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L’Alpe du Lauzet


Temps idéal pour monter dans l’Alpe1 du Lauzet ; Majo rêve des champs fleuris et des grands espaces. Départ du parking du Pont de l’Alpe (1709m) déjà bien rempli à 9h : c’est un grand classique sur le GR50 qui attire beaucoup de monde. A peine le temps de voir un chamois que la montée commence par une fontaine rustique et l’impétueux et bruyant torrent du Rif2.

(photo Majo)

Sentier rocailleux mais sans difficulté. Une pédiculaire chevelue puis une cascade qui se tortille en descendant. Une croix de chemin en bois au bord du précipice protège les montagnards et les voyageurs.

A 1860 m d’altitude, d’immenses prés de chaque côté du chemin sont couverts de fleurs jaunes (pissenlits sauvages), blanches (narcisses) et bleues (myosotis et quelques gentianes), sur fond de hautes montagnes : un tableau digne de Monet. Puis le sentier se sépare en deux branches : nous prenons celui qui domine l’autre. Les premières marmottes sonnent l’alerte. Nous nous retournons pour identifier les Agneaux enneigés, la montagne que nous apercevons depuis le balcon de notre résidence.

Quelques chalets d’alpage, puis une toute petite chapelle que nous visiterons au retour. Nous sommes à l’Alp du Lauzet. Côté droit du panneau, un banc de roches noires et luisantes qui font penser à de l’anthracite ou du graphite ; touchez : si c’est gras et que ça tache les doigts ça en est ! Il y a bien eu une mine de graphite exploitée au col du Chardonnet (2700m) et à la Benoite mais pas à cet endroit.

Au loin je propose de nous approcher de ce qui ressemble à une étendue d’eau, au nord du refuge de Roche Robert. Nous longeons le torrent du Plan Chevalier où les éboulis sont plus difficiles à passer ; Majo est plus à l’aise que moi pour désescalader. Par contre, difficile de rejoindre la zone immergée.

Nous mangeons face à la grosse Roche Robert tout en guettant les marmottes aux jumelles. Quelques randonneurs poursuivent jusqu’au Grand Lac : un seul groupe, avant d’escalader l’obstacle près de nous, a étudié les lieux et préféré l’éviter en passant à gué sur des pierres déjà installées.

Retour par le sentier du bas et passage jusqu’à la chapelle par les prés fleuris : par sa forme, elle aurait pu être une bergerie transformée en lieu de culte. Parfois dite Notre-Dame du Mont-Carmel, son pèlerinage a eu lieu le 15 juillet 2022. Elle a été (re)construite dans la pente avec de solides contreforts en pierre car durant l’hiver 1916 une avalanche avait détruit chapelle et chalets.

Déjà en 1892, Le Petit Marseillais, 12 février 1892, une avalanche avait emporté cinq hommes du Lauzet, tous cultivateurs ; l’hiver, ils s’adonnaient à des activités complémentaires comme ici : ils ouvraient un chemin conduisant à une mine d’anthracite au-dessus du chalet de l’Alpe, à 2h de marche du Lauzet (mine de graphite du col du Chardonnet ? on installera en 1907 deux sections de câbles, de 2400 m et 1350 m, pour le transport du minerai). Deux en sortiront vivants. Une plaque – initialement sur un poteau de bois puis déplacée jusqu’ici – rappelle l’évènement : entre parenthèses les informations officielles extraites des actes de décès.

Ici mourut le 10 février 1892 Mayet (Pierre) Edouard âgé de 38 ans, Béraud (Pierre) M(ar)ius 31 ans, M(out)ard Joseph (François) 31 ans, Martinon (Pierre) Joseph 27 (26) ans, Nevier(r)e (Pierre) Louis 21 ans, tous victimes de l’avalanche. Regrets éternels. Passants priez pour eux.

Plaque commémorative posée sur la porte de la chapelle, Alpe du Lauzet

La plaque est plutôt artisanale ; l’un des noms de famille est abrégé alors que les autres sont complets ; ce n’est jamais le prénom officiel de l’état-civil qui est cité mais le deuxième. L’acte de décès de Pierre Marius Béraud a été enregistré plusieurs mois après la catastrophe, sans doute quand il a été déclaré judiciairement disparu sans qu’on ait retrouvé son corps : par contre l’officier d’état civil déclare qu’ils sont tous morts à leur domicile.

Le père peut par exemple donner son prénom à son fils ainé, lui ajouter celui du grand-père mais y adjoindre aussi un prénom de fantaisie ou de roman. Comme il n’existe pas de règle fixe et universelle pour déterminer le prénom usuel […], cela pouvait être indifféremment, selon les régions, les époques et les familles, le premier ou le dernier, n’importe lequel des prénoms donnés pouvait finalement devenir le «prénom d’usage» et être transmis à la génération suivante.

Larousse de généalogie

Une randonnée facile, rapide, fleurie pour une immersion en montagne, ses cascades, ses pâturages, sa tranquillité malgré le monde. Merci Majo pour tes photos

Image de l’itinéraire 4km445, 1h45 déplacement (3h15 au total), 261m dénivelée (+389 -389). Télécharger la trace

1Alpe : le cycle de l’estivage est bien représenté sous différentes formes en Savoie, Suisse et Piémont. On « investit » et « désinvestit » l’alpe, la zone de pâturages. lalpe.com
2Rif : dérivé de rivus, ruisseau

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