Les tulipes de la Brillanne, la glacière et Notre Dame des Anges à Lurs



La rando que nous devions faire en groupe a été annulée ; le temps est à la pluie et même à l’orage. Mais les tulipes ne peuvent plus attendre : Yves et Brigitte m’ont prévenue qu’une bonne partie a déjà été coupée ; je décide d’y aller quand même assez tôt pour avoir une chance d’échapper au mauvais temps.
Album photos

La météo aujourd’hui à cet endroit :
Avec le vent et la température ressentie

Je me gare à la Brillanne sur le parking de Carrefour Market près du chemin de Pissais1 que je vais emprunter pour éviter la route. Au canal de Manosque que je traverse, je longe la berge boueuse et rapidement les chaussures sont lourdes à soulever ; heureusement je n’ai que 260 m à parcourir.

Au loin, les voitures sont garées n’importe comment le long de la route ; le spectacle des tulipes se trouve dans le champ qui la borde sous la forme d’un étroit tapis coloré sur fond de montagnes enneigées.

En effet les tulipes ont été coupées et les pétales jonchent le sol entre deux rangées. Mais le spectacle coloré est quand même là, même si des rangées entières ne sont plus que feuilles.

Ce n’est pas la fleur qui est cultivée mais le bulbe venu de Hollande ; au départ de 9 à 10 cm de circonférence, on les fait grossir jusqu’à 11 ou 12 cm. 11 ha de surface sont réservés aux bulbes hollandais, 2 pour la côte d’Azur et 3 pour production locale en serre.
Pour que la plante se concentre dans le renforcement et l’accroissement du bulbe, il faut la couper. Les bulbes sont mis à sécher et envoyés en Hollande.
Produire ici permet d’étaler la période de floraison : en France on peut faire des fleurs en décembre ou janvier, en Hollande janvier ou février.
Celles vendues aux grandes surfaces et sur les marchés sont vendues 25 centimes l’unité et poussent sous serre ; celles dans les champs ne lui appartiennent pas.
Luc Boissière est désormais le seul à produire des tulipes (10 dans les années passées) ; les hollandais produisent depuis peu des tulipes sous plastique pour contrôler la floraison ; ils importent de Nouvelle Zélande et Tasmanie avec un décalage de 6 mois dans la floraison. D’après La Provence, Alpes, 9 avril 2019

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Les bornes milliaires de Bidoussane et Caseneuve



Il y a longtemps que je cherchais un circuit de rando qui passerait par ces deux bornes milliaires. Compliqué dans une zone urbaine près d’Aix-en-Provence où de nombreuses propriétés privées ont pris possession des chemins. Pour finir, je ne suis pas mécontente de celui que j’ai trouvé mais j’avoue que pour éviter de marcher sur le bord de l’ancienne voie aurélienne (D 17 très passante), j’ai choisi de marcher le long des vignes mais c’est un chemin d’exploitation dans une parcelle privée jusqu’au bord de la route : aujourd’hui le propriétaire avait installé une barrière souple pour en empêcher l’accès…

Le temps qu’il fait aujourd’hui à cet endroit :
Avec le vent et la température ressentie

En passant par les Quatre-Termes, je suis arrivée à Caseneuve, hameau de Lançon, près du château ; pas de parking : je me suis garée le long du champ que l’agriculteur est en train de retourner. La piste se sépare en deux : côté gauche, le sentier part à l’assaut de la colline et rejoint la grande voie de transhumance ; je continue tout droit ; de l’autre côté du champ, côté route, j’aperçois la borne milliaire1 de Caseneuve que j’irai voir au retour.

La Via Aurelia a été initiée à partir de 241 av. J.-C. par le consul Caïus Aurelius Cotta. Elle partait de Rome pour arriver à Luna (Luni). Elle passe par le nord d’Eguilles et se dirige vers Pisavis (Salon-de-Provence) en suivant [presque totalement] le tracé de l’actuelle départementale 17.

Les stations (relais), jalonnant la Via Aurelia dans la partie française, sont au nombre de 15. Elles sont placées tous les 20 à 30 km, ce qui représente une journée de marche. Nous citerons quelques noms […] AQUIS SEXTIS (Aix-en-Provence), PISAVIS (Pélissanne), TERRICIAS (Mouriès), ERNAGINA (St Gabriel), et enfin ARELATO (Arles). Extrait d’une conférence de l’AJA (Association pour les Journées de l’Antiquité), Bruno Tassan

Après la maison, la piste continue sur une DFCI dont la barrière est bien haute ; je passe en dessous, dans le quartier de la Guiramane, probable féminisation du nom de noble Guiraman de Lançon. Les premiers iris jalonnent le chemin.

