*** Les gorges de Trévans

Publié le Catégories ----- * Gorges de Trévans vallée de l'Asse, ----- * Réserve géologique, 04 Alpes-de-Hte-Provence, Geocaching et jeux, Rando sportiveMots-clés , ,
 

IMG_1887.JPGJuste avant d’arriver au parking, nous reconnaissons avec étonnement, une vieille coupole d’observation astronomique.

« La pureté du ciel provençal a inspiré bien des astronomes. Là où l’Estoublaïsse prend sa source, se dresse une coupole incongrue, isolée dans un monde minéral. Ancien observatoire du CNRS, Chiran, 1905m d’altitude, a depuis longtemps été abandonné par les scientifiques. Trop éloigné, trop difficile d’accès ».

Départ du parking à droite avant le pont, bien avant le village abandonné de Trévans dont la visite complètera agréablement la journée. Les geocacheurs y chercheront la cache d’estoublon les gorges de Trévans.

tombe_cimetiere_trevans.jpgAutour des années 30, il ne restait à Trévans qu’une seule famille et 7 bêtes. Aujourd’hui le village construit autour de la chapelle, est abandonné : seul le cimetière – curiosité surprenante – semble toujours visité avec deux tombes fraichement fleuries. D’autres communes entre Asse et Verdon ont déjà disparu comme Bédéjun et Creisset. « Il s’agit bien d’une région qui meurt » (R. Blanchard, 1945). Trévans a été rattaché à Estoublon en 1973.

IMG_1886.JPGLe premier panneau annonce « Camp Josette maquis de Trévans avril 1943 avril 1944 » ; le camp Josette se situe au nord de l’entrée des gorges, sur la commune de Beynes. Comme souvent dans les Alpes de Haute Provence, les lieux de randonnée sont jalonnés de tels panneaux qui commémorent des faits de résistance. Le maquis Fort de France voit le jour en février 44. Ses dirigeants proviennent de l’école des cadres de la Résistance […]. La vie au camp est rythmée par de l’instruction militaire avec formation aux techniques de guérilla, par les corvées de casernement et par l’entraînement physique . Le 19 mars 1944, le maquis, menacé par l’ennemi d’une opération de ratissage, quitte La Melle en pleine nuit pour se rendre au village de Majastre. Au petit matin, les allemands arrêtent dans la petite chapelle deux maquisards. En partant les Allemands incendient le hameau. Manfred ordonne alors le repli du maquis sur le camp Josette […]. Il meurt le 18 juillet 1944″.
Basses-Alpes 39-45 une mémoire vivante

IMG_1889.JPGIMG_1893_1.JPGLe parcours est balisé par un symbole rouge non identifié (tête de faucon, selon Monique). Nous longeons d’abord l’Estoublaïsse, torrent invitant à la baignade, puis arrivons à un carrefour où un panneau d’information nous laisse perplexes « Sentier du pont de Tuf ; sentier escarpé encordement conseillé ».  Nous ne le trouvons pas sur le plan et sommes donc incapables de savoir si la randonnée préparée passe par là. Nous décidons de nous y engager quand même, aucun commentaire lu sur cette boucle n’ayant signalé un quelconque danger.

Photo CAIRN DigneEn voyant la photo du rocher portant en lettres d’or « natura numquat errat »1 (merci Annie pour l’information), j’ai de suite reconnu l’oeuvre de l’artiste herman de Vries qui sème ça et là de telles traces dans la réserve géologique de Digne http://www.musee-gassendi.org/trouver-traces-territoire-dignois.html et dans le monde. J’avais déjà découvert de telles traces quand je suis montée à l’ermitage orthodoxe Saint-Jean. M. Balalas, grand amateur de langues, traduit ainsi cette phrase : la nature ne se trompe jamais.

