG_1695.JPGcarte au 25000ème, j’ai suivi globalement la direction nord et me suis trouvée piégée par le ravin des Sitos que l’on ne peut traverser : profond et impressionnant, envahi par la végétation (voyez-vous le fond de ce ravin sur la photo de droite ?…), il longe les champs cultivés mais n’offre aucun pont pour atteindre l’autre rive ! Le seul moyen est donc de le contourner par le nord ouest. Une fois au bord du plan d’eau, vous profiterez de la baignade et vous marcherez en forêt sur du sable blanc, étonnant non ?

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Merci à Bobine84, geocacheur, d’avoir placé à cet endroit une cache qui m’a permis de découvrir dans le calme l’exploitation de l’ocre

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