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Boucle du patrimoine de Bouc


J’ai enfin trouvé la glacière de Castillone et découvert, grâce à la visite organisée par Hélène Aulagnier, les jardins d’Albertas, la vieille source et son lavoir récemment nettoyés.

Parking près du restaurant Côté jardins en face de la vieille fontaine. (Vieille fontaine : propriété privée du domaine d’Albertas. Visite à vos risques et périls). C’était la seule fontaine pour les gens du village avec celle de Gratiane. Ne figurant pas sur le cadastre napoléonien, elle doit donc dater du XVIIe (1640 environ), époque de l’achat de 18 parcelles de jardins par Henri de Seguiran, précédent propriétaire.

Un grand jardin provençal : Albertas, Louise Leates, Provence historique, 2017. Conférence de 2022 de l’auteur

Sur la gauche, une première construction me fait penser à un puits d’où on pouvait relever l’eau par une noria (selon ML de Bucco Memori), ressemblant à celle de Camejean peut-être ; l’eau de la source n’était probablement pas polluée à l’époque… le bâtiment parallélipédique, couvert, capte l’eau depuis une mine d’eau1 qui alimentait aussi les cascades de la grotte de fraîcheur à l’intérieur du domaine d’Albertas ; en se penchant, on peut suivre la galerie qui s’oriente vers le parc. Trois canons distribuaient l’eau dans un abreuvoir mais deux seulement fonctionnent aujourd’hui. Au fond, un lavoir qui devait être couvert et deux abreuvoirs bas, pour les troupeaux transhumants. A droite, une belle calade en pente évacuait sans doute les eaux de pluie car nous sommes dans une cuvette.

Nous quittons la vieille fontaine pour le sentier balisé qui domine le chemin de Castillone. Avec google maps et street view, j’avais repéré la glacière depuis ce chemin, et pourtant, nous ne l’avons pas repérée du premier coup. Elle se trouve à l’angle du premier carrefour, à mi-pente entre la route et le sentier, proche du mur d’enceinte du domaine d’Albertas. Ancêtre de notre réfrigérateur au XVIIe ou XVIIIe, la glacière était généralement cylindrique, creusée dans le sol sur plusieurs mètres et couverte en coupole. Soit la glace à rafraichir était commercialisée dans une grande ville, soit elle était destinée à un usage privé.

Parmi les biens hérités ou achetés par Henry d’Albertas (AD13, 4B1190, 1680-1681) figure la glacière qui est à côté dudit moulin […] grand jas au dessus de ladite glacière avec ses patis…poulailler neuf appuyé contre le dôme de coquillage […] lesdits bâtiments estant à main droite dudit Clos et jardin, y venant de la porte du Grand Chemin de Marseille. Considérée comme un bien noble, elle a servi au Logis de la Croix d’or. Sans doute détruite (malfaçon ?) en même temps que le moulin car aujourd’hui ne subsiste que la grotte de fraîcheur dans ce coin du jardin (photo ci-contre).

Une autre glacière, la glacière de la pinède de Bouc, a été construite vers 1750 ; au vu des photos prises en 2019 – voir La glacière du chemin de Castillone (Bouc-Bel-Air, Bouches-du-Rhône), Ada Acovitsioti-Hameau, Cahier de l’ASER n°22, Association de sauvegarde d’étude et recherche pour le patrimoine naturel et culturel du Centre Var, 2021 – je mesure le gros travail de débroussaillage et nettoyage réalisé par les bénévoles de l’association Bucco Memori ; ils ont assuré également la reprise et la finition du mur périphérique.
Entrée basse et étroite ; couverture mixte : couronne de tuiles faisant larmier et dôme recouvert de pierres, terre et tapis herbeux ; diamètre intérieur 4m50, enduit orangé de 1 à 2 cm, entrée 0m80 d’épaisseur.
Inaugurée le 21/09/2019, hélàs, elle est déjà tagguée…

Par convention, Jean-Baptiste d’Albertas cède à ses deux frères célibataires une partie de ses biens ; la glacière en fait partie mais ils devront l’entretenir ainsi que fossés et conduites, […] Déclaration du 11/09/1760, AD 13, 31E3001

Depuis la glacière, en observant les jardins par dessus la muraille, vous pourrez reconnaitre le grand canal, un bassin trilobé et les bâtiments du jardinier à droite dont une tour qui fait saillie (ancienne écurie, tour ronde). Cependant pour voir tous ses éléments, mieux vaut faire la visite des jardins.

Le sentier se poursuit dans la pinède jusqu’à la route. Même si c’est tentant, ne prenez pas le sentier en contre-bas mais suivez bien la route qui monte bien jusqu’au centre du village. Sur le rocher s’agglutinent de façon irrégulière les vieilles maisons du village.

Variante vieille ville : tourner à droite dans la rue Droite, emprunter un des deux escaliers qui atteint le sentier entre le pied du Rocher et les maisons (pas vu d’interdiction malgré la proximité des habitations) ; poursuivre jusqu’à la rue Saint-André. Passer sous l’esplanade du château (grille fermée) et retrouver le rond-point 24 avril/8 mai. Fin variante

Avenue du 24 avril 1915 :

Hommage aux 1500000 martyrs du 24 avril 1915. Génocide du peuple arménien perpétré par le gouverment turc de 1915. (Devant l’entrée du cimetière)

puis avenue du 8 mai 1945 :

La ville de Bouc Bel Air a organisé une cérémonie patriotique pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945. C’est le jour où les forces alliées ont officiellement annoncé la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945 (seconde guerre mondiale).

