*** A l’ombre du rocher de Roquebrune

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La journée est organisée par l’ASER (Association de Sauvegarde, d’Etude et de Recherche pour le patrimoine culturel et naturel) que j’apprécie énormément tant elle propose des journées qui correspondent à ce que j’attends : de la marche, des découvertes de notre patrimoine local souvent riche mais peu connu, de la convivialité. Et des visites gratuites de plus ! Je peux alors poser des questions et y trouver de quoi vous faire partager mes découvertes. J’adresse mes remerciements à Philippe Hameau de l’ASER, qui a accepté de relire cet article.

La première visite prévue est pour la glacière située à l’intérieur de la Maison du Patrimoine, dans l’impasse Barbacane, sans doute l’ancienne rue de la glacière, comme dans beaucoup de villages provençaux. La communauté a racheté tôt le droit de faire de la glace. Des travaux de restauration du bâtiment municipal ont permis la découverte de cette glacière du XVIIème siècle exploitée par l’évêché de Fréjus qui en assumait l’entretien (On sait qu’en 1664-65 elle avait fait l’objet de réparations). Mais c’est devant une maison fermée qu’Ada nous expose ce qu’elle a découvert dans les archives. Sur le thème de la glace, visitez le musée de la glace !

Nous passons devant le cadran solaire créé en 2005, situé en bas de la rue Grande André Cabasse  (ci-contre carte postale ancienne de la rue) : certains s’essaient au calcul de l’heure légale à partir des indications fournies mais ça paraît bien compliqué. Le temps solaire n’est pas aussi uniforme que le temps de nos montres : il faudra donc ajuster par rapport au temps moyen, en fonction de la saison. Contrairement à l’heure solaire qui dépend du lieu, l’heure légale est identique sur tout le territoire : il faudra donc apporter une seconde correction due à la longitude de Roquebrune. Je dirais (simplement ?) de faire le calcul en 4 étapes :

  • Lire l’heure locale de Roquebrune au soleil grâce à l’ombre du style sur le cadran ;
  • img_0863.jpgcorriger ce temps solaire : c’est l’équation du temps (site de l’Institut de mécanique céleste et calcul des éphémérides)  ; en été la terre se déplace moins vite qu’en moyenne : pour le 19 avril à peine -1mn de correction ;
  • Roquebrune étant à l’est du méridien de Greenwich, ajouter les 26mn de décalage (on trouve les coordonnées dans un atlas géographique), calculée à partir de la correspondance 24h correspond à 360° (rotation de la terre en 1 journée) ;img_0864.jpg
  • L’heure légale en France l’été étant égale à UT (Temps Universel) +2, ajouter ces deux heures

Il était 9h40 au soleil quand nous avons quitté le centre du village ; l’heure légale était donc : 9h40-0h1′-0h26’+2h=11h13 à nos montres. Il est temps de partir pour la chapelle Saint-Roch.

img_0874.jpgSaint-Roch s’arrêta dans plusieurs villes d’Italie atteintes par la peste ; il s’employa à servir les malades dans les hôpitaux. Pendant 3 ans il s’occupa des malades à Rome. Il finit par attraper lui-même la maladie et se retira dans une forêt près de Plaisance pour ne pas infecter les autres. Seul un chien vint le nourrir en lui apportant chaque jour un pain dérobé à la table de son maître. Ce dernier, intrigué par le manège de l’animal, le suivit en forêt et découvrit le saint blessé, qu’il put ainsi secourir. D’où l’expression, pour parler de deux personnes inséparables : c’est saint Roch et son chien. Extrait de Wikipedia.

C’est pour cela que dans les villes et villages de Provence qui ont été touchés par la peste, il y a presque toujours un oratoire ou une chapelle dédiée à Saint-Roch que l’on invoquait pour être protégé de la peste. Par exemple aux Mées, à Fontvieille, sur la route de Saint-Cannat, à Cazan, Saint-Rémy, le Beausset, etc.

La météo aujourd’hui à cet endroit :
Avec la température ressentie

img_0870.jpgimg_0872.jpgPetit arrêt à la chapelle Saint-Roch, restaurée par le Comité pour la Protection des Monuments Historiques et des Sites de la Commune de Roquebrune-sur-Argens.

img_0875.jpgimg_0878.jpgDevinette ensuite face à un gros bloc rocheux abandonné sur la rive du lac Arena, à l’emplacement du bras de l’Argens. A quoi servait-il ? personne ne trouve qu’il s’agit d’une bigue, c’est à dire le point d’amarrage de la grosse corde à laquelle était arrimée la barque qui traversait l’Argens avant la construction du pont.

« Les seigneurs et les grands monastères possédaient des terres de chaque côté de l’eau et les échanges étaient intenses. La communauté dut se doter d’une barque pour permettre le transport d’une rive à l’autre des habitants et des animaux. Cette barque devait être assez large pour faire passer des charrettes. […] ; pour que la barque lourdement chargée ne dérive pas ([ndlr] à cause du courant), on l’arrima à une grosse corde qui était tendue, d’une rive à l’autre entre deux gros blocs de maçonnerie (l’un deux a été retrouvé, enfoui dans la sablière Perrin). Le point d’accostage s’appelait alors le capoul. »

Pour se rendre au pélerinage à la chapelle de la Roquette, soit les pélerins traversaient à gué, soit ils empruntaient le bac. La fonction de barquier était obtenue par adjudication. Sur le recensement de 1826, figurait encore Peyrin Sauveur, barquier.

