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Boucle du canal de Saint-Julien, Cheval-Blanc


L’idée première c’est d’aller voir la Canaù, le canal de bois, dont j’ai entendu parler aux Assises du patrimoine hydraulique des 20-23 novembre 2025 ; c’est un genre de pont auquel était accroché une gouttière de bois supportant une canalisation d’eau passant au dessus du Coulon. Mais venant de loin, je suggère de ne pas se déplacer que pour ça et de compléter par une randonnée sans difficulté, à moitié le long du canal, à moitié dans les bois.

La météo ce jour à cheval-blanc/84 :
Avec le vent et la température ressentie

Nous – André et moi – nous garons au croisement entre le chemin de Pataou et le canal, deux places seulement ; le parking Trau Piécèu aménagé au pied d’une falaise, près du vallon de Baume Rousse est sans doute un meilleur choix. Départ depuis le pont.

Le canal de Saint-Julien historique et documents, 1171-1818, Tome premier, Cavaillon, imprimerie Mistral, 1901.

Le canal Saint-Julien historique et documents, 1818-1901, 1818-1901, Tome second, Cavaillon, imprimerie Mistral, 1901.

Le canal de Saint-Julien est vieux, un des plus vieux et des plus importants de notre région. Le 5/5/1171, Raymond, duc de Narbonne, comte de Toulouse et marquis de Provence, concède à Benoît, évêque de Cavaillon, le droit de dériver les eaux de la Durance. En 1235, l’évêque accorde aux habitants de Cavaillon, la pleine et entière puissance d’arroser ferrages, prés, jardins, vignes,… Ceci est confirmé par François 1er en 1537, grâce à l’entremise du marquis Maynier d’Oppède. En remerciement, la ville de Cavaillon autorise celui-ci à dériver l’eau du canal de fuite du moulin, pour son domaine du Rouret. Mais cette concession fut la cause de nombreuses difficultés car remis en cause ultérieurement par l’évêque de Marseille et le pape Pie V… Après la sentence de 1733 est créé un bureau des arrosages, précurseur de la future Association Syndicale Autorisée de Saint-Julien.

Selon l’ancienneté des cartes, ce canal s’appelle Cabedan-Neuf ou Carpentras, ou Canal-Mixte dans les textes ; Adam de Craponne au XVIe fut un des ingénieurs qui dessina et nivela les canaux d’irrigation de Cabedan-Vieux et Cabedan-Neuf.
Canal de Carpentras correspond à la dénomination de la carte IGN d’aujourd’hui mais historiquement il ne s’appelle ainsi qu’à partir de la Tour de Sabran à Lagnes (Robert CailletLe Canal de Carpentras, contribution à l’histoire du Comtat Venaissin 1561-1925, édition Batailler, 1925), Cabedan-Neuf correspond au tracé originel. Mais je garde le nom de Saint-Julien : la prise d’eau de son canal dans la Durance alimentait tous ces canaux depuis toujours.
La zone est quadrillée par un nombre impressionnant de canaux et filioles ajoutés au fil des siècles, ce qui fit la richesse des producteurs de melons.

Notre promenade le long du canal commence au pont du chemin de Pataou, direction sud ; un pont tous les 500 mètres en moyenne. Ils sont construits sur des voûtes en pierre de taille, avec des parapets maçonnés. Maison de l’histoire locale.

La première chose qui nous surprend c’est la construction des ponts permettant aux propriétaires de traverser le canal pour rejoindre leur propriété : nombreux et tous bâtis sur le même modèle, sans doute plus économiques à construire. D’après le nouveau réglement du 4/08/1823, les arrosants doivent entretenir les bords du canal et j’en déduis qu’ils doivent payer le coût de construction de leur pont vu que l’association du canal ne prendra en charge que les ponts des grandes routes et des chemins communaux.

