Boucle de Mus, Saint-Paul-lez-Durance


Première randonnée au départ de Saint-Paul-lez-Durance1 que je connais plutôt pour Cadarache et ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) que pour le côté nature et pourtant… Georges et moi sommes en mission repérage pour une nouvelle boucle de randonnée balisée en bleu.

Dépliant de la balade sur le Grand Site Concors Sainte-Victoire

Nous nous sommes garés sur le parking de la Gamatte, presque en face des ateliers municipaux, sur le chemin de la Source. La rando commence par un petit écart en suivant le panneau « sens de la visite » ; nous traversons l’Abéou sur un petit pont, puis nous longeons la berge le long d’un champ avant de retrouver la petite route D61d (GR99A).

La météo ce jour à saint-paul-les-durance/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Sur notre gauche la colline San Peyre, coeur du village médiéval Les Annèmes. Comme il y avait deux seigneuries à l’époque, une motte castrale existait également dans le quartier de Cadarache. Dans un premier temps, la motte ayant été façonnée dans la roche calcaire, un front de taille est visible sur le pourtour. Restera à trouver l’accès à la motte castrale… ce n’est pas l’objectif du jour.
Deux mottes dans un terroir provençal en transformation : Saint-Paul-Lès-Durance, XIe -XIIIe siècles, Daniel Mouton, Archéologie médiévale Année 1994 24 pp. 199-249

Au sud de la tour construite en suplomb du fossé et dont il ne reste que 80cm d’élévation, les constructions sont enserrées dans une enceinte en forme de trapèze. Vers l’est, 3m en contre-bas, une seconde enceinte protège une basse-cour dans laquelle des substructions sont visibles. Elle est protégée à l’est par l’a-pic rocheux. A quelques mètres su château, l’église San Peyre de 12m sur 6.4m. Sur les pentes, les vestiges du village sont décelables.Les monnaies retrouvées attestent une occupation de la fin du 10e et au 11e siècle.

Après avoir longé un canal d’arrosage, cet ancien grand chemin de Rians passe devant la source de Font Reynaude, qui invite le promeneur au repos : tables de pique-nique, ombrages, chênes pubescents majestueux, bruits de l’eau,… C’est là qu’est installé le captage de l’eau de source du village.

Les sources, exutoires du massif de Vautubière, sont situées le long de failles satellites de la faille de la Moyenne Durance, dans le lit majeur de l’Abeou. Saint-Paul est bâti sur des travertins au travers desquels il y a aujourd’hui deux sorties d’eau : l’Abéou et une exsurgence située non loin du stade.

Un peu plus loin, à l’endroit des roseaux et des ajoncs : c’est le Lauron. L’eau y sourd de toutes parts ; deux grands trous de 4 à 5 mètres de diamètre constituent les principales résurgences.

Nous arrivons à la bastide de Castellane, dernière maison avant la montée dans la colline, autrefois vaste domaine exploité par un fermier pour le compte de son propriétaire. Difficile d’imaginer qu’à 200 m derrière la maison, une bergerie et des pâtures complétaient le domaine.

Ce domaine dit La Castellane de Saint-Paul2, a changé plusieurs fois de propriétaires à partir de la fin du XVIIIe : J.-H. RICHARD (1793), SIAS, J. CODOLENDY, Denis Balthazard ARNOUX (1821). Quand ce dernier achète le domaine et sa maison de campagne, un autre bâtiment abrite la ferme avec loge à cochons, garenne, écurie, remise, grenier à foin et blé, aire (AD 13, 4 Q 1 1545, vol. 185, n° 38 du 05.03.1821). Une partie des terres est plantée de vignes, amandiers, noyers et chênes blancs. Dans la vente sont inclus des capitaux morts ou vifs dont : 2 dal de blé, 48 dal de mescle3..6 tonneaux cerclés,… 100 bêtes à laine, le chien de troupeaux… pour 21 750 Fr, soit 64 200€ de 2024 (d’après site histoire généalogie et convertisseur INSEE).

Au premier carrefour dégagé, nous montons doucement dans un frais vallon, sur l’ancien et large chemin de Rians, autrefois le seul moyen de rejoindre ce village. Le camp Pourquier4, entre pâtures et taillis, garde la mémoire du porcher qui gardaient les porcs dans un terrain communal.

Le 29/09/ 1721, les Consuls nomment Joseph Roux, fils de Michel, porcher de la communauté, ceci pour permettre le nettoyage des rues et maisons.

Le chemin serpente dans le vallon ; autre propriété partiellement communale : le camp de Mus, taillis et broussailles comme à Pourquier. Dans un premier virage, un abreuvoir qui profite d’une eau à faible profondeur. Dans un autre une curieuse borne mémorise la date du décès supposé de ER 18/12/1985.