Après ce paysage de garrigues, la piste passe sous le domaine de Saint-Savournin entouré de vignes. Plutôt que prendre la première route qui le contourne (la deuxième voie est privée), je préfère emprunter un chemin d’exploitation le long des vignes qui, après une large boucle, rejoint la Loyne.

Sur le lieu-dit la Loyne, ce mur haut est-il celui d’un réservoir ? non, derrière il y a des vestiges militaires de la seconde guerre mondiale en face des champs d’oliviers. La batterie de la Loyne, [est situé] à l’est du terrain [d’aviation de Salon] […] ; actuellement il reste 4 encuvements, abris personnels, soutes et un bâtiment qui a pu supporter un projecteur. Forum Sudwall

Autour de la Loyne : batterie Flak, liodan13
1- Autour de la Loyne : Esprit des Bois, liodan13

Plusieurs chemins plus ou moins proches parviennent au croisement avec la voie aurélienne ; sous l’arbre, je fais une pause avant de repartir en direction d’Eguilles. J’ai beau savoir comment les voies étaient construites, je n’ai pas trouvé beaucoup d’indices que ce soit une construction romaine.

Le revêtement était le plus souvent formé de graviers damés parfois assemblés avec de l’argile ou de la chaux. […]. Les pavés, quant à eux, étaient réservés la plupart du temps, aux cités et aux passages difficiles (fortes déclivités, sols marécageux…). Ces voies principales étaient entretenues aux frais de l’État central (Rome) et l’usage en était réservé aux fonctionnaires de passage, au courrier public (CURSUS PUBLICUS), et aux légions romaines. Extrait d’une conférence de l’AJA

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Les collines d’Eguilles : des Ponteils à la plaine



Petite balade pas loin de chez moi idéale pour prendre l’air malgré un temps incertain ou pour promener le chien Tatooine quand j’en ai la charge.

Nous partons près de la déchetterie d’Eguilles (2 places au bord du champ) au pied de la colline des Ponteils1.

La piste DFCI monte doucement, passe devant la bastide de Cartoux, puis va dominer la carrière : points de vue sur l’étang de Berre et la plupart des sommets provençaux : le Pilon du Roy, l’Etoile (SE), la Sainte-Baume, Aurélien et Olympe, la Sainte-Victoire (E) et le Concors.

La longue crête commence par le viaduc des Ponteils1, un des plus longs de la ligne TGV méditerranée, qui décrit une belle et longue courbe de 1 km 700 ; ses piles sont hexagonales et ses voussoirs2 creux et trapézoïdaux.

Pour la partie centrale, deux piles spéciales ont été construites de part et d’autre de la chaussée [ndlr : système d’assemblage qui a permis de ne pas interrompre la circulation de l’autoroute qui passe dessous]. Elles étaient munies d’un dispositif de rotation sur lequel ont été construites deux travées avec des bras symétriques en porte-à-faux orientés parallèlement à la chaussée. Lorsque ces derniers ont été terminés, il a suffi de faire tourner les travées pour les mettre dans l’alignement du reste du tablier et obtenir une poutre centrale de 100 mètres de portée. Cette opération qui a duré 4 heures pour chaque travée était une première mondiale car elle n’avait jamais été utilisée pour riper un poids de 3600 tonnes. Selon l’Inventaire ferroviaire 13114r

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Les fermes et bergeries de l’Arbois



Aujourd’hui c’est moi qui ai préparé un circuit de randonnée qui passe par plusieurs fermes abandonnées de l’Arbois, terrain aride et caillouteux. Nous nous garons sur l’énorme parking du parc départemental, un peu avant  le château de la Tour d’Arbois. La début de l’itinéraire balisé et documenté par des panneaux, empruntera une partie du circuit du badaïre1 avec la ferme de la Vautubière2, passera par la bergerie de Mion, puis sur un parcours non balisé, traversera le camp américain, et rejoindra le domaine de la Bastide Neuve. Pour la dernière partie, André sera le guide…
L’album photos des fermes de l’Arbois

Ça commence fort par une rude montée dans les cailloux ; des petites gorges ont entaillé le plateau ; le canal de Marseille a une particularité qu’explique André : les bassins de Valoubier et la Garenne, le souterrain qui les rejoint (Hendrik Sturm, du bureau des guides du GR2013 raconte dans sa randonnée sauvage sur le plateau de l’Arbois qu’il la emprunté avec un groupe), font partie d’un ensemble de délimonage comme j’avais pu en voir lors de ma balade à Ponserot. Le château de Saint-Estève-Janson. On devine le long des bassins, à intervalles réguliers, de petits ouvrages (vannes) permettant l’écoulement des eaux de vidange dans l’Arc, par un robinet évacuateur.

