Château Saint-Sauveur, Rocbaron


Un castrum et un oppidum, de quoi ravir mon compagnon de route ; certes c’est un peu loin mais les documents sont prometteurs. Le coeur du village est petit ; pas de problème de stationnement même à côté de l’église, et de l’école où les élèves qui ne voient pas beaucoup de monde, nous interpellent à l’heure de la récréation.

La météo ce jour à rocbaron/83 :
Avec le vent et la température ressentie

Le chemin Saint-Sauveur monte raide dès le départ, d’abord sur route revêtue puis sur un sentier caillouteux, comme si des milliers de pierre avaient dévalé la pente. Au col, au bord du chemin et au pied du rocher supportant le château médiéval, nous tombons sur les vestiges de l’église Saint-Sauveur, de taille impressionnante ; les murs hauts et épais sont relativement en bon état ; l’abside et la toiture ont totalement disparu. Cette église (1735) construite sur une ancienne chapelle romane, est consacrée à Saint-Sauveur comme dans les communes voisines (Tourves, Carnoules, Draguignan,…)

Mais il faut continuer la montée en sous-bois jusqu’au château qui apparait bientôt derrière les arbres ; au détour d’un virage, la tour bâtie sur le rocher, ne perd pourtant pas l’équilibre ; le sentier contourne ce piton ; la progression est plus difficile, à cause de la végétation puis d’un pierrier en bas de l’accès ; nous entrons enfin dans la forteresse sans avoir identifié les pierres chausse-trappes1 dont parle un quotidien du Var au début du XXe siècle.

Comme je le fais souvent, j’ai cherché sur le cadastre napoléonien où se trouvaient la vieille église et le castrum ; les plans aux archives du Var n’étant pas orientés, ni téléchargeables, ni zoomables, c’est finalement grâce à la forme des parcelles inchangées jusqu’à aujourd’hui, que j’ai pu les situer ; ils se trouvent sur la section D2 Vallon de Limbaud, parcelles 304 pour l’église vieille appartenant à la commune et 302b (dénommé masure ?) appartenant au ménager Jaume Joseph : le castrum n’est donc pas identifié comme tel, sans doute de peu d’intérêt pour l’époque ; l’IGN l’a enfin considéré comme patrimoine, lui superposant une étoile. La parcelle 306 ou la 228 sont des patecq2, terme du droit coutumer provençal.

Pas besoin de se poser trop de questions : malgré son âge (Roca Barone, 11e siècle) nous reconnaissons bien une forteresse militaire avec sa tour ancrée sur le rocher côté droit, un pan de mur polygonal à double parement percé de meurtrières côté gauche prolongé d’un mur d’enceinte, une petite cour entre les deux, la falaise à pic et son fossé au nord qui protégeait le castrum. Côté ouest, plus de trace visible du village déserté depuis 1471, repeuplé au 16e siècle dans la plaine, à l’emplacement du village actuel.

Le château, abandonné, fut utilisé comme carrière de pierre pour la construction d’un nouveau corps de logis à Forcalqueiret en 1417. A vue (photo ci-dessous) ce château communique avec celui de Forcalqueiret qui faisait partie de la même seigneurie, appartenant à la même famille des Reforciat, seigneurs de Marseille.

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Deuxième rapport intercalaire : IIe partie. Découvertes nouvelles et figurations inédites d’enceintes pré- et protohistoriques du Var, par le Ct Laflotte, Toulon, 1923

Le village déclaré désert en 1471, est repeuplé au 16e siècle, mais les nouveaux habitants s’établissent dans la plaine, en contrebas du site médiéval à l’emplacement du village actuel.

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Salin de Giraud, des corons aux marais salants


Salin de Giraud (2000 habitants environ), rattachée à Arles qui se trouve à 40 km de là ; pour y aller, soit vous passez par Arles (1h25, 112 km depuis Aix), soit vous prenez le bac de Barcarin (1h45, 88 km) ; ce que l’on ne consomme pas en essence, on le met dans le bac (6€ pour les voitures en 2020, gratuit pour les piétons) qui fonctionne en permanence la semaine, dans la journée. Impossible de faire des photos depuis l’extérieur ; à cause de la covid, nous sommes tenus de rester dans la voiture. Le temps est plutôt gris et incertain. Je vous mets la météo de Port-Saint-Louis-du-Rhône, plus proche de la réalité que celle d’Arles.

