Sentier de découverte, Chateauneuf-les-Martigues


Sur une idée d’André, nous nous garons à Chateauneuf-les-Martigues, non loin de l’autoroute A55 coincé entre la ville et la chaîne de la Nerthe, à deux pas du musée et de la Vierge Noire (couleur de bronze, 1868). Temps gris. Nous disposons d’un plan schématique, de dépliants qui donnent tous les mêmes informations, et d’un balisage jaune que nous ne repérerons pas beaucoup. Par la rue du Vieux Moulin, nous passons sous les ponts de la double voie.

Concept original pour la mise en valeur du patrimoine, dans le tunnel du double pont de l’A55, quelques illustrations, un panneau d’information sur Joseph Repelin, celui qui a découvert l’habitat préhistorique de la Font-aux-Pigeons et des empreintes de main couleur ocre, celles de la civilisation actuelle de Chateauneuf-les-Martigues.

Deux illustrations (4x3m et 2x3m) issues de la bande dessinée Le Grand Abri – La vie d’un clan il y a 9000 ans en Basse-Provence –, Toomaï Boucherat, Priscille Mahieu, Carole Cheval, Atilia Multimedia, 2015 ont été reproduites en 6 jours par Fabienne Rebua et Nelly Andreo. Vivre 167, nov. déc. 2018

Nous sommes presque immédiatement accueillis par des chèvres divagantes qui grimpent sur les rochers avec une aisance que je leur envie. Ceux qui circulent dans le coin, ne seront pas étonnés : ces troupeaux trop nombreux errent le long de la D9 et de l’autoroute A55, entraînant des accidents, ravageant des terrains viticoles et engloutissant systématiquement les jeunes pousses d’arbres empêchant le reboisement du massif. En 2021, plus de 1000 chèvres. Un berger de Mouriès a ainsi récupéré les 63 premières chèvres capturées. Publication officielle de Chateauneuf, août 2021

Juste après le pont, les hautes falaises donnent l’impression d’entrer dans une zone minérale hostile, géologiquement pas toute jeune. A droite, le célèbre Abri de la Font-aux-Pigeons ; le surplomb joue le rôle d’abri contre les vents froids du nord, un des plus anciens sites préhistoriques du pourtour de l’étang de Berre (de 6500 à 2500 avant J.-C.) que l’on ne visite qu’avec un guide. Il a fait l’objet de fouilles archéologiques effectuées par Max Escalon de Fonton et Jean Courtin. Ces derniers ont mis au jour une civilisation particulière du Mésolithique : le Castelnovien. Cette période se caractérise par un réchauffement climatique qui va totalement bouleverser le paysage.

En face, nous débouchons sur un petit cirque à gauche du réservoir d’eau, trace d’une ancienne cascade selon les géologues. Nous allons poursuivre jusqu’à la grotte ; avant de partir, j’ai lu la feuille imprimée du parcours géologique que m’a envoyée André : il était écrit de longer le grillage qui protège le site mais André, persuadé d’avoir repéré le sentier en face, grimpe sur les rochers, parfois glissants ; finalement nous sommes contraints de redescendre de quelques mètres sur un terrain bien incommode…

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Canaux en partage


Surprise par le nombre de canaux qui sillonnent les environs de Lamanon, après une première visite le 17 février avec André, je décide un dimanche d’en découvrir le plus possible avec une boucle de 10 km ; balade facile à plat sur les berges, temps printanier avec les premiers arbres en fleurs et, trois partiteurs1 dont le fonctionnement régulé mécaniquement me laisse admirative. Stationnement sur un petit parking à l’entrée du bois, le long de la D17d, au carrefour avec la piste menant au pont de la Crotte.

Je rejoins le village par les sous-bois, parallèlement à la route. Sur la droite un autre parking mieux repéré sur la carte IGN puis une petite citerne de 10m3. A l’approche du village un sentier pédagogique illustré de grands panneaux en couleur m’apprend que les élèves entretiennent une parcelle de forêt, que le réchauffement climatique actuel est de 5° tous les 100 ans alors qu’autrefois (?) c’était 5° tous les 5000 ans. Parce que j’ai travaillé en tant de professeur des écoles pendant plus de 20 ans, j’apprécie le travail réalisé par les élèves. Après le panneau de bienvenue (forcément, j’ai pris le sentier « à l’envers » !), je rejoins la route par l’allée des Lauriers puis rejoins le château en plaine (par opposition au château médiéval).