Il se constitue enfin une association pour administrer ce tronçon commun aux deux canaux [canal de l’Isle et Cabedan Neuf]. Le 15 février 1853, lorsque se crée le canal de Carpentras, il est décidé que celui-ci empruntera le même tracé que le canal de l’Isle et de Cabedan-Neuf en l’élargissant. Les rapports entre les trois structures se règleront le 15 mars 1859 qui organise le Syndicat Mixte des canaux de Cabedan Neuf, l’Isle et Carpentras, dont la mission est d’administrer et entretenir l’ouvrage commun aux trois canaux.

Au carrefour avec la carrière de Cabedan et le chemin de Cassouillet, la récente station de pompage permet d’irriguer plusieurs secteurs sous pression alors que certains secteurs  sont toujours en gravitaire.

La promenade est tranquille et agréable, sans panneau d’interdiction. Par endroit, les travaux d’étanchement et de stabilisation des berges du canal ont laissé une empreinte blanche ; parfois une vieille martelière au pied d’un cabanon. Dans le quartier de Bas Cabedan, les maisons construites au milieu du XIXe entre deux canaux (canal de Cabedan-Vieux et Cabédan-Neuf), peuvent profiter de l’irrigation.

Plus loin, un propriétaire pompe l’eau directement dans le canal ; les embâcles qui s’accumulent derrière les ponts seront enlevés pendant cette période de chômage d’hiver.

Nous arrivons au pont sur le chemin de Merletade1 où un ruban de signalisation rouge et blanc nous informe d’un danger : un poteau de bois couché ne nous empêche pas de passer ; nous entrons résolument dans les bois par le chemin de la Piade2 des Aigues ; le château de la Merletade, transformé en hébergement de luxe, affiche fièrement sur sa façade le blason de la commune et un écusson avec trois fleurs de lys liées ensemble par le bas. D’après le site internet du château, l’histoire du château de la Merletade remonte à 350 ans, soit au 17e siècle.

[Note historique pouvant contenir des erreurs].
A été trouvé à la Merletade, quasiment dans la plaine, des monnaies et des céramiques phocéennes, attribuées à l’âge du Fer.
1575 : les protestants de Mérindol brûlent La Merletade, probablement reconstruite au XVIIe.
1665-1666 : Jean Pierre de Féléon de Fogasse de Guigonet, seigneur des Taillades, déclare posséder une grange la Merletade (bastide en Provence, grange dans le Comtat).
La demeure a été la propriété du marquis de Brunet, marquis que l’on retrouve dans l’Indicateur des vignobles méridionaux de 1897-1898 puis comme propriétaire-récoltant dans l’Almanach du commerce de 1935.
Emmanuel Muhein, poète, écrivain, directeur du Centre culturel de rencontres de l’abbaye Notre-Dame de Sénanque, à Gordes, y a vécu de 1988 à sa mort en 2002.

Nous entrons maintenant dans une zone boisée et fraîche en direction de Valloncourt (écrit autrefois Vallon Court) ; sur notre droite, face au vallon de Baume Rousse, une falaise verticale impressionnante, au pied de la montagne du Luberon : une improbable végétation s’accroche dans le creux des rochers.

Bientôt le vaste parking du Trau Piécèu3. Bien sûr qu’il y a une grotte de la Pucelle dans la paroi rocheuse (43.79689° E 005.09360°) comme souvent dans le Luberon. Nous ne l’avons pas cherché mais elle était probablement face à nous quand nous nous sommes approchés de l’aire circulaire au pied du rocher.

Au cours de l’année 1947 André Dumoulin a entrepris des fouilles dans le Trou Puceu (XIIe circonscription préhistorique, Grottes du Mont Luberon, Gallia, 1948). Au bout d’un long couloir d’une dizaine de mètres, une cuvette contenait des ossements humains, des poteries, fragments de hache polie, éclats de silex,… ce qui permet de dater ces sépultures de l’aurore de l’Age du Bronze (3 500 à 2 300 avant JC). Plus récemment, un archéologue a même classé cette grotte dans un groupe particulier, le groupe Fraischamp, à cause du style de ses attributs céramiques. Pour réécrire la fin du Néolithique dans le sud-est de la France : bilan critique sur cent années d’étude, Jessie Cauliez, Gallia Préhistoire, 52, 2010, p. 241-313 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2010

Petite courbe dans les bois sur la droite pour atteindre le hameau de Cassouillet. Un peu plus loin, sur la gauche, un troupeau de moutons, gardé en son centre par un patou qui veille, rappelle que nous sommes encore dans un village rural.