Les eaux que le canal envoie dans le premier bassin, celui de Valoubier, remontent d’abord pour pénétrer dans le souterrain […] et, de là, dans le bassin de la Garenne rentrent dans le canal après avoir parcouru ce dernier bassin dans toute sa longueur, en se déversant en nappe mince et fort étendue par-dessus la banquette de la levée de la Garenne. Valoubier Garenne. Promenade sur les bords du canal de Marseille, E. de Saintferréol, impr. de Ballivet (Nîmes), 1854

Rapidement vous aurez une vue dominante qui vous permettra de reconnaitre Sainte-Victoire, l’Etoile, le Luberon. Puis vous arriverez à un espace aménagé, sorte d’observatoire sur le paysage environnant : le rocher (construction métaphorique dont le texte explicatif est déjà presque illisible), les lignes de vie (ligne d’horizon, GR2013, ligne TGV), le génie de l’eau (le canal de Marseille), le champ du vallon en direction de la ferme de la Vautubière.

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Une ville américaine dans l’Arbois



Pendant longtemps, je n’y ai pas cru à cette ville américaine construite sur le plateau de l’Arbois à la fin de la seconde guerre mondiale ; puis, j’ai cherché, consulté les forums et quelques documents d’archives pour finalement l’admettre… Anne, Claude, Majo et moi partons à la recherche de quelques indices de sa présence dans la zone nord CP1.

Album photo

Un peu d’histoire : au moment du débarquement des alliés en Provence le 15 août 1944, la guerre contre le Japon n’est pas terminée. L’Etat-major des forces alliées envisage de transférer des troupes (excédentaires ou venant des USA et d’Angleterre), de l’Europe vers le pacifique et de rapatrier aux USA les troupes non nécessaires : une opération de redéploiement de grande envergure avec mouvements d’hommes et de matériels. Ce camp de transit n°1 – Calas staging Area – sera installé sur le plateau de l’Arbois :  terrain vaste, à proximité d’un port, d’un réseau routier et ferroviaire, d’un aérodrome capable de faire atterrir des gros avions. Parallèlement un camp de prisonniers de guerre était mis en place au sud de la RD9 sous le nom de Continental Central Prisoner of War Enclosure number 404 (CCPWE 404, capacité 25 000 hommes environ). Le camp ferme officiellement le 23 janvier 1946.
Sur le côté gauche de la photo aérienne de l’IGN en 1949, vous pouvez voir une partie de l’alignement des blocs où étaient installées les tentes de la zone CP1 (nord de la route), et au sud le camp de prisonniers. Côté droit, le bassin du Réaltor.

Nous stationnons face à la DFCI, non loin de l’embranchement qui mène à la SPA sur la petite route D65D. La piste est large et facile, entrecoupée de nombreuses petits chemins.

La piste DFCI passe au dessus du canal puis de la ligne TGV.

Nous arrivons sur ‘la grande route de Tokyo‘, large avenue goudronnée de plus de 3km de long, avec un terre-plein central ; elle suit la ligne à haute tension de 13 000V qui a été prolongée vers le camp pour alimenter les 13 postes de transformation en 115 volts, le standard américain. Le réseau ainsi câblé alimentait en électricité toutes les tentes et les bâtiments. Sur les photos aériennes de l’époque, on reconnait facilement cette route et les tentes installées de chaque côté.

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Le tour des hameaux de Sigonce



2è tour des hameaux de Sigonce (2019), 9 ans après le premier… avec Yves Provence. Nous ne sommes pas allés au four à chaux ni à la bergerie des Guérins ; nous avons rejoint directement le lieu-dit l’Hopital sur le GR de pays du tour de la montagne de Lure à partir de l’Asseroux ; le jas de l’Hoste (figurant sur la carte de Cassini XVIIIe) devait sans doute recevoir les pèlerins ou malades, sens premier de ‘hoste’, d’où vient également le mot ‘hôpital’. Début XXe, le curé Vidal du Revest Saint-Martin y soignait sans doute les malades de la fièvre typhoïde. Lire le vieux Montlaux

Album de Mike, album de Daniel, Album de Yves notre guide, mon album

Une belle esplanade est désormais aménagée pour le pique-nique près de la chapelle Saint-André. Tous les hameaux ont gardé leur charme grâce aux maisons de pierre blanche ; nous avons rencontré des chevaux, chèvres, vaches, traversé de nombreux bois de chênes et des gués gelés.
Au loin le sommet de la Montagne de Lure, curieusement, n’est pas encore enneigé.

L’église saint-Claude a bénéficié de la restauration prévue : une riveraine fort sympathique nous laisse entrer chez elle pour faire quelques photos ; au milieu de la crèche installée près de la fontaine, coule une petite rivière qui rend le cadre réaliste : vous la découvrirez en décembre ou janvier.

