Sur les traces de la transhumance à Roubion


img_0014r.JPGNon pas 10, non pas 100, non pas 1000 mais 2000 moutons dévalent la pente de la montagne en soulevant de la poussière qui cache le reste du  troupeau et le berger qui les accompagne. Un concert de sonnailles, cesinstruments de musique du bétail en montagne, qui font que l’homme ne s’y sent plus seul, les animaux ne se dispersent, ne sont pas victimes des vipères, et sont plus facilement repérables en plein brouillard, quand leurs propriétaires vont les voir. (Extrait du site Daban, fabriquant de sonnailles)
Derrière mon arbre, je n’ose plus bouger : les moutons passent de chaque côté, en file indienne ininterrompue. Un bouc s’arrête face à moi pour déguster la feuille de « mon » arbre. Il me regarde avec ses yeux noisette exorbités, je l’observe sans bouger ; un pas de côté, il sursaute. Je n’ose plus bouger jusqu’à ce que le troupeau m’ait dépassé. Moment intense.
Télécharger la séquence vidéo (durée 33s, 2.18Mo, format windows media player)

img_0015r.JPGimg_5436r.JPGNous questionnons le jeune berger, souriant et placide, à qui nous signalons quand même que quelques brebis égarées bêlant dans le fond du vallon. Elles suivront plus tard ! nous assure-t-il. Mais une heure après, elles sont encore  là. Les chiens de garde n’ont pas quitté l’essentiel du troupeau ; les chiens de berger sont venus à notre rencontre, le plus jeune recherchant des témoignages d’affection. Dès qu’il en eut reçus de mon compagnon de route, il n’a pas arrêté d’en réclamer. Prudente – c’est déconseillé…, j’ai préféré ne pas le caresser.

img_0008r.JPGAvant la borne 102 en direction du col des Moulines, nous avions lu le S.O.S. montagne accroché sur un arbre : mon sac à dos est plein d’objets de secours mais je n’ai pas de sifflet !

img_5456r.JPGNous continuons à suivre la crête jusqu’au sommet du mont Brussière (1955m), tout en jetant un œil en arrière vers les brebis égarées qui pleurent à vous fendre l’âme (cliquer sur la photo de gauche). Les sentiers sont ceux des moutons que nous pouvons suivre à la trace. Un énorme cairn marque le sommet. Le parc du Mercantour commence à nos pieds. Je m’assois un instant pour savourer la vue à 360° parfaitement dégagée. Le temps est doux en ce 22 septembre : même les deux roubionnaises en quête d’improbables champignons, en sont inquiètes. Habituellement, le froid est déjà là.

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Retour au col de la Couillole « à l’intuition », en zig zag sur les pentes verdoyantes. Il nous faudra descendre dans le vallon, sans savoir si un obstacle incontournable ne se présentera à nos yeux. Ouf ! je vois le sentier du col où un rassemblement de motards s’est installé pour le repas. Nous déjeunerons sur la table qui reste, ravis d’avoir pu partager un moment de forte tradition autour de la transhumance. Le dimanche suivant, ce sera la fête à Roubion : du hameau des Buisses au village, les volontaires pourront accompagner le troupeau.

Retour par Beuil où nous irons voir Maryse pour acheter du fromage de chèvre, frais, très frais même. Nous l’avions goûté à Roubion chez notre logeuse et il nous avait conquis.

Vidéo sur la fête de la transhumance 2006 à Roubion

Notre trace vue dans GoogleEarth (8.240km, dénivelée 290m, 2h30 env)

*** Jeu de piste dans les grottes troglodytiques de Calès à Lamanon


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img_5309r.JPGLassociation Calès-Saint-Denis nous préparait cette fête du patrimoine depuis un an. Les costumes faits main à partir de modèles du moyen-âge, des scénettes jouées à divers points de rendez-vous, un jeu de piste bien ficelé avec sa version pour enfants, une remise de récompense en fin de journée, un repas, tout cela pour notre plus grand plaisir.

