Le chemin de l’eau de Gaude

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Départ sur le tout nouveau parking près de Géométhane qui s’agrandit, rendant impossible l’accès à la mine de Gaude dont Claude m’a parlé.

La mine de Gaude, Clodex
Site photographique et documentaire, mine de Gaude

Elle est citée dans le livre de Bagnis que j’ai lu lorsque j’ai parcouru le circuit des puits de mine à Gréasque.

L’ensemble des photos (version courte), les photos de Yves (version longue)

Elle appartient au bassin de Manosque dont les grès calcaires et friables du miocène renfermaient plus de 30 veines [p. 804]. 7 concessions. Le charbon était d’un noir brillant peu cendreux mais quelque peu sulfureux ; malheureusement il s’effritait au contact de l’air et ne supportait pas le stockage. D’après Des compagnies minières… aux Houillères de Provence, Gilbert Bagnis, Presses du service d’arts graphiques gardannais, 1980

Je démarre donc la randonnée sur les traces de l’aqueduc de Gaude ; sa source, inaccessible, est désormais en amont de l’usine Geométhane. Il va falloir ouvrir les yeux car le canal est à peine visible, se présentant comme un caniveau à section rectangulaire couvert de pierres plates. De temps à autre de vieilles bornes, éloignées de 150 à 200m, repèrent son tracé. Quelques ouvertures béantes dans le canal qui n’est plus entretenu, laissent place à des terriers.

Les consuls de Manosque envisagèrent d’amener en ville des eaux du vallon de Gaude, dès 1445. Le prix-fait (devis) de [janvier] 1451 ne fut suivi de travaux qu’après 1491. Ce retard était dû aux contributions extraordinaires pour les troupes royales, que le roi René prélevait sur les communautés pour guerroyer en Italie.
Les eaux de la source de Gaude n’alimenteront la ville qu’en 1497. Selon le comité du patrimoine manosquin

Le chemin passe dans les bois, ondulant en longues bosses ; il longe un champ d’oliviers ; au niveau du clos de Portalès, je passe près d’une propriété privée bien gardée par un chien genre doberman en liberté ; je le sens derrière moi, à quelques mètres et ne suis pas rassurée ; j’accélère, mais il me suivra sur plusieurs centaines de mètres.

Sur le chemin des 4 pans1, des jalons de grès blond local matérialisent le chemin ; une borne un peu moins usée par les intempéries, laisse deviner une paume de main, symbole de Manosque. La plus ancienne représentation de ce blason date de 1559.

Ecartelé d’azur et de gueules, à quatre mains appaumées d’argent, deux dextres, posées une dans chacun des quartiers, les pouces affrontés. Devise Omnia in manu dei sunt [toutes choses sont entre les mains de Dieu]. […] La proximité entre le terme latin manus (la main) et le nom de la ville au Moyen âge, Manuesca, est l’hypothèse la plus souvent envisagée pour expliquer l’utilisation de ces mains. Et pourquoi quatre ? Peut-être est-ce une allusion aux quatre quartiers du centre ancien (Palais, Martels, Payans et Hébréards) ou aux quatre portes de la ville (Saunerie, Soubeyran, Aubette et Guilhempierre). Bulletin municipal de la commune de Manosque

Après la dernière borne du chemin de l’eau de Gaude, une version longue s’offre à vous : continuer le chemin de l’eau de Gaude jusqu’au pont des Espels : la canalisation était creusée dans la pierre pour résister à la puissance de l’eau due à la très forte pente.
En version courte, ce sera mon choix du jour, couper le chemin du four à chaux, et monter directement au sommet du mont d’Espel et ses antennes relais.

22 février 1496 : la communauté accepte le prix-fait de Jean Nicod pour achever la conduite des eaux de Gaude. L’aqueduc passe par le pont des Espels et arrive à la porte de Soubeyran.
15 janvier 1499 : surélévation de la canalisation au pont d’Espels pour élever le niveau de l’amenée d’eau. [ndlr : je suppose que la pente était trop faible entre le pont et son point d’arrivée]
21 avril 1500 : l’eau du ruisseau d’Aubette est prise au niveau du pont des Espels et arrosera les terres et les jardins près du portail supérieur [Soubeyran].
5 janvier 1520 : ajout d’accoudoirs à la voûte qui conduit l’eau de la fontaine de la vallée de Gaude au pont d’Espel.
Plus tard la source du hameau de Montaigu viendra grossir les eaux de Gaude.
Histoire de Manosque écrite en latin en 1662, Jean Colombi, Tramollières, 1808
Manosque de 984 à 1603, Paul Pottier, Comité du patrimoine manosquin, 2008

Dans la zone cultivée du Coulet des Spels, vit encore un très vieil olivier malade au tronc creux ; le chemin longe un canal plus moderne.
La montée du mont d’Espel va être rude, très rude surtout qu’il fait chaud ; à mi-pente regardez au nord-est le point de vue sur le Montdenier, le Chiran et le Mourre de Chanier ; au sol, la terre est retournée, affouillée par les sangliers. A 200 m à peine du pylône, une trouée s’ouvre sur le mont d’Or et sa tour étrangement solitaire.
Dans la descente, je peux voir en contre-bas les bâtiments de Geométhane et l’aire d’atterrissage des hélicoptères peinte en rouge.
Curieuse et rustique construction à balancier dont je n’ai pas trouvé la fonction…

Du côté de l’Ubac des Espels, la piste est large et sinueuse ; un troupeau de vaches passé par là, a laissé d’évidents souvenirs mais je ne verrai aucun animal. En bas de la pente, je tourne à l’ancienne ruine et retrouverai bientôt le début de l’aqueduc ; la source n’est qu’à 200 ou 300 m en amont. Un rustique gué de pierres a été aménagé sur un modeste ruisseau ; la première borne depuis la source, trouée et creusée comme un vieux visage maigre et buriné, serait méconnaissable si on ne savait rien de cet aqueduc.

Le vallon de l’Ubac des Espels est aujourd’hui barré d’un ruban rouge et blanc : le troupeau de bovins est probablement en liberté de ce côté. J’ai donc emprunté à Yves la photo de ce passage.

Le franchissement du vallon des ubacs des Espels est fait par un pont-aqueduc maçonné où le caniveau prend la forme d’une gouttière creusée dans de la pierre. D’après le Comité du patrimoine manosquin

Je remercie Michel Martinet, président de l’association Comité du Patrimoine Manosquin, qui m’a fourni quelques informations sur le circuit paru dans Les Balcons de Manosque : promenades à thèmes, Comité du patrimoine manosquin, Comité du patrimoine manosquin, mai 2011, 10€, en vente au siège de l’association ; il contient 40 km de sentiers balisés et 44 points remarquables à découvrir.

Une balade thématique, sans grande difficulté, pour partir à la découverte d’un aqueduc de la fin du XVe ; après plusieurs siècles, il reste suffisamment de vestiges pour apprécier le travail de nos ancêtres.

Itinéraire court (couleur orange) : 6km300, 2h, 214m dénivelée
Itinéraire long (couleur parme) : 8km600, 3h, 215 m dénivelée, incluant le passage au pont d’Espels et vallon de Couquières

1pan : longueur d’une main ouverte, mesure de 9 pouces, usitée en Provence, Languedoc et Gascogne. Le pan était la huitième partie de la cano et il se divisait en 8 menuts. On l’emploie aujourd’hui pour le quart d’un mètre.

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