Crête de Lure, jas de Mathieu



Claude nous emmène sur sa montagne préférée : la montagne de Lure si belle et tranquille, et pourtant si méconnue. La crête ondule constamment, engendrant des cumuls de dénivelée qui peuvent devenir conséquents.

Les photos de la crête de Lure et du jas de Mathieu

La météo aujourd’hui à cet endroit
Avec la température ressentie

Pour marcher sur le toit du monde (expression de Giono), nous partons du pas de la Graille1 (1597 m), à l’est du sommet de Lure ; c’est un col qui permet de passer d’un versant à l’autre : côté nord vers Noyers sur Jabron et son ambiance alpine, côté sud vers Saint-Etienne les Orgues et la Durance.

Les belles tulipes australes aux couleurs jaune et orangé, sont plus rares que les tulipes sauvages de couleur unie ; les narcisses et l’orchis complètent le tableau printanier. Au loin, nous voyons le sentier sinuer et monter avec quelques rares arbres. Au niveau du croisement avec le sentier qui mène au cairn 2000 – que nous irons voir tout à l’heure – plusieurs lignes de collines se succèdent ; dans le bois de la Fayée2, on ne voit que la piste qui mène dans la vallée du Jabron ; au loin, je reconnais le pic de Bure et sa surface plane enneigée.

La tulipe australe, […] d’une vingtaine de centimètres de haut, et ne diffère extérieurement de sa cousine que par la présence de sépales rouges autour des pétales, qui donnent à la fleur un aspect « flammé » du plus bel effet, un peu comme sur certaines grosses tulipes vendues dans le commerce. Site antiopa

Après le pas de la croix, nous entrons dans une zone boisée de sapins ; l’extrémité du feuillage des arbres est de couleur jaune : sont-ils malades ?
Du pas de Jean Richaud, on peut accéder à Valbelle côté nord et à Châteauneuf Val Saint-Donat côté sud. Je me suis demandée qui était ce Jean Richaud ; un érudit du XIXe ? le notaire royal de Manosque ? ou simplement un berger de Valbelle qui a ouvert le passage pour relier les pâturages de Lure à son jas côté nord ? les Richaud sont si nombreux qu’un hameau porte leur nom !
Un fraisier sauvage se cache dans les herbes. Au loin, côté Sisteron, on dirait qu’une montagne a été fracturée en quatre morceaux en son centre ; après de longues recherches cartographiques je pense qu’il s’agit de la montagne de la Baume et des rochers Saint-Michel.

Dans une clairière ensoleillée, je repère une borne de transhumance à sa dimension et son chapeau de peinture rouge, telle que celle trouvée à la Gueide à Eguilles : c’est sans doute le balisage d’une voie de transhumance menant au jas en contre-bas.
Le cirque de Valbelle, vaste cuvette rocheuse, dresse sa façade de pierre verticale : impressionnante ! D’un point de vue géologique, c’est un anticlinal, pli d’une couche géologique en forme de dôme.

[…] l’anticlinal de Valbelle est un pli assez ample […], dont la voûte comme l’axe plongent vers l’est.
On assiste là à la terminaison par amortissement du mouvement chevauchant par lequel les chaînons des Baronnies méridionales ont été entraînés sous ceux de la Provence septentrionale. D’après geol-alp

Je me retourne : le sommet de Lure semble bien loin avec ses relais émetteurs du monde moderne ; parfois appelé signal de Lure, il rappelle qu’il fut l’un des points géodésiques ayant servi à établir pour la première fois la carte du Royaume de France.

Elle s’avéra 20% plus petite qu’imaginé. Louis XlV aurait dit avec humour à Cassini qui venait de la mesurer : Je vous ai subventionné et vous avez plus réduit mon territoire que l’ensemble des guerres de conquête de mes ennemis.
Les ingénieurs envoyés par Cassini lll et lV vinrent dessiner depuis le sommet de la montagne de Lure des éléments de la première carte de France voulue par Louis XV et achevée sous la Révolution. Selon moimessouliers.free.fr, Claude

Le sentier qui menait au jas de Mathieu n’est plus visible mais nous avons ses coordonnées ; nous suivons tant bien que mal Claude qui sinue entre les arbres avec agilité. Bientôt un repère orange scotché sur un arbre matérialise enfin un chemin envahi par les herbes et couverts de pierres plates ; c’est celui que nous cherchions.

