Romanin et les Alpilles


Point de départ : la chapelle de Romanin près de l’aérodrome éponyme, sur la voie Aurélia. Le circuit passe en sous-bois au pied de la chaîne des Alpilles puis redescend dans la plaine à travers les vignes.

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Je longe la piste de l’aérodrome jusqu’au croisement avec le GR6 ; j’ai déjà croisé six VTT ; au loin, j’aperçois les ruines du château de Romanin. Frédéric Mistral originaire de Maillane (1830-1914), se disait descendant des seigneurs de Mondragon et de Romanin . Stéphanette de Romanin, de la maison des Gantelme, tenait de son temps cour d’amour1 ouverte et plénière en son château. La légende ci-dessous témoigne de sa réputation.

Pierre de Chateauneuf, jeune troubadour rêve à sa dame tout en chevauchant dans le défilé de Vallongue tout proche. Il se dirigie vers où l’attendent 12 femmes de haut lignage. Tout à coup, de l’épaisse forêt de chênes, surgissent des brigands. Ils le désarçonnent, le dépouillent de ses habits, de sa bourse, de son luth. Le voici à terre, nu comme un ver, tandis qu’on s’apprête à le rouer de coups. […] Soudain une idée traverse son esprit : humblement, il prie les brigands de lui permettre de chanter une dernière fois avant de mourir. Sa prière est exaucée. […] il improvise un chant à la gloire de ses détrousseurs. Miracle ! les poignards s’abaissent, et on reprend le chant avec lui. Pourpoint, chemise, bourse, cheval lui sont rendus dans l’allégresse générale. Tous chantent et l’escortent jusqu’à Romanin qui se profile dans la lumière dorée. […]
La Provence et l’Amour, Maurice Pezet, Editions F.Sorlot, F.Lanore, 1984

Le quartier des Pins du Sinsarre est probablement une zone de chasse : traces de sanglier, champs d’agrainage tout en longueur entre deux zones boisées. A Camini Luen, c’est une vingtaine de VTT que je croise : un VTTiste me suggère d’éviter le chemin sur lequel dévalent les coureurs. Vers 11h une jeune femme s’arrête en plein bois ; elle est partie un peu tard, m’avoue-t-elle ; « vous n’avez pas peur toute seule dans les bois ? Justement je suis la dernière de la course et vous ne rencontrerez plus personne ». Je la rassure : j’ai tout ce qu’il faut : du téléphone portable à la trousse de pharmacie en passant par la couverture de survie.

Des affleurements discontinus de marnes rouges, dans un massif karstifié, peuvent paraitre surprenants mais nous ne sommes pas loin du pays de la bauxite (minerai dont on tire l’aluminium) et des Baux de Provence.

En me rapprochant du massif rocheux, j’aperçois au loin une grotte dont je ne trouve pas l’accès. Je tenterai cependant d’en découvrir une autre, traversant une végétation hostile, dérapant dans un pierrier long et pénible ; après de nombreux allers et retours pour m’infiltrer entre les arbustes, quelques pas d’escalade, j’ai trouvé une grotte largement ouverte sur l’extérieur ; elle sent fort l’animal sauvage, ce qui me fait craindre d’y trouver une colonie de chauve-souris géantes !  je m’installerai sur le parvis pentu le temps d’un pique-nique. J’aurais préféré trouver la grotte ornée d’Otello…

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Le viaduc de Chanteloube : dans l’eau !


Un viaduc de chemin de fer dans l’eau, oui, c’est bizarre mais ça existe dans les Hautes-Alpes, à Chorges. La construction d’un embranchement Chorges-Barcelonnette commence en 1909. La Première guerre mondiale ralentit les travaux. En 1935, alors que le premier tronçon de 27,7 km est pratiquement terminé, il est décidé d’abandonner la construction de la ligne. Puis la mise en eau du barrage de Serre-Ponçon le submerge ; le Grand-Pré est inondé, le torrent des Moulettes de 1900 devient l’anse des Moulettes sur la carte d’aujourd’hui.

Le plan Freycinet, voté par le Parlement en 1878, prévoyait que toutes les préfectures et sous-préfectures de France seraient reliées au réseau ferré national. Hélas, la desserte de la sous-préfecture de Barcelonnette ne sera jamais achevée. Bulletin PLM n° 39, Mai 1935, Direction de la Compagnie PLM1, Paris

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Direction des Hyvans, mais sans aller jusque là ; à l’embranchement, nous prenons la route la plus à gauche et stationnons à côté de la maison. On accède rapidement au lac par un sentier en sous-bois annoncé par un panneau « Le Lac ». Comme il pleut un peu, le sentier est glissant ; Lilou, 5 ans 1/2, trébuche mais ne se dépare pas de sa bonne humeur : première de cordée, elle mène la tribu des trois adultes jusqu’au bord du talus un peu haut pour elle. Le lacElle s’approche de l’eau : elle aimerait se mouiller et monter sur le pont sans rails comme les autres enfants mais nous ne sommes équipés que pour la pluie, pas pour le bain.

Le niveau de l’eau ayant remonté, une partie du viaduc de Chanteloube plonge sous l’eau. Il parait court sur pattes maintenant qu’il a les pieds dans l’eau et pourtant sa pile centrale est haute de 61m ; long de 300m, il comprend 6 voûtes de 27m d’ouverture. Tracé en S avec raccordements paraboliques, il cumule toutes les difficultés d’implantation. Il est en déclivité constante de 21mm/m de la rive gauche (côté Chorges) vers la rive droite (côté Hyvans). Aucune recherche esthétique particulière : ‘les moellons sont anonymes et de petit appareil’ ; tels sont les principes de Paul Séjourné2 pour ces sortes d’ouvrages.

SP09 Autour du lac : viaduc de Chanteloube par Ti’Mars…, trouvé sans la photo spoiler.

Itinéraire d’accès au lac (impossible cependant d’y aller avec une poussette) de 1km400 30mn A/R 72m dénivelée pour une baignade des plus originales aux abords du viaduc.

1P.L.M. : Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, l’un des ancêtres de la SNCF et de la ligne Paris-Lyon-Marseille
2Paul SEJOURNE (1851-1939) a dirigé le Service de la Construction du PLM de 1909 à 1926. A ce titre, il est aussi le concepteur de la ligne Miramas – l’Estaque

Belvédère de Cadarache


Départ du parking la Boulangère à Jouques (hameau de Bèdes) pour le belvédère de Cadarache. Sentier forestier classique fraîchement débroussaillé dans une forêt de chênes verts, royaume des sangliers. Sentier fleuri au printemps. Beaucoup de VTT mais peu de randonneurs.

La météo ce jour à saint-paul-les-durance/13 :
Avec le vent et la température ressentie

Nous quittons le sentier balisé pour le lieu-dit Camp de Mus ; Bob_13, un de nos amis, est persuadé d’y avoir repéré de loin des constructions ; à l’aller, nous ne trouvons rien ; me rappelant le sens du mot ‘camp’1 en ancien occitan, et que près d’un ‘camp’, des cabanes peuvent servir d’abri ou de remise à outils, je propose de longer le champ en contre-bas du chemin où des terres sont cultivées dans un étroit goulet entre deux zones boisées ; nous longeons donc ces terres jusqu’à repérer au loin une cabane de pierre sèche. Elle est de taille assez impressionnante, renforcée d’un second mur pour la soutenir ; elle devait autrefois être à l’intérieur d’un enclos de pierre sèche couronné, aujourd’hui à l’abandon. Mais c’est plