Le crash de l’avion anglais


Perdu au fond d’un vallon, à la limite de deux tout petits villages des Alpes de Haute Provence, ce qui reste de cet avion a été transformé en monument du souvenir. C’est après la balade thématique sur les traces de René Char que j’ai eu envie de découvrir cet endroit ; au nord, le sentier mène à la bergerie du Jas d’Aubert et à l’est au lieu-dit Plan Chavonnet ; personne ne songerait donc à en faire un but de balade s’il n’y avait cet avion anglais.

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Un premier panneau de bois au Petit Chavon, marqué ‘avion’ est censé nous aider ; en vérité, il nous fait douter : pas de distance, pas tout à fait conforme à la description du plan du livre Les chemins de la Liberté – sur les pas des résistants de Haute-ProvenceHélène Vésian, Claude GouronADRI/AMRID, 2004 : tout cela finit par nous brouiller.

Nous passons devant le lavoir ; je fais l’apprentissage de l’appareil photo de mon nouveau smartphone sur quelques coquelicots dans le sentier qui descend dans le vallon. Après la route, c’est une piste forestière sans difficulté. Au carrefour de pistes nous retrouvons le modeste panneau de bois signalant l’avion ; on peut se garer là également.

Nous poursuivons en terrain plat ; bientôt apparait sur notre gauche le terrain – nom de code Abatteur – où avaient lieu les largages de matériel organisés par le B.C.R.A ou le S.O.E durant la Résistance et réceptionnés par la S.A.P.

La piste caillouteuse traverse un bois de chênes et descend dans le ravin du Bousquet, piste facile même si elle n’est pas particulièrement agréable ; bien avant d’arriver, nous apercevons la stèle dans le fond du vallon. Sur place, une sculpture rustique rassemble les débris de l’avion calcinés et écrasés.

Une petite plaque au sol indique l’endroit où a été retrouvé chaque corps. Un panneau indiquant ‘cimetière’ indique sans doute l’endroit où les résistants ont enseveli les restes des aviateurs juste après le crash. En septembre 1944, leur dépouille a été transférée au cimetière anglais de Mazargues à Marseille.

Les circonstances détaillées du drame, lues sur place, ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qui nous ont été données lors de la balade à thème sur les traces de René Char, mais elles n’ont pas d’importance ; ces anglais sont morts lors d’une opération ayant pour but de libérer la France.
J.L. Delattre, historien chercheur, confirme :

Cet avion venant de la base de FOGGIA en Italie n’est jamais venu parachuter des armes à la Résistance. Sa mission était d’aller bombarder un lieu stratégique dans la vallée du Rhône. Pris par la Flak dès son passage de la côte d’Azur, il s’est délesté de ses bombes destinées à sa mission puis suite à ennuis mécaniques et erreur de navigation, il est venu s’écraser à Simiane.

Le 10 mai 1944, l’équipe Section Atterrissage Parachutage de Simiane attend la livraison de deux containers d’armes sur leur terrain. Le message codé de Londres leur a confirmé.
Vers 2h30 un avion s’approche, repart puis revient par le sud en émettant des signaux incompréhensibles pour les résistants ; il chute et s’écrase dans le vallon tout proche. Bientôt des explosions et détonations retentissent, un immense brasier s’élève ; impossible de s’approcher, d’autant que les résistants ne savent pas s’il s’agit d’un avion ennemi ou ami. À l’aube, ils découvrent un bombardier Wellington britannique ; à l’avant quatre corps totalement carbonisés, même leur plaque d’identité a fondu. Seul le nom du mitrailleur de queue resté accroché par son parachute à la tourelle arrière, était lisible : Eric Howell âgé d’une vingtaine d’années.
Leur chef de section, René Char, préside l’enterrement des aviateurs, dont les restes, ramassés à la main par les jeunes Français, sont placés dans un container. Dans une odeur tenace d’essence et de corps calcinés, les résistants brisent l’avion (un Wellington type 440B Mark X, 8.50m de long, 13 tonnes), le dissimulent dans les branchages, éloignent les curieux, pour éviter les représailles s’il était découvert. Personne ne sera arrêté. Cet avion devait bombarder une usine du côté de Porte-les-Valence mais, touché par les allemands, il avait dû larguer sa bombe en mer ; les résistants ne sauront jamais ce qu’est devenu l’avion qu’ils attendaient.

