Canaux en partage


Surprise par le nombre de canaux qui sillonnent les environs de Lamanon, après une première visite le 17 février avec André, je décide un dimanche d’en découvrir le plus possible avec une boucle de 10 km ; balade facile à plat sur les berges, temps printanier avec les premiers arbres en fleurs et, trois partiteurs1 dont le fonctionnement régulé mécaniquement me laisse admirative. Stationnement sur un petit parking à l’entrée du bois, le long de la D17d, au carrefour avec la piste menant au pont de la Crotte.

Je rejoins le village par les sous-bois, parallèlement à la route. Sur la droite un autre parking mieux repéré sur la carte IGN puis une petite citerne de 10m3. A l’approche du village un sentier pédagogique illustré de grands panneaux en couleur m’apprend que les élèves entretiennent une parcelle de forêt, que le réchauffement climatique actuel est de 5° tous les 100 ans alors qu’autrefois (?) c’était 5° tous les 5000 ans. Parce que j’ai travaillé en tant de professeur des écoles pendant plus de 20 ans, j’apprécie le travail réalisé par les élèves. Après le panneau de bienvenue (forcément, j’ai pris le sentier à l »envers !), je rejoins la route par l’allée des Lauriers puis rejoins le château en plaine (par opposition au château médiéval).

Troisième château à cet endroit construit par Mark de Tripoly de Panisse-Passis en retrait de la route ; il a tout détruit sauf la vieille tour accolée aux annexes (à droite sur la photo). A la mort de sa femme Louise, héritière du château Borely à Marseille, il se sépare du château de Marseille, dont il récupère probablement la grille et le portail monumental pour celui de Lamamon. Le château de Lamanon sera revendu à un groupement d’industriels du bois, dont le maire J.-P. Barbou est le gérant statutaire en 1945. Aujourd’hui c’est une copropriété d’appartements. De Calès à Lamanon 5000ans d’histoire, Association Calès Saint-Denis, Association calès Saint-Denis, 2021

Variante : poursuivre jusqu’à l’église et suivre la montée de Calès. Visite des grottes puis retour au château. Le cirque de Calès. Fin variante

Face au château, l’allée du château passe devant la prairie (vendue en 1957) où se trouve le célèbre Géant de Provence, un platane hybride classé arbre remarquable (Il figure parmi les cinq platanes les plus remarquables d’Europe). En 2015 : circonférence à 1m3 0 : 7,55m ; hauteur : 21,5m, largeur de la couronne 44 m sur 45 m, vieux de 300 ans : certains font remonter sa plantation au XVIe mais plus raisonnablement à l’époque d’irrigation du domaine, à cause de l’exigence en eau de cette espèce soit au XVIIIe (1767 ?).

Histoire de forêts, naturaliste, professeure honoraire d’écologie forestière à l’Université de Lorraine

Le 17 août 1554, Adam de Craponne est autorisé à dériver les eaux de la Durance : son but est de permettre la réalisation de moulins actionnés par l’eau. Commission Exécutive de la Durance, historique. Il concède à son frère Frédéric le droit de prendre l’eau de son canal et traverser Lamanon pour alimenter Eyguières par un partiteur sommaire qui se trouvait au rond-point des Quatre-Chemins où se trouve le monument commémoratif du canal.

En 1573 il est en eau. Frédéric cède le droit d’arrosage à Jean Roux seigneur de Lamanon. S’en suit une période pleine de vicissitudes : guerre de religion, accords divers, vente des droits d’arrosage de la terre des Barres et d’Eyguières par Jeanne, fille de Frédéric de Craponne, procès (par exemple, contre Jacques de Napolon qui utilise l’eau du canal sans la payer), etc.

Je passe au dessus du large canal appelé aujourd’hui Union-Boisgelin-Craponne regroupant 7 associations d’arrosants ; en suivant l’impasse du partiteur vers l’ouest, j’arrive jusqu’au « bâtiment rural de distribution des eaux » désaffecté qui s’appuie sur l’habitation du garde chargé de veiller à la manoeuvre des pertuis.