Parvenus au pont Pataou, un dispositif imposant attire notre regard de l’autre côté du pont, un système faisant barrage sur un écoulement latéral mais apparemment capable de basculer. Qui connait la fonction de ce dispositif ?

Deuxième boucle : la courte visite du centre de Cavaillon selon le plan guide du centre historique avec variante pédestre vers la Canaù. Davantage d’informations sur l’arc romain dans mon premier article La colline Saint-Jacques, Cavaillon

Pour la variante urbaine vers la Canau : à l’Hotel-Dieu, musée archéologique, passer devant l’hôpital, puis boulevard de la Libération, puis avenue de l’Isle-sur-la-Sorgue, traverser le Coulon et prendre la 1ère route à gauche chemin du Thor.
Il est possible d’y aller en voiture, une ou deux places seulement. L’ouvrage est bien documenté.

L’aqueduc de la Canaù (Canaou) ressemble à un pont assez bas, avec une seule arche, sous lequel était suspendu par des crochets de fer, un coffrage de bois de chêne et mélèze colmaté par des bâches.

1538 : Jean Maynier d’Oppède obtient l’autorisation d’utiliser les eaux du fuyant du moulin Saint-Julien pour irriguer ses terres au nord du Coulon.Il fallait donc traverser la rivière par un ouvrage capable de résister aux crues tout en gérant les cotes altimétriques car c’est un canal gravitaire. Utilisé jusqu’au début du XXe, il résistera aux crues : au pire, seul le canal en bois était à refaire s’il était emporté ; il a été régulièrement réparé comme en 1802, ou en 1898. Aujourd’hui le canal passe sous le Coulon en siphon.

Il ressemble étrangement à un pont conçu par Leonard de Vinci en 1502 pour le Sultan Bayezid II avec un système original de stabilisation de la travée contre les mouvements latéraux. Pour y remédier, Léonard de Vinci proposa des culées évasées de part et d’autre ; il ne sera jamais construit ; intrigués, les étudiants du M.I.T. (Massachussets Institute of Technology) ont testé sa résistance en construisant une maquette détaillée afin de tester la stabilité de la structure, sa capacité à supporter le poids et même sa résistance au tassement de ses fondations. Engineers put Leonardo da Vinci’s bridge design to the test

En 1996, l’artiste Vebjørn Sand reprendra à petite échelle et en épicéa norvégien lamellé-collé, le projet initial de Léonard. Cette passerelle pour piétons et cyclistes enjambe depuis 2001 l’autoroute E18 à Ås, près d’OsloLes ponts de Léonard

Deux boucles (deux demies journées chacune) qui se complètent pour une journée de marche : une paisible le long du canal de Saint-Julien, l’autre en ville pour la visite du centre de Cavaillon. Même si seuls les arcs et le tablier de la Canaù sont encore visibles à ce jour, l’aqueduc mérite le détour pour son ingéniosité et son esthétique. 

Image de l’itinéraire boucle canal Saint-Julien 5km900, 2h environ, 68m (+133, -133)

Télécharger la trace

Image itinéraire visite Cavaillon centre (2km250) et variante Canau (4km540 A/R) soit 6km800 au total environ

1merletade : en provençal, dans une première acception merletado = crénelé, dentelé ; j’ai trouvé ce toponyme en trois lieux : Caumont sur Durance, Orgon, Cheval-Blanc, toutes au bord de la Durance où se trouvent des carrières. Marliero, merliero : marne, terre calcaire et argileuse.
2 Piade des Aigues : piade = empreinte, aigues = eaux : ce chemin se situe dans le lit d’un ruisseau aujourd’hui à sec
3Trau Piécèu : le trou de la Pucelle ; plusieurs légendes en France sur le saut ou le trou de la Pucelle. Peut-on imaginer une jeune vierge échapper à un danger (aux assiduités d’un prétendant) et se réfugier dans une grotte ?

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