Boucle de Ganagobie par le canal de Manosque


Circuit inédit qui conjugue la découverte du plateau de Ganagobie et celle du canal de Manosque, dont les berges sont en principe uniquement

affectées au personnel d’exploitation pour l’entretien et l’exploitation des ouvrages conformément aux statuts de l’ASCM et à l’ordonnance 2004-632 du 1er juillet 2004. La Filiole 14, avril 2011

Tout commence par une belle descente dans des sentiers ravinés qui coupent les lacets de la départementale plutôt spectaculaires. Dans l’un des virages, le GR, profondément creusé, est impraticable et je serai obligée de suivre la route sur quelques mètres pour le récupérer plus loin.

Tout en bas, avant de suivre le canal, je retrouve le pont romain de Ganagobie, sur le Buès, découvert assez tardivement lors de la prospection systématique des ponts sur la via Domitia. La voie romaine, si elle a facilité la communication et le commerce, servit plus tard de voie d’invasion aux Lombards. Datant du début IIè siècle, 30m de long, 10m de hauteur, une seule arche reposant sur des culées massives, ce pont romain est toujours utilisé par la petite départementale qui le traverse.

L’entrée sur le canal de Manosque est précédée d’un classique panneau d’interdiction de circulation ; le long du canal, la promenade est à vos risques et périls. En période hivernale ont lieu les travaux de réhabilitation : trois tronçons du canal maître à Ganagobie ont fait l’objet en 2008/2009 d’un recuvelage1 des berges. Si le danger est donc moindre en hiver, période de repos du canal, il existe néanmoins quand le canal est en eau : beaucoup d’ouvrages d’art devront être traversés en posant parfois le pied sur une surface étroite ou non sécurisée. Enfants turbulents, s’abstenir !

Le canal de Manosque

  • L’acquisition des terrains et les travaux ont été exécutés par l’Etat entre 1881 et 1926.
  • En 1977, l’entretien et l’exploitation du canal de Manosque sont remis en affermage2 à la Société du Canal de Provence.
  • En 2004, lancement de l’élaboration d’un Contrat de Canal.
  • Les eaux distribuées par le canal de Manosque sont dérivées de la Durance. La prise actuelle est située dans le barrage de l’Escale à Château-Arnoux
  • 13 communes traversées réparties sur 6 cantons, desservies en eau brute par le canal de Manosque.
  • surfaces irriguées multipliées par 6 entre 1950 et 2000, passant de 270 ha à 1800 ha.
  • Le canal maître mesure 57 km et les filioles3 représentent un linéaire d’environ 250 km.
  • 3 500 adhérents dont seulement une cinquantaine sont agriculteurs.

Quant à ceux qui jettent dans le canal la carcasse de leur voiture, ils ont eu une bien mauvaise surprise quand celui-ci a été vidé en août 2012 car l’immatriculation de la quarantaine de véhicules a été remise à la police qui fera une enquête pour retrouver leur propriétaire. Ceux qui auraient fraudé leur assurance sont passibles d’une peine de 5 ans de prison et d’une amende de 375 000 €…

L’eau du canal s’en va les carcasses de voitures dansent

De nombreux ouvrages d’art jalonnent ce parcours escarpé : un pont-aqueduc (64 sur la totalité du canal) avec rambarde métallique, un autre sans protection qui domine le vide (Mal-Pas), un ponceau4 et ses pierres mal jointoyées entre lesquelles l’herbe repousse. Deux des ponts portent un numéro (11.70, 11.67) qui vraisemblablement représentent leur distance en km par rapport à la prise d’eau du barrage de l’Escale. Le canal devient souterrain, je le retrouve un peu plus loin creusé directement dans le rocher. Il devient plus étroit ; la végétation qui colonise ses bords est celle des zones humides comme le rouge du cornouiller sanguin ou les joncs. Le canalAprès le gros tuyau disgracieux, je retrouve les berges du canal, construites différemment : d’un côté, assemblage de pierres à cinq faces, de l’autre une surface bétonnée lisse. Au pont-aqueduc du ravin de Pont-Bernard, parmi les aménagements plus importants, je reconnais une martelière5. De façon à partager la ressource en eau, une distribution « au tour d’eau » impose la mise en oeuvre des arrosages à des heures pré-définies.