Six pertuis garnis de vannes permettaient de répartir l’eau entre les différents canaux en fonction des droits de chacun ; le soubassement est percé de trois ouvertures voûtées et trois plus petites ogivales ; du canal de Boisgelin (1787, renommé plus tard canal des Alpines) sortaient les canaux d’Eyguières, Arles et Saint-Chamas-Miramas employées deux à deux, et Salon. A l’arrière du bâtiment, on peut voir les martelières. Cours d’agriculture et d’hydraulique agricole, section III, Nadault de Buffon, Paris, Dalmont, 1858

L’Union du Canal Commun Boisgelin-Craponne (1972) qui remplace 5 vieux canaux, est alimentée aujourd’hui par une prise d’eau sur le canal industriel où EDF a installé une petite usine de production électrique et des vannes de régulation ; il permet de maintenir constant le niveau de l’eau dans un bassin qui alimente le canal des Alpines septentrionales et le canal de Boisgelin-Craponne. Les débits délivrés sont réglés et limités par des modules à masques2.

J’entends un léger bruit d’eau continu qui m’indique que la période de chômage est terminé : les canaux vont se remplir.

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Le sentier de l’aqueduc de Traconnade


Inauguré le 23 novembre 2024, ce sentier passe à côté de quelques vestiges du plus grand aqueduc romain du 1er siècle ayant apporté de l’eau à la ville romaine d’Aquae Sextiae : 30 km environ, en aérien, en souterrain ou en tunnel profond comme à Venelles sur 8 km. L’aqueduc a servi jusqu’à la fin du IIIe siècle environ.

La météo ce jour à meyrargues/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Ces vestiges se situent sur la commune de Meyrargues mais il en existe sur Jouques, Peyrolles, Venelles comme par exemple le puits des Michelons à Venelles, regard d’entretien du canal souterrain d’une profondeur de 80 m à donner le vertige ; il n’y a presque aucun vestige sur Aix.

L’aqueduc romain d’Aix-en-Provence / Traconnade, Bernard Fino  Marc Fuhry, Revue archéologique de Narbonnaise, année 2020, 53, pp. 101-146

Dans l’article de La Marseillaise du 22 juillet 2008, Alain Balalas – érudit peyrollais qui a cherché la Traconnade pendant des années -, attirait notre attention sur ce patrimoine ; dans un autre de mai 2013, il réitérait la nécessité de sauver le peu qu’il restait de ce patrimoine romain. Grâce à la commune de Meyrargues, c’est chose faite sur son territoire qui compte le seul vestige classé Monument historique.

Parties du parking place de la résistance d’où partent toutes les randonnées balisées, nous allons par les petites ruelles pentues rejoindre le sentier qui passe sous le château de Meyrargues.

Comme autrefois, on peut rejoindre la chapelle Mère-de-Dieu en passant par le parc et l’allée centrale du château. Edifice imposant du Moyen-âge restauré au XVIIe par la famille d’Albertas, il s’apprécie aussi loin, depuis la colline Saint-Claude et conserve son allure de forteresse.

Le château [1995], autrefois un hôtel-restaurant de renom, a été vendu en automne 2016 à un investisseur privé pouvant assurer sa réhabilitation dans le respect des directives imposées par la Conservation régionale des monuments historiques (CRMH) […].
Pour alimenter l’ensemble des 26 appartements du château, Enedis a
dû amener une ligne haute tension (HTA) jusqu’à un nouveau transformateur.

Bulletin municipal 36 (2018) et 40 (2019)

La propriété s’ouvre sur un magnifique domaine verdoyant de six hectares dans lequel poussent un chêne bicentenaire, des érables de Montpellier, des arbousiers, des épicéas et une sapinière qui abrite des sujets devenus magnifiques et précieux. Bulletin municipal n°36. Avec Anne, nous l’avons cherchée en vain, à l’aide de jumelles, derrière le mur de propriété du château. Car, ce n’est pas banal une sapinière en Méditerranée

La manière d’arriver aux arcades du pont romain du Pas-de-l’Etroit est inattendue : il faut traverser le champ en longeant le cimetière ; en prenant le sentier côté gauche, les restes de la culée du pont sont visibles puis les deux arches intactes consolidées en 2010 suite à un dévers visible depuis les années 30.

Le pont avait 70 m de long [ndlr : il franchit le vallon du Pas-de-l’Etroit] et sa hauteur par rapport au niveau actuel du sol était d’environ 15 m mais le sol antique était encore plus bas car des fouilles entreprises en 1995 jusqu’à 5 m de profondeur n’ont pas permis de trouver ses fondations. B. Fino, M. Fuhry

Marc F. a reconstitué ce que devait être le pont à l’époque romaine : il est sur le panneau d’information sur place.

