Rians : la colline Saint-Pierre et sa chapelle


Aujourd’hui le mistral souffle dans toute la région. Je choisis un lieu où, selon météo France, les rafales sont moins violentes mais ça s’avérera faux : les premières heures seront donc désagréables.
Après m’être inspirée d’un vieux guide sur les randonnées pédestres dans Sainte-Victoire, et de la randonnée de Yves en Provence déposée sur le site randogps.net, j’ai concocté mon propre parcours : dans le premier guide, la balade était trop courte ; celle sur internet avait trop de partie commune à l’aller et au retour. Je vous propose donc une boucle qui commence par la Louvière, descend la colline de Saint-Pierre à l’est du vallon des Vacons puis rejoint Rians par une large piste forestière très aimée des chasseurs.

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Parking du Faraillon bien situé dans le centre ville. La balade commence sur une route revêtue qui s’engage vers le domaine agricole de la Louvière ; je passe devant le lavoir décoré de peintures champêtres : un berger et son troupeau avec plein de petits détails tels que la fenêtre en trompe l’oeil ou le garçonnet qui se cache derrière la paysanne ; un vieil oratoire caché derrière un arbre ponctue sans doute ce qui fut un chemin religieux.

La piste étroite, empruntée par les chevaux, sinue entre des champs à droite et un bois à gauche. Près des maisons du hameau, je m’interroge : tous les accès sont annoncés ‘privés’ mais en longeant les constructions après un passage dissuasif envahi de végétation, je trouve un sentier dont la chaîne a été coupée ; buis, yeuses et touffes de thym m’accompagnent jusqu’au chemin plus officiel dessiné sur la carte IGN.

Un simple cairn sur la grande piste m’alerte : il faut tourner à gauche pour atteindre la chapelle. Sentier bientôt raide, humide (nous sommes à quelques jours des inondations dans le Var) ; c’est maintenant qu’on s’amuse : dénivelée 105m sur une distance de 320m environ soit une pente à plus de 30% sous un bois plus dense avec quelques marches un peu hautes ! mieux valait que je ne prenne pas le même chemin au retour.

Ce n’est que quelques mètres avant d’arriver au sommet (554m) que je découvre les ruines imposantes de la chapelle Saint-Pierre. Il ne reste pas grand chose debout ; les murs ont beaucoup travaillé et la ligne de pierres ondule. On reconnait encore une corniche et la voûte. Quelques traces d’anciennes habitations subsistent sur la crête : comment pouvait-on construire dans cet endroit si éloigné de Rians et si difficile d’accès ? De tous côtés, la vue porte loin : j’ai toujours une préférence pour les Alpes enneigées plutôt que les collines.

On sait que la colline était occupée dès l’âge du fer mais sur cette chapelle je n’ai pratiquement trouvé aucune information ; selon certains, elle recèlerait une cache contenant des archives des Templiers ; la balade passe par le quartier Saint-Maurin à Rians  : il y a peut-être confusion avec le Saint-Maurin de Régusse, importante commanderie sur la route de Quinson. En tous cas, la chapelle est assez importante en taille pour avoir joué un rôle religieux notable dans la commune. La revue Gallia du C.N.R.S. parle d’une chapelle connue depuis le XIè près de laquelle on aurait retrouvé des céramiques gallo-romaines. La déléguée à la communication de la mairie de Rians, que je remercie, a bien voulu me fournir quelques informations : Chapelle Saint-Pierre dite « Templière » d’art roman du XIIè siècle. Orientée Est-Ouest, sa superficie est de 13 m de long sur 4,60m de large, sa hauteur est de 12 m environ sous voûte. La totalité de cette construction est en pierres appareillées.


Traces jaunes sur la crête rocheusePour rejoindre le sentier en pointillé par la crête, il faut être attentif et suivre d’abord la crête rocheuse que l’on repère des yeux au loin ; on marche sur quelques lapiaz creusés par l’eau ; de vagues traces de peinture jaune peuvent vous y aider. C’est le seul passage qui demande un peu de vigilance et sens de l’orientation.

