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Les cascades du Delubre


Depuis le temps que je souhaite découvrir ces cascades, c’est André finalement qui m’y emmène ; j’ai lu beaucoup de choses sur les difficultés d’accès et je redoute.

Nous partons du parking des Venturiers, presque plein pour les places à l’ombre. Ce circuit classique est inspiré du PR13 sentier du Delubre, Topoguide Montagne Sainte-Victoire, Provence Tourisme / Grand Site Concors Sainte-Victoire, FFR, 2019, avec une variante vers les cascades et un retour par le Defens. Un panneau de l’Association de Propriétaires « Saint Hubert » nous informe que la chasse de régulation aux renards, chevreuils et sangliers pour protéger les récoltes, débute le 1er juin, mardi, jeudi, samedi et dimanche : rester sur les sentiers balisés et ne pas pénétrer dans les propriétés privées.

La population de sangliers dans les Bouches-du-Rhône est estimée à environ 18 000 individus ; 7790 individus ont été prélevés lors de la saison 2015-2016. Préfecture, chasse

Ayant pris des informations un peu partout, je me heurte d’abord à une première difficulté : tout le monde ne nomme pas la rivière où coulent ces cascades du même nom : tantôt l’Infernet, tantôt La Cause. Les dénominations des cartes historiques anciennes ont varié, parfois avec deux noms différents pour la même rivière !

Digression toponymique sur Infernet1 (Merci Anne pour ton aide) : Infernet a très souvent été utilisé en Provence dans le langage populaire pour désigner un lieu difficile d’accès, souterrain, souvent des gorges étroites. Cette dénomination est reprise dans de nombreux écrits au XIXe. On la retrouve aussi dans le quartier de l’Infernet (gorges sur la rivière Cause) au Tholonet, à la source de l’Infernet sur la Cadière aux Pennes-Mirabeau, les gorges de l’Infernet sur la Romanche en Isère, les gorges de l’Infernet sur le Delubre,… Le référentiel actuel d’une entité hydrographique possède un nom principal, les autres toponymes peuvent être affectés à un tronçon.
A Vauvenargues, la carte IGN des cours d’eau identifie deux cours d’eau tout comme Menelik : la Cause et l’Infernet. Le cadastre napoléonien mentionne ruisseau de Cause et vallat de Delubre : deux rivières différentes dont la source est côté nord du massif de Sainte-Victoire : c’est ce que je choisis, en tout cas, d’un point de vue géographique, ce n’est pas la Cause !

éolienne

Tout commence tranquillement en longeant les champs ; une haute et ancienne éolienne me parait sophistiquée par sa taille : si la tige arrière portait une girouette avec une inclinaison des pales variable, c’était peut-être une pompe à eau des années 1850.

Murs de pierre sèche, murs de soutèment, cabanes, aires de battage témoignent de l’intense activité agricole d’autrefois. Nous traversons la Cause puis nous quittons le GR9 (rouge-blanc) pour le vallon du Delubre, étroit et fleuri.

Il longe le ruisseau, d’abord facile puis progressivement avec quelques obstacles. Au début, l’eau est d’une belle couleur turquoise très claire sans doute chargée en calcite puisqu’elle est issue d’un réseau karstique bi-carbonaté sous le Gros Baou.

En aval de la cascade, on observe […] un miroitement de très fins cristaux de calcite claire, tout à fait différent de celui des précipitations jaunâtres observées en amont.

Les travertins holocènes de la cascade de Vauvenargues (Bouches-du-Rhône), A. Del Giovine, Méditerranée Année 1986 57 pp. 81-91

Au fur et à mesure que ça monte, ça se complique : racines au sol, arbre en travers du sentier ; une première cascade chute dans une vasque turquoise ; l’eau bouillonne et bruisse de plus en plus sous les feuillages ; le sentier s’enfonce avec des passages rocheux assez faciles à escalader.

Enfin la grande cascade de tuf apparait dans l’étroit passage entre les falaises rocheuses de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. J’en suis ravie, merci André pour cette découverte qui valait bien quelques efforts.

Photos autres sites : Michel Remy, RandoAix

Même en s’approchant un peu de la chute d’eau, on ne voit pas qu’il y a plusieurs vasques dans lesquelles les amateurs de canyoning se régalent. Un sentier à peine visible permet d’accéder en haut de la cascade.

Descente canyon : l’Infernet oublié

On ne voit pas non plus qu’a été construit à l’époque romaine ou médiévale un barrage recouvert maintenant de travertin2. Les nombreux vestiges archéoliques et les banquettes abondonnées laissent penser que l’homme a occupé très tôt le site de la cascade. Les travertins holocènes de la cascade de Vauvenargues (Bouches-du-Rhône), A. Del Giovine, Méditerranée Année 1986 57 pp. 81-91

grotte

Maintenant il nous faut remonter de 381m à 415m d’altitude, c’est peu ; j’hésite entre deux passages : tous les deux pas faciles. C’est raide, glissant au départ dans une terre poudreuse : heureusement quelques arbres maigrichons mais salutaires, m’aideront à me hisser ; quand enfin, nous retrouvons la piste, je suis épuisée ; nous arrivons face à une grotte dans la falaise en hauteur, qu’André pense être la grotte du Delubre, mais ne correspondant pas à la description du document qu’il a trouvé (je cherche…) ; il tente de l’atteindre ; quelques minutes plus tard, il renonce.

Qui dit « grottes » dit « chauve-souris » ; les gardes nature du Grand Site Concors-Sainte-Victoire s’en occupent avec des appareils SM4 qui permettent d’enregistrer
les ultrasons :

pipistrelle photo Grand Site Sainte-Victoire

Le vallon du Délubre, sur la commune de Vauvenargues, a fait l’objet de cette initiative. Au final, si la pipistrelle commune est l’espèce la plus contactée, on note aussi la présence d’autres, comme le petit et le grand rhinolophes, plus discrètes et faisant l’objet d’une attention toute particulière à l’échelle nationale. La gazette des gardes nature (avril 2025)

Avant de quitter les lieux, nous dominons les gorges sans apercevoir le ruisseau : on peut juste constater combien le lieu est géologiquement chamboulé sur la rive gauche : des strates renversées et pliées.

Nous continuons la piste du Delubre – appelé chemin de l’Infernet sur l’IGN –le long des champs de lavandin. Une fleur de couleur parme, toute seule au milieu d’un champ vert, attire mon attention : un glaïeul d’Italie à longue floraison, et bonne tolérance à la chaleur mais toxique.

Dans le virage en épingle la piste remonte en douceur ; en 1829, on remontait cette carraire3 de Malvoisin dans la pente c’est à dire au plus court, au plus raide, comme les moutons. Les nombreux sentiers de randonnées à Vauvenargues, sont presque tous d’anciennes carraires de transhumance.

La carraire3 particulière de Malvoisin, comme toutes les carraires, était grevée d’une servitude de passage au profit des propriétaires et conducteurs de troupeaux transhumants. Elle permettait au berger de rejoindre la grande carraire des troupeaux d’Arles puis les Alpes à pied. Pour en garantir le passage, les carraires étaient régulièrement inspectées par les consuls : largeur définie, nom des propriétaires devant laisser le passage, pose de termes (balisage) par des croix sur les rochers ou des montjoies (cairns) dont il reste de rares exemples sur le GR69 à Saint-Marc-Jaumegarde.

André propose une idée de retour inédit : par le Defens qui rejoint en diagonale le sentier du départ ; je n’ai pas étudié sa difficulté mais je ne suis pas contre un itinéraire que je ne connais pas. Le bois en défens étant, dans le français juridique de l’Ancien Régime, une terre réservée à l’usage du seigneur dans lequel le pâturage était interdit, je ne m’attends qu’à des bois de chênes. Un seul espace aménagé laisse penser à une exploitation. Ce sentier parfaitement lisible dans le paysage offre quelques montées et descentes inattendues, dont je me serai bien passée sur le trajet retour. En haut, le paysage s’ouvre à l’ouest sur l’extrémité du lac de Bimont, plus proche de nous depuis que sa capacité a augmenté en 2018.

Monotone tout de même ; nous sommes contents de retrouver la Cause ; proche du ruisseau un haut bâtiment de pierre et béton m’intrigue : impossible d’approcher, trop de broussailles. Contiendrait-il une pompe à eau pour l’irrigation des cultures ? Il faudrait prendre le chemin en face, sous la colline de Pous Redon : on comprendrait peut-être mieux.

Une belle découverte avec un retour inédit par les bois déserts, sur une demie-journée, pour randonneurs entrainés.

Image de l’itinéraire 6km850 2h20 (déplacement seul) 3h30 au total, 141m dénivelée (+244,-244)
Télécharger la trace

1Infernet : en provençal petit enfer, lieu d’accès difficile
2 travertin : Le travertin est une roche sédimentaire chimique composée principalement de minéraux de carbonate de calcium 
3 voie de transhumance ovine de Basse-Provence aux Alpes, depuis la période médiévale, droit coutumier

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