Troisième château à cet endroit construit par Mark de Tripoly de Panisse-Passis en retrait de la route ; il a tout détruit sauf la vieille tour accolée aux annexes (à droite sur la photo). A la mort de sa femme Louise, héritière du château Borely à Marseille, il se sépare du château de Marseille, dont il récupère probablement la grille et le portail monumental pour celui de Lamamon. Le château de Lamanon sera revendu à un groupement d’industriels du bois, dont le maire J.-P. Barbou est le gérant statutaire en 1945. Aujourd’hui c’est une copropriété d’appartements. De Calès à Lamanon 5000ans d’histoire, Association Calès Saint-Denis, Association calès Saint-Denis, 2021

Variante : poursuivre jusqu’à l’église et suivre la montée de Calès. Visite des grottes puis retour au château. Le cirque de Calès. Fin variante

Face au château, l’allée du château passe devant la prairie (vendue en 1957) où se trouve le célèbre Géant de Provence, un platane hybride classé arbre remarquable (Il figure parmi les cinq platanes les plus remarquables d’Europe). En 2015 : circonférence à 1m30 : 7,55m ; hauteur : 21,5m, largeur de la couronne 44 m sur 45 m, vieux de 300 ans : certains font remonter sa plantation au XVIe mais plus raisonnablement à l’époque d’irrigation du domaine, à cause de l’exigence en eau de cette espèce soit au XVIIIe (1767 ?).

Histoire de forêts, naturaliste, professeure honoraire d’écologie forestière à l’Université de Lorraine

Le 17 août 1554, Adam de Craponne est autorisé à dériver les eaux de la Durance : son but est de permettre la réalisation de moulins actionnés par l’eau. Commission Exécutive de la Durance, historique. Il concède à son frère Frédéric le droit de prendre l’eau de son canal et traverser Lamanon pour alimenter Eyguières par un partiteur sommaire qui se trouvait au rond-point des Quatre-Chemins où se trouve le monument commémoratif du canal.

En 1573 il est en eau. Frédéric cède le droit d’arrosage à Jean Roux seigneur de Lamanon. S’en suit une période pleine de vicissitudes : guerre de religion, accords divers, vente des droits d’arrosage de la terre des Barres et d’Eyguières par Jeanne, fille de Frédéric de Craponne, procès (par exemple, contre Jacques de Napolon qui utilise l’eau du canal sans la payer), etc.

Je passe au dessus du large canal appelé aujourd’hui Union-Boisgelin-Craponne regroupant 7 associations d’arrosants ; en suivant l’impasse du partiteur vers l’ouest, j’arrive jusqu’au « bâtiment rural de distribution des eaux » désaffecté qui s’appuie sur l’habitation du garde chargé de veiller à la manoeuvre des pertuis.

Six pertuis garnis de vannes permettaient de répartir l’eau entre les différents canaux en fonction des droits de chacun ; le soubassement est percé de trois ouvertures voûtées et trois plus petites ogivales ; du canal de Boisgelin (1787, renommé plus tard canal des Alpines) sortaient les canaux d’Eyguières, Arles et Saint-Chamas-Miramas employées deux à deux, et Salon. A l’arrière du bâtiment, on peut voir les martelières. Cours d’agriculture et d’hydraulique agricole, section III, Nadault de Buffon, Paris, Dalmont, 1858

L’Union du Canal Commun Boisgelin-Craponne (1972) qui remplace 5 vieux canaux, est alimentée aujourd’hui par une prise d’eau sur le canal industriel où EDF a installé une petite usine de production électrique et des vannes de régulation ; il permet de maintenir constant le niveau de l’eau dans un bassin qui alimente le canal des Alpines septentrionales et le canal de Boisgelin-Craponne. Les débits délivrés sont réglés et limités par des modules à masques2.

J’entends un léger bruit d’eau continu qui m’indique que la période de chômage est terminé : les canaux vont se remplir.

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** Le château d’Arnajon


Ce que nous appelons bastide aujourd’hui était autrefois un domaine agricole conséquent, agrandi progressivement à partir de 1662 par achats de terres, vignes et vergers, et géré par un fermier. Vue du chemin, l’architecture de la bastide se reflète dans le bassin du haut ; la visite des jardins est une balade reposante et pleine de surprises si l’on accepte de déambuler dans toutes les allées des terrasses étagées et d’en visiter les recoins.

La météo ce jour à le-puy-sainte-reparade/13 :
Avec le vent et la température ressentie

En vidéo de 4 mn, l’essentiel (plein écran bouton en bas à droite de Youtube)

Certes la visite est payante et limitée à certains jours Horaire des jardins – les propriétaires y habitent en permanence – mais c’est une vraie bastide provençale qui s’appelait encore sur la cartographie de 1813, Chateau Castillon du nom d’un de ses premiers propriétaires Jacques Blanc de Boisvert de Castillon, qui avait épousé en 1660 l’arrière-petite-fille du premier propriétaire. Le domaine érigé en arrière-fief, prend le nom d’Arnajon1 en 1732. Ayant peu changé de main, le domaine est resté fidèle à son époque malgré les ajouts et modifications.

Histoire d’Arnajon, site du propriétaire dont sont extraites la plupart des informations

Après mon inscription, je me trouve face au grand bassin et au Mourre Nègre, point culminant du massif du Luberon : point de vue enchanteur. Les deux premières terrasses ont conservé leur concept d’origine avec ses deux colombiers et ses escaliers en fer à cheval. Le bassin servait de réserve d’eau et de vivier, comme à d’Albertas (Bouc-Bel-Air).

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