La météo aujourd’hui à cet endroit :
Direction du vent et température ressentie

details-grottes.jpgimg_0057r.JPGMais ce qui m’a le plus intéressé c’est la visite guidée que je rêvais de faire depuis la découverte de ce site lors d’une randonnée dans le Defens. 58 grottes troglodytiques à l’intérieur du cirque, 116 au total, occupées surtout au Moyen-Age ! Nous empruntons la calade (photo de droite) qui mène à l’ilôt. Sur le côté, un creux permet à l’eau de s’écouler vers le canal de drainage. Yolande parle du site avec passion, et nous prouve que chaque détail des grottes a été pensé avec soin pour permettre aux habitants de bien vivre au quotidien. Niches pour poser de petits objets tels que lampes à huile, couteaux ; trous dans le mur où venaient se fixer des rondins de bois dont l’extrémité était supportée par un poteau, anneaux de suspension pour des lampes ou des berceaux, larmiers1, etc. Dans la première grotte de l’îlot, les eaux de pluie se déversaient dans un trou du mur sous lequel on plaçait une amphore. Dans une autre, des traces de saignées verticales témoignent de la manière dont les carriers ont extrait les pierres pour construire le chateau.

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img_5321r.JPGimg_0032r.JPGimg_0026r.JPGLes grottes alimentaires sont formées de cuves taillées dans le rocher. Elles pouvaient servir de silos à grains ou de citernes.

img_5330r.JPGLa plus remarquable des salles est à ciel ouvert aujourd’hui  ; les encoches servaient à encastrer des claveaux2 supports d’un système de couverture. On reconnait l’emplacement de la cheminée. C’est là que se réglaient les conflits et différentes affaires de la communauté. Le bloc des cuves à côté a pu servir à presser le raisin, la petite cuve recueillant le jus, ou à fouler3 les étoffes.

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Enfin je sais à quoi servait « ma » grotte (les geocacheurs qui y sont passés entre sept. 2006 et mars. 2008 comprendront…) ; elle est presque totalement fermée. A l’intérieur du mur nord, l’emplacement du foyer ; au sud un pentagramme grossièrement gravé dans le mur, figure géométrique construite suivant le nombre d’or (voir géométrie sacrée). J’y vois même un pentacle inversé puisqu’il est entouré d’un cercle et qu’il pointe vers le bas. Depuis le moyen-âge, son énergie serait négative et satanique ; aurions-nous affaire à un autel pour le culte de Satan ?… J’en doute quand même puisque selon notre guide, cette communauté était paisible et sans histoire.

Sur le côté droit un escalier emprunté par les ouvriers pour jeter le raisin qui y sera pressé, conclusion à laquelle sont  parvenus les archéologues par comparaison avec d’autres sites troglodytiques et grâce à l’aide M. Bizot du Service Régional d’Archéologie.

Le nombre d’or des astronomes
… si l’on considère une période de dix-neuf années, il y entre un nombre entier de lunaisons […] Il en résulte que, tous les dix-neuf ans, les phases de la lune reviennent aux mêmes dates. On conçoit l’importance d’une telle découverte qui a servi de fait à perfectionner le calendrier […]. Par la suite, désignation de nombre d’or fut attribuée à la période de dix-neuf années elle-même.
Le nombre d’or des mathématiciens ou la « Divine proportion » de Huntley : Il s’agit d’un nombre irrationnel dont la valeur exacte est égale à 1/2 (1+?5). Ce n’est ni une mesure, ni une dimension, c’est un rapport entre deux grandeurs homogènes, un rapport arithmétique.

img_0056.JPGimg_5344r.JPGLa visite se termine par la chapelle Saint-Denis que je n’avais pas bien regardée lors de ma dernière visite en septembre 2006. Sur son mur sud, trois cadrans solaires canoniaux y sont gravés : le soleil permettait au curé de l’époque de sonner l’heure des messes et aux paysans de repérer les heures des travaux de la terre ; deux sont encore visibles. Autrefois dédiée à Saint-Marcellin (XIIème siècle), elle est restaurée par la famille de Roux de Lamanon au XVe, abandonnée après le siège d’Hubert de Vins (qui fit aussi celui du chateau de Forcalqueiret dans le Var), à nouveau restaurée, à nouveau abandonnée car trop éloignée du nouveau chateau. L’association l’a admirablement restaurée pendant presque 10 ans. On y célébrait mariages, baptêmes ou enterrements. C’est à ce moment qu’il ne fallait pas se mélanger les pinceaux dans les familles d’Alamanon, de Beauvezer, de Tripoli de Panisse et autres nobles de l’époque, le questionnaire final étant fortement inspiré de la généalogie de ces familles à l’origine de Calès et du village (Note : le village que nous connaissons ne date que de 1745). Quand mon compagnon de jeu eut terminé de lire les questions, il se délesta rapidement du papier et du crayon pour que je remplisse la fiche moi-même ! Généalogiste amateur, j’y suis (presque) arrivée complètement grâce aux panneaux d’information préparés par les membres de l’association.