En 1945, les hommes de la S.A.P. érigent une stèle dans la combe. Au nom des familles absentes, ils se réunissent chaque mois de mai pour commémorer la tragédie. En 1994, les familles anglaises sont enfin retrouvées par la B.B.C. et des parents émus traversent la Manche pour participer à la cérémonie.
Lors de celle du 11 novembre 2002, une nouvelle plaque est inaugurée et posée devant le Monument aux Morts. Léon Michel, le dernier résistant vivant, associe le nom de ses compagnons de résistance à celui des aviateurs :

  • John Huggler, pilote ; Harry Lane, navigateur ; Neville Green, radio-mitrailleur ; Walter Jackson, bombardier ; Eric Howell, mitrailleur.
  • Raoul Aubert ; Edmée Carretier ; Héloïs Castor ; Kléber Guillermin ; Pierre Inderkumen ; Léon Michel, Norbert Vincent.

Désormais, chaque année, l’armistice de 1945 se commémore dans le vallon rebaptisé « la Combe de l’avion ».

L’amicale des médaillés militaires du Pays d’Apt raconte l’évènement

Pour compléter cette balade, plutôt courte, vous trouverez dans le même coin et sur le même thème sur les traces de René Char ; ou le Haut-Montsalier, les gorges d’Oppedette ou Du Contadour au vieux Redortiers.

7km230 A/R, 74m dénivelée, 2h30 à partir du lieu-dit Petit Chavon
4km390 A/R, 73m dénivelée, 1h30 à partir du carrefour de pistes qui suit celui du Petit Chavon en direction de l’avion

 

Refuge Baudino par la Torque


Une randonnée sur la face sud de la Sainte-Victoire, au départ du parking du Saut du Loup, qui m’a plutôt surprise : aride et dégagée habituellement, ici, pendant un long moment, on traverse une zone boisée et de garrigues ; au vu des formes et de la composition de certaines roches, différentes de chaque côté de la Torque1, on évalue le témoignage des bouleversements tectoniques. Le temps est gris, quelques gouttes de pluie assombriront les photos mais ça vaut le déplacement.

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Le domaine départemental de la Torque, ce sont 91 hectares situés sur la commune de Puyloubier auquel on n’accède qu’à pied. Au loin la Torque en forme de couronne aplatie et pentue qu’il me faudra contourner pour atteindre le refuge. Le sentier étroit, parfois difficilement repérable, sinue jusqu’au pied de l’énorme rocher aux formes dodues fortement inclinées. Alors que je suis proche du rocher, je vois arriver de Saint-Ser un grand rapace qui plane longuement, très haut dans le ciel. Dans ce coin de nature, où courent lièvres et petits rongeurs, nourriture principale des aigles, je me plais à imaginer qu’il s’agit de l’aigle de Bonelli si rare à la Sainte-Victoire. Tout en bas, la ferme de Genty.

Lors de la première phase tectonique importante, une compression brutale entraîne la formation d’un pli anticlinal dans la région de Sainte Victoire. L’érosion de ce nouveau relief engendre des éboulis qui une fois cimentés formeront les brèches visibles à la Torque. La faille du Delubre représente une limite naturelle : il s’agit de l’endroit où la partie occidentale  de la falaise sud se décale d’environ 200 m par rapport à celles du Pic des Mouches.

Association pour le Reboisement et la Protection du Cengle et Sainte-Victoire

Plus je monte, plus je distingue clairement la forme de cuvette du plateau du Cengle (qui fut un lac il y a fort longtemps). Tapissé de mosaïques de verdure, avec quelques habitations éparpillées (dont la célèbre ferme templière de Bayle), le plateau est couronné d’une barre de calcaire blanc que l’on voit encore mieux depuis l’autoroute A8.