La météo ce jour à port-saint-louis-du-rhone/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Je me gare en face de l’office du tourisme et demande un dépliant contenant la visite de la ville ; celui que j’ai vu sur internet n’est pas disponible sous forme papier. C’est bon à savoir. Quand on regarde la carte de Cassini (1770) il n’y a rien à l’emplacement du village ; je vous ai mis par transparence et encadré de rouge le village actuel : on ne voit que l’étang et quelques maisons isolées (Faraman, Paulet), le canal du Japon, le Vieux Rhône, l’étang de Giraud. Ce n’est qu’en 1855 que l’entrepreneur Henri Merle transforme l’étang en salin pour fournir en sel son usine de soude dans le Gard. Fin XIXe naissent deux cités ouvrières, la Péchiney et la Solvay.

Une aventure industrielle en Camargue : histoire de l’établissement Solvay de Salin-de-Giraud : 1895 à nos jours, Xavier Daumalin, Olivier Lambert, Philippe Mioche, Collection Terres d’industrie, REF.2C, 23/11/2012

Une cité industrielle en Camargue. Salin-de-Giraud, Durousseau Thierry, Marseille, Éditions Parenthèses, 2011

Je vais d’abord visiter le village ; cela commence par la sculpture en hommage aux 20000 travailleurs vietnamiens réquisitionnés entre 1939 et 1952.
Site Mémoires d’Indochine

Au moment de l’armistice seuls 4000 d’entre eux rentrent chez eux. Certains participent au lancement de la culture du riz en Camargue. Arrachés brutalement à leurs terres et leur famille, ils ont eu à subir la discipline militaire dure et arbitraire et peu de salaire individuel (ils sont payés 50 fois moins que les jeunes français de 14 ans débutant dans la même compagnie). Un millier d’entre eux, malade ou marié à une française, est resté sur place..

L’Empire, L’Usine Et L’Amour. « Travailleurs Indochinois » En France et en Lorraine (1939-2019), Daum, Tran, Manceron, Créaphis, 2019

Le 5 mai 2020 à 16h30, ARTE a diffusé un documentaire de 15 minutes qui raconte l’utilisation des « travailleurs indochinois » dans la relance de la riziculture en Camargue.
Le riz, grain de folie camarguais (vidéo dans laquelle vous verrez Pierre Daum, l’auteur du livre ci-dessus)

Pas de commune en Camargue sans arènes, même si Salin de Giraud n’est pas une commune à part entière : au dessus de la porte, un fronton surbaissé et mouluré. Avant d’arriver au rond-point Charles de Gaulle, je traverse le jardin dans lequel le traditionnel monument aux morts affiche la longue liste des noms des saliniers morts pour la France.
Est-ce un ancien poids public ? au sol, on voit encore la bascule. Pour les transactions commerciales des marchandises (animaux, ou tout autre chargement), il était nécessaire d’en peser le poids afin de les vendre. Les chargements étaient ainsi soumis à une taxe ou un droit de pesage, variable en fonction de leur type et de leur poids.

 

Je prends le boulevard de Camargue qui passe devant l’église et le kiosque où se déroulaient les bals autrefois. La statue d’Adrien Badin, directeur adjoint de Pechiney, rappelle que l’industriel ne s’est pas intéressé qu’à l’aluminium. Dès le début de la guerre de 1914 – 1918, la Compagnie d’Alais et de la Camargue fut comprise dans la mobilisation industrielle ; c’est ainsi que l’usine de Salindres fabrique à Salin de Giraud du phénol destiné à la production de mélinite, un explosif. Biographie de Badin par l’association pour la recherche et l’étude de l’histoire industrielle de Salindres
Sous l’impulsion d’Adrien Badin, on peut mesurer l’expansion de la Compagnie des Produits Chimiques d’Alais et de la Camargue (C.P.A.C.) : à son arrivée en 1900 dans la Socièté, il y avait 3 usines employant 1 200 personnes. A sa mort en 1917, cette même société comptait 15 usines et 12 000 employés.

Face à un hangar des Salins du Midi, un vestige de l’ancienne voie ferrée spéciale se dirige vers l’est où se trouvait le bac à wagons sur la digue du Rhône, et rapidement se perd dans la nature.

Demi tour jusqu’au boulevard de Kalymnos ; de nombreux grecs venant de cette île sont venus travailler pour les usines Solvay, qui exploitent le sel pour produire du carbonate de soude entrant dans la fabrication du savon de Marseille. En effet, les français sont au front.
L’église orthodoxe, blanche au toit bleu,  se prolonge par un kiosque blanc ouvert de tous côtés. Regardez bien l’église : c’est un ancien hangar, comme ceux que je peux voir derrière. Abandonnés, ils ont été construits pendant la Première Guerre mondiale pour fabriquer et tester le terrible gaz moutarde. Plus tard, ils sont transformés en hébergement pour des travailleurs indochinois. Carnet balade urbaine
L’église est construite en 1952 et la Compagnie des Salins du Midi en fera don à la Métropole grecque orthodoxe de France, en 2009.

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