A la fin de la boucle, nous tentons d’accéder au château Bel-Air, grande bastide située au nord du village, sur une colline à 527 m d’altitude. Cette belle demeure fut édifiée du XVIème au XVIIIème siècle, probablement par les Du Bousquet, coseigneurs de Sigonce sur des vestiges antérieurs médiévaux : Deux ailes en équerre sont reliées par un donjon et prolongées chacune par une tour, la façade Nord est couronnée d’un arc de cercle, les génoises de toutes les façades sont à 4 rangs de tuiles, privilège des seigneurs de haut rang. Extrait de Le château de Bel-Air. Émile Portigliatti

Image de l’itinéraire 11km350 5h30 (3h15 déplacement seul) 294m dénivelée (+354, -354).

Télécharger la trace tour des hameaux de Sigonce

1er tour des hameaux de Sigonce (2010) et 20ème fête de la randonnée Forcalquier pays de Lure) : IMG_0007.jpggrâce à un charmant guide qui s’était blessé de la veille, cette boucle a l’intérêt d’allier marche et patrimoine puisque nous commençons par la visite de Sigonce en présence du maire et d’un membre de l’association les Amis de Sigonce qui agit pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de la commune.

Blason D’azur à la lettre S capitale d’argent, surmontée de trois étoiles du même mal ordonnées. Le S ne signifierait pas Sigonce mais Secondus locus, second village apparu à l’emplacement actuel, le premier étant au Chatelard et Aris.

IMG_0110.jpgLa statue de Saint-Claude, saint protecteur de la peste aux pouvoirs miraculeux, a été volée dans sa niche au coin de la  rue en 1972 et remplacée par un petit buste de terre cuite, trop petit pour l’abri qui le protège. Une tentative de vol par les habitants de Lurs s’était soldée par un échec : la statue était devenue si lourde lors de son transport que le butin avait dû être abandonné. D’après Pays de Lure Forcalquier Manosque et de Giono, Ollivier-ElliottEdisud, 2000

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Sentier du littoral de la Côte Bleue entre la Redonne et Niolon



La petite équipe d’aixois, Majo, Claude et moi, partira de la gare de l’Estaque par le train de la Côte Bleue jusqu’à la Redonne puis rejoindra à pied la gare de Niolon d’où elle reprendra le train pour l’Estaque. C’est une solution bien meilleure que la voiture car on ne peut se garer dans les petites calanques réservées aux riverains. Avec ses 27° le matin, c’est déjà une chaleur d’été.

L’album photos

La gare de l’Estaque nous met plutôt mal à l’aise : sur le parking, la vitre d’une voiture a été cassée, le distributeur automatique de tickets de train est quasiment illisible, des déchets jonchent le sol, des cailloux ont été jetés sur la verrière, le quai est sale.

Dès le départ du train qui ne roule pas vite, j’ai les yeux rivés côté mer : je reconnais le port de l’Estaque et ses deux phares ; quelques petits porte-containers rentrent au port de Marseille ; un tunnel, le port de la Vesse et sa petite route, le port de Méjean et enfin après le viaduc, l’arrivée en gare d’Ensuès-la Redonne. Notre TER touristique, bleu et jaune tamponné des écussons des communes de la côte, déverse le flot des premiers baigneurs et randonneurs. On se rend mieux compte alors que la gare a été creusée dans la chaîne de l’Estaque. La commune d’aujourd’hui réunit deux parties du village : Ensuès sur les hauteurs, et la Redonne au bord de l’eau.

[…] la ligne Miramas-l’Estaque a été déclarée d’utilité publique par la loi du 29 juin 1904. […] « l’initiative de relier les deux villes apparut dès 1867 » écrivait Louis Roubaud. Si l’énoncé actuel, « ligne de la Côte bleue », fait immédiatement songer à ses attraits touristiques, elle permet aussi plus prosaïquement aux salariés de l’Ouest de l’étang de Berre d’aller travailler à Marseille sans problème de stationnement.
Cent ans après le début de son exploitation (sans inauguration officielle pour cause de Première Guerre mondiale), la ligne des TER actuels […] apparaît comme une prouesse technologique du début du XXe siècle. Où l’apport de la main d’œuvre immigrée a joué un rôle important, notamment lors de achèvement des travaux (les ouvriers français sont envoyés au front). […] J.-F. Arnichand, la Marseillaise, 30 août 2015.

La ligne Marseille-Miramas par la côte a été construite de 1907 à 1915 par Paul Séjourné, ingénieur réputé pour la qualité de ses ouvrages d’art.
La difficulté des travaux consistait au fait qu’il n’y a pas de plaine littorale ; la ligne est donc accrochée au flanc de la chaîne de l’Estaque.
Elle compte 7 gares, 8 haltes, 45 passages inférieurs, 21 passages supérieurs, 2 ponts et 18 viaducs dont 4 labellisés patrimoine XXe siècle. Selon le site de la sncf (TER)

De la gare, nous descendons vers le port de la Redonne; vu d’en bas, c’est un bel ouvrage que cet imposant pont ferroviaire en arc plein cintre !

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Les bergeries des terres gastes, les Brulades à Eguilles



En ce début juin, j’organise pour un groupe d’aixois, une randonnée près de chez moi. Nous stationnons sous le pont TGV le long de l’ancienne voie aurélienne. Le spectacle des champs de coquelicots met déjà de bonne humeur.

Le sentier du Mazet à Saint-Cannat, qui démarre à la piste DFCI à côté du pont, passe d’abord en sous-bois puis grimpe au Mazet par une piste caillouteuse ; de là haut, on peut voir la Sainte-Victoire au loin. Il figure sur le cadastre napoléonien de 1827 mais pas sur la carte de Cassini : la bastide du Mazet a donc été construite fin XVIIIe-début XIXe. Quatre chemins, venant des quatre points cardinaux, )y aboutissent.
Sur internet, le Mazet est parfois décrit comme lieu de regroupement de la grande transhumance et haut lieu de la Résistance : qui pourrait m’en dire plus  ? (merci André pour l’envoi de ce premier document)

Depuis le XVe siècle, les nourriguiers1 utilisaient les pâturages de la commune situés dans les terres gastes2 de l’ouest d’Eguilles ; en 1717, treize bergers y travaillent pour des propriétaires de troupeaux ; mais en 1832 le nouveau code forestier interdit le pâturage ; le maire se bat pour rétablir le droit de pacage et d’affouage ; finalement, par des ordonnances successives, les habitants d’Eguilles sont autorisés à refaire pacager les bêtes à laine, 2000 environ en 1882, en payant une taxe de 60 centimes par tête (prix de 1836) mais la commune se plaint régulièrement des dégâts causés par les troupeaux transhumants qui mangent tout sur leur passage et envahissent les champs.
Eguilles, images et histoires : d’Aculeus à Eguilles, l’histoire du village et de ses habitants, S. Bergaglio, Editions des lilas, 2014

Nous visitons le Mazet, profitons des mûres sur le grand mûrier près de la bâtisse ; les crochets pour attacher les chevaux sont toujours scellés au mur ; l’abreuvoir près du puits sert encore aux troupeaux de passage ; j’y ai rencontré à ses abords, en mai 2016, un millier de moutons fraîchement tondus, guidés à la voix par un vieux berger et bien gardés par les chiens. Un spectacle unique ! Continuer la lecture de Les bergeries des terres gastes, les Brulades à Eguilles

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Pichauris, puits d’Arroumi, château de Ners



Pichauris1, ancien hameau rural rattaché à Allauch est devenu domaine départemental : c’est ma première visite ; j’emmène Claude et Majo.

Ce Parc Départemental a été acquis en 2006. Situé au coeur des Massifs de l’Etoile et du Garlaban, ses 1 368 hectares parcourent le paysage si cher à Pagnol.
Ce Parc présente un double visage, d’un côté marqué par les conséquences de l’incendie de 1997 sur l’Etoile, de l’autre riche d’une garrigue à chênes kermès, à thym et à romarin. Site du Conseil départemental, domaine de Pichauris

L’album photos Pichauris

Nous sommes arrivés tôt et heureusement car à notre retour, les automobilistes se battent pour une place. Avec son environnement sec et caillouteux, des collines et du dénivelé, des pistes mais aussi plein de sentiers alternatifs, cette randonnée n’est pas si facile.

C’est à l’auberge de Pichauris que Joseph, le père de Marcel Pagnol, rêvait de vendre la moitié des grives qu’il avait chassées (Relire Le château de ma mère) ; dans presque chaque livre de Pagnol, on parle de Pichauris et de la chasse dans ses bois ! Yves Robert y a tourné la majeure partie des scènes de La gloire de mon père et le château de ma mère. Sur le cadastre napoléonien, les postes de chasse y figurent clairement ainsi que les fours à chaux, richesse naturelle du domaine.