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Les Maurras par la chapelle Notre-Dame des Œufs


Une trace trouvée sur randogps.net mais parcourue en sens inverse pour éviter deux descentes raides : celle que j’aurais trouvée après le pylône, et  celle après la chapelle. De plus, j’ai légèrement modifié la boucle balisée jaune pour un détour vers le hameau abandonné des Garduères. Je me suis garée sur un des deux grands parkings des thermes de Gréoux, totalement déserts en cette saison.

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Il suffit de suivre le GR4 pour rejoindre rapidement la rivière et le pont sur le Verdon. Quelques canards, croyant sans doute que j’allais les nourrir, s’approchent rapidement de la berge. Après la traversée du pont, je marche sur la route peu fréquentée ; j’oblique ensuite vers la gauche sur la colline par une montée qui promet d’être raide. Et elle l’est. Les bois ne sont pas très denses, j’entends hurler les chiens des chasseurs ; au cri aigu et répété de l’un d’eux, je devine qu’il vient d’être blessé. Le détour par la chapelle n’est pas clairement indiqué sur le rocher face à moi ; en quelques enjambées, j’y parviens par la gauche et découvre une large esplanade rocheuse, deux cairns et une petite chapelle précédée d’un bâtiment en ruine, l’ancien ermitage probablement, déjà noté ainsi sur la carte de Cassini en 1778. Le dernier ermite l’a occupé jusqu’en 1883. La chapelle Notre-Dame des Œufs est bâti sur un éperon barré, ce qui offre un superbe panorama sur la vallée. A l’intérieur, au sol, un œuf fraîchement cassé encore est encore dans sa coquille. Sur le mur d’entrée, des éclaboussures noires pourraient être celles d’œufs cassés que l’on aurait projetés.

Quel nom bizarre que la chapelle aux œufs ! Après une longue recherche, je trouve enfin quelques bribes d’explication et des éléments historiques sur lesquels les auteurs sont à peu près tous d’accord. Sur la colline dominant le hameau d’Aurafrède, petit fief à part entière dont la durée de vie n’a pas dépassé la fin du XVe siècle, se dresse une chapelle dédiée à Notre Dame (mentions en 1274, prior ecclesie Beate Marie de Aurafrigida – en 1351, ecclesia de Aura Frigida). Depuis quand le nom de Notre dame des Œufs a-t-il remplacé celui d’Aurafrède ? Tout ce que je sais c’est que fin XIXe, elle portait son nouveau nom. Les rites de cette chapelle de fécondité ont été abandonnés vers 1930 puis ont repris depuis quelques années ; la chapelle a été restaurée.

Le lundi de Pâques autrefois était jour de pèlerinage : les femmes imploraient Notre Dame pour obtenir la fécondité ; après être montée au sanctuaire, la pèlerine en quête de mari, ou la femme désirant un enfant, montait à la chapelle portant des œufs. Elle déposait quelques œufs dans les niches du chœur en ex-voto, et mangeait les autres. Daniel Thiery, Aux origines des églises et chapelles rurales des Alpes-de-Haute-Provence : Gréoux-les-Bains.
Les rares auteurs (Bertrand et Bailly) pensent que la chapelle a succédé à un culte païen, occupant le site d’un habitat gallo-romain, ou même a remplacé un sanctuaire de la fécondité de l’époque protohistorique. Extrait de archeoprovence, Daniel Thiery

Sébillot rapporte dans diverses régions de France des coutumes assez similaires consistant à offrir différentes denrées aux fontaines : des œufs, des morceaux de pain, des gâteaux, des fruits. Les femmes stériles y enterraient un œuf lors du pèlerinage du Lundi de Pâques. Il devait se conserver tout l’été, ce qui était un gage de réussite. On vérifiait son état le 8 septembre suivant, lors du second pèlerinage. Paul Sébillot, Folklore de France. Les eaux douces, Imago, 1983