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Le vieil Aiglun


Dimanche 14 octobre, jour de la tornade à Plan de Campagne ; j’ai préféré aller plus au nord où la météo annoncée est plus favorable. La balade balisée  ‘La route du temps’ (balisage jaune sur le terrain) commence à Aiglun, petit village non loin de Digne-les-Bains. Elle fait partie du topoguide de randonnées Digne les Bains et ses environs… à pied, FFRP, FFRP, 2003. Le début du tracé a légèrement changé à cause de récentes constructions d’habitations.

Tout commence par un sentier plein de galets et pourtant nous sommes loin de la mer ; ceux-là, d’origine lointaine, 5 milliards d’années peut-être, ont été transportés par les rivières de Basse-Provence qui coulaient vers le plateau de Valensole. Le vaste dépôt de Valensole est constitué de couches de galets plus ou moins grossiers selon les provenances et les courants. Il y en aura un peu au début et beaucoup dans la montée vers le Puy.

Face au premier panneau d’information géologique, un chêne aux racines dénudées tente de se maintenir en vie malgré l’érosion qui le maltraite peu à peu. Combien de temps résistera-t-il ? Bientôt le sentier s’enfonce en forêt et le terrain devient sableux. Le second panneau m’apprend que la mer a occupé la région puis s’est retirée ; sur les terres émergées, les forêts se sont installées ; les feuilles d’automne tombées dans le sable ont été vite enfouies, laissant aujourd’hui leur empreinte fossilisée.

Le sentier de sable se creuse en étroit goulet dans lequel il est plus difficile de se faufiler. Il continue de grimper, ondule, délaisse d’autres quartiers portant le même nom depuis plusieurs centaines d’années : le Collet, le Colombier. De loin, le clocher de l’église Sainte-Madeleine émerge des ruines du vieux village plus tout-à-fait abandonné. Un gite renommé s’est installé à l’entrée de l’enceinte fortifiée. Près des ruines de ce qui fut sans doute un château, je lève les yeux vers la seule personne que je croiserai en chemin aujourd’hui ; je la regarde, m’interroge sur cette rencontre peu probable à plus de 100km de chez moi : c’est Mireille, ma collègue de travail qui le même jour, dans le même lieu, à la même heure, a décidé de faire la même balade que moi, avec son mari.

Grâce à l’association des Amis du Vieil Aiglun, le clocher de l’église Sainte-Madeleine s’élève fièrement, la façade s’étale largement sur un promontoire de verdure. Un cadre champêtre qui invite à une pause. La cloche, seule désormais dans son clocher depuis que la révolution française a fait fondre deux de ses cloches pour en faire des canons, sonne fort, clair et tinte longuement.
Quand, à la révolution, on fit l’inventaire des biens de Pierre de Codur, seigneur en partie d’Aiglun, devinez ce qu’on trouva dans sa bibliothèque ? 20 volumes seulement dont 15 ouvrages religieux (une majorité de livres religieux fut recensé chez tous les nobles, preuve de l’importance de l’église).
Sur la porte de l’église  est inscrite la date de 1555, vraisemblablement la nef est bien de cette époque ; n’ayant pu visiter l’intérieur, je ne peux que vous rapporter ce qu’en écrit Raymond Collier, dans la Haute Provence monumentale et artistique, Digne, 1986 : trois travées voûtées en berceau brisé, un retable qui présente des toiles dont la facture archaïque le situe au XVIè (allure statique et stylisée des personnages), plusieurs éléments architecturaux témoignant d’un anachronisme étonnant.

Histoire d’Aiglun

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L’Andran et (presque) le Martignon au départ de Courbons


Aussi incroyable que cela puisse paraître, en pleines vacances d’été, cette boucle de moyenne montagne n’a attiré quasiment personne : je n’ai croisé qu’un couple qui descendait du Martignon.
Je suis partie de Courbons, pittoresque petit village en cul de sac, dominant Digne les Bains à laquelle il a été administrativement rattaché en 1862. Cette boucle est décrite à partir du centre de Digne dans le topo-guide Digne les Bains et ses environs… à pied, FFRP, FFRP, 2003.

Descente dans le ravin de Chatusse où l’eau claire et fraiche donne envie de se baigner. Au niveau du second ravin, dans les terres noires, je suis attirée par un rocher couvert de multiples formes en relief ; on dirait l’empreinte de gros vers. Comme d’habitude, c’est geoforum qui me dira ce dont il s’agit : « des bioturbations, comme des galeries de vers de vase ou autres… » (selon Quaternaire). C’est en quelque sorte un moulage naturel. Les traces allongées sont des « moulages » de pistes de reptation d’invertébrés marins qui rampaient dans le sable d’une ancienne plage. Le remplissage des bioturbations intervient après le dépôt des sédiments constituant la roche. D’après Sédimentation et diagenèse des carbonates néritiques récents : Les éléments de la sédimentation et de la diagenèse, Volume 1, B. H. Purser, Editions Technip, 1980

Après les ruines du Saumon, le GTPA (GR) coupe plusieurs fois la route qui monte au sommet de l’Andran. Longue montée agréable en forêt de cèdres et de pins noirs.

Si d’élégants cèdres du Liban balancent ici leurs branches […] c’est grâce au travail des ingénieurs des Eaux et Forêts qui les ont plantés pour obtenir des semences de qualité nécessaires au reboisement. Extrait de A travers la réserve géologique de Haute-Provence, ADRI/Réserve géologiqueADRI/Réserve géologique, 2000

Le relais de télévision, bien visible de Digne, n’apparaît qu’à la dernière minute. Je quitte le GR de pays Grande traversée des Préalpes pour monter au sommet de l’Andran (1218m), par un sentier découvert et venteux ; pas de parapentiste aujourd’hui ; pourtant l’interdiction de voler, c’était la semaine dernière avec la visite du Ministre de l’intérieur à Digne… De là haut, un point de vue spectaculaire sur la vallée de la Bléone, les montagnes.

Je descends de l’Andran jusqu’à un large col près des ruines de la baisse (abaissement d’une ligne de crête) des Chatières où je prends mon pique-nique. Le couple qui s’approche me met en garde sur la difficulté de trouver le sentier sur les pentes boutonneuses du Martignon. En effet dans les buis, je perds finalement la trace du sentier balisé. Croyant avoir une bonne idée, trop éloignée de la crête menant au Martignon, je décide de rejoindre le sentier balisé de l’autre côté en traversant le ravin du Riou. Mais c’était sans prêter attention au resserrement des courbes de niveau sur la carte : c’est dans une pente raide et glissante que j’ai pu rejoindre le sentier. Je ne suis donc pas allée jusqu’au sommet de Martignon. La boucle parcourue dans l’autre sens aurait sans doute évité cette erreur.

Le contournement de la Clapière Haute passe par le col de l’Aire des chiens (curieux nom, vous ne trouvez pas ?) ; un affaissement faiblement interdit, oblige à faire un petit détour. Bientôt en contre-bas, les champs cultivés de l’Aire des Chiens contrastent avec les arides terres noires. J’ouvre et referme soigneusement la barrière : lorsque les pâturages sont traversés par un sentier pédestre bénéficiant d’un droit de passage accordé aux promeneurs, ils sont souvent protégés par des tourniquets, des passages triangulaires, des escaliers doubles ou comme ici par une poignée de barrière.

J’arrive sur Courbons qui apparait sur fond de carte postale. Bien que l’enceinte fortifiée soit en ruine, on peut encore y voir quelques éléments d’architecture : l’église Notre-Dame des Anges, le clocher médiéval qui domine le village.

L’intérêt de cette balade vient du fait qu’en parcourant deux versants opposés, la variété est au rendez-vous aussi bien dans les paysages et la géologie que dans la flore.

Image de l’itinéraire 8km800, 3h30 dépl., 553m dénivelée ; sur la carte le tracé est complet.

clapière : amas de pierres