Le Marquis Pierre d’ALBERTAS, inféodé aux Evêques de Marseille, qui prit définitivement possession des lieux en 1357, et ce pratiquement jusqu’au début du XXè siècle […]. Pendant 2 ans (1791-1793), Pichauris fut rattaché à Peypin car les habitants fréquentaient plus facilement son église. C’est à la suite d’une pétition des habitants que le Domaine retourna dans le giron d’Allauch. Il est a noté que le Four à Chaux et la Plâtrière fonctionnèrent jusqu’en 1930. Selon le bulletin municipal 98 d’Allauch, 2007

Le pays de Pagnol n’est pas aussi sec qu’on le pense puisque nous croisons rapidement le puits de Baptiste Long et le lavoir de la ferme de Pichauris. Triton vert a répertorié 28 sources ou puits dans le massif du Garlaban et ses environs.

Le village de Pichauris se trouve sur la gauche, avec ses trois anciennes bergeries et sa plâtrière au bout du chemin de Regage. C’est dans une de ces maisons abandonnées que fut tournée la scène du film de Pagnol sur la bastide des vacances de Marcel. La vraie Bastide Neuve se trouve à la Treille.

Après un petit bout du GR 2013, nous quittons la grande piste pour un sentier qui sinue dans la garrigue jusqu’à la table d’orientation où un VTTiste, en un saut bien rapide, réussit à identifier Sainte-Victoire, l’Olympe et son curieux bec, les antennes du mont Marseillais à 3 km à vol d’oiseau et la plaine de Pichauris.

Cette partie que je vous décris maintenant, peut être évitée pour une randonnée plus courte et plus facile en famille. Au lieu-dit les Grands Chênes, il y avait au début du XIXe l’Entrepôt de bois de Baragne2 (parcelle 97, Pichauris C2, 1824) au croisement du chemin de la Bourdonnière à Pichauris et du chemin des Grands Ubacs ; non loin de là, un four à chaux était bâti près du chemin et adossé à la pente : le four devant être alimenté en permanence pendant la cuisson, il fallait donc que le bois soit disponible et proche, d’où la construction de cet entrepôt qui devait être de dimensions importantes puisque le propriétaire (Barthélémy Jeanne-Rose épouse Camoins en 1824) était imposé sur sa surface, et le volume de baragne devait permettre de cuire au minimum une à deux fournées de calcaire ;  pour calciner 1 m3 de chaux dans un four de 60 à 75 m3, il faut pour un feu de 100 à 150 heures - près de 2 m3 de bois de corde, ou 22 m3 de fagots, ou 30 m3 de fascines de genêt ou de bruyèreFours à chaux dans le Var . La chaux vive était probablement éteinte par de l’eau venant par une canalisation depuis la source proche mentionnée sur la carte. Lire aussi Fours à chaux du vallon de la Panousse.
Merci à UnDeBaumugnes pour son aide sur ce sujet.

Nous prenons la large piste sous les rochers des Grands Ubacs ; le terrain est plutôt agréable et facile mais quelle montée sur 2 km700 pour passer de l’altitude 422 à 631 avec la chaleur qu’il fait en cette fin d’avril ! aussi quand le puits d’Arroumi3 est en vue, je sais que c’est là qu’aura lieu le pique-nique ; la pompe a été bloquée, sans doute réservée à l’usage des bergers ; un cycliste essaie de récupérer un fond d’eau pas très propre qu’il traitera ; un autre groupe de randonneurs s’installe également à côté de nous. C’est LE lieu de rendez-vous incontournable mais sans eau : amenez la vôtre.

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** Du vieil Eygalières au monastère de l’Epiphanie en passant par la chapelle Saint-Sixte



Une première courte visite de la colline surplombant le château m’avait séduite ; j’ai donc prévu une randonnée qui me donnerait l’occasion de circuler librement dans le village ; en me garant sur le parking face à l’école, j’étais certaine de n’avoir aucun problème pour trouver une place de stationnement. Le site Patrimoine en pays d’Arles y recense 20 points d’intérêt patrimonial : je ne les ai pas tous découverts, je reviendrai. Au IVe siècle, les Romains captent les sources dites guérisseuses du quartier Saint-Sixte AQUALERIA qui deviendra Eygalières (en provençal Eigaliero). J’ai privilégié la visite du village mais vous pouvez la faire après la randonnée.

L’album photos

La Grande Fontaine, fièrement, porte le buste de la Marianne républicaine.
L’église neuve Saint-Laurent (1905) a remplacé la vieille église : ses murs ne me semblent pas verticaux…

La place des Pago-Tard

fait référence aux habitants du lieu : dès lors que s’est installée une relative stabilité politique et sociale aux alentours du XVIe, l’agglomération s’est progressivement étendue vers la plaine, au sud. Les derniers occupants de la ville haute furent les ouvriers agricoles, les populations les plus modestes qui n’avaient pas les moyens de faire bâtir une nouvelle demeure et qui ne payaient leurs dettes qu’après la récolte, d’où leur surnom de « paye-tard ». Selon e-patrimoine en pays d’Arles

En passant devant cette place aux herbes, avec ses bancs de pierre qui invitent au repos, je reconnais la photographie du livre de M. Pezet : c’était la place de l’ancienne halle aux plantes fourragères construite en 1785 puis détruite en 1930.