img_5351r.JPGimg_5369r.JPGRetour par les ruines du château pour les volontaires. Dans la montée de l’escalier de pierre, passant sous la porte du XIIe siècle, personne n’a remarqué la sculpture pas encore totalement usée par le temps : une tête de félin, évoquant le souvenir d’une croisade. Là encore, les encoches de chaque côté prouvent que l’accès a dû être couvert. Les grottes sur la droite devaient servir aux gardiens du château. Sur la plate-forme, deux autres servaient de cuisine. Devant les vestiges du rempart, deux silos ronds sont creusés dans le sol. Au travers de la grotte, la vue sur le cirque naturel (grés safreux) de Calès, la Crau et Salon, est curieusement encadrée. A la place de l’ancienne demeure seigneuriale, la statue de la Vierge à l’enfant a été érigée par le marquis de Panisse-Passis en 1866.

img_0068r.JPGimg_5359.JPGVite, rejoignons le jardin du Cabaret où a lieu la remise des prix ; notre note : 19 sur 20 ! pas si mal quand on sait qu’on jouait avec de nombreux Lamanonais. Nous avons gagné un gros livre sur les Histoires et légendes de la Provence mystérieuse, textes recueilis par J.P. Clébert, Edition Tchou, 1968, et une petite brochure sur Calès qui compensera mes habituels trous de mémoire. De Calès à Lamanon – les sentiers de l’Histoire, ACSD Lamanon, Association Calès-Saint-Denis, 2000. (Les photos sont de Ti’Mars , 2007, et Nicoulina, 2006, 2007)

J’adresse mes remerciements à Yolande Proutière qui a accepté de relire et apporté quelques corrections à cette note.

Bravo à l’Association Calès-Saint-Denis
Rue du Canal 13113 Lamanon
Courriel : calessaintdenis@free.fr
Tél : Yolande Proutière, présidente : 06 76 51 76 22

Cette deuxième visite avait une saveur particulière : guidée par la personne qui connait le mieux le site, elle a décuplé l’intérêt de l’auditoire attentif, permettant de mieux comprendre comment vivaient  les gens de l’époque. N’hésitez pas à demander vous aussi une visite guidée.

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Musée Calès-Saint-Denis Lamanon

place du Cabaret

13113 Lamanon

Tél : 04-90-59-56-07

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1larmier : moulure, élément en saillie, dont la face inférieure est creusée d’une rigole qui collecte les gouttes de ruissellement et les fait tomber sur le sol, avant qu’elles n’aient pu glisser le long du mur.
2claveau : pierre taillée en forme de coin, élément de l’appareil d’un arc, d’une voûte.
3foulon : artisan qui pressait les étoffes ou le raison avec les pieds, les mains ou un outil ; le moulin lui-même (voir note sur le parc Saint-Pons à Gémenos

*** Circuit de la glace dans le Var


Visite guidée de 3 glacières et du musée de la glace à Mazaugues.  J’ai enfin compris comment on fabriquait, stockait, distribuait la glace entre le XVIIè et le XIXè siècle en Provence ! Ada ACOVITSIOTI-HAMEAU de l’ASER, se montre passionnante et incollable sur le sujet. Pas si souvent que dans une de mes balades, la tête et la voiture servent plus que les jambes !