IMG_0338.jpgIMG_1892.JPGNous commençons à grimper jusqu’à dominer les gorges de Trévans à en avoir le vertige ; les passages vertigineux sont tous sécurisés. Sur l’autre rive de la rivière, tout en haut d’une colline pointue, nous reconnaissons les ruines de la chapelle Saint-André que nous irons visiter l’après-midi. Nous montons et descendons sans arrêt, traversons des sous-bois ou longeons la falaise au soleil. Le sentier étroit longe le ravin, tourne et retourne, pas d’ennui.

IMG_1902.JPGIMG_1903.JPGValbonnette est un hameau ruiné, ensemble de deux grandes maisons le long du sentier. Dans l’une d’elle, les poutres de bois se sont écroulées ; dans l’autre le four à pain est encore en bon état. Mais de quoi pouvaient bien vivre ceux qui habitaient en pleine forêt ? Au carrefour suivant, nous comprenons enfin où se trouve le pont de tuf dont l’accès est interdit. Nous n’y allons pas, nous prenons la direction du refuge de Valbonnette.

Trévans évoque une personnalité bien connue des faïenciers de Moustiers : Pierre et son fils Antoine Clérissy. « […] la noblesse n’était pas établie parmi ces derniers [les Clérissy], puisque l’un d’eux, Pierre, … reçut l’anoblissement et le titre de baron de Trévans, avant 1743, en récompense de ses signalés services dans l’art céramique ». Nouvelles archives de l’art français, M. Jules Guiffrey, Paris, 1876

Descriptif randonnée par le site eskapad

IMG_1914.JPGIMG_0351.jpgIMG_1906.JPGAprès la forêt de mélèzes, nous arrivons au gite qui est en bien mauvais état, sans porte. Le couchage en hauteur existe toujours. Non loin, des cris d’enfants heureux qui se baignent dans la rivière. D’autres se sont installés sur les rochers au milieu de l’eau pour le déjeuner. Les jardins de Valbonnette, voilà vraiment un endroit  idéal pour le pique-nique… et la sieste.

IMG_1912.JPGIMG_1909.JPGTraversée de la passerelle pour passer sur l’autre rive ; ne remontez surtout pas le pierrier en face mais tournez à gauche, escaladez le rocher en vous aidant de la balustrade de fer. Au croisement bien repéré, nous entamons la montée vers le monastère Saint-André du Désert. Que c’est dur une dénivelée de plus de 200m quand il fait chaud ! Les archives muncipales d’Estoublon possèdent des pièces concernant ces biens ecclésiastiques. Craignant que les protestants s’y réfugient durant les guerres de religion, il fut détruit par précaution par les catholiques en août 1575. J.-F. Cruvellier, Histoire de Barrême, Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, p 43. Devenu monastère des Carmes au XVème siècle, il est transféré à Estoublon au XVIème. Le marquis d’Estoublon aida également à la construction de l’église du couvent des Carmes à Arles.

Le monastère de Trévans sur randomania… Plus

« On appelle le Désert le temps de la clandestinité pour la religion réformée, entre l’édit de Fontainebleau (1685) et l’édit dit « de tolérance » de 1787. Ce terme fait référence à la traversée du désert par les Hébreux après la sortie d’Égypte. Il s’agit en réalité de lieux isolés munis de guetteurs pour conjurer le risque d’arrestation et de condamnation » (musée virtuel du protestantisme français).

Mais à Trévans, c’est différent. Le « désert » désigne un monastère éloigné de tout, propice à la contemplation, au renoncement, à la vie monastique.

IMG_0364.jpgIMG_1925.JPGIMG_0372.jpg

IMG_1919.JPGIMG_1922.JPGL’entrée de la chapelle en tuf se reconnait facilement ; sur le côté, une autre ouverture donne accès à un autel sur lequel une bougie a été récemment allumée. La tour carrée de Saint-André, collée au rempart, devait surveiller sans doute l’arrivée d’ennemis éventuels ; autour un mur d’enceinte protège le monastère. Une ouverture voûtée est encore visible. Complètement abandonné, ce patrimoine bientôt ne sera plus.

les gorges de Trévans offrent un décor total nature, La Provence, 10 juillet 2009

Lors de la redescente, nous croisons un couple de randonneurs et leur chien de chasse qui revient, la langue chabot06.jpgpendante, après avoir pourchassé un chevreuil dans les bois. De là haut, ils espéraient bénéficier d’une vue sur les gorges mais nous leur apprenons qu’il est difficile de s’approcher trop près. Progressivement, nous redescendons jusqu’au torrent. « Loin de toute source de pollution, l’Estoublaïsse héberge la truite fario et le très rare chabot, un poisson fouisseur à grosse tête dont l’espèce, en voie de disparition, ne peut survivre que dans une eau très pure  » Approchez la faune à pas de loup, TourMagazine.fr

IMG_1935.JPGNous passons deux passerelles sur le Clovion où les familles jouent dans l’eau à grands cris. Les premiers arrivés ont même trouvé un trou d’eau suffisant profond pour plonger. Nous nous arrêtons pour nous rafraichir.

Point info tourisme

Comme vous le voyez sur la carte, ces gorges constituent une zone protégée, la Réserve Biologique Domaniale des gorges de Trévans étudiée par l’ONF pour faire partie des Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF Gorges de Trévans et ravin de Mayaiche) qui ont pour objectif d’identifier et de décrire des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation.

petit_rhinolophe_photo_Y_Peyrard.jpgorchis spitzel site florealpes« Etendu entre 900 m et 1500 m d’altitude, le site s’inscrit dans les étages de végétation supra-méditerranéen et montagnard. […]. Une grande variété de formations forestières comprenant des pinèdes de Pin noir et de Pin sylvestre, des chênaies pubescentes, des hêtraies et des boisements mixtes de feuillus occupent les versants et fonds de gorges. […] Le site comprend huit espèces végétales déterminantes, dont trois sont protégées au niveau national : l’Ancolie de Bertoloni, la Moehringie de Provence, et l’Orchis de Spitzel. […] Les mammifères patrimoniaux comprennent sept espèces remarquables de chauves-souris, telles que le Petit Rhinolophe, espèce en régression marquée. » Extrait des commentaires sur cette zone protégée.

Finalement, je trouve à ces gorges un petit air des gorges d’Oppédette et de celles du Verdon. Faune et flore changent de façon inattendue : on se croit parfois en montagne, parfois en méditerranée. Moins connues, sauvages, elles ont des atouts, alliant quelques sensations sans danger, la baignade dans le Clovion ou l’Estoublaïsse, les découvertes du village abandonné de Valbonnette et du monastère Saint-André du Désert. Mais ne vous y trompez pas : la randonnée n’est pas si facile si on cumule les dénivelées +650m et -683m !

Itinéraire gorges_Trevans 13km488 4h15 dépl 307m_dénivelée

Le blog de slca04, les gorges de Trévans par le sentier de Valbonnette

1natura numquam errat : la nature ne se trompe jamais (traduction Alain B.)

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Dernière modification le 02 Août 2016

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5 thoughts on “*** Les gorges de Trévans”

  1. en fait pas tête de vautour, mais de faucon!
    et si on redescend par le gite de trevans, les symboles bleu- ciel sont censés être des tête de chamois.
    je vous recontacterai pour avoir des precisions sur le tracé pouvez vous me donner une adresse mail?

  2. GORGES DE TREVANS
    en DANGER
    Le site naturel des «Gorges de Trévans» est menacé par un projet d’aménagement aberrant qui dénaturerait définitivement ce site merveilleux !

    Le site :
    Classé Réserve Biologique et Natura 2000 pour son incroyable diversité de paysages ainsi que sa faune et sa flore rares, ces gorges étroites creusées dans le calcaire, au fond desquelles serpentent deux torrents, sont accessible uniquement aux randonneurs par des sentiers paisibles. Ce lieu magnifique a su garder son caractère sauvage et authentique, et c’est justement ce qui fait tout son attrait. Mais il reste aussi fragile.

    Le projet :
    Rendre accessible aux personnes présentant toutes formes de handicap (moteur, visuel, auditif, mental) une partie du site en créant des aménagements de toute pièce.
    Une rampe d’accès, un sentier sensiblement élargi, aplani et stabilisé, des barrières de sécurité, des points de vue, des aires de pic-nic, des panneaux d’information, des toilettes, des places de parking réservées, etc…
    Budget :250 000€ ? subventionné, oui mais qui paye les subventions ? Le contribuable = VOUS

    Les Dangers :
    La rampe permettrait l’accès des motos et scooters (voire quads suivant la largeur), et entraînerait donc indirectement: pollution sonore, CO², hydrocarbures, etc !
    Les travaux, lourds, effectués avec des engins de chantier (rabotage de collines et falaises, construction de murs de soutien, remblais…) perturberaient durablement la vie sauvage !
    Le pic-nic facilité pour tous entraînerait une surfréquentation estivale des non-randonneurs, notamment pour la baignade (interdite mais tolérée en un seul endroit), donc aussi des déchets !
    L’ensemble des aménagement détruirait définitivement l’esthétique sauvage du lieu !
    Et qui va entretenir tous ces équipements ? A quel prix ?

    Une alternative : La «Joëlette» !
    Des fauteuils, crées par un guide de haute-montagne, adaptés pour emprunter tous les sentiers de randonnée, même escarpés, et sans modifier ce qui existe !

    http://www.hce.asso.fr/-La-Joelette-
    http://www.ferriol-matrat.com/sport-loisir-adapte/randonnee/la-joelette-fauteuil-tout-terrain

    Pour un budget infiniment inférieur au projet d’aménagement, l’acquisition de Joëlettes pourrait permettre de proposer des sorties accompagnées et/ou guidées pour découvrir l’ensemble des Gorges de Trévans sans les dénaturer.

    Ne laissons pas quelques élus peu scrupuleux et avide de gloire locale détruire ce que la nature a mis des millions d’années à créer. Pensons aux générations futures…

  3. 4 – Exploration des impénétrables gorges à Trévans :
    Vers 1975, j’ai exploré les gorges de Trévans une première fois seul jusqu’au pont de Tuf, puis une seconde fois avec un groupe des Lauzon et enfin une troisième fois dans leur totalité avec George (un chimiste de Lyon, qui a inventé une « poêle qui n’attache pas », et que j’ai connu au Lauzon, chez Pierre Noël). Avec Georges, nous avons été parmi les premiers à tenter la traversée complète des gorges de Trévans, par le fond, à la nage, en rappels et en escalades. Il nous a fallu une grosse journée pour aller de Majastre à Trévans. Par la route, il doit y avoir huit kilomètres environ. Au début, on avait installé une tyrolienne, pour passer les sacs à dos afin qu’ils ne se mouillent pas. Dans ces sacs, il y avait le ravitaillement et le couchage, car nous ne savions pas combien de temps nous mettrions. Comme ces tyroliennes prenaient trop de temps, on avait fini par balancer les sacs dans l’eau. J’ai même perdu un objectif photographique interchangeable d’un appareil Mamiya dans ces gorges, sans doute en faisant un rappel. Il y avait un endroit vers le milieu des gorges, après le pont de tuf, où il fallait passer par un impressionnant toboggan en tunnel.
    À la sortie des gorges, le soir très tard, nous avions bivouaqué dans un champ. Nous avons vu passer en pleine nuit, près de nous, une laie et ses petits.
    Quelle merveille cette nature !
    Ci-dessous, photo des gorges de Trévans.

  4. Merci pour tous ces comptes rendus à la fois clairs et documentés qui donnent souvent envie d’aller les découvrir. Plusieurs fois je m’en suis inspiré pour programmer une nouvelle randonnée. Nous étions aux gorges de Trévans la semaine dernière, sur un autre itinéraire, environ 4 heures de marche plus le temps du pique nique et de la baignade. Un site magnifique. Nous y retournerons bientôt pour le faire découvrir à nos petits-enfants.

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