Cassini_le_Muy_Roquebrune.jpeg« Ce bac devint, pour la cité, un véritable service public, affermé dès 1546 par la communauté pour ‘passer chacun, tant allant que retournant, franc et sans faire payer personne, étrangère ou privée’. En fait, les étrangers et les animaux payaient une redevance par homme ou par tête de bétail.
Il fallait souvent réparer ou changer la barque malmenée par les troncs d’arbres charriés par le fleuve en temps d’inondation, et « nourrir » la corde avec du goudron ou la changer. […] Les ouvriers agricoles perdaient beaucoup de temps pour franchir la rivière ; il fallait parfois toute une journée pour faire passer un troupeau d’une rive à l’autre ; il n’était pas rare de voir des bêtes effrayées tomber à l’eau et se noyer. »

Sur la carte de Cassini (1778), le bac y figure bien à côté de la chapelle Saint-Roch. La solution fut la construction d’un pont. Ce n’est qu’en 1829 que l’Argens cessa d’être pour la cité un obstacle à l’ouverture au monde. L’Argens et le vieux pont par le Comité pour la Protection des Monuments Historiques et des Sites de la Commune de Roquebrune-sur-Argens.

img_0881.jpgPetit cours de géologie avec M. Blanc qui a amené son graphique sur le terrain. J’entends pour la première fois le terme d’arkose. « Le rocher de Roquebrune est constitué de granites et gneiss vieux de 560 millions d’années […] ; et si la surrection de ce relief est très récente (environ 30 millions d’années) le granite est un reste du socle hercynien ». Extrait de Geoforum. L’arkose est la roche issue de l’altération et de l’érosion de ces granites et gneiss.

IMG_0883r.JPGExtrait du site ifrance, le rocher de Roquebrune :
« A l’ère tertiaire, des mouvements tectoniques […] font remonter le conglomérat à la surface. Sa couleur caractéristique est due à une quantité inhabituelle d’oxyde de fer ». Selon notre géologue, le soulèvement continue, les reliefs s’élèvent de 2 à img_0890.jpg3mm par an. Avant de IMG_0894r.JPGrepartir après le pique-nique pris en commun, alors que je m’apprêtais à marcher bien involontairement sur une fleur poussant au ras du sol, une dame de l’association me crie « stop ! vous allez écraser une orchidée ! ».

img_0915.jpgimg_0920.jpgimg_0917.jpgimg_0908.jpg

Nous accédons à la chapelle troglodytique Saint-Jean par un étroit couloir entre deux barres rocheuses ; juste au dessus de nos têtes, un rocher est resté coincé entre les deux. Le lieu est humide et sombre, un peu oppressant tout de même, surtout si je devais y passer une nuit…

img_0902.jpgLa chapelle de la Roquette au Muy (remaniée  au XIXème) ou des spasmes ou sanctuaire à répit comme celle de Moustiers Sainte-Marie, est fortement dégradée ; pourtant des traces de restauration sont bien présentes ; on y menait les enfants morts-nés espérant les ressusciter une fraction de seconde, le temps de les baptiser, pour qu’ils soient accueillis au paradis. Lorsque j’allais au catéchisme, le curé enseignait qu’on entrait au paradis que si l’on avait été baptisé ; j’étais d’ailleurs très choquée à l’idée qu’un bébé ne pouvant avoir fait de mal, n’y soit pas d’office accueilli !

IMG_0914r.JPGimg_0906.jpgExtrait de l’inventaire général du patrimoine culturel bourg castral de la Roquette du Muy. « La première mention du ‘castrum de Roqueta’ date de 1232-1244 […]. L’ enquête sur les droits comtaux de 1252 le place sous le contrôle des seigneurs de Marsens pour une moitié, et de deux autres coseigneurs, Palliol et Rostan Raibaud, pour l’ autre moitié. La date de son abandon reste donc inconnue. En 1652, des Trinitaires s’établirent près de l’ église Notre-Dame, reconstruite pour servir de chapelle de pélerinage ». De ce bourg il ne reste que le puits et quelques vagues traces de construction. Les pierres ont été réemployés pour construire l ‘ancien couvent de trinitaires (L’Ordre des trinitaires, qui avait pour mission de racheter les captifs emmenés en esclavage par les barbaresques, fut fondé en 1198 par saint Jean de Matha et saint Félix de Valois) dont je devine le bâtiment principal.  « Après la Révolution, le couvent devint une exploitation agricole, mais le sanctuaire, propriété de la paroisse, resta fréquenté et entretenu ». Chaque 1er mai, se perpétue le pélerinage sous la forme de la fête de la roquette. Dans l’Oratoire Notre-Dame-de-la-Roquette, route de Sainte-Maxime, il y aurait dans la niche, une réplique en plâtre de la Vierge Noire de La Roquette aujourd’hui disparue. Photos de l’Esterel par le photographe Alain Rempfer