La Barre du Cengle est constituée de strates épaisses de calcaire massif. Elle présente un grand nombre de diaclases orthogonales aux strates. Localement, ces diaclases favorisent la circulation d’eau et la dissolution de la roche. Peu à peu, les diaclases s’élargissent et des blocs écroulés se retrouvent au pied de la barre. Extrait de la lithothèque de l’académie d’Aix-Marseille

La montée est de plus en plus difficile sur un sol caillouteux parfois dérapant ; le ressaut rocheux au pas de la Torque, assez impressionnant vu d’en bas, se franchit avec prudence derrière le rocher de la Torque. Après une petite erreur d’aiguillage, je repère la trace rouge sur les rochers. L’arrivée sur ce balcon naturel, dans l’îlot de verdure entourant le refuge Barthélémy Baudino, est un vrai réconfort. De là haut, au delà du Cengle, le regard balaie « la plaine de l’Arc, l’agricole Trets, l’industrielle Rousset, la chaîne du Regagnas, les monts Auréliens ».

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Romanin et les Alpilles


Point de départ : la chapelle de Romanin près de l’aérodrome éponyme, sur la voie Aurélia. Le circuit passe en sous-bois au pied de la chaîne des Alpilles puis redescend dans la plaine à travers les vignes.

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Je longe la piste de l’aérodrome jusqu’au croisement avec le GR6 ; j’ai déjà croisé six VTT ; au loin, j’aperçois les ruines du château de Romanin. Frédéric Mistral originaire de Maillane (1830-1914), se disait descendant des seigneurs de Mondragon et de Romanin . Stéphanette de Romanin, de la maison des Gantelme, tenait de son temps cour d’amour1 ouverte et plénière en son château. La légende ci-dessous témoigne de sa réputation.

Pierre de Chateauneuf, jeune troubadour rêve à sa dame tout en chevauchant dans le défilé de Vallongue tout proche. Il se dirigie vers où l’attendent 12 femmes de haut lignage. Tout à coup, de l’épaisse forêt de chênes, surgissent des brigands. Ils le désarçonnent, le dépouillent de ses habits, de sa bourse, de son luth. Le voici à terre, nu comme un ver, tandis qu’on s’apprête à le rouer de coups. […] Soudain une idée traverse son esprit : humblement, il prie les brigands de lui permettre de chanter une dernière fois avant de mourir. Sa prière est exaucée. […] il improvise un chant à la gloire de ses détrousseurs. Miracle ! les poignards s’abaissent, et on reprend le chant avec lui. Pourpoint, chemise, bourse, cheval lui sont rendus dans l’allégresse générale. Tous chantent et l’escortent jusqu’à Romanin qui se profile dans la lumière dorée. […]
La Provence et l’Amour, Maurice Pezet, Editions F.Sorlot, F.Lanore, 1984

Le quartier des Pins du Sinsarre est probablement une zone de chasse : traces de sanglier, champs d’agrainage tout en longueur entre deux zones boisées. A Camini Luen, c’est une vingtaine de VTT que je croise : un VTTiste me suggère d’éviter le chemin sur lequel dévalent les coureurs. Vers 11h une jeune femme s’arrête en plein bois ; elle est partie un peu tard, m’avoue-t-elle ; « vous n’avez pas peur toute seule dans les bois ? Justement je suis la dernière de la course et vous ne rencontrerez plus personne ». Je la rassure : j’ai tout ce qu’il faut : du téléphone portable à la trousse de pharmacie en passant par la couverture de survie.

Des affleurements discontinus de marnes rouges, dans un massif karstifié, peuvent paraitre surprenants mais nous ne sommes pas loin du pays de la bauxite (minerai dont on tire l’aluminium) et des Baux de Provence.

En me rapprochant du massif rocheux, j’aperçois au loin une grotte dont je ne trouve pas l’accès. Je tenterai cependant d’en découvrir une autre, traversant une végétation hostile, dérapant dans un pierrier long et pénible ; après de nombreux allers et retours pour m’infiltrer entre les arbustes, quelques pas d’escalade, j’ai trouvé une grotte largement ouverte sur l’extérieur ; elle sent fort l’animal sauvage, ce qui me fait craindre d’y trouver une colonie de chauve-souris géantes !  je m’installerai sur le parvis pentu le temps d’un pique-nique. J’aurais préféré trouver la grotte ornée d’Otello…

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