*** Des grottes de Calès au plateau Saint-Jean


Ce n’est pas la première fois que je me rends aux grottes de Calès ; la première fois c’était en 2007 – il y a donc presque 20 ans -, lors d’un Jeu de piste dans les grottes de Calès organisé par l’association Calès-Saint-Denis ; la seconde dans Les grottes de Calès et le Défens. La troisième avec Lilou, 4 ans à l’époque, qui y avait trouvé un vaste terrain de jeu, avec pique-nique dans une grotte. Cette fois, avec André, nous visons aussi le plateau Saint-Jean, sur une hauteur face à celle du château.

La météo ce jour à lamanon/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Toutes mes photos

Nous stationnons rue du Canal, le parking de l’église étant déjà plein. De grandes photos du club photos sont affichées sur les murs des monuments : bel accueil des visiteurs. La crèche de l’église est toujours en place.

A l’entrée de la calade, un panneau nous informe du don exceptionnel, équivalent du budget annuel de la commune, qu’a fait une néerlandaise décédée fin 2022 : il servira à entretenir le site de Calès1. Capital, 6 février 2022.

Le radier des deux caniveaux (XVIe ?) est constitué, soit  de pavés, soit du rocher. Ils protègent la calade et la colline du ravinement ; les eaux des deux collecteurs sont réunies dans un axe central derrière l’église. Construction soignée.

L’épaisseur de la calade, bien visible quand il en manque un bout, me surprend ; elle est constituée d’une superposition de trois niveaux d’occupation du site : une base rocheuse ; une base intermédiaire ; la partie empierrée visible correspond à la troisième couche qui daterait de la fin du XVe – début du XVIe. Selon le site Calès-Lamanon

Nous croisons deux bénévoles en train de faire une visite guidée à un groupe ; nous en profitons pour poser une question à Yolande, la présidente de l’association ; les profondes ornières de 140 cm d’écartement creusées dans le rocher pour guider les chariots, datent-elles bien des Romains ? Elle confirme Ve siècle.

L’ensemble fortifié du château reste accroché aux falaises abruptes : prudence ! Le château fut détruit presque en totalité pendant les guerres de religion (août 1586) puis inhabité. De très nombreuses pierres ont servi à la construction de certaines maisons du centre du village actuel et probablement de son église. La Vierge se trouve à l’emplacement du donjon : point de vue garanti sur le plateau en face et le village.

Nous sortons du château par la porte d’Avignon, autrefois couverte et fermée par un vantail de bois.

Entre deux hautes falaises, nous faisons le tour du cirque et des habitations troglodytiques : bloc de cuves creusées dans le substrat rocheux, chacune communiquant par un petit orifice avec une cuve ovale. Si l’on retient l’ hypothèse du temple mithriaque2 comme origine de la salle communautaire, le bloc des cuves pourrait constituer les fosses initiatiques sous lesquelles les adeptes étaient purifiés par le sang de l’animal sacrifié (Extrait du site de l’association, rubrique Le cirque et les grottes).

salle communautaire

Une salle communautaire, beaucoup de grottes domestiques ; une à étage avec marches d’escalier creusées dans la falaise, grottes à encastrement vertical pour créer une séparation,… 58 grottes recensées dans le cirque sur un total de 116 : si vous disposez de temps, les découvertes seront nombreuses et surprenantes.

Pour plus de précision, lire le premier article Jeu de piste dans les grottes de Calès ou mieux acheter le guide de visite édité par l’association Calès-Saint-Denis (vendu au bar ou à l’épicerie ou au siège de l’association) ou le gros livre De Calès à Lamanon 500 ans d’Histoire, association Calès-Saint-Denis, association Calès-Saint-Denis, 27€, plus d’1 kg d’histoire locale !

Continuer la lecture de *** Des grottes de Calès au plateau Saint-Jean

Que d’eau à la source de la ferme de Vautubière !


Tout a commencé de manière inattendue par un échange entre Emmanuel et moi sur Messenger.

mardi 23:13, E. : Si tu veux voir la source de la ferme de Vautubière c’est peut-être le moment
mercredi 9:54, moi : pas assez en forme pour envisager d’y aller.
mercredi 9:55, E. : je te prends une photo si ça coule

[ndlr : Entre temps Anne, qui m’a rapporté quelques kiwis cultivés non loin d’ici, m’annonce qu’elle est partante pour la balade. Beaucoup de pluie ces dernières semaines, donc il y aura sûrement de l’eau].

mercredi 11:59, moi : tu m’as motivée ; je vais essayer d’y aller en début d’après-midi.

[ndlr : mercredi 12:20, E. part en VTT ; il nous rejoindra au parking du Parc départemental de l’Arbois vers 14h.]

Je suis allée à la ferme de la Vautubière au moins trois fois (Les fermes de l’Arbois, les fermes et bergeries de l’Arbois, Sentier du Badaïre) et je n’y ai jamais vu d’eau. La source, difficilement accessible, était toujours à sec. D’un ruisseau intermittent à un ruisseau abondant, c’est presque incroyable et ça vaut le déplacement !

Nous entamons la montée, passons au dessus de la ligne TGV puis d’un des nombreux tunnels du canal de Marseille ; bien avant d’arriver à la ferme, on entend le bruit de l’eau en contre-bas ; un premier passage à gué, une mare bien pleine aménagée pour abreuver le gibier, puis un second passage à gué : plus difficile de ne pas se mouiller les pieds mais des grosses pierres feront l’affaire. Je ne doute plus qu’il y aura beaucoup d’eau à la source.