Rue Pierre et Marie Curie avec, au carrefour, l’ancien café restaurant Bellevue que l’on reconnait bien d’après la carte postale ancienne sur les lieux.

Extension facultative par la carraire du moulin. Chemin des écoliers pour les élèves qui vont à l’école du centre. Au carrefour, carraire du moulin, c’est à dire la voie de transhumance des troupeaux d’Arles qui traversait Bouc d’ouest en est ; son tracé est presque inchangé aujourd’hui. Le plus souvent il ne reste de cette voie de communication entre la Basse Provence et les montagnes alpines qu’un nom de chemin évocateur (carraire, draille), rarement des bornes, parfois des aires de repos, des fontaines basses pour abreuver les moutons.

Au début de la carraire, une maison porte un cadran solaire ; une sculpture qui me fait un peu penser à celle de la Halle aux grains d’Aix : un personnage allongé sort du cadre, tendant le bras vers le centre du soleil ; le haut du cadran affiche une sentence philosophique que je ne suis pas certaine de bien comprendre : Ta vie, son ombre dans ma lumière [celle du soleil]. La sculpture ancienne contraste avec un cadran blanc et moderne. Une explication proposée par l’IA Perplexity me laisse… perplexe : notre existence ne se perçoit que dans le mouvement du temps, comme l’ombre sur un cadranta vie ne prend forme qu’à travers l’ombre qu’elle projette dans la lumière

Nous poursuivons sur la route qui coupe le carrefour, monte encore, puis devient chemin peu après le gros réservoir. Pour aujourd’hui, nous souhaitons voir seulement le point de vue depuis les hauteurs ; il ne nous emballe pas trop car partiellement masqué par quelques arbres ; néanmoins, le Pilon du Roy et la chaîne de l’Etoile au sud sont bien identifiables, le premier à cause de sa forme (une dent) le second grâce à son antenne.

Un peu plus loin, un ancien moulin à vent, le Moulin Rouge, bien protégé du vent dans la pinède, a été transformé en suite premium avec jacuzzi. Probablement privé de tout temps, je n’ai rien trouvé sur son histoire.

Demi-tour jusqu’à la bibliothèque, puis la place de la fontaine avec le monument aux morts, la mairie. Passer le long de la mairie, jusqu’au point de vue promis par la carte IGN (plusieurs panneaux patrimoniaux) : vous ne serez pas déçu, toute la chaîne de l’Etoile est face à vous ! Le sentier balisé rejoint un petit parking en passant à côté de la croix de Lorraine.

Variante chapelle chemin des Lys : nous questionnons un Boucain qui nous envoie vers le chemin des Lys ; ce n’est pas le sentier balisé bleu mais on arrive quand même à la chapelle par un sentier bas, parallèle au sentier bleu. Fin variante

Au panneau de sentiers installé près du parking, je monte sur le sentier rocheux qui domine le village et offre une vue spectaculaire sur le Rocher en face et le château médiéval, à contre-jour ce matin.

Puis il continue à l’ombre des sous-bois, jusqu’à la chapelle Notre Dame de l’Espérance, la Bonne-Mère comme à Marseille, précédée d’un calvaire. Agréable promenade peu fréquentée.

Dans cette chapelle romane du XIIe, une procession annuelle y menait le dimanche après Pâques et le jour de l’Assomption ; les nombreux ex-voto, pour la plupart du XVIIIe siècle, ont été mis à l’abri. Les thèmes sont les mêmes que ceux de Notre Dame de Pitié à Jouques (accident, maladie,…). Quelques uns sur le site Provence à vivre.

Derrière la chapelle se trouve un ancien moulin à vent des Albertas, enfin ce qu’il en reste ; dans la maçonnerie intérieure, des trous gardent la trace d’un escalier en colimaçon. D’après la manière dont il est représenté sur la carte de Cassini, il était encore entier vers 1779.

Nous passons derrière le moulin pour redescendre par une piste caillouteuse, pas très agréable, jusqu’à la route qui passe derrière les jardins d’Albertas. Nous parvenons entre deux arbres à voir les statues du jardin ou les bassins. Ces jardins depuis longtemps intéressent les amateurs d’art des jardins. La revue Vie à la campagne, Les vieux jardins du château d’Albertas, Albert Maimené, Vie à la campagne, n°263, vol.XXII diu 1/5/1925, décrivant en détail le jardin, on peut s’apercevoir que sur les 100 dernières années, il a évolué, comme il l’a fait depuis le XVIIe.

Ce circuit du patrimoine, relativement court et facile, mérite cependant d’être parcouru, quitte à le prolonger par le sentier du Bois de Bouc.

Image des itinéraires :
1 (parme) 3km400, 1h15 (1h40 au total), 64m dénivelée (+151, -151)
2 (rouge) avec extension carraire du moulin 5km300, 1h50 (3h), 83m (+206, -206)

1 mine d’eau : source artificielle captée, circulant entre une couche perméable (poudingue par exemple) et une couche imperméable (marnes) amenée par une galerie jusqu’à un réservoir ou son lieu de distribution

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