Le sentier continue de l’autre côté de la route par quelques marches de bois et repéré par un potelet directionnel (puisse-t-il rester en place…) ; on y retrouve des traces d’ancrage et plus haut le piédroit sud du canal. Pas facile à trouver la suite : redescendre immédiatement dans l’espace ouvert qui fut un parking et repérer le sentier dans une trouée d’arbres en face, qui s’incurve vers la droite en surplombant sur quelques mètres la Montée du château.

Plus aucune trace de l’aqueduc qui est souterrain ; le sentier grimpe maintenant jusqu’à l’ancienne chapelle du château, du temps où le village était regroupé autour de celui-ci. Désormais c’est une charmante chapelle rurale Mère-de-Dieu précédée d’un auvent où l’on peut s’asseoir et se reposer.

En face, le sentier de terre continue, sinue dans la garrigue en dominant les maisons du village ; un passage raide et glissant doit être franchi puis on entre dans une zone boisée ; cette partie a été entièrement défrichée pour aménager le sentier. Ne manquez pas la vue sur le château et les toits du village.

Sur le côté droit, le piédroit du canal apparait avec son parement qui affleure. Puis vous verrez une coupe du canal avec sa voûte de claveaux, ses deux piédroits et leur parement interne ; il y a quelques années encore, on pouvait y pénétrer sur quelques mètres ; une partie de cet aqueduc a servi de cache d’armes durant la seconde guerre mondiale ; la hauteur est moindre car remblayé de terre depuis longtemps.

Au niveau d’une descente herbeuse qui rejoint l’avenue de la République, se trouve un regard d’entretien du canal ; ordinairement espacés d’environ 72 m selon les principes de Vitruve, les regards permettent de nettoyer le canal, et l’entretenir. Ils étaient couverts par une dalle rarement encore en place. Sur la photo ci-contre, à droite, un autre regard d’entretien de la Traconnade, plus lisible que celui du sentier.

Archéologie de l’aqueduc de Traconnade d’après ses vestiges, dans ce blog

Le sentier zigzague à altitude à peu près constante ; deux graffitis gravés dans du mortier frais sur l’empreinte de coffrage de la voûte sont représentés sur un panneau explicatif (ils ne sont plus visibles) ; autant vilianus est un surnom rare, autant aprilis est courant en narbonnaise (photo M. Fuhry) ; ces graffitis permettent probablement d’identifier l’équipe responsable de l’exécution de ce tronçon.

Nous poursuivons jusqu’à Réclavier, quartier connu pour son ancienne halte ferroviaire (il y a eu 4 gares à Meyrargues en comptant cette halte !) et ses carrières ; à l’emplacement de celles-ci, des travaux de terrassement ont été engagés pour la réalisation d’une résidence nommée Les Roches Rouges.

Variante en aller-retour 400 m : prendre le chemin de Réclavier jusqu’à la voie ferrée pour découvrir l’ancienne halte ferroviaire sur la ligne Marseille-Gap et un réservoir d’eau du temps des trains à vapeur (photo 2018). Peu avant la Libération le 20/08/1944, un canon gardait chaque issue du tunnel de Réclavier. Montage vidéo : le combat américain du 20/08/1944 (1944 vers Peyrolles).

Pour traverser le Grand Vallat, les romains avaient le choix entre un petit pont et un détour de 1.5 km, ou un grand pont ; ils ont choisi la seconde solution : 145 m de long, probablement deux niveaux d’arches ; en amont, un pan de mur et un bloc de maçonnerie.

La descente sur le boulevard de la République est un peu périlleuse ; après avoir traversé le pont moderne, côté aval, de l’autre côté de la rivière, la culée aval et un pilier du pont sont encore visibles et bien usés.

Si on se retourne vers la rivière, sous le pont moderne, on peut voir un mur épais qui pourrait être le soubassement de l’aqueduc de Réclavier. Si vous parcourez la variante Boucle du plateau de la Plaine, vous serez pratiquement au niveau du canal où circulait l’eau.

Variante en boucle de 2.5 km environ : au bout du chemin de la Plaine piétonnier, au carrefour avec la rue Simone Garcin, un autre balisage bleu à gauche monte sur le plateau de la Plaine que vous pouvez parcourir en boucle ; l’ancienne colonie de la ville de Marseille qui s’y était installée au début du XXe siècle a été occupée par les Allemands durant la seconde guerre mondiale.

Le sentier de l’aqueduc rejoint le parking en traversant le Grand Vallat, en le longeant par la gauche et le passant à gué .

Image de l’itinéraire 3.4 km, 49m (+110, -110), 1h10. Autres variantes possibles : voir les circuits balisés figurant sur le panneau du parking.

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Boucle en 8 du vallon du Garagaï à la ferme de la Pallière


Itinéraire parcouru le jour de la fête de la randonnée 2022 dans le domaine départemental de la Sinne-Puits d’Auzon. Le parking du Garagaï est plein et même les abords du vallon de Ballayre. J’ai choisi une randonnée accompagnée par Xavier Nicolle, chef du service des gardes nature du Grand Site Concors-Sainte-Victoire (GSCSV).

Majo est partie la première pour une rando santé ; Anne, la curieuse, partira avec moi.
En attendant, on profite de l’invité d’honneur de la 25e bénédiction des calissons Nans Bart, premier prix de piano et concert de chambre au Conservatoire d’Aix-en-Provence.

Notre guide avec son aimable autorisation

Dès le début Xavier Nicolle nous explique le rôle d’un grand site qui préserve sans mettre sous cloche. La large piste du vallon du garagaï monte doucement ; bientôt nous sommes noyés dans une immense forêt à perte de vue : essentiellement de chênes verts, chênes blancs, et chênes kermès (ceux qui piquent).

On s’aperçoit alors qu’on a oublié de s’arrêter au petit garagaï, trou creusé par l’eau de pluie sur le calcaire qui dissout la roche, qui n’est pas aussi spectaculaire que celui de la Sainte-Victoire. Les garagaïs sur Sainte-Victoire, par Les Amis de Sainte-Victoire.

Tout le monde connaît les genévriers mais qui sait reconnaître le genévrier commun du cade ? Le guide nous donne une astuce mnémotechnique : les feuilles du commUN sont parcourues d’UN seul trait clair sur la face inférieure et de deux pour le caDE. Je connais mieux les baies de genévrier que l’ont met dans la choucroute et avec lesquelles on aromatise l’eau de vie – le genièvre – dans le nord…

Pause devant une pelouse, non la pelouse bien verte de votre jardin, mais une étendue plane couverte de plantes nourricières pour les insectes : thym, sarriette des montagnes1, lavande sauvage soit un ‘hotspot à biodiversité’, résume notre guide. Donc pour la préserver, ne pas débroussailler à ras.
Chaque plante a sa stratégie pour lutter contre la sècheresse : les plantes aromatiques dégagent un nuage de vapeur d’huiles essentielles qui les protège de la chaleur, un peu comme la crème solaire chez les humains.

On peut utiliser la sarriette comme toutes les plantes aromatiques, pour relever le goût d’une grillade, parfumer un ragout, ou… un fromage de chèvre.

A la frontière Var-Bouches-du-Rhône, Xavier s’arrête à côté d’un chêne blanc aux feuilles marcescentes2 ; stratégie contre le froid : feuilles marrons qui protègent le bourgeon des grands froids. L’arbre est creux, ‘HLM à biodiversité’ : chauves-souris qui y passent la journée, insectes, oiseaux nicheurs enrichissent l’arbre.

Nous sommes dans la forêt de la Gardiole, dans le Var. Court passage sur le chemin des sangliers puis un sentier en zigzag coupe la laie3 de Sommmières et rejoint le chemin du Périmètre, limite de la forêt domaniale. C’est là qu’un chasseur attend que ses collègues viennent chercher le sanglier qu’ils ont abattu.
Ça me rappelle une anecdote : il y a quelques années, un chasseur a proposé gracieusement à notre groupe de randonneurs (conduit par Yves Provence), 5kg de sanglier : il n’avait plus de place chez lui pour les congeler !

Nous arrivons sur la D10 à la limite de trois communes : Vauvenargues, Rians et Puyloubier ; en 1783 cette borne-limite était encore très visible : un gros clapier construit en pierre sèche qui de tout temps a été réputé et servir de limite aux susdits terroirs, citation extraite de Carraire générale du terroir de Vauvenargues servant le passage aux troupeaux étrangers et à ceux du lieu, Archives de Vauvenargues, 14/09/1783.

Aujourd’hui ce n’est qu’un modeste repère de nivellement cylindrique tout rouillé sur un socle de béton immatriculé I’.B.K3 – 68 (photo IGN ci-contre) ; moins visible mais mieux géolocalisé. Celui qui s’agripperait au poteau pourrait se vanter d’avoir visité trois communes, en un même lieu, et en un temps record.

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