La porte de l’Auro1 doit son nom au mistral qui s’y engouffrait. Dans la ruelle de la porte de l’Auro, étroite et fermée, quelques bouches à feu sont encore visibles dans le mur de droite.
Hors tracé : en se dirigeant vers l’ouest, en direction du moulin à vent, une bouche à feu ou canonnière2 d’angle, assez rare dans les fortifications, est encore bien visible malgré l’arbre qui pousse devant. Perché sur son socle rocheux, depuis la tour du moulin à vent (1711), vous aurez une belle vue sur les Alpilles et côté ville, sur l’hôtel Isnard.

En regardant avec attention, on trouve des traces de l’enceinte primitive (XIIe) qui entourait uniquement l’éperon rocheux, puis de la seconde enceinte (XIIIe-XVe) destinée à englober les maisons qui étaient venues s’agglomérer contre le premier rempart. Quelques vieilles et hautes maisons de pierre aux fenêtres à meneaux, des ruelles étroites, des voûtes de pierre complètent le tableau ancien. L’hôtel Isnard (XVIe) en partie restauré, en est un bel exemple ; Bruno Isnard (1656-1694) était un grand propriétaire terrien à Eygalières qui est dit bourgeois de cette ville dans un acte de vente de sa veuve du 09-12-1695 (Paul Bertrand, f° N°751) ; dans la société du XVIIe, la bourgeoisie est une classe de riches, travaillant beaucoup et possédant des terres ; la famille Isnard possédait également le mas de la Brune, classé monument historique.

Au croisement des rues Docteur Roque / Safranière, un grand calvaire dont je n’ai pas relevé la date. Hors tracé : la rue Safranière avec la façade de la maison de  la famille Estrangin et de leur moulin (appartenant, au début du XXe, à la famille Milhaud) situés à l’aplomb de la tour de l’Horloge. Il a fonctionné jusqu’en 1925. Cette rue se prolonge à l’est par l’ancienne draille des troupeaux, intéressante pour les randonneurs, mais presque impraticable, envahie par la végétation et coincée entre un mur et un grillage…

Un escalier caladé monte au sommet du rocher un peu accidenté tout de même, d’où vous aurez une vue sur les toits du village et sur la chaîne des Alpilles. Il y avait là le château, ses quatre tours rondes, le donjon et sans doute quelques habitations troglodytiques.
Au premier étage de ce donjon seigneurial éventré, logeait le seigneur. Derrière, le puits de 80 m de profondeur. Il ne reste de cette tour que le premier niveau  – une salle de garde – surmonté d’une Vierge : aucune preuve qu’elle rappellerait un miracle de 1893 comme le colporte la tradition.

En jetant un œil en contre-bas avant d’arriver à la tour de l’Horloge, vous verrez les ruines du  moulin à huile Estrangin, le dernier en activité dans le village, avec une arcade, un bac de pierre, des rigoles ; sur la photo ci-contre extraite du livre de M. Pezet p. 53, on peut voir la meule à rotation animale et les vis du pressoir à chapelle contre le rocher.

La tour de l’Horloge, reconstruite avec les pierres du donjon en 1676, commémore le rachat du village et des terres par la communauté, la libérant de la tutelle de son seigneur Henry de Guise.

En juillet 1652, le prince de Condé obtient la libération du duc de Guise détenu en Espagne depuis avril 1648 ; en 1660, Guise, lourdement endetté, vend aux habitants, pour la somme de 48 000 livres, tout le domaine de sa seigneurie mais il garde la justice, le château et le  péage de la Vallongue, au fort d’Ancize. A.C. d’Eygalières, registre « Vente de la terre d’Eygalières » f° 8 et 9 ou Les Alpilles, Eygalières et Mollégès des origines au XVIe, M. Pezet, Imprimerie Mistral, Cavaillon, 1949

Tour carrée, coiffée d’un campanile, ses arêtes sont protégées par des pierres de taille posées en harpage3. La cloche de 350 kg – prénommée Jésus Marie Joseph– fêlée en 1855, est refondue par Pierre Perron d’Avignon la même année. Son mécanisme datant des années 1850, est toujours activé mécaniquement par deux contre-poids. Bulletin municipal 94 mai 2016

Au-dessus de la porte d’entrée de la tour, une plaque de marbre rappelle que l’horloge fut restaurée en 1968 sous la mandature de Monsieur Breugne de Valgast Gaston, pour éviter l’érosion de celle-ci et la chute de pierres.
Le maire de l’époque Jean Roque, bonapartiste convaincu, fait graver sur la nouvelle cloche un aigle avec ses aiglons ayant en exergue la devise Aquilarum rupes (rocher des aigles) pour complaire à l’empereur Napoléon III. Bulletin municipal 79 de juin 2015.

