Pichauris, puits d’Arroumi, château de Ners

Publié le Catégories ----- * GR 2013, ----- * Marseille et environs 13, 13 Bouches-du-Rhône, Rando sportiveMots-clés , , , , , , ,
 

Pichauris1, ancien hameau rural rattaché à Allauch est devenu domaine départemental : c’est ma première visite ; j’emmène Claude et Majo.

Ce Parc Départemental a été acquis en 2006. Situé au coeur des Massifs de l’Etoile et du Garlaban, ses 1 368 hectares parcourent le paysage si cher à Pagnol.
Ce Parc présente un double visage, d’un côté marqué par les conséquences de l’incendie de 1997 sur l’Etoile, de l’autre riche d’une garrigue à chênes kermès, à thym et à romarin. Site du Conseil départemental, domaine de Pichauris

L’album photos Pichauris

Nous sommes arrivés tôt et heureusement car à notre retour, les automobilistes se battent pour une place. Avec son environnement sec et caillouteux, des collines et du dénivelé, des pistes mais aussi plein de sentiers alternatifs, cette randonnée n’est pas si facile.

C’est à l’auberge de Pichauris que Joseph, le père de Marcel Pagnol, rêvait de vendre la moitié des grives qu’il avait chassées (Relire Le château de ma mère) ; dans presque chaque livre de Pagnol, on parle de Pichauris et de la chasse dans ses bois ! Yves Robert y a tourné la majeure partie des scènes de La gloire de mon père et le château de ma mère. Sur le cadastre napoléonien, les postes de chasse y figurent clairement ainsi que les fours à chaux, richesse naturelle du domaine.

Le Marquis Pierre d’ALBERTAS, inféodé aux Evêques de Marseille, qui prit définitivement possession des lieux en 1357, et ce pratiquement jusqu’au début du XXè siècle […]. Pendant 2 ans (1791-1793), Pichauris fut rattaché à Peypin car les habitants fréquentaient plus facilement son église. C’est à la suite d’une pétition des habitants que le Domaine retourna dans le giron d’Allauch. Il est a noté que le Four à Chaux et la Plâtrière fonctionnèrent jusqu’en 1930. Selon le bulletin municipal 98 d’Allauch, 2007

Le pays de Pagnol n’est pas aussi sec qu’on le pense puisque nous croisons rapidement le puits de Baptiste Long et le lavoir de la ferme de Pichauris. Triton vert a répertorié 28 sources ou puits dans le massif du Garlaban et ses environs.

Le village de Pichauris se trouve sur la gauche, avec ses trois anciennes bergeries et sa plâtrière au bout du chemin de Regage. C’est dans une de ces maisons abandonnées que fut tournée la scène du film de Pagnol sur la bastide des vacances de Marcel. La vraie Bastide Neuve se trouve à la Treille.

Après un petit bout du GR 2013, nous quittons la grande piste pour un sentier qui sinue dans la garrigue jusqu’à la table d’orientation où un VTTiste, en un saut bien rapide, réussit à identifier Sainte-Victoire, l’Olympe et son curieux bec, les antennes du mont Marseillais à 3 km à vol d’oiseau et la plaine de Pichauris.

Cette partie que je vous décris maintenant, peut être évitée pour une randonnée plus courte et plus facile en famille. Au lieu-dit les Grands Chênes, il y avait au début du XIXe l’Entrepôt de bois de Baragne2 (parcelle 97, Pichauris C2, 1824) au croisement du chemin de la Bourdonnière à Pichauris et du chemin des Grands Ubacs ; non loin de là, un four à chaux était bâti près du chemin et adossé à la pente : le four devant être alimenté en permanence pendant la cuisson, il fallait donc que le bois soit disponible et proche, d’où la construction de cet entrepôt qui devait être de dimensions importantes puisque le propriétaire (Barthélémy Jeanne-Rose épouse Camoins en 1824) était imposé sur sa surface, et le volume de baragne devait permettre de cuire au minimum une à deux fournées de calcaire ;  pour calciner 1 m3 de chaux dans un four de 60 à 75 m3, il faut pour un feu de 100 à 150 heures - près de 2 m3 de bois de corde, ou 22 m3 de fagots, ou 30 m3 de fascines de genêt ou de bruyèreFours à chaux dans le Var . La chaux vive était probablement éteinte par de l’eau venant par une canalisation depuis la source proche mentionnée sur la carte. Lire aussi Fours à chaux du vallon de la Panousse.
Merci à UnDeBaumugnes pour son aide sur ce sujet.

Nous prenons la large piste sous les rochers des Grands Ubacs ; le terrain est plutôt agréable et facile mais quelle montée sur 2 km700 pour passer de l’altitude 422 à 631 avec la chaleur qu’il fait en cette fin d’avril ! aussi quand le puits d’Arroumi3 est en vue, je sais que c’est là qu’aura lieu le pique-nique ; la pompe a été bloquée, sans doute réservée à l’usage des bergers ; un cycliste essaie de récupérer un fond d’eau pas très propre qu’il traitera ; un autre groupe de randonneurs s’installe également à côté de nous. C’est LE lieu de rendez-vous incontournable mais sans eau : amenez la vôtre.