Entrecasteaux glacière privée

Glacière privée du chateau d’Entrecasteaux construite contre le rempart. La dame de Venel a obtenu en 1648 le privilège de construire des glacières, vendre et débiter la glace dans toute la Provence. Les villageois alimentent la glacière l’hiver par l’eau qui gèle le long de la rivière, et peuvent bénéficier de glace l’été. ———————————–

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Glacière de Cotignac ayant servi à la communauté. Elle a été construite près de la source Saint-Martin en 1701, juste avant que l’homme d’affaires, Louis de Beaumont, n’achète le privilège de glacière à perpétuité. D’où les difficultés des consuls pour obtenir le droit de la faire fonctionner pour le compte de la communauté ; ils ont quand-même pu faire les enchères pour la fourniture de glace dès 1702. En difficulté financière, de Beaumont revend ses droits aux différentes communautés à partir de 1701.   Pour fabriquer la glace, les prairies étaient volontairement inondées. Suite à des malfaçons, des hivers trop doux, ne produisant pas suffisamment de revenus, elle est progressivement abandonnée. Le conseil de Cotignac la met en vente en 1719. ———————————–

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Glacière Pivaut MazauguesGlacière Pivaut ou Gaudin, la dernière glacière construite dans le massif de la Sainte-Baume (fin XIXè siècle), ayant peu servi mais fort bien construite. 25m hauteur, 19,80m de diamètre extérieur, des murs de 2,50m d’épaisseur. Face à elle des bassins de congélation et la rampe de remplissage par laquelle la glace était introduite dans la glacière. Le canal d’évacuation des eaux de fusion, quelques mètres plus bas, est très frais : elle devait être efficace cette glacière. Plusieurs hautes porte-fenêtres permettent de charger et décharger la glace à deux niveaux de remplissage ; d’autres ouvertures pouvaient servir pour l’éclairage de nuit ; ou l’évacuation de la chaleur, le contraire en somme de ce qui se passe dans nos maisons l’hiver…

« à partir de mai, quotidiennement, des blocs de matière première étaient remontés en fin de journée. Ces pains de glace recouverts d’étoffes, de paille et de fougères, étaient alors chargés à dos d’âne ou sur des charrettes. Ils étaient acheminés, la nuit, vers Toulon, Aix ou Marseille. La plupart du temps, les hommes traversaient la Sainte-Baume du nord au sud. Au petit matin, les livreurs arrivaient en ville pour approvisionner les commerçants et les particuliers. » Extrait de Var Matin, 2008 et rapporté dans la mémoire gravée dans la pierre, site maville.com

Impressionnante ! à voir absolument ! les geocacheurs pourront la découvrir sous le numéro GC160VZ et son nom évocateur Bien fraiche ! S.V.P.

Le saviez-vous ?
Lors de l’assemblée générale de l’ASER où nous étions en novembre 2010, j’ai appris qu’il existait autrefois une toute petite commune appelée Meinarguette.

J’ai retrouvé un projet de loi de la chambre des députés en date du 8 juin 1839 tendant à réunir la commune de Meinarguette à la commune de Mazaugues : la commune n’a que 100 habitants et 240 francs de revenus ordinaires. Le conseil municipal de Meinarguette a reconnu la nécessité de cette mesure mais la commune de Mazaugues préférait que Meinarguette soit rattachée à Signes. Elle fut finalement rattachée à Mazaugues en 1839. Extrait des Archives parlementaires, recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises de 1800 à 1860, 2e série, 1800-1860, P. Dupont (Paris), 1862-1912. Histoire de Meynarguette, par l’ASER du centre Var

Découverte des villages de Cotignac et Entrecasteaux, blog de Fouchepate
Le musée de la glace et la glacière Pivaut, blog du Petit Pierrot
Histoire de l’eau à Hyères, avec sources bibliographiques
Evocation de la glacière du Bertagne, à la Sainte-Baume dans une note de ce blog Trois itinéraires pour le pic de Bertagne et celle de Mimet dans les grottes de l’Etoile
Information transmise par Fouchepate dans son commentaire : il existe
« …un téléfilm : la Bastide blanche qui retrace cette époque d’après le roman “La Bastide Blanche” de Jean-Michel THIBAUX, Editions Presse de la Cité »

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Cette note a été aimablement relue par notre guide Ada Hameau que je remercie vivement.

L’artisanat de la glace en Méditerranée occidentale – supplément n°1 au cahier de l’ASER, Ada Acovitsioti-Hameau, 2001 (ré-éd.) – 120 pages