*** Les gorges de Trévans

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IMG_1887.JPGJuste avant d’arriver au parking, nous reconnaissons avec étonnement, une vieille coupole d’observation astronomique.

« La pureté du ciel provençal a inspiré bien des astronomes. Là où l’Estoublaïsse prend sa source, se dresse une coupole incongrue, isolée dans un monde minéral. Ancien observatoire du CNRS, Chiran, 1905m d’altitude, a depuis longtemps été abandonné par les scientifiques. Trop éloigné, trop difficile d’accès ».

Départ du parking à droite avant le pont, bien avant le village abandonné de Trévans dont la visite complètera agréablement la journée. Les geocacheurs y chercheront la cache d’estoublon les gorges de Trévans.

tombe_cimetiere_trevans.jpgAutour des années 30, il ne restait à Trévans qu’une seule famille et 7 bêtes. Aujourd’hui le village construit autour de la chapelle, est abandonné : seul le cimetière – curiosité surprenante – semble toujours visité avec deux tombes fraichement fleuries. D’autres communes entre Asse et Verdon ont déjà disparu comme Bédéjun et Creisset. « Il s’agit bien d’une région qui meurt » (R. Blanchard, 1945). Trévans a été rattaché à Estoublon en 1973.

IMG_1886.JPGLe premier panneau annonce « Camp Josette maquis de Trévans avril 1943 avril 1944 » ; le camp Josette se situe au nord de l’entrée des gorges, sur la commune de Beynes. Comme souvent dans les Alpes de Haute Provence, les lieux de randonnée sont jalonnés de tels panneaux qui commémorent des faits de résistance. Le maquis Fort de France voit le jour en février 44. Ses dirigeants proviennent de l’école des cadres de la Résistance […]. La vie au camp est rythmée par de l’instruction militaire avec formation aux techniques de guérilla, par les corvées de casernement et par l’entraînement physique . Le 19 mars 1944, le maquis, menacé par l’ennemi d’une opération de ratissage, quitte La Melle en pleine nuit pour se rendre au village de Majastre. Au petit matin, les allemands arrêtent dans la petite chapelle deux maquisards. En partant les Allemands incendient le hameau. Manfred ordonne alors le repli du maquis sur le camp Josette […]. Il meurt le 18 juillet 1944″.
Basses-Alpes 39-45 une mémoire vivante

IMG_1889.JPGIMG_1893_1.JPGLe parcours est balisé par un symbole rouge non identifié (tête de faucon, selon Monique). Nous longeons d’abord l’Estoublaïsse, torrent invitant à la baignade, puis arrivons à un carrefour où un panneau d’information nous laisse perplexes « Sentier du pont de Tuf ; sentier escarpé encordement conseillé ».  Nous ne le trouvons pas sur le plan et sommes donc incapables de savoir si la randonnée préparée passe par là. Nous décidons de nous y engager quand même, aucun commentaire lu sur cette boucle n’ayant signalé un quelconque danger.

Photo CAIRN DigneEn voyant la photo du rocher portant en lettres d’or « natura numquat errat »1 (merci Annie pour l’information), j’ai de suite reconnu l’oeuvre de l’artiste herman de Vries qui sème ça et là de telles traces dans la réserve géologique de Digne http://www.musee-gassendi.org/trouver-traces-territoire-dignois.html et dans le monde. J’avais déjà découvert de telles traces quand je suis montée à l’ermitage orthodoxe Saint-Jean. M. Balalas, grand amateur de langues, traduit ainsi cette phrase : la nature ne se trompe jamais.

IMG_0338.jpgIMG_1892.JPGNous commençons à grimper jusqu’à dominer les gorges de Trévans à en avoir le vertige ; les passages vertigineux sont tous sécurisés. Sur l’autre rive de la rivière, tout en haut d’une colline pointue, nous reconnaissons les ruines de la chapelle Saint-André que nous irons visiter l’après-midi. Nous montons et descendons sans arrêt, traversons des sous-bois ou longeons la falaise au soleil. Le sentier étroit longe le ravin, tourne et retourne, pas d’ennui.

IMG_1902.JPGIMG_1903.JPGValbonnette est un hameau ruiné, ensemble de deux grandes maisons le long du sentier. Dans l’une d’elle, les poutres de bois se sont écroulées ; dans l’autre le four à pain est encore en bon état. Mais de quoi pouvaient bien vivre ceux qui habitaient en pleine forêt ? Au carrefour suivant, nous comprenons enfin où se trouve le pont de tuf dont l’accès est interdit. Nous n’y allons pas, nous prenons la direction du refuge de Valbonnette.

Trévans évoque une personnalité bien connue des faïenciers de Moustiers : Pierre et son fils Antoine Clérissy. « […] la noblesse n’était pas établie parmi ces derniers [les Clérissy], puisque l’un d’eux, Pierre, … reçut l’anoblissement et le titre de baron de Trévans, avant 1743, en récompense de ses signalés services dans l’art céramique ». Nouvelles archives de l’art français, M. Jules Guiffrey, Paris, 1876

Descriptif randonnée par le site eskapad

IMG_1914.JPGIMG_0351.jpgIMG_1906.JPGAprès la forêt de mélèzes, nous arrivons au gite qui est en bien mauvais état, sans porte. Le couchage en hauteur existe toujours. Non loin, des cris d’enfants heureux qui se baignent dans la rivière. D’autres se sont installés sur les rochers au milieu de l’eau pour le déjeuner. Les jardins de Valbonnette, voilà vraiment un endroit  idéal pour le pique-nique… et la sieste.

IMG_1912.JPGIMG_1909.JPGTraversée de la passerelle pour passer sur l’autre rive ; ne remontez surtout pas le pierrier en face mais tournez à gauche, escaladez le rocher en vous aidant de la balustrade de fer. Au croisement bien repéré, nous entamons la montée vers le monastère Saint-André du Désert. Que c’est dur une dénivelée de plus de 200m quand il fait chaud ! Les archives muncipales d’Estoublon possèdent des pièces concernant ces biens ecclésiastiques. Craignant que les protestants s’y réfugient durant les guerres de religion, il fut détruit par précaution par les catholiques en août 1575. J.-F. Cruvellier, Histoire de Barrême, Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, p 43. Devenu monastère des Carmes au XVème siècle, il est transféré à Estoublon au XVIème. Le marquis d’Estoublon aida également à la construction de l’église du couvent des Carmes à Arles.

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Dernière modification le 02 Août 2016

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Lagremuse, village perché abandonné

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Lagremuse, village abandonné (1793 : 74habitants, 1844 : 66 habitants, 1918 : aucun) fait l’objet d’un circuit de découverte ‘La Route du Temps’ proposé par la Réserve Géologique à qui vous demanderez le descriptif détaillé des points de visite. Vous trouverez 3 panneaux d’information en cours de route. Sur les conseils d’estoublon, nous arrivons par la large piste forestière qui monte, qui monte de façon continue sur 164m de dénivelée, pas grand chose en soi, sauf si juste avant on a parcouru les gorges de Trévans avec ses 640m de dénivelées positives cumulées ! La moitié du parcours se fait en sous-bois.

IMG_1952.JPGComme beaucoup de petites communes rurales des Alpes de Haute Provence, Lagremuse a été déserté à la fin du XIXème siècle.  Les habitants de la commune du Chaffaut portent un grand attachement à ce village perché de la vallée de la Bléone. Des vignes étaient cultivées à l’ouest du village, sans doute dans le quartier dit ‘des Vignes’ : peut-être y trouverez-vous encore quelques ceps abandonnés ; les oliveraies ont été récemment restaurées. cassini_lagremuse_.jpgSur la carte de Cassini (1778-1779), la commune s’appelait La Gramuse, du nom du petit lézard gris qui se dore tranquillement sur les murs et murets, au soleil brûlant de l’été. « […] Avant la révolution ce village se nommait presque toujours Lagramuse ou la Gramuse en deux mots ». Armorial des communes de Provence, ou Dictionnaire géographique et héraldique, Louis J S. de Bresc, 1866. En 1962 elle a fusionné avec la commune de Saint-Jurson pour former la nouvelle commune du Chaffaut-Saint-Jurson.

IMG_0400.jpgIMG_1940.JPGDu chateau fortifié construit sur trois rochers, dit-on,  il ne reste que les hauts murs et les ouvertures côté Bléone d’un côté, côté oliveraie de l’autre. Il a été construit au XVème siècle. La chapelle du chateau était consacrée à Sainte Agathe : difficile de reconnaitre un édifice religieux.

Le premier seigneur de Grémuse s’appelait Jean Guiramand au XIVème siècle. Un de ses ancêtres, Pierre de Guiramand, fut le maitre d’hôtel de Charles du Maine. Source : site de Jean Gallian, famille Guiramand. Les armoiries du village de Lagremuse sont donc celles de cette famille ; l’oiseau est un faucon qui a des longes au pied. Un faucon de sable symboliserait un homme fort et homme de guerre selon le Manuel héraldique ou Clef de l’art du blason, L. Foulques-Delanos, Limoges, oct. 1816.

lagremuse_blason.pngPetite digression. « La longe est la seconde pièce essentielle de l’équipement du faucon. Nouée aux anneaux des jets, elle est solidement liée à la perche ou au bloc où l’oiseau est posé. S’ajoutent les sonnettes, petits grelots attachés aux tarses de l’oiseau par une lanière de cuir. Par leur son, le fauconnier peut suivre plus facilement les allées et venues de son oiseau et le localiser lors des parties de chasse. » Informations extraites du forum sur la fauconnerie, site du Castel de Lyon. Comment se passe la chasse au faucon ? On lâche une proie de sa cage. Le faucon s’élève à la verticale, reste en vol stationnaire ; au cri du fauconnier, il frappe violemment sa proie. Quand le fauconnier le rappelle, le faucon revient ; c’est le chien qui ramène alors la proie tombée au sol.
IMG_1941.JPGDepuis le promontoire, nous tentons de reconnaitre les sommets et les villages grâce à la table d’orientation qui domine la vallée de la Bléone.  Beaucoup de vent et le risque sans doute pour de jeunes enfants d’être bousculés. Au loin, l’Estrop, où se trouve les sources de la Bléone, et souvenir d’une ascension particulièrement éprouvante

IMG_1942.JPGIMG_1950.JPGDans le village, toutes les constructions étaient assemblées avec de très gros galets bien ronds de la Durance. Les rochers épars sur le site sont constitués de débris cimentés comme ceux des pénitents des Mées : le poudingue, « roche sédimentaire détritique consolidée, constituée de débris arrondis, qui sont d’anciens galets qui ont subi un transport sur une certaine distance dans des rivères ». Extrait de wikipédia. Le village abandonné de Bras d’Asse était bâti avec les mêmes matériaux, disponibles sur place. Regardez l’épaisseur des murs et admirez l’art d’assembler des murs droits avec des galets ronds !

poudingueIMG_1948.JPGDerrière le portail de fer que nous refermons soigneusement, c’est l’étroit sentier balisé qui suit partiellement le chemin existant à l’époque du cadastre napoléonien (1808) : chemin d’Entrevènes à Lagremuse puis chemin des Mées. Si vous êtes certain d’avoir trouvé le numéro de parcelle où est construit le chateau, faites-le moi savoir ! Le parcours est presque totalement en sous-bois, appréciable l’été.

Les graviers rendent parfois ce sentier balisé glissant ; il est plus rapide pour rejoindre le parking. Si vous faites l’aller et le retour par celui-ci, vous ne verrez pas le second panneau d’information et vous ne bénéficierez pas de la vue sur le village complet.

IMG_0404.jpgEn route, une zygène (du trèfle ?)  a été bien difficile à photographier.

Au retour, nous passons devant le chateau de Carmejane devenu lycée agricole dont le nom me rappelle le dernier propriétaire de la terre et du château de Lagremuse,  Albin Charles Marie de Carmejane, directeur des lignes télégraphiques au XIXème siècle. « Trois corps de logis et un pigeonnier en tourelle ronde à toit en éteignoir […] (fin XVIIIème – début XIXème) » p.272 du livre de Raymond Collier, la Haute Provence monumentale et artistique, Digne, 1986

Voilà une courte promenade vers un site qui plaira aux familles et qui méritait bien une cache Lagremuse, village abandonné  par estoublon.
Lagremuse 1h20 depl 3km645 dénivelée 164m

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Dernière modification le 06 Juin 2017

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La bergerie des pierres écrites, Abriès

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Fête départementale de la randonnée dans les Hautes-Alpes, 2ème jour. Toutes les photos du 21 juin 2009
IMG_1716r_1.JPGVenant de Ristolas, apparait le chemin de croix d’Abriès menant à une chapelle consacrée à Notre Dame des Sept Douleurs.

Il a été érigé dans les années 1830 ; la niche de chacune des quatorze stations est ornée d’une plaque de métal gravée et peinte, représentant une des étapes du chemin de croix.

Abriès, selon wikipedia

Nous partons du Roux d’Abriès pour la bergerie des pierres écrites. Je devine qu’elles doivent être nombreuses pour avoir donné leur nom à cette bergerie. Il est probable que ce sont des bergers partis en transhumance dans les alpages qui ont gravé ces pierres. « cette traditon [La maitrise de l’écriture] a ancré au sein de cette société un climat culturel assez inhabituel et bien éloigné des clichés qui décrivent les communautés montagnardes comme retardées et peu cultivées »

img_1718.jpgimg_1723.jpgLes animateurs nous présentent le Bric1 Bouchet (2997m) d’où descend le torrent qui fait si souvent des ravages. Nos animateurs ont improvisé un circuit de secours car une partie du GR est impraticable. Les passages à gué nécessitent quelque attention sur des pierres parfois instables.

img_1724.jpgimg_1751-150x150.jpgimg_1756.jpgimg_1758-299x300.jpg

Pulsatille blanche, centaurée de montagne, trolle d’Europe, sainfoin montagnard

« Le trolle d’Europe (3ème photo à partir de la gauche) ressemble à un gros bouton d’or aux fleurs fermées, ce qui empêche les abeilles et gros insectes d’assurer la pollinisation. Celle-ci est donc réalisée par une petite espèce de mouche, c’est le principe de mutualisme » (extrait du site Florealpes)

 

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La température décroit de 0°55 pour 100m ; quand nous arrivons à la bergerie, après avoir marché dans des prairies humides et des ornières profondes, beaucoup de randonneurs se couvrent. Le chalet de bois (altitude : 2130m), construit avec des troncs d’arbre empilés, est surélevé. De la neige fondue coule du toit ; par endroit il y a encore des plaques de neige au sol. Un enclos près des pierres écrites permet d’isoler les bêtes malades.

Qui sont ces personnes qui ont gravé leurs initiales sur les pierres ? sans doute des bergers qui pratiquaient la transhumance inverse entre le Queyras et le Piémont italien. D’autres personnes ont signé leur passage plus récemment. La technique est déjà celle du burin et du marteau, même si probablement le burin n’était qu’un clou et le marteau qu’une pierre.

« …[…] très forte mobilité de la population d’Abriès, de ses éleveurs qui ont longtemps pratiqué la transhumance inverse et entretenu pendant des siècles des relations avec les habitants des vallées piémontaises et qui étaient rompus aux finesses des transactions commerciales. Il suffisait d’une mauvaise récolte et d’une évolution brutale des marchés pour qu’une partie de la population s’en aille pendant quelque temps du village et cherche ailleurs des revenus honorables. » Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes, Abbé Paul Guillaume, Gap, 27e année, troisième série, n° 26

 

img_1727.jpgW.P.M. 1784 : cette gravure date d’un peu avant la révolution française. L’écusson du Dauphiné est symbolisé par 2 dauphins et la  royauté par une fleur de lys. Le W signifie ‘vive’ (on le retrouve sur beaucoup de pierres dans le village même d’Abriès) d’où vive P.M. Une gravure au texte similaire mais datant de 1808, existe dans « la rue des écritures » du village d’Abriès. Je n’ai pas trouvé qui pouvait être ce P.M.

Le Dauphiné est une ancienne province française, qui correspond aux départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes. Le blason du Dauphiné ne comportait à la base que le dauphin de Méditerranée. La fleur de lys n’a été ajoutée qu’après annexion par la France. […]

De 1343 à 1789, le Queyras sera l’un des cinq escartons de la fameuse république des Escartons. « Les communes autonomes se réunissaient en fonction des circonstances. C’est l’assemblée des chefs de famille du hameau dont chacun est nommé tour à tour procureur pour un an, qui définit et assure les services et travaux utiles à tous : déneigement, entretien des chemins et canaux d’irrigation, garde du bétail, gestion de la forêt, aide aux nécessiteux, assurance mutuelle, etc. et qui en répartit les frais et le travail entre tous les feux du hameau ». La démocratie avant l’heure ! Extrait du guide bleu PACA, Hachette, 1989

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Le lac Egorgéou depuis l’Echalp, hameau de Ristolas

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La précédente fête régionale de la randonnée à Volonne m’avait beaucoup plu. J’étais curieuse de savoir si l’ambiance 2009 de la fête départementale de la randonnée du 05, serait la même que celle de 2008. Toutes les photos de la randonnée Echalp – lac Egorgéou (20 juin 2009)

Tourisme et randonnées en Queyras, moteur de recherche géographique, photos hiver/été, descriptifs randonnées, hébergement, forum, etc.

jingle_queyr_de_l_ours.jpgMalgré une organisation de dernière minute, le comité a bien assuré. J’ai trouvé ma chambre au Queyr’ de l’Ours à Ristolas1, seul village du massif bâti à l’ubac2 et siège de la Maison du Parc Naturel Régional. La patronne est un vrai régal de naturel et de jovialité ; je passerai une partie de la soirée à discuter du Queyras, de la vie au village, des informations erronées qui ont circulé cet hiver sur l’impraticabilité des routes, etc. Mon téléphone portable ne captait pas mais le wifi fonctionnait bien : rare dans un gite ! Le couple de propriétaires élèvent des lamas pour accompagner les randonnées de plusieurs jours. Voir sur leur site la galerie photo du Tour du Viso. Une idée que je garde en mémoire maintenant que je sais que la mauvaise réputation des lamas est injustifiée…

Les Alpes en…  lama, l’Express, 20 juillet 2006

La météo aujourd’hui à cet endroit :
avec la température ressentie

ristolas_sous_la_neige_photo_O_Cousin_CRS_secours_en_montagneNous sommes 10 à partir pour le lac Egorgéou. Nous empruntons la passerelle de bois sur le Guil3. Ses rives, endommagées par les avalanches de l’hiver, témoignent du désastre : glissières enfoncées, ornières de boue, arbres déracinés, sentiers inaccessibles, caravanes détruites,… Dès le départ, n’ayant pas deux bâtons de randonnée comme les autres, je m’entends dire que j’aurai du mal à traverser les névés. Ristolas, 18 décembre 2008 : L’avalanche de la Fourche. Ci-contre une photo prise fin décembre 2008 par un CRS, empruntée au site briancon-escalade

IMG_1715r.JPGIMG_1670r.JPGJe passe le premier névé4 dans les pas de ceux qui me précèdent. La neige est légèrement craquante  mais je sens que dessous, ça glisse.  Nous nous arrêtons au pré de la Médille, à l’endroit exact où a été prise la photo de la couverture de la nouvelle éditon du topoguide Tour du Queyras, parc naturel régional du Queryas, FFrandonnée, 11ème édition, mai 2009. Le fameux mont Viso, 3841m, le plus haut sommet des Alpes occidentales en région italienne du Piémont, se reconnait facilement sur le fond de ciel bleu. Au pied de cette montagne, le Pô, le plus long fleuve d’Italie, y prend sa source.

La montée est rude ; sans acclimatation à l’altitude, je monte à 130 battements par minute et je ne récupère pas assez vite. Deux randonneuses (un mèdecin et une infirmière, que vouloir de mieux ?) m’aident à gérer les difficultés de respiration. J’arriverai finalement avec une demie heure de retard mais le spectacle du lac me récompensera de tous mes efforts.

IMG_1696r.JPG

IMG_1681r.JPGIMG_1688r.JPGLe lac Egorgéou est limpide comme un miroir, c’est un miroir. Malgré le froid du torrent, un groupe de randonneurs traverse le lac pour rejoindre l’autre rive. Tous de sexe masculin, nous – presque toutes de sexe féminin -, je les soupçonne d’avoir voulu frimer ! près d’eux, le torrent de Bouchouse se faufile sous la neige glacée et chute avec bruit dans le ravin.

IMG_1698r.JPGAprès le pique-nique, c’est la sieste au son de mélodies irlandaises. Le son clair de l’harmonica au milieu de la nature, au creux des montagnes, est une incitation à une sereine rêverie, un moment d’émotion privilégié que je n’oublierai pas. On en redemande et Jean-Pierre parcourt son répertoire musical, entrecoupé de courtes leçons sur l’apprentissage de cet instrument.

IMG_1682r.JPGIMG_1683r.JPGIMG_1687r.JPG

fleur_mélèzeNotre guide, Jean-Paul, l’oeil aiguisé par des années d’observation dans les Alpes, nous indiquera la présence d’animaux sauvages (bouquetins, marmottes). A moi qui suis la seule à ne pas connaitre le coin, il me montre les mélèzes en fleurs. Etonnée d’apprendre qu’on peut en faire une liqueur, je reçois aussitôt 40 fleurs fraichement cueillies (photo empruntée au site natuxo), et note la fameuse recette. Maintenir les fleurs bien fraîches jusqu’à mon retour, fut pratiquement impossible mais j’ai tenté quand même l’expérience. Le résultat prochainement…

  • 40 fleurs de mélèze
  • 1/2 litre  d’alcool à 90°
  • une bouteille vide contenant l’alcool et les 40 fleurs que l’on bouche

Au bout de 2 jours, dit Jean-Paul (40 jours, disent la plupart des internautes), on filtre le mélange. On verse 1/2 litre  d’eau dans une casserole, on ajoute 40 sucres en morceaux, et on fait chauffer l’ensemble pour que le sucre se dissolve bien dans l’eau. Enfin, on ajoute le mélange (eau + sucre) au mélange (alcool + fleurs de mélèze), tous deux à la même température. On obtient une liqueur à 45° d’alcool.

IMG_1766.JPGQuant au pin cembro, seul conifère à perdre ses aiguilles, il m’apprend qu’il a cinq aiguilles et que c’est le pin dont on mange les pignes en salade ou sur un gâteau. « Le pin cembro (Pinus cembra), appelé aussi pin des Alpes, se développe entre 1700 et 2400 mètres d’altitude, là où les hivers sont très longs et les températures rigoureuses. […]. Les cônes […] tombent sans s’ouvrir la première année. […] Adulte il mesure jusqu’à 25 mètres et son espérance de vie est de 600 ans. Son bois, facile à travailler, est utilisé pour la contruction de meubles, qui protègent dès lors leur contenu des insectes. Chacun de ses cônes peut contenir une centaine de pignes qui constituent un véritable festin pour l’oiseau appelé casse-noix moucheté. Celui-ci extrait les graines des cônes du pin qu’il casse avec son bec et enfouit sous terre dans plusieurs centaines de caches disséminées sur son territoire de reproduction pour constituer des réserves. »

IMG_1705r.JPGArrêt aux pierres écrites le long du sentier. Qui donc a gravé ces messages éternels sur les pierres à l’aide d’un burin et d’un marteau ? des bergers  installés là pour plusieurs mois en période de transhumance ? Abriès est réputé pour le nombre de celles-ci. « Sur les frontons des façades jusqu’aux rochers de montagne, les colporteurs et bergers avaient l’habitude de signer leur passage en inscrivant joies et frayeurs ».

Ci-contre, vous pouvez lire « 1901 BARIDON JEAN » au sein d’une croix boutonnée, ce qui me fait penser que cet homme devait être protestant. Quel talent pour graver dans de la pierre de si petites boucles ! Le nom est répertorié comme vaudois sur le site Info-Bible. En cherchant sur internet, j’ai peut-être trouvé sa généalogie : il pourait être né à Bobbio Pellice en Italie, village proche du Queyras. L’hypothèse qu’il soit venu travailler dans le Queyras est donc possible. « De part et d’autre des cols, le traffic était incessant ; en l’absence de main d’oeuvre familiale installée durablement , on fasait appel aux piémontais pour les travaux de récolte et les activités pastorales. Certains immigrés s’installeront à la place des familles parties définitivement ». (extrait de Parc naturel régional du Queyras, coll., Gallimard Loisirs, 2006). C’est peut-être le cas de cette famille BARIDON dont le nom se retrouvait à Freyssinières au XIXème siècle et aujourd’hui à Dormillouse. J’ai averti le propriétaire de cette généalogie. J’attends sa réponse…

La réponse est venue de Chirstel qui parle ainsi de son arrière grand-père :

Le Baridon dont vous évoquez les écrits est mon arrière pépé ! Jean, qui est effectivement né à Bobbio Pellice (val italien peuplé pour l’essentiel de protestants francophones) a « passé » la frontière (si tant est qu’on puisse parler de frontière à l’époque) au début du siècle dernier avec son épouse Anne et tous ses enfants sont nés dans le Queyras. Il a choisi de venir vivre en France avant la première guerre mondiale parce qu’il voulait que sa descendance soit française. Pour quels motifs ? On ne le sait pas bien en fait. Quant à son métier, là c’est plus trouble pour moi mais je sais qu’il a été garçon de café, berger… mais concrétement je ne sais pas quel a été son métier principal.
La maison de famille situé à l’Echalp a été emportée par une avalanche mais les ruines persistent au village.
Et oui tout le monde connaît la croix de l’arrière pépé 😉

La croix huguenote aurait emprunté à la croix du Languedoc […] les boules ou perles qui en garnissent les pointes. Les huit pointes munies de « boutons », par allusion à ce que l’on met sur un fleuret d’escrime pour le rendre inoffensif, rappellent les béatitudes.

IMG_1706r.JPGL’autre pierre est datée d’un « IX ? Pierre Rua » ou Ruz. La photo a été contrastée pour une meilleure lisibilité. Mais je ne suis pas certaine du nom de famille. Que lisez-vous ?

IMG_1714r.JPGIMG_1713r.JPGLes névés n’ont plus la même consistance au retour. La surface molle cache une couche inférieure plus glissante ; marcher dans les pas de celui qui précède s’avère plus risqué qu’à l’aller. L’unique bâton ne parviendra pas à m’empêcher de glisser sur la moitié de la traversée. Une glissade sur les fesses, bâton levé, qui se terminera sur le côté opposé, heureusement pour moi, pas dans le sens de la pente… Ce qui me rassure, c’est que je ne serai pas la seule à finir au sol (oeil_image.jpgclin d’oeil à Claire).

Le petit Queyrassin

Lac_Egorgéou 11km_A/R 4h30_720m_dénivelée

De ce week-end je tirerai trois leçons pour les randonneurs non montagnards :

  1. se réserver une journée d’adaptation à l’altitude avant de faire une quelconque ascension ;
  2. utiliser deux bâtons de randonnée ;
  3. emporter des barres de céréales et une poche à eau permettant de s’hydrater de façon constante.

Quant à la réponse à la première question sur l’ambiance dans les clubs FFR : je vous le  confirme, c’était très sympathique, je ne me suis pas sentie délaissée un seul moment bien que non membre de l’Association des randonneurs et baliseurs du briançonnais. Merci à tous ceux qui étaient présents !

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1Ristolas : du latin Rivus Tollens signifiant ruisseau destructeur
2ubac : versant d’une montagne qui est exposé à l’ombre
3guil : toponymie locale, eau courante tumultueuse
4névé : amas de neige durcie qui aboutit à un glacier. Selon le dictionnaire Reverso : état particulier de la neige qui n’est pas encore arrivée, par la compression et par d’autres causes, à être la glace du glacier. Le névé est situé immédiatement au-dessus de la ligne où commence le glacier

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Le tour de la Tête du Pape à Gigors

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IMG_1768.JPGIMG_0146.jpgImpossible de ne pas savoir que la Tête du Pape1 est dans ce coin ! le bois, l’ancienne ferme à l’est, la piste fermée au public, tirent tous leur dénomination de la Tête du Pape. La randonnée est toute simple, avec des paysages diversifiés, bien agréable, au départ d’un tout petit village des Hautes Terres de Provence, Gigors. Départ de l’oratoire près d’un champ où trois chèvres se courent après jusqu’au moment où elles s’arrêtent, nous fixent bien en face, comme pour nous faire comprendre que nous les dérangeons.

IMG_0141.jpgLa montée est continue jusqu’au lieu dit Le Forest où les propriétaires d’une accueillante maison ont construit « les deux soeurs », fontaine à deux bacs du XXème siècle qui invite au rafraichissement.

La météo aujourd’hui à cet endroit
Avec la température ressentie

IMG_1772.JPGDans le jardin, le grand réservoir d’eau adossé à un oratoire (bizarre…), remplit l’abreuvoir. Il est alimenté probablement par un bélier hydraulique car il faut que l’eau remonte de plus de 2m dans la colonne. « Il faut de l’eau qui tombe pour actionner le bélier hydraulique. Si la pompe est installée correctement, elle IMG_1771.JPGpeut belier_hydraulique.jpgdéplacer l’eau sur une hauteur jusqu’à 10 fois plus grande que celle de la chute. […] Comme le taux de pompage est constant mais généralement lent, il est nécessaire de disposer d’un réservoir de stockage en prévision des périodes de forte demande ».