Le jas de Mathieu est en bon état et toujours occasionnellement habité : on y trouve un toit, un puits et un évier, et même un lit ! nous nous installons pour le pique-nique.
Ce coin de la montagne de Lure garde en mémoire l’importance du pastoralisme grâce aux nombreux jas et cabanes de pierre sèche : jas d’Aubert, jas de Siran, de Nordon, jas des glacières, borie de Mathieu,…
Je pars en quête de l’écharpe que Marie-Françoise a perdue en cours de route, pas très loin, elle en est sûre. Le tracé de l’aller enregistré sur mon GPS me permet de faire en sens inverse notre parcours : ainsi, je la retrouve sans difficulté. Mais rappelez-vous que sans repères, cela peut être difficile !

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Esparron de Verdon… autrement



Avec Claude à la manœuvre, on sort forcément des sentiers battus : du hors balisage, des raccourcis dans la garrigue basse où l’on circule à vue assez aisément. Nous sommes trois filles pas très sportives, et notre guide.

Dès le départ, la tour carrée du château d’Esparron émerge du village ; la piste est facile, bordée d’argeiras, à la floraison précoce. Les touffes de lavande grisâtres bien alignées n’ont pas encore pris leur couleur d’été.
Sur le sentier caillouteux, coincées entre les cailloux, de jolies fleurs jaunes parviennent à pousser : du lin jaune reconnaissables à ses fines nervures.

Claude tente une descente vers le ravin d’Albiosc au sud en mode sanglier puis se ravise pour un sentier plus facile… qui nous mène à la propriété privée de la Colle. Face à l’issue incertaine, nous préférons sagement continuer sur la piste balisée et faire un grand détour par l’Est.

Arrivés au camping de la Baume par le petit pont de bois, nous le traversons en suivant le ravin à courte distance. Au fond du terrain, on se trouve un petit coin tranquille dans un champ pour le repas. Claude régale avec sa boisson préférée…

Nous longeons le ruisseau sous les arbres, en petites montées et descentes ; pour raccourcir le trajet, il faut traverser le ruisseau à gué mais il y a pas mal d’eau : soit on traverse à pieds nus, soit on trouve un endroit plus facile. Claude qui a de grandes jambes, se retrouve rapidement sur l’autre rive après avoir vaincu les lianes épineuses ; pour les petites jambes c’est plus problématique. Julie, elle, choisit l’option d’enlever ses chaussures. Puis, à travers champs, au feeling, nous récupérons la piste ; en haut du talus, une croix de bois plantée sur la D82 nous sert de point de repère.

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Le vieux Redortiers



Voici une seconde version de ma visite au vieux Redortiers, autrefois dernier village au sud du Dauphiné.

Anecdote : un certain Bouscarle, vers les années 1950, en abattant un hêtre mort, retrouva en son cœur une croix enserrée dans le fil du bois. Il y vit une manifestation surnaturelle ; ce n’était que la marque de la frontière entre le Dauphiné et la Provence datant de 1630…)

La première randonnée, Du Contadour au vieux Redortiers, pays de Giono, passait aux Graves, second lieu d’accueil des amis de Giono, mais sans GPS, l’itinéraire – vert sur la carte en bas de page – est difficile à trouver.

Si jamais vous passez par chez moi […] je vous montrerai un spectacle étrange : une région de collines et de plateaux où dorment sept à huit petits villages absolument déserts. L’herbe pousse dans les ruelles, les toitures s’enfoncent, les orties fourrent les fenêtres basses. Un grand silence les enferme […] tous les habitants de ces villages ont été mangés par Marseille. Lettre de Giono à Lucien Jacques, 1922

Les photos de Yves Provence

Promenade en Provence, dans l’univers de Jean Giono, site de Michèle Reymes qui connait tout de Giono, sa biographie, ses livres, ses films,…

Un peu de neige au ContadourIl fait très froid ce matin, le mistral balaie le plateau en rafales et quelques tas de neige nous rappellent que la température est proche de 0° et celle ressentie proche de -5°. Pour les canadiens, cela correspond à un refroidissement éolien de -7, sans risque pour la santé. Alors, allons-y ! Les marcheurs, à part Majo qui a toujours chaud, se sont chaudement habillés d’un coupe-vent, d’une écharpe et de gants.

Le moulin de Giono vers 1935Le mur en arcades du moulin de GionoNous passons devant le moulin de Giono qui a conservé son mur à arcades,  avec en arrière-plan un plateau de Contadour désormais reboisé.

2-1 Hommage à Jean Giono (le moulin), Gandalf13 adoptée par YvesProvence

Nous ne sommes partis qu’après avoir acheté tous ensemble une maison, une citerne et un hectare de terre autour. Là est désormais notre habitation d’espoir. Jean Giono, préface, Les vraies richesses

A travers champs, nous rejoignons un sentier d’exploitation nommé Oreille et Père-Grand sur google map, de l’autre côté de la D5, sans même remarquer que nous sommes à quelques pas de la maison des Graves qui accueillit les Contadouriens quand le moulin devint trop petit. C’est près de la propriété du pacifiste Giono que le résistant Martin Bret cacha les réfractaires au STO dès février 1943. Fin 1944, ils sont une cinquantaine bientôt dispersés aux Fraches et à l’Héritier. ADRI/AMRID, les chemins de la Liberté sur les pas des résistants de Haute-Provence, Gallimard, 2004
Si vous avez l’impression que le sentier se perd, rappelez-vous qu’il longe la route.

sauge sclarée ?Nous côtoyons des champs de sauge sclarée mais personne dans le groupe ne peut le confirmer ; c’est une plante aromatique dont on extrait une huile essentielle reconnue pour ses vertus analgésique, anti-inflammatoire, antioxydante, antimicrobienne et riche en oméga 3.  En cuisine on peut la mettre dans la soupe. Plantes aromatiques

Vue sur les montagnes au S.-OPuis ce sont les champs de lavande à perte de vue avec côté sud-ouest le signal de Saint-Pierre et peut-être même le Mourre-Nègre du Grand Luberon. Le sentier descend jusqu’à la distillerie de lavande de la Boutonnelle, maison d’hôtes où l’on vend également de la crème de marrons. Nous cheminons sur la route très tranquille jusqu’à la cache d’où nous apercevons les ruines du vieux village de Redortiers.

2-2 Hommage à Jean Giono (Vue sur Redortiers), Gandalf13 adoptée par YvesProvence

Vue sur le vieux RedortiersNous quittons la route par la gauche et en une large boucle en descente retrouvons le GR de pays dans le vallon de la Baume. Variante : rejoindre les Sartrons, l’école de Redortiers, complètement isolée où la femme de Giono enseigna quelque temps en 1918 ; une des scènes de Crésus est filmée dans cette école, celle où Jules redescend voir son ancienne institutrice :

mademoiselle Delphine, ça serait au sujet du zéro. […] Comment ça se multiplie ? […]

le lavoir et ses fontainesLe lavoir à la toiture asymétriqueNous remontons le vallon sur une piste empruntée deux fois par le même 4×4, jusqu’au lavoir-fontaine si différent des autres, avec sa voûte asymétrique et ses deux espaces séparés par un bas muret de pierres ; sur le côté gauche, l’abreuvoir pour les chevaux, les moutons transhumants qui s’acheminaient vers les pelouses des Fraches et de Carlet ; au fond de cet édifice ponctué de touffes de fougères capillaires, plusieurs fontaines pour remplir jarres et bonbonnes, et une ouverture carrée taillée dans le rocher d’où rien ne coule ; à quoi servait-elle ? en marchant jusque là sur les pierres humides, je découvre une canalisation orientée est-ouest abritée dans une galerie derrière le mur du fond du lavoir ; selon moi, il alimentait le lavoir à partir de l’eau du vallon de Brenc2 désormais à sec, venant des Roustourons (encore visible sur la carte IGN de 1950). Aujourd’hui seule l’abondante Riaille3 alimente la fontaine. Sur le côté droit, le lavoir avec ses pierres à lavoir inclinées vers le second bassin. Voûte asymétrique pour le style ou erreur de construction ?…

2-3 Hommage à Giono (le lavoir), Gandalf13 adoptée par YvesProvence

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