Au milieu du XVIIIe siècle, le transport du charbon depuis les mines du bassin minier jusqu’à Marseille s’effectuait à dos de mulets par le chemin privé de la Bourdonnière. 2 sols par charge rendue à Marseille. Le charbon de Valdonne alimentait les plâtrières du village de Pichauris où se cuisait le gypse. Répertoire des travaux de la Société de statistique de MarseilleSociété de statistique de Marseille, impr. de Carnaud fils (Marseille), 1906

En route pour les Grands Chênes par le sentier jaune techniquement pas si facile : étroit et pierreux, puis chemin creux au sens propre du terme, puis rocheux avec des pas hauts et inconfortables sur certains ressauts rocheux ; on pose les bâtons, on descend avec les mains, on se retourne, tout cela mérite attention : il faut en effet traverser la barre coupée ; au gros rocher marqué de jaune, la vue s’étend sur l’aire de la Mourre, curieux rocher proéminent et bien rose, zone d’entraînement des pilotes de canadair ; en contrebas, la piste de la Bourdonnière que nous rejoignons ; un pierrier en pente raide mène au croisement avec la piste qui monte au col de l’Amandier et passe au dessus de la Parloire (hors circuit) ; encore un passage difficile puis de temps à autre des iris jaunes, de gros blocs de rochers sur les côtés ; tout en bas, le carrefour des Grands Chênes, chênes qui ne sont plus là.

La Barre rocheuse de la Parloire a la particularité d’être tapissée de lierres, preuve de la présence de l’eau. Sur sa partie haute, selon J. Cuggia, on observe des nidifications de corneilles et corbeaux qui, par leurs cris et la résonance du lieu, justifieraient le nom – féminisé – de parloir, lieu où l’on peut se parler et s’entendre. Une cascade le plus souvent à sec fait parfois le bonheur des amateurs de canyoning. Ces sentiers qui nous parlent – Autour d’Allauch, Jean Cuggia, Jean Cuggia, 2015

Depuis la piste, nous remarquons que plusieurs barres rocheuses s’étagent dans le vallon, à l’image de la Parloire ; après les cistes, je cherche sur la droite le sentier qui mène aux ruines du château de Ners, quelquefois écrit Nerf ; peu avant la ligne à haute tension, on en prend un qui tourne à droite en virage serré ; ce n’est pas celui prévu mais il pourrait nous mener où nous voulons. Etroit et dégradé, il sinue dans la garrigue et change souvent de directions pour finalement retrouver la route que j’avais prévue. Il descend dans un vallon presque 100 m plus bas puis remonte en longeant la route nous amenant les bruits des véhicules. 300 m avant, les ruines du château de Ners sont en vue ; à l’intersection avec le sentier qui mène au château, le repos est nécessaire.

Claude et moi tentons de rejoindre le château en ruines en passant devant quelques maisons d’habitation. Pas si facile de trouver un passage accessible pour atteindre les ruines du château. Encore moins facile de reconstituer le plan des lieux abandonnés depuis longtemps, sauf peut-être l’église consacrée à saint-Etienne.

La description des ruines faite par Saurel vers 1877, dans le Dictionnaire des Bouches-du-Rhône, tome IIAlfred Saurel, Marius Olive, 1878 permet d’imaginer deux tours carrées dont l’une à deux étages ; dans l’enceinte formée par les remparts qui devaient relier les deux tours s’élèvent trois murs de quatre à cinq mètres de hauteur qui pourraient être l’église ; vers l’est on trouve les ruines d’une muraille longue d’environ cinquante mètres sur laquelle s’adossent des restes d’habitations.

Vous trouverez sur le site de Suzanne Françoise, généalogiste férue d’histoire, quelques actes concernant Pichauris et Ners. Sur l’histoire du lieu, elle écrit :

Le château – ou forteresse – de Ners fut construit au XIIè siècle, abritant une garnison qui défendait le péage. En 1557, l’évêque de Marseille le vendit avec ses terres à Pierre d’ALBERTAS, seigneur de Gemenos, qui en fit un de ses fiefs.
Le seigneur d’ALBERTAS acquit également un château et biens du même territoire, tout à côté de Ners, au lieu dit “Pichauris” qui devint arrière-fief de Ners. Source : AD13: 3G 366 26/04/1557. Ners et Pichauris : terre d’ancêtres ?

Le péage de Ners assurait la sécurité des cavaliers, pélerins, qui se rendaient à la Sainte-Baume en fournissant une escorte armée en échange d’un péage.

Nous retrouvons bientôt les abords du domaine de Pichauris, le pont qui passe au dessus d’un ruisseau et d’un ancien aqueduc puis la piste qui mène à l’accueil du parc : la bastide  est pleine de monde.

Une randonnée agréable dans un environnement ‘à la Pagnol’, avec beaucoup de vestiges du Pichauris pastoral et rural, mais avec un dénivelé conséquent et peu d’ombre ; vous pouvez écourter aux Grands Chênes pour ne faire que les ruines de Ners et ajouter la visite du hameau de Pichauris.

Image de l’itinéraire 13km135, 4h30 déplacement (7h au total), 395 m dénivelée (+647, -647)

Télécharger la trace Pichauris Arroumi au format .gpx

1Pichauris : la colline de l’aurore, auri signifiant le versant du soleil levant et pich déformation phonétique de puèch signifiant colline. C’est dans un acte du 30 janvier 1254 que l’on trouve l’appellation Castrum Podii Auri […]. Pour les uns, Auri serait la couleur de l’or qui rappellerait les pierres ferrugineuses ayant servi à la construction du Château [ou] les genêts qui couvraient les collines. Enfin pour certains, Auri signifierait le côté du levant, l’Est. […] Selon le magazine 98 de juin 2007, mairie d’Allauch
2baragne : dans le Grand Trésor du Félibrige une baragno est une haie ; par extension, la baragne est le tapis végétal constitué d’argelas, chênes Kermès, de genets, d’arbrisseaux morts (selon UnDeBaumugnes)
3roumi, arroumi : ronce

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