IMG_0138.jpgTi’Mars… a réussi à photographier un drôle de papillon aux ailes étroites d’un bleu métallique tachetées de blanc, à l’abdomen épais annelé de deux bandes jaunes, et qui ne ressemble pas à nos papillons européens. Peut-être est-ce une espèce tropicale qui s’est adaptée ? IMG_0140.jpgUn syntomidé ? « Les individus volent de jour avec un vol plutôt bourdonnant et assez particulier, à première vue ils semblent dépenser beaucoup d’énergie pour une efficacité réduite » écrit le musée de zoologie de Lausanne. Qui pourrait me confirmer son nom ? c’est Sylvie, inscrite à l’observatoire des papillons pour compter les espèces, qui, propose Syntomis (ou Amata) Kruegeri tandis que Marc, le baliseur et accompagnateur, propose Syntomis Phegea (ou Sphinx du pissenlit). Ces deux espèces se ressemblent tellement que je leur donne raison à tous deux (taille de l’une des taches, j’ai cru comprendre…) ! Qu’ils soient remerciés pour leur recherche.

IMG_0154.jpgIMG_1774.JPGEn haut de la montagne, nous nous interrogeons sur le nom des villages des Alpes à nos pieds. Au loin Theus et ses demoiselles coiffées, le barrage de Serre-Ponçon et ses deux étendues d’eau, Rochebrune près de la Durance, et une étrange colline pointue, le Mouisset. D’autres pyramides en face de nous, ont été sculptées par l’érosion.

IMG_1794.JPGAu changement de versant, c’est un changement géologique (voir la page de Gigors-Bellafaire -Tête du Pape, du site geo-alpes) que nous avions déjà constaté à Clamensane ; cela est dû à la présence d’une faille de chaque côté de la Tête du Pape et au chevauchement de deux couches géologiques de datation différente. Nous passons dans les schistes puis dans les Terres Noires.

IMG_0158.jpgIMG_1790.JPGSur la piste de la Tête du Pape, nous entendrons beaucoup d’oiseaux au chant peu classique mais aucun ne se montrera ou c’est nous qui n’en verrons aucun. Nous tournons à droite à la ruine (tiens, le balisage jaune indiquant le virage, n’est pas dans le bon sens pour ceux qui feraient le circuit dans l’autre sens…). Là, les stipes pennées (« plumets ») ont déployé leur chevelure blanche : ça ferait un joli tableau impresssionniste pour un peintre amoureux de la campagne. De loin, on dirait des flocons de neige qui flottent sur les pâturages. Stipe pennée sur le site florealpes.com.

IMG_1813.JPGDe retour au village, ne manquez pas la fontaine à cinq pièces (si pièce =  bassin, alors je n’en vois que 4, la dernière n’aurait-elle pas été enlevée pour permettre aux voitures de passer ?…), taillée dans la pierre et datée de 1829, que les villageois auraient rachetée autrefois à leur Seigneur en la payant contre son poids de blé ; Gigors possède l’unique meule à plâtre du département (Information extraite du Guide d’Accueil Pays de la Motte-Turriers).

Tour de la Tête de Pape, par l’office du tourisme des Hautes Terres de Provence

IMG_0170.jpgCette fois, nous avons logé au Caire, à la maison des hôtes d’Ingrid et Marc (Marc, c’est celui qui a balisé ce parcours) à la Motte du Caire. Chambre simple, accueil plein de sollicitude : la maîtresse de maison a tout fait pour que je puisse me connecter à internet. En compagnie d’un belge et d’un breton, au cours du copieux dîner, nous avons appris plein de  choses sur la technique du vol à voile de montagne, dont le lancement catapulté qui a bien surpris Ti’Mars… (Club de vol à voile de la Motte du Caire)

Télécharger l’image de l’itinéraire Gigors, 5km340, 2h dépl sans les arrêts, 273m denivelée

Deux autres randonnées si vous êtes dans le coin : l’aqueduc des Sagnières, le vallon de la Piche

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1Ce pape est-il une allusion à Clément VI, fils de Charles d’Anjou, qui possédait le fief de la Motte du Caire ?

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