IMG_0952r.JPGLa dénomination de « Jeu de Ballon » ne figure plus sur les cartes IGN actuelles. Elle relate en soi déjà tout une histoire et je trouve dommage que de façon générale, ces dénominations du passé se perdent alors qu’elles en disent bien plus que nos dénominations modernes ; je l’avais déjà constaté avec la calanque de l’Oeil de Verre qui s’appelait autrefois calanque Saint-Jean de Dieu.

img_0936.jpgimg_0940.jpgLa montée au Jeu de Ballon, lieu mythique de Roquebrune, n’est pas si facile dans les sous-bois humides et sur les rochers ; il impressionne et surprend : c’est un long couloir à ciel ouvert entre deux barres rocheuses très hautes, dont la taille est celle d’un terrain de jeu : certains pensent que c’était là que les religieux jouaient au ballon ; « il évoque un « jeu de paume » et métaphoriquement, un lieu de rencontres comme le Jeu de Ballon de Grasse qui est le Cours de la ville » (P. Hameau). Des micocouliers gravés de promesses d’amour  cherchent la lumière et dépassent la falaise.  A voir la gravure fraîche sur un des derniers arbres avant la remontée, les jeunes y viennent encore. Nous nous essayons à l’inventaire de ces inscriptions, certaines sont cachées, d’autres visibles de loin depuis le sentier, mises en valeur par un cadre gravé au couteau et que le temps a joliment mis en relief. Dans 400 ans, celles de 2009 y seront sans doute encore.
Nous redescendons par l’éboulis de gros blocs rocheux pour parvenir au Saint Trou, fissure étroite dans la crête. « les personnes dévotes qui s’engageaient autrefois en rampant dans cet étroit passage gagnaient des indulgences ou quelque faveur spéciale de la Vierge ». Extrait de Les villes d’hiver de la Méditerranée et les Alpes maritimes : itinéraire descriptif et historique… Hyères, Cannes, Nice, Monaco, Menton, Sanremo, Élisée Reclus, L. Hachette, Paris, 1864

IMG_0954r_1.JPGUne autre légende dit qu’en ces lieux une belle jeune femme avait décidé de suivre une vie faite d’abstinence et de prières. Un jour, un noble qui chassait dans les parages fut attiré par sa beauté. Mais la demoiselle, devant ses avances, s’enfuit. Le noble se lança à sa poursuite. Arrivée devant une paroi et n’ayant aucune issue, elle supplia la sainte Vierge de lui venir en aide. Le rocher se déchira alors juste assez pour laisser passer la jeune fille qui échappa ainsi aux griffes de l’homme. C’est ainsi que de nos jours il est coutume de dire que seules les âmes vertueuses peuvent franchir le Saint-Trou, les autres seront obligées de faire le tour.

Le Saint Trou : âmes vertueuses seulement, par le geocacheur Xmal qui s’y rend régulièrement depuis l’âge de 14 ans. De actarus83 « L’autre solution consiste à suivre la flèche rouge et à « escalader le mur… mais sincèrement c’est très dangereux ». De Dryade « Malgré l’aide de Cryx et actarus83 mon saint fessier n’a pas pu passer dans le goulet accédant à la salle du coeur. […] Résultats de beaux bleus et un corps assez désarticulé au lendemain ».  Vous voilà prévenu !
img_0953.jpg« Au coeur du massif de la montagne de Roquebrune, un ermite moderne, Frère Antoine, moine cistercien, a occupé pendant une trentaine d’années tout un chapelet de grottes qu’il a magnifiquement aménagées avec simplicité et respect du site. » Extrait de les mystiques au désert

Le paradis, c’est ici !, Frère Antoine, Presses du Châtelet, 2006.

L’ermite du Rocher bribes d’histoire racontée par le photographe Alain Rempfer

Robert Manuel, comédien et metteur en scène parisien bien connu pour  son admiration pour Molière et son émission des années 70-80 « Au théâtre ce soir« , fut maire de Roquebrune de mars 1971 à mai 1974 ;  ne pouvant concilier son métier de comédien et ses charges de maire, il démissionna. L’humoriste Sim, décédé le 6 juillet 2009, y vivait sa retraite depuis 9 ans.

Roquebrune sur Argens Les Issambres, coll., Editions de l’Equinoxe, 1996 (dont sont extraites les deux cartes postales du début du XXème)

Le rocher de Roquebrune, Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique, floristique

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1 Roquebrune : du latin Rocca bruna = Rocher Brun qui surplombe le village

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3 réflexions au sujet de « *** A l’ombre du rocher de Roquebrune »

  1. Dommage que l’ermite Frère Antoine soit aussi médisant. Quelle belle arnaque ! Un Charlatan de la pensée, un de plus… Personnage très sympathique au premier abord mais méfiez-vous, il est très curieux et ne se privera pas de vous donner une bonne leçon de morale ! (En gros lui a tout compris, et vous pas assez… consternant de bêtise)
    [ndlr] cette opinion n’engage que son auteur

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