Ce que nous appelons bastide aujourd’hui était autrefois un domaine agricole conséquent, agrandi progressivement à partir de 1662 par achats de terres, vignes et vergers, et géré par un fermier. Vue du chemin, l’architecture de la bastide se reflète dans le bassin du haut ; la visite des jardins est une balade reposante et pleine de surprises si l’on accepte de déambuler dans toutes les allées des terrasses étagées et d’en visiter les recoins.
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En vidéo de 4 mn, l’essentiel (plein écran bouton en bas à droite de Youtube)
Certes la visite est payante et limitée à certains jours Horaire des jardins– les propriétaires y habitent en permanence – mais c’est une vraie bastide provençale qui s’appelait encore sur la cartographie de 1813, Chateau Castillon du nom d’un de ses premiers propriétaires Jacques Blanc de Boisvert de Castillon, qui avait épousé en 1660 l’arrière-petite-fille du premier propriétaire. Le domaine érigé en arrière-fief, prend le nom d’Arnajon1 en 1732. Ayant peu changé de main, le domaine est resté fidèle à son époque malgré les ajouts et modifications.
Histoire d’Arnajon, site du propriétaire dont sont extraites la plupart des informations
Après mon inscription, je me trouve face au grand bassin et au Mourre Nègre, point culminant du massif du Luberon : point de vue enchanteur. Les deux premières terrasses ont conservé leur concept d’origine avec ses deux colombiers et ses escaliers en fer à cheval. Le bassin servait de réserve d’eau et de vivier, comme à d’Albertas (Bouc-Bel-Air).
Ce n’est pas la première fois que je me rends aux grottes de Calès ; la première fois c’était en 2007 – il y a donc presque 20 ans -, lors d’un Jeu de piste dans les grottes de Calès organisé par l’association Calès-Saint-Denis ; la seconde dans Les grottes de Calès et le Défens figurant dans le topoguide Les Bouches-du-Rhône à pied . La troisième avec Lilou, 4 ans à l’époque, qui y avait trouvé un vaste terrain de jeu, avec pique-nique dans une grotte. Cette fois, avec André, nous visons aussi le plateau Saint-Jean, sur une hauteur face à celle du château.
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Nous stationnons rue du Canal, le parking de l’église étant déjà plein. De grandes photos du club photos sont affichées sur les murs des monuments : bel accueil des visiteurs. La crèche de l’église est toujours en place.
A l’entrée de la calade, un panneau nous informe du don exceptionnel, équivalent du budget annuel de la commune, qu’a fait une néerlandaise décédée fin 2022 : il servira à entretenir le site de Calès1. Capital, 6 février 2022.
Le radier des deux caniveaux (XVIe ?) est constitué, soit de pavés, soit du rocher. Ils protègent la calade et la colline du ravinement ; les eaux des deux collecteurs sont réunies dans un axe central derrière l’église. Construction soignée.
L’épaisseur de la calade, bien visible quand il en manque un bout, me surprend ; elle est constituée d’une superposition de trois niveaux d’occupation du site : une base rocheuse ; une base intermédiaire ; la partie empierrée visible correspond à la troisième couche qui daterait de la fin du XVe – début du XVIe. Selon le site Calès-Lamanon
Nous croisons deux bénévoles en train de faire une visite guidée à un groupe ; nous en profitons pour poser une question à Yolande, la présidente de l’association ; les profondes ornières de 140 cm d’écartement creusées dans le rocher pour guider les chariots, sont-elles bien des vestiges d’une occupation romaine ? Elle confirme Ve siècle.
L’ensemble fortifié du château reste accroché aux falaises abruptes : prudence ! Le château fut détruit presque en totalité pendant les guerres de religion (août 1586) puis inhabité. De très nombreuses pierres ont servi à la construction de certaines maisons du centre du village actuel et probablement de son église. La Vierge se trouve à l’emplacement du donjon : point de vue garanti sur le plateau en face et le village.
Entrée dans le cirqueporte sud-estsilo à grainsCuisine du château
Nous sortons du château par la porte d’Avignon, autrefois couverte et fermée par un vantail de bois.
Entre deux hautes falaises, nous faisons le tour du cirque et des habitations troglodytiques : bloc de cuves creusées dans le substrat rocheux, chacune communiquant par un petit orifice avec une cuve ovale. Si l’on retient l’ hypothèse du temple mithriaque2 comme origine de la salle communautaire, le bloc des cuves pourrait constituer les fosses initiatiques sous lesquelles les adeptes étaient purifiés par le sang de l’animal sacrifié (Extrait du site de l’association, rubrique Le cirque et les grottes). National Geographic : le mystérieux culte de Mithra
Les parois de la salle communautaire comportent 7 encoches pour l’accrochage d’un système de couverture supportant une charpente en bois ; sur la longueur, des banquettes taillées à même le rocher ; une surélévation à l’ouest, accostée de cupules, est interprétée comme autel ou socle. Une encoche dans la banquette nord permettait de séparer la pièce en deux. Une des pièces accessoires comporte une fosse (tombe rupestre ?). L’hypothèse d’un lieu de culte (Mythra) est envisageable selon les auteurs du livre.cité ci-dessous pp110 à 112.
Beaucoup de grottes domestiques ; une à étage avec marches d’escalier creusées dans la falaise, grottes à encastrement vertical pour créer une séparation,… 58 grottes recensées dans le cirque sur un total de 116 : si vous disposez de temps, les découvertes seront nombreuses et surprenantes.
Pour plus de précision, lire le premier article Jeu de piste dans les grottes de Calès ou mieux acheter le guide de visite édité par l’association Calès-Saint-Denis(vendu au bar ou à l’épicerie ou au siège de l’association) ou le gros livre De Calès à Lamanon 500 ans d’Histoire, A. Constant, J.-C. Fontaine, B. Maurel, Y. Proutière, W. Renou, C. Savoye, association Calès-Saint-Denis 2021, 590 pages, 27€, plus d’1 kg d’histoire locale !
J’ai enfin trouvé la glacière de Castillone et découvert, grâce à la visite organisée par Hélène Aulagnier, les jardins d’Albertas, la vieille source et son lavoir récemment nettoyés.
Parking près du restaurant Côté jardins en face de la vieille fontaine. (Vieille fontaine : propriété privée du domaine d’Albertas. Visite à vos risques et périls). C’était la seule fontaine pour les gens du village avec celle de Gratiane. Ne figurant pas sur le cadastre napoléonien, elle doit donc dater du XVIIe (1640 environ), époque de l’achat de 18 parcelles de jardins par Henri de Seguiran, précédent propriétaire.
Sur la gauche, une première construction fait penser à un puits d’où on pouvait relever l’eau par une noria (selon ML de Bucco Memori), ressemblant à celle de Camejean peut-être ? Mais observant des briques réfractaires, une arrivée d’eau par-dessus, un mur en élévation (vestige d’une cheminée ?), André pense plutôt à un foyer qui chauffait l’eau pour laver le linge. La source n’étant probablement pas polluée à l’époque, les habitants ont pu y recueillir de l’eau pour boire… Le bâtiment parallélipédique, couvert, capte l’eau depuis une mine d’eau1 qui alimentait aussi les cascades de la grotte de fraîcheur à l’intérieur du domaine d’Albertas ; en se penchant, on peut suivre la galerie qui s’oriente vers le parc. Trois canons distribuaient l’eau dans un bassin mais deux seulement fonctionnent régulièrement aujourd’hui. Au fond, un lavoir qui devait être couvert et deux abreuvoirs bas, pour les troupeaux transhumants. A droite, un caniveau caladé en pente évacuait sans doute les eaux de pluie car nous sommes dans une cuvette.
caladetrois sortieslavoirla mine d’eau au fondmine d’eau aqueducvue d’en haut
Nous quittons la vieille fontaine pour le sentier balisé qui domine le chemin de Castillone. Avec google maps et street view, j’avais repéré la glacière depuis ce chemin, et pourtant, nous ne l’avons pas repérée du premier coup. Elle se trouve à l’angle du premier carrefour, à mi-pente entre la route et le sentier, proche du mur d’enceinte du domaine d’Albertas. Ancêtre de notre réfrigérateur au XVIIe ou XVIIIe, la glacière était généralement cylindrique, creusée dans le sol sur plusieurs mètres et couverte en coupole. Soit la glace à rafraichir était commercialisée dans une grande ville, soit elle était destinée à un usage privé.
Parmi les biens hérités ou achetés par Henry d’Albertas (AD13, 4B1190, 1680-1681) figure la glacière qui est à côté dudit moulin […] grand jas au dessus de ladite glacière avec ses patis…poulailler neuf appuyé contre le dôme de coquillage […] lesdits bâtiments estant à main droite dudit Clos et jardin, y venant de la porte du Grand Chemin de Marseille. Considérée comme un bien noble, elle a servi au Logis de la Croix d’or. Sans doute détruite (malfaçon ?) en même temps que le moulin car aujourd’hui ne subsiste que la grotte de fraîcheur dans ce coin du jardin (photo ci-contre).
Une autre glacière, la glacière de la pinède de Bouc, a été construite vers 1750 ; au vu des photos prises en 2019 – voir La glacière du chemin de Castillone (Bouc-Bel-Air, Bouches-du-Rhône), Ada Acovitsioti-Hameau, Cahier de l’ASER n°22, Association de sauvegarde d’étude et recherche pour le patrimoine naturel et culturel du Centre Var, 2021 – je mesure le gros travail de débroussaillage et nettoyage réalisé par les bénévoles de l’association Bucco Memori ; ils ont assuré également la reprise et la finition du mur périphérique. Entrée basse et étroite ; couverture mixte : couronne de tuiles faisant larmier et dôme recouvert de pierres, terre et tapis herbeux ; diamètre intérieur 4m50, enduit orangé de 1 à 2 cm, entrée 0m80 d’épaisseur. Inaugurée le 21/09/2019, hélàs, elle est déjà tagguée…
Par convention, Jean-Baptiste d’Albertas cède à ses deux frères célibataires une partie de ses biens ; la glacière en fait partie mais ils devront l’entretenir ainsi que fossés et conduites, […] Déclaration du 11/09/1760, AD 13, 31E3001
Depuis la glacière, en observant les jardins par dessus la muraille, vous pourrez reconnaitre le grand canal, un bassin trilobé et les bâtiments du jardinier à droite dont une tour qui fait saillie (ancienne écurie, tour ronde). Cependant pour voir tous ses éléments, mieux vaut faire la visite des jardins.