Au Moyen Age, le pèlerinage à la Grotte aux Œufs de la Sainte-Baume – que j’ai prévue d’aller visiter bientôt – est censé assurer la fécondité aux femmes. Une croyance à rapprocher du culte d’Artemis, […] qui portait en fait un collier d’œufs, symbole de fécondité. Robert Bailly, Chapelles de Provence. Origines, architecture, croyances, Editions Horvath, Le Coteau 1988
L’Histoire des contes, Catherine Velay-Vallantin, Fayard, 1992

Je continue mon périple en empruntant un escalier plus ou moins creusé dans le sol et muni d’une rambarde métallique : c’est pas là qu’il faut venir si l’on arrive en voiture depuis les Maurras. La piste forestière composée de galets me donne toujours l’impression d’insolite puisqu’on est loin de la plage ; elle est longue et un peu ennuyeuse. Je converse avec un chasseur qui court derrière son chien, équipé d’un gilet fluorescent et d’une antenne GPS et qui s’est enfui. « Est-ce vrai que les sangliers sont atteints d’une parasitose transmissible à l’homme ? » (je pense à la Trichinellose, dont quelques cas ont été observés dans le sud de la France). Il me sourit d’un air entendu : « je sais mais après 48h de congélation, pas de problème ! ». Sauf que selon le ministère de la santé La congélation de la viande n’est pas suffisante pour éliminer tout risque de transmission de la trichinellose. Donc préférez la cuisson à cœur si vous mangez du sanglier.

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De Niozelles à Pierrerue par les chemins de campagne


Une randonnée bien campagnarde, sans difficulté, à travers les champs. J’ai téléchargé sa trace sur le site randogps.net. Majo et moi partons de Niozelles, petit village de 233 habitants, dans la vallée de Beveron. Avant de prendre le premier sentier, nous devons longer l’ancienne N100 devenue D4100 depuis que l’entretien des nationales revient aux collectivités locales. En déclassant ses routes nationales, l’État n’a laissé aucune consigne […]. La motivation est que les usagers de la route ne se repèrent pas grâce au numéro mais à la direction indiquée sur les panneaux… Extrait du site routes.wikia.com

Un panneau danger avertit les piétons qu’il faut traverser la route. Le sentier des vignes porte-t-il bien son nom ? nous n’avons vu qu’un seul champ de vignes sur le trajet retour ! A partir de maintenant nous longeons les champs, dans lesquels subsistent parfois des murs ruinés de maisons isolées. Une roulotte stationne à l’entrée de la magnanerie, ancien lieu d’élevage du ver à soie, qui vous accueille aujourd’hui en chambre d’hôtes, gite ou roulotte. Au niveau des Garennes le sentier est brusquement coupé par une barrière souple non électrifiée ; faut-il la contourner ? finalement, nous passons au-dessus sans trop savoir si c’est ainsi qu’il faut faire. De l’autre côté, la même barrière souple est au sol, mais le panneau chemin rural n°6 est bien planté à côté. Le long du ravin des Charentes, pousse de l’osier.

Au niveau de la ferme des Charentes, deux chevaux planqués au fond du pré, nous observent. L’un d’eux, à la tête bicolore, nous fixe longuement puis s’avance très lentement dans notre direction ; il n’est pas rassuré, s’arrête, évalue sans doute le danger. Quand finalement, nous décidons de nous approcher de lui, il détale bien plus vite qu’il n’a avancé !

Le sentier monte doucement jusqu’à la D12. Il faut à nouveau traverser la route et prendre le sentier en décroché ; il est pavé à l’ancienne, sans doute fort utilisé autrefois pour relier Niozelles à Pierrerue.

Nous commençons la visite du village par l’église d’une impressionnante largeur ; elle ne ressemble pas à celles que l’on voit habituellement en Provence : clocher carré, toit de tuiles rouges. Elle a presque entièrement été rebâtie même s’il reste des éléments antérieurs (nef romane, travées voûtées en berceau, etc). Elle est fermée, nous ne pourrons pas voir si la crèche du XIXè y a été installée.

Nous poursuivons par le lavoir, la maison du vieux four, la fontaine et la tour de l’horloge (1789), puis à l’autre bout du village, le château.

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