Enfin, la citerne 228 nous rappelle que nous circulons sur une voie de Défense Contre les Incendies. Nous longeons la frontière avec le Var ; Georges me montre à quelques mètres dans le champ ce qui pourrait être un muret de pierre et une cabane mais nous n’avons pas le temps de chercher comment y accéder (en 2012, je l’avais trouvée : Le belvédère de Cadarache) .

A la borne-limite communale avec Jouques il nous reste encore plus de 300 m à parcourir pour atteindre le point final de cette première ascension à 501 m, pas encore le point culminant mais un petit plateau.

Avant le changement de versant, et son changement de décor, retournez-vous vers Rians et son alignement d’éoliennes. Sur une large piste ensoleillée, bordée de touffes de thym, nous croisons le chemin du Carry : vue sur les futurs virages de notre piste ; dans les années 1970, les salariés venant de Jouques la Sicarde pouvaient rejoindre Cadarache par ce chemin de Jouques. Deux coléoptères, des cétoines, apprécient particulièrement la fleur du ciste cotonneux.

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Le circuit de la pierre, Orgon


[page 1 : géologie, carrières]

1. Un circuit que j’étais physiquement incapable de faire lors de la journée des baliseurs en mai dernier, et que je tente aujourd’hui avec André. Nous nous garons près du cimetière Madeleine Laugier sur la route de Notre-Dame-de-Beauregard, mais il est possible aussi de se garer sur le parking du musée Urgonia.

Chemin des Aires puis chemin du moulin à vent dont nous n’avons vu aucune trace : forcément, il était situé à l’emplacement des arènes, était déjà en ruine fin XVIIIe (propriétaire Moutonier Louis) et a été démoli peu après la première guerre mondiale (photo extraite du livre Orgon, René Fages, coll. Le temps retrouvé, Ed.Equinoxe, 1992).

La météo ce jour à orgon/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Nous entrons dans les bois par la barrière DFCI en suivant le panneau bleu du sentier de la pierre qui effectue une boucle ; nous pénétrons dans les bois par un sentier bordé du traditionnel muret en pierre sèche puis arrivons au belvèdère donnant sur la plus vieille carrière, celle de Montplaisant : impressionnante pureté du calcaire blanc, large panoramique de 34 ha sur le monde qui grouille dans le fond contrastant avec des fronts de taille remodelés et végétalisés sur les côtés.

L’énorme masse de calcaire défini en 1850 par d’Orbigny, faciès urgonien, a fait la renommée géologique de la région [et du village d’Orgon !]. Elle a servi à la construction de la cheminée de la salle des archevêques du chateau de l’Empéri à Salon ; en Avignon à l’aile méridionale de Clément VI du palais des Papes. 1956 : entreprise OMYA.

La boucle se termine par une petite carrière privée, désaffectée, dans laquelle les promeneurs ont créé quelques cairns de pierre à la manière des pélerins ; Selon la destination du produit, les ouvriers taillaient la pierre en moellons pour la construction ou la fragmentaient à l’aide d’explosifs de type poudre noire, de masses et de massettes. Dans ce cas, les granulats étaient ensuite acheminés vers les moulins à grains reconvertis alors dans cette industrie. Livret découverte

La chapelle Saint-Gervais (XVe siècle), un cube austère, construit dans du calcaire urgonien bien sûr, avec un seul contrefort massif et une pierre blanche en guise d’autel, est la chapelle mortuaire de la famille d’Elzéard de Mouriès, [descendant de la famille des Baux ?] dont je n’ai retrouvé aucune trace, sauf sur la plaque sur place…

Maintenant il nous faut rejoindre la colline de Notre-Dame-de-Beauregard ; nous passons devant le cimetière de la Pinède (trois cimetières à Orgon !) avant d’aborder la montée vers Beauregard ; à droite, des parois presque verticales signes de la présence d’une faille. Le plan d’eau du lac Lavau alimenté par l’infiltration des eaux pluviales du plateau des Plaines, occupe une ancienne carrière ; derrière, des pitons verticaux témoignent de failles mineures.

Variante possible : descendre dans la vallée Heureuse, au bord du lac.

Au bas de l’impressionnante falaise à gauche, des calcaires à silex ; les calcaires riches en coraux font une saillie grisâtre sous le rempart ; au milieu les calcarénites blanches.

André attire mon attention : un mur construit sur le rocher ainsi qu’une tour ; lors de ma dernière visite, je n’y avais pas prêté attention ; nous entrons dans une enceinte fortifiée en 1592, après l’incursion du duc de Savoie et les guerres de religion entre catholiques et protestants. Sa forme est clairement visible sur le cadastre napoléonien et conservée presque intacte aujourd’hui. Elle permettait de surveiller la vallée de tout côté.

Aujourd’hui une table d’orientation vous livre toutes les montagnes de Provence visibles : Alpilles, Sainte-Victoire et juste en face Cavaillon et la colline, objet d’une randonnée en septembre dernier.

[Vers page 2 : mont du Grand-Couvent (fort, oppidum, chapelle)]

Promenade Cezanne prolongée jusqu’au sommet de la Colline des Frères


Je vous ai déjà parlé de la promenade Cezanne à Gardanne, dont les panneaux d’information ont été remplacés en 2025 à l’occasion de l’exposition Cezanne au Jas-de-Bouffan. Depuis le parking Mistral, suivre le panneau, monter les deux escaliers et entrer dans le musée Cezanne en plein air : recodnnaitrez-vous mieux le tableau en vue verticale peinte depuis la colline des Frères, sans les piliers à l’avant-plan (merci Perplexity) ? Pour en savoir plus lire Promenade Cezanne.

La météo ce jour à gardanne/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Sainte-Victoire est bien là entre les arbres ; nous poursuivons la promenade Cezanne jusqu’à rejoindre la route des Angles qui s’élève progressivement jusqu’au terrain de sport ; les propriétés le long de la route ont une vue plongeante sur Gardanne. Bientôt face au terrain de sport, les terrils des Molx1 typiques des paysages miniers.

Ce toponyme de Colline des Frères m’interpelle car je n’ai pas trouvé d’explication acceptable. Il ne figure pas sur le cadastre napoléonien de 1830, pas encore sur la carte IGN de 1950. De quels frères s’agit-il : frères de sang ou membres d’une confrérie religieuse ?
Sur la carte de 1950, à l’endroit de la colline, le toponyme Jean Briou ; le surnom Briou est donné à Pierre Deleuil, Joseph Deleuil puis aux héritiers Jean, Louis, Joseph et Jean-Baptiste qui habitent et possèdent des terres dans le quartier. Peut-être ont-ils revendu les terrains de la colline aux Houillères des Bouches-du-Rhône ?
Quant à la confrérie religieuse il pourrait s’agir des Frères Maristes qui ont dirigé une école à Gardanne et dans d’autres communes minières – l’école des Frères – construite par les Houillères des Bouches-du-Rhône pour les enfants de mineurs, dans le quartier Mistral (Lieux de mémoire). Dans les deux cas, ce toponyme serait lié à la mine, très importante pour les villageois dès le XIXe.

A la barrière DFCI le sentier de droite doucement s’élève ; en contre-bas, les abords de la rigole ayant été débroussaillés, ils m’inviteront à réitérer l’expérience compliquée de 2024 avec André. Certains indices évoquent une colline un peu « curieuse » toutefois : des bosses irrégulières, des espaces enherbés à côté d’espaces caillouteux, des pins isolés, des blocs rocheux étrangers, des traces de chaux et de matériel charbonneux, des tiges métalliques sur morceaux de béton. Au sommet, des restes de tuiles provenant d’une construction au sommet. Il est possible de décrire une boucle et jeter un oeil sur les pentes dont certaines ne sont pas encore végétalisées. Malgré la hauteur, aucune vue dégagée sur Gardanne

C’est le terril Saint-Pierre (concession C4 de Gardanne) qui, de la fin du XIXe aux années 1970, a recueilli des stériles de mine issus du lavage et criblage du charbon, mais aussi des matériaux issus du creusement de l’exploitation et des cendres de foyer issues de la centrale thermique. Qui se souvient du plus vieux terril de Gardanne, zone de pâturages et vignes au XIXe ? Rapport d’étude sur les aléas liés à l’exploitation minière

Le terril Saint-Pierre (V137) présentait des points en combustion en 2001 mais éteints en 2005 : on peut donc s’y promener sans risque, chose que Cezanne n’a pu faire puisque lors de son séjour à Gardanne de 1885 à 1886, le terril était déjà exploité ; l’essentiel du dépôt est végétalisé sur 20 à 30 m : on ne voit plus les matériaux le constituant.
Rapport d’étude sur les aléas liés à l’exploitation minière (rapport 2021/039DE 21PAC36020).
Galeries et puits

Le terril de 90 m2, 1 millions m3, est formé de trois dépôts, ceux du nord et nord-ouest à partir de 1950 ; l’un d’eux aménagé en plate-forme se remarque bien depuis le sentier. Côté ouest d’anciens glissements superficiels de terrain sont retenus par un spectaculaire mur de soutènement. Je suppose que, comme à Biver, au début du XXe siècle, un téléphérique amenait depuis la zone de triage, dans un va-et-vient continu, les bennes de stériles jusqu’en haut ; à une certaine hauteur, on déplaçait les pylônes pour commencer un nouveau dépôt. Source : Gilbert Bagnis et Bernard Duplessy

Si vous avez l’intention de faire la variante en boucle des Molx, prendre l’autre sentier en épingle à droite en contre-bas du terril, entre deux dépôts ; sinon rejoindre le parking et redescendre vers le musée de plein air.

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