La ferme de Vautubière était une métaierie1 dépendant du domaine de la Tour d’Arbois ; figurant sur le cadastre napoléonien de 1828, on peut supposer qu’elle date de la fin du XVIIIe, peut-être avant (pas vu de date sur la façade). Sur certains textes anciens, comme dans l’adjudication de 1898, elle est dite Valoubière2: 45 ha au prix 15000 Frs.

J’admire à nouveau le pont de pierre qui traverse le ruisseau, permettant d’atteindre le domaine de la Tour d’Arbois ou rejoindre la grande voie de transhumance sur le plateau du Grand Arbois. Rappelons que plusieurs bergeries proches existaient dès le XVIIIe à Mion, la Garenne et la Bastide Neuve.

Le site de la source est enchanteur : nettoyé, débroussaillé ; son puits contient de l’eau jusqu’au niveau du sol ; un petit abreuvoir y est accolé. Une eau claire sourd des strates rocheuses, s’écoulant abondamment en formant une mare près du pont ; un autre ruisseau intermittent descendant du plateau s’ajoute à l’eau de la source. Je suis tout simplement émerveillée par un spectacle naturel si simple.

Continuer la lecture de Que d’eau à la source de la ferme de Vautubière !

Boucle du patrimoine de Bouc


J’ai enfin trouvé la glacière de Castillone et découvert, grâce à la visite organisée par Hélène Aulagnier, les jardins d’Albertas, la vieille source et son lavoir récemment nettoyés.

Parking près du restaurant Côté jardins en face de la vieille fontaine. (Vieille fontaine : propriété privée du domaine d’Albertas. Visite à vos risques et périls). C’était la seule fontaine pour les gens du village avec celle de Gratiane. Ne figurant pas sur le cadastre napoléonien, elle doit donc dater du XVIIe (1640 environ), époque de l’achat de 18 parcelles de jardins par Henri de Seguiran, précédent propriétaire.

Un grand jardin provençal : Albertas, Louise Leates, Provence historique, 2017. Conférence de 2022 de l’auteur

Sur la gauche, une première construction me fait penser à un puits d’où on pouvait relever l’eau par une noria (selon ML de Bucco Memori), ressemblant à celle de Camejean peut-être ; l’eau de la source n’était probablement pas polluée à l’époque… le bâtiment parallélipédique, couvert, capte l’eau depuis une mine d’eau1 qui alimentait aussi les cascades de la grotte de fraîcheur à l’intérieur du domaine d’Albertas ; en se penchant, on peut suivre la galerie qui s’oriente vers le parc. Trois canons distribuaient l’eau dans un abreuvoir mais deux seulement fonctionnent aujourd’hui. Au fond, un lavoir qui devait être couvert et deux abreuvoirs bas, pour les troupeaux transhumants. A droite, une belle calade en pente évacuait sans doute les eaux de pluie car nous sommes dans une cuvette.

Nous quittons la vieille fontaine pour le sentier balisé qui domine le chemin de Castillone. Avec google maps et street view, j’avais repéré la glacière depuis ce chemin, et pourtant, nous ne l’avons pas repérée du premier coup. Elle se trouve à l’angle du premier carrefour, à mi-pente entre la route et le sentier, proche du mur d’enceinte du domaine d’Albertas. Ancêtre de notre réfrigérateur au XVIIe ou XVIIIe, la glacière était généralement cylindrique, creusée dans le sol sur plusieurs mètres et couverte en coupole. Soit la glace à rafraichir était commercialisée dans une grande ville, soit elle était destinée à un usage privé.

Parmi les biens hérités ou achetés par Henry d’Albertas (AD13, 4B1190, 1680-1681) figure la glacière qui est à côté dudit moulin […] grand jas au dessus de ladite glacière avec ses patis…poulailler neuf appuyé contre le dôme de coquillage […] lesdits bâtiments estant à main droite dudit Clos et jardin, y venant de la porte du Grand Chemin de Marseille. Considérée comme un bien noble, elle a servi au Logis de la Croix d’or. Sans doute détruite (malfaçon ?) en même temps que le moulin car aujourd’hui ne subsiste que la grotte de fraîcheur dans ce coin du jardin (photo ci-contre).

Une autre glacière, la glacière de la pinède de Bouc, a été construite vers 1750 ; au vu des photos prises en 2019 – voir La glacière du chemin de Castillone (Bouc-Bel-Air, Bouches-du-Rhône), Ada Acovitsioti-Hameau, Cahier de l’ASER n°22, Association de sauvegarde d’étude et recherche pour le patrimoine naturel et culturel du Centre Var, 2021 – je mesure le gros travail de débroussaillage et nettoyage réalisé par les bénévoles de l’association Bucco Memori ; ils ont assuré également la reprise et la finition du mur périphérique.
Entrée basse et étroite ; couverture mixte : couronne de tuiles faisant larmier et dôme recouvert de pierres, terre et tapis herbeux ; diamètre intérieur 4m50, enduit orangé de 1 à 2 cm, entrée 0m80 d’épaisseur.
Inaugurée le 21/09/2019, hélàs, elle est déjà tagguée…

Par convention, Jean-Baptiste d’Albertas cède à ses deux frères célibataires une partie de ses biens ; la glacière en fait partie mais ils devront l’entretenir ainsi que fossés et conduites, […] Déclaration du 11/09/1760, AD 13, 31E3001

Depuis la glacière, en observant les jardins par dessus la muraille, vous pourrez reconnaitre le grand canal, un bassin trilobé et les bâtiments du jardinier à droite dont une tour qui fait saillie (ancienne écurie, tour ronde). Cependant pour voir tous ses éléments, mieux vaut faire la visite des jardins.

Continuer la lecture de Boucle du patrimoine de Bouc