En 2015, elle a dû être démontée par un cordiste monté en rappel sur la tour : les engrenages étaient bloqués.

De là haut, je vois bien la petite colline à l’est où se trouve la grotte Fernet appelée communément la « Baumo-Sourno », ce qui signifie en provençal, la Grotte sombre ; je me promets au retour de trouver comment y monter.

La chapelle des Pénitents Blancs, édifiée en 1581 contre le rempart nord-est, a servi de charnier lors de la peste de 1720 car les pénitents étaient chargés d’y enterrer les victimes. La tour de défense située dans l’angle est reconvertie en sacristie. A partir de la dissolution de la confrérie en 1881, la chapelle est laissée à l’abandon. En 1947, Maurice PEZET crée l’Association Les Amis du Vieil-Eygalières, qui après plusieurs années d’efforts, consolide le clocheton et restaure la chapelle des Pénitents. L’association en a fait un musée d’histoire locale, musée Maurice Pezet, D’après le site e-patrimoine en pays d’Arles

Le Musée Maurice Pezet, inauguré en 1967, regroupe et présente les découvertes, du paléolithique à aujourd’hui, faites dans la commune d’Eygalières. En complément, sous forme de panneaux manuscrits, les recherches de Mme Suzanne PEZET auprès des archives relatent en détail l’histoire du village.
Le Musée est ouvert de Mars à Novembre (tous les dimanches et jours fériés, + les journées du Patrimoine) par les bénévoles de l’Association qui continuent de mener l’action originelle de sauvegarde et des restauration du Patrimoine historique et culturel d’Eygalières. C. Delage, présidente de l’association, et J. Delage, par mail

Au zoom, je vois bien que le clocheton porte une inscription mais si je repère la date je n’arrive pas à la lire en entier. Supposant qu’elle a été laissée par un Compagnon, je contacte Jean-Michel Mathonière, spécialiste du compagnonnage qui a écrit plusieurs livres sur le sujet ; il me donne le texte en entier :

La Pansée du S. E[sprit C]ompagnon Passant Tailleur
M.M.                                    De Pierre 1743

La partie centrale avec [sprit C] a été détériorée (par la foudre ?) et n’est plus lisible. M.M. signifie « maître maçon » […]
Il y a une autre inscription juste au-dessous du fronton, au-dessus de l’arc, en capitales très soignées : MATHIVINARD.REC. Je pense qu’elle concerne le recteur en exercice de la confrérie des Pénitents blancs lors de l’érection du clocheton, un dénommé Mathieu Isnard.

Et comme je cherche la marque d’un outil ou un blason, il précise :

Il est rare, d’autant plus sur une partie visible d’un édifice religieux, que les compagnons tailleurs de pierre gravent leur blason. En l’occurrence, s’ils l’avaient fait, il se serait assez certainement composé du compas, de la règle et de l’équerre entrecroisés et entortillés d’une couleuvre, emblème de la Prudence, le tout entre des palmes. […] Le serpent compatissant

En lisant quelques pages sur son site dédié au compagnonnage, je constate que sur le millier de Compagnons passés par Avignon au XVIIIe et XIXe, 72 se surnomment La Pensée de [ville d’origine]. C’est sous cette identité compagnonnique qu’un Compagnon signe le Rôle4 à son arrivée dans la ville (s’il a déjà été reçu), ou au moment de sa réception.

Je suis descendue ensuite vers l’ancienne église Saint-Laurent (classée Monument Historique en 1983), dont j’aperçois le clocher. Reconvertie en temple de la raison après la révolution, elle accueillait donc les peuples sous la devise de la liberté et de l’égalité afin de revenir aux principes fondamentaux de la République.

Saint-Laurent fut édifiée au XIIe siècle dans le vieux village d’Eygalières. On en trouve déjà trace en 1155 dans une bulle du pape Adrien IV. Elle était bâtie contre le rempart, près du pont-levis, agrandie au XVe puis au XVIIIe. Le clocher détruit à la révolution est reconstruit en 1854. La porte a été exhaussée au moment de la construction des nouveaux remparts. Sous la nef, se trouvait un silo à grain destiné à recevoir les redevances de la dîme. En 1702, 36 familles avaient encore leur caveau sous la dalle de l’église. Elle est remplacée en 1905 par l’église neuve Saint-Laurent, non loin de l’école.

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