Les collines de Charleval

Publié le Catégories ----- * Aix et Durance, 13 Bouches-du-Rhône, Rando familialeMots-clés ,
 

Suite à ma première marche populaire à Mallemort, j’avais envie de découvrir un peu plus la chaîne des Côtes ; les hauteurs n’étant pas très élevées, je supposais que ce ne serait pas une randonnée difficile. Ses flancs nord en pentes douces sont entaillés de nombreux vallons (vallons du Dragon, du Castellas, du Cuou de Peyrou) qui s’opposent aux flancs sud plus abrupts. Vous pouvez vous garer dans le centre ou bien à la piscine près du canal EDF, après le pont.

Plan de Charleval 1835La particularité assez évidente de Charleval1 quand on s’y promène, est que c’est un village récent : pas de petites ruelles étroites mais des rues assez rectilignes et des monuments des XVIIIè et postérieurs.

Quand, à sa majorité, César de Cadenet prend la direction des affaires de la famille, il doit lutter contre l’hostilité des gentilshommes. Charleval n’est alors qu’une vaste propriété en grande partie inculte, acquise en 1677. Pour la peupler, il adresse un appel aux habitants des communautés environnantes : soixante-quatre cultivateurs consentent à venir fonder le nouveau village grâce à un bail emphytéotique qui leur donne l’entière propriété du terrain moyennant une redevance annuelle et perpétuelle. Chaque volontaire a aussi reçu un lopin de terre pour construire sa maison dans le village. Quand tous les emphytéotes auront construit leur habitation, César de Cadenet construira son château en dernier. D’après J.-B. Astier, histoire de Charleval, Editions Provence, 1980 et Masson P., Bergounhoux E.Bouches-du-Rhône (Les) : encyclopédie départementale : Monographies communales, T 15, Société anonyme du « Sémaphore » ; Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1933 [images 282-286 sur le site e-corpus.org].

oratoire sainte-PhilomèneL’oratoire sainte-Philomène, près d’un chêne majestueux, est construit en pierres de taille, à base carrée, une niche séparée de la base par une corniche.
ancienne culture de chou ?Je traverse le canal de Marseille et longe quelques champs à l’abandon : on reconnait sans doute une ancienne culture de chou ; moins banale, la culture du tabac : jusqu’en 1929 Charleval était la seule commune ayant le droit de la château de Valbonnettecultiver. Après les berges du canal, j’entre dans le bois de Sainte-Croix où quelques postes de chasse sont installés dans le domaine de Valbonnette ; en contre-bas, le château de Valbonnette est seul dans son écrin de verdure.

domaines seigneuriaux charleval valbonnetteConstruit en 1669, près du castrum du même nom dont les ruines sont cachées par la végétation, le château de Valbonnette est une coquette bastide. Ce n’est qu’en 1741 que fut officialisée la séparation du domaine en Valbonnette-lez-Sainte-Croix et Valbonnette-lez-Charleval. D’après Château, ville et pouvoir au Moyen-âge, A.-M. Flambard Héricher, J. Le Maho, Tables rondes du CRAHM

Ruines de la Cabane du Fou (randos photos passions)Après la citerne 277, le sentier devient pierreux et fatigant ; des installations de chasse bien sûr ; un motard tente de s’engager sur le sentier et tombe, faisant valser sa paire de lunettes. A force de montées et descentes, j’arrive à la cabane du Fou (les photos ont été prélevées sur le site randos photos passion) qui est pratiquement le point culminant de la randonnée ; Descente raide !Ruines de Mont Trésor Ruines de Mont Trésorprès de la D67, des monolithes de pierre témoignent de l’érosion ; faut-il vraiment passer dans cet entonnoir de pierre en descente raide  ? peut-être pas, mais j’y suis allée… sur les fesses ! sur un des murs des ruines de la bergerie de Mont-Trésor est apposée une plaque en hommage à Eric de la part des randonneurs des A.I.L. de Charleval.

cuou de Peyrou photo site randos photos passionPlace aux Alpilles sous les nuages et à une piste un peu plus facile ; je renonce à grimper seule sur le Cuou de Peyrou2 aux passages un peu périlleux mais je suis à ses pieds. Que vois-je sur les hauteurs de ce cul-de-chaudron ? ce nom curieux dont j’ai trouvé l’origine dans un dictionnaire militaire ancien, a probablement été donné récemment puisque je ne le trouve pas sur le cadastre napoléonien mais sur la carte IGN de 1950. De précaires rambardes métalliques collent à la paroi de la colline pour permettre d’atteindre un trou ovale dans la paroi rocheuse. Le BRGM classe cette exploitation fermée en « carrière de roche calcaire à ciel ouvert », ce qui me semble curieux. J’ai cherché sur le cadastre napoléonien à qui appartenait la parcelle de terrain (464 section B1) : Alphonse de Jessé-Charleval (1809-1900), adopté par son cousin Pierre François César de Cadenet, marquis de Charleval dont il hérite des noms, titres et biens ; ingénieur civil de profession d’après sa généalogie, il aurait été bien placé pour percer cette mine. Une autre hypothèse est proposée par un membre du forum sudwall qui ne cite pas ses sources (merci à André qui a relayé l’information) :

Les vestiges […] ont été mis en place […] dans les années 1890, par le propriétaire du domaine du château des Taillades ; celui-ci, Sénateur des Bouches-du-Rhône aimait y recevoir ses amis pour des parties de chasse qui se terminaient par des casse-croûtes à cet endroit.

Monolithes de pierre dans le vallon de GearbeauAprès un virage en épingle à cheveu, je suis dans le vallon de Gearbeau ; deux grands monolithes de pierre se font face sur les hauteurs, puis le village de vacances de Pont-Royal se dévoile avec à mes pieds la carrière des Taillades. Une piste forestière agréable, baptisée sentier de découverte, traverse la départementale, le canal EDF puis longe le canal de Marseille ; Vue sur Alleins et Pont-Royal depuis le ponten ville, je retrouve le pont qui passe au-dessus de la D561 et qui m’offre la vue sur Alleins d’un côté et Pont-Royal de l’autre.

fontaine aux dauphinsLa fontaine aux dauphins construite en 1992, a pris la place qu’occupait autrefois le Monument aux Morts. La randonnée est terminée et n’était pas aussi facile que cela avec ses nombreux vallons et ses sentiers aux cailloux roulants.

Photos du site randos photos passions

Charleval trace11km400, 245 m dénivelée (+457, -457), 4h déplacement (4h40 au total)

1Charleval : nom donné à cause de Charles de Lorraine, duc de Guise qui érigea Valbonnette-les-Charleval en arrière-fief de Valbonnette (1598 ) au profit de Arquier, bourgeois de Lambesc ; François de Cadenet acquit ensuite la seigneurie. D’après Château, ville et pouvoir au Moyen-âge, A.-M. Flambard Héricher, J. Le Maho, CRAHM, 2012
2Cuou de peyrou : en provençal cul de chaudron. Terme de mine : fond arrondi de l’entonnoir d’une mine après qu’elle a joué [lorsqu’elle a fait explosion]. Dictionnaire portatif de l’ingénieur, M. Belidor, Paris, C.-A. Jombert, MDCCLV

©copyright randomania.fr

2 réflexions au sujet de « Les collines de Charleval »

  1. Suite à la découverte de ce lieu, j’avais fait il y a quelques semaines des recherches infructueuses. Au bout du promontoire et non loin au-dessus de la piste taillée dans la roche, caché dans les broussailles, un élément rouillé ressemblant à un support de canon m’avait fait penser à des vestiges militaires…mais je vois qu’il n’en est rien. Merci pour vos infos.

  2. Les vestiges photographiés au cuou du Peyroux ont été mis en place à la fin du XIXe siècle, dans les années 1890, par le propriétaire du domaine du château des Taillades; celui-ci, Sénateur des Bouches du Rhône aimait y recevoir ses amis pour des parties de chasse qui se terminaient par des casse-croûtes à cet endroit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *