Grambois, Regarde-Moi-Venir

Publié le Catégories ----- * Luberon 84, 84 Vaucluse, Rando familialeMots-clés , , ,
 

Trois raisons pour lesquelles j’ai eu envie de participer à cette randonnée proposée sur le site OnVaSortir : l’organisateur, YvesProvence, la convivialité du groupe de marcheurs et le titre de la rando qui m’interpelle « Regarde Moi Venir ». La placeNous avons rendez-vous sur la place de la bibliothèque-bar-boulangerie de Grambois à 10h : il est déjà plein ! Après le mot d’accueil et les consignes habituelles (il en est une que j’aime particulièrement : c’est qu’on s’arrête quand on veut, il suffit de le demander),  nous quittons le village.

Ruine en cheminPremier arrêt à l’oratoire Notre-Dame de Miséricorde de 1851 est situé sur la D33 au niveau de la fourche qui mène à droite vers Mirabeau et à gauche vers Beaumont-de-Pertuis : c’est déjà un chemin ; les discussions vont bon train ; nous traversons la D22 et reprenons un chemin d’exploitation près du Jas de Bertet. Après être pssés à côté d’une source sans nom, nous observons avec intérêt la boîte aux lettres et la sonnette rustiques d’un propriétaire. Boite aux lettres et sonnette rustiquesUn arbre, un arbusteDevant cet arbre, nous nous interrogeons : deux arbres ou un arbre envahi par un arbuste ? de tout côté, des vignes à perte de vue : à mon grand étonnement, le vignoble des Coteaux de Grambois situé au pied du massif du Luberon, réunit aujourd’hui 96 vignerons et couvre 586 ha de vignes.

Regarde moi VenirArrêt aux Chabuis le long des vignes pour la première pause puis arrivée à « Regarde-Moi-Venir » écrit en grandes lettres gothiques sur la façade de la maison. A mon avis, cette importante propriété agricole ne porte ce nom que depuis la Révolution Française (vente aux enchères ?) ; recensée sur la carte de Le poney de Regarde-Moi-VenirCassini vers 1775, elle portait le nom de ‘Clos du Mûrier‘. Le propriétaire, fort gentiment, nous accompagne sur le bon chemin et nous laisse près de son poney au superbe poil ébène brillant et bien brossé. Quand on lui demande l’origine de ce nom « Regarde-Moi-Venir », il évoque avec des doutes les ruines sur la colline au sud-est d’où l’on voit venir les gens. Ces ruines et cette maison se trouvent sur la même parcelle cadastrale portant le nom de « Regarde-Moi-Venir ».

ruines ancienne commanderie 1838Traversée dans la garrigue (photo Claude)Nous continuons maintenant dans un sous-bois humide puis, surprenant, dans une garrigue caillouteuse où embaume fortement le thym ; forcément, certaines en profitent pour faire la cueillette. Où est le sentier ? Ruines sainte-madeleine de RouyèreMur d'enceinteRuines de la porteà peine visible, il circule entre la végétation basse, grimpe et descend, tourne de droite et de gauche puis rejoint une piste bien plus claire. C’est le montant de grimper aux soi-disant ruines des Templiers ; au sommet de la colline, les broussailles ont envahi les ruines ; on manque de se prendre une branche dans l’oeil ; on distingue pourtant une citerne de pierre, quelques caves et peut-être même un petit aqueduc. Sur le côté sud, une salle voûtée en berceau brisé était éclairée par des jours à linteau en plein-cintre. D’après le plan cadastral napoléonien, la propriété a la forme d’un quadrilatère ceint de murs dont nous avons retrouvé quelques vestiges.

Grambois Cassini 1775Je regarde la carte de Cassini et m’aperçoit que la mention des Templiers n’y figure pas. A cet endroit est écrit « Royère » ; une simple recherche internet sur ‘Grambois’ et ‘Royère’ m’amène sur le site des travaux récents d’une chercheuse.  Avant de vous expliquer son point de vue, remarquez sur la carte la mention de Limaye reconnue par la plupart des historiens comme une commanderie des Templiers (Deux preuves : une cense annuelle confirmée en 1128 par Bertrand III, comte de Forcalquier ; une donation de Isnard Amic en 1219 à Pons de Limaye, commandeur) ; quelques uns pensent encore qu’il y a eu confusion entre Limaye et Limans dans les Alpes-de-Haute-Provence. Notre dame de la Cavalerie de Limaye (Bastide des Jourdans) est bien la chapelle des Templiers ; malheureusement, beaucoup de documents d’archives de cette commanderie ont disparu.

Avant que La Bastide des Jourdans  n’existe, en 1225, par la volonté du comte de Provence, Raymond-Bérenger V, Limaye faisait partie du territoire de Grambois […]. Avant cette date, les Templiers ont construit une véritable forteresse, le long d’une voie allant de La Tour d’Aigues à Manosque en passant par Sainte-Tulle, voie oubliée aujourd’hui.
Cette forteresse, […] est dite en 1720, lors d’une visite pastorale de l’archevêque d’Aix, Sainte-Madeleine [de la Rouyère], qui rappelle une léproserie, la lèpre ayant presque disparu à cette époque. Le lieu est dévolu aux Hospitaliers-St-Jean de Jérusalem […] vers 1308-1309. C’est eux qui évoquent à cette date de 1720 : le domaine de la Madeleine, anciennement des Templiers.
Etude réalisée par Christiane Boekholt. Mai 2013 sur les Templiers de Limaye

En conclusion : si la terre appartenait bien à la commanderie des templiers, elle a probablement été récupérée par les Hospitaliers de Saint-Jean qui ont construit cette maladrerie Sainte-Madeleine (la plupart de ces établissements sont voués à Sainte-Madeleine).
Une randonnée sur ce thème en Ardèche : la maladrerie des Templiers

PeakFinderNous redescendons le flanc de la colline pour s’installer au soleil pour le repas. Yves nous donne des idées de visite dans les Alpilles qu’il vante à merveille ; les randonneurs échangent les spécialités qu’ils ont cuisinées ou offrent une tasse de café : je n’ai pas de gobelet, c’est à ce moment que j’apprends qu’il existe des verres pliants ; l’ambiance est à la bonne humeur. Avant de repartir, je m’exerce à l’identification des sommets enneigés : avec une paire de jumelles, la montagne de Lure est facilement identifiable ; puis c’est l’application PeakFinder qui fera tout le boulot une fois que je lui aurai donné l’orientation : le Mourre-Froid, mamelon blanc caché entre deux collines proches, puis les Monges et Géruen que j’aime particulièrement.

Le DestelLe lavoir du DestelNous repartons pour le Destel (Destéou) hameau restauré qui réserve une belle surprise : celle d’un lavoir couvert et d’une fontaine toujours alimentée. Changement de décor pour celui des champs et des vignes. Tout le monde s’arrête pour un superbe point de vue sur les montagnes enneigées. A 58km de là, l’un d’entre nous fait remarquer que la montagne semble s’être cassée, formant un V déformé. Le Chiran et le Mourre de ChanierC’est Yves qui, le lendemain, nous dira qu’il s’agit en fait de deux montagnes : le Chiran (1905m à 56km de nous), et le Mourre de Chanier (1930m à 58km de nous) connus pour leurs accidents tectoniques : les conditions sont tellement bonnes qu’on verrait presque aux jumelles les strates des rochers et les inégalités de la roche.

Entre deux champsLe château de Saint-Léger colonie de vacances)Nous quittons la route pour un chemin d’exploitation entre deux champs, ponctué de quelques graminées (lamarckie dorée ?) aux longues tiges dressées, puis de quelques arbres isolés sans feuilles tels des épouvantails. On passe à bonne distance du château de Saint-Léger devenu colonie de vacances. Saint-Léger est avant tout une fondation religieuse : c’est en tant que prieuré médiéval que le site est pour la première fois mentionné dans les textes, au XIIe siècle. A ses pieds s’étend une plaine fertile et facile à irriguer, ce qui explique l’ancienneté des traces d’occupation relevées. On discute encore et encore et on passe sans le voir le virage balisé jaune qui nous fait changer de rive. Demi-tour dans la bonne humeur.

CarrièreLes crapauds (photo Violette)Après un passage sous les roseaux, nous atteignons la crête de la Sarrière que je serai tentée d’appeler la crête de la carrière (mauvaise transcription au XIXè siècle ?)car le sentier longe une carrière aux pans coupés à angle droit, avec ses traces de pic, d’où on a dû extraire autrefois le calcaire. Un réservoir a été creusé dans la pierre ; deux grenouilles vertes (merci Catherine pour l’identification !) de la même couleur que l’eau verdâtre, semblent momifiés sur une branche. Le four creusé dans le rochel'aire de service ?Nous nous interrogeons sur l’accès voûté et en pente qui mène au fond du réservoir, et sur le muret supérieur qui semble protéger le trou. Propriété du Jas de Monsieur, il s’agirait d’un ancien four à chaux isolé qui n’est plus en fonction depuis la première moitié du XIXè. Le haut du foyer par lequel on alimentait le four en pierres calcaires, n’est plus visible. Si l’on admet que l’aire de service voûtée et pentue servait à alimenter le foyer, je me demande par quel orifice s’écoulait la chaux ; il est vrai que je n’ai pas cherché, pensant qu’il s’agissait d’autre chose.

Les fours à chaux du Midi méditerranéen de la France, objets de nouvelles méthodes en archéologie médiévale Christophe Vaschalde

voute en cours de construction VaschaldeLe four à chaux classique ressemble à un cratère de volcan, avec son tertre en terre, et avec une entrée, appelée le « gueulard ». L’intérieur du four circulaire (la marmite) est à ciel ouvert, donc non voûté, et tapissé de blocs de pierres qui forment dans certains cas une corniche. Elle était destinée à recevoir la voûte grossière en encorbellements, des blocs à cuire. La marmite peut avoir entre 2 ou 3 mètres de circonférence. » (Extrait de : Les fours à chaux, dans Pierre Sèche varoise, bulletin No 9, 2007, p. 29)

Le site Randovar83 en parle également sur son site.

De l’autre côté de la route de Beaumont se trouve le gour1 de Reynier, transcrit Gourdereynier par le topographe de Cassini qui venait sûrement de Paris et ne connaissait pas les particularités régionales ! Une rivière avec un gour1 devait probablement traverser la propriété de M. Reynier : comme souvent à l’époque, cet important propriétaire a donné son nom à tout un quartier de Grambois.

Le vieux chêne de 300 ansLe lavoir du châteauNous terminons la boucle par le château, son lavoir, son immense chêne qui n’entre pas dans le cadre photo ! Le château est un édifice construit en 1589 et 1590 sur les ruines de l’ancien logis prioral attenant à l’église paroissiale par 3 maçons pertuisiens, Nicolas Bérard, Antoine et Jean Barrière, pour le seigneur Jean de Gautier ; agrandi et remanié vers 1730 extérieurement (élévations) et intérieurement (escalier, distribution, décor de gypserie) ; remanié au 20è siècle. Inventaire général du patrimoine culturel

La fontaine devant légliseLéglise et son campanileSur la place, la fontaine de l’église date de 1879. Ici le cinéaste Yves Robert tourna deux scènes de son film « La gloire de mon père » d’après l’oeuvre de Marcel Pagnol ; la partie de pétanque et le retour de la fameuse chasse aux bartavelles. Depuis la fontaine est baptisée « Fontaine des Bartavelles ». Extrait du Site paysdaigues.fr

la crèche de P. GrailleLa crècheYves nous invite à découvrir la crèche et les santons de Pierre Graille : lorsqu’il a été muté à Grambois (Vaucluse) comme receveur des postes en 1945, il n’y avait plus de crèche paroissiale, seulement quelques bouts de vieux santons. C’est une dame du village qui a commandé les principaux personnages à Pierre Graille, artiste complet : musicien, peintre, sculpteur, céramiste et conteur. Il s’est inspiré de sa famille puis des habitants de Grambois pour sculpter les personnages. Les visages sont sculptés avec une vivante précision (rides d’expression ou de vieillesse) que j’ai rarement constatée ; on reconnait en souriant les différents métiers, les joueurs de boules : chaque accessoire est fignolé ; quant aux costumes, pour moi qui suis couturière à l’occasion,  ils sont assemblés et cousus comme ceux en grande taille : chemise doublée, petits boutons bleus, gilet à pointes ; l’ensemble est exceptionnel.

Itinéraire Gramboisimage de l’itinéraire 13km500, 245m dénivelée (+645 -645), 6h25 dont 2h de pause – une rando cool !

1gour : régionalement le gour désigne la partie creuse d’un cours d’eau, remplie d’eau même en période sèche

©copyright randomania.fr

3 thoughts on “Grambois, Regarde-Moi-Venir”

  1. Bonjour
    La structure que vous décrivez comme un four à chaux me semble plutôt être un four à poix, (et, ou) à huile de cade.
    La ferme en dessous s’appelle Pegaresse.
    La pego ou pega (poix) est utilisé par le pegot qui est le cordonnier en provençal.
    L’aire de service serait la cheminée que l’on bouche quand la combustion a démarré et que l’on a obturé le haut de la cuve avec des pierres jointives puis de la terre.
    L’évacuation de l’huile en fond se fait par un tube type canon de fusil.
    Le but de l’opération est d’obtenir-de la poix par pyrolyse de buchettes de bois résineux.

  2. attention, on en photographie une puis deux puis trois… des boites aux lettres et on est vite atteint de puxisdiphteraniepceophilie ! Dommage que le Vaucluse ne soit pas à portée de voitures, y de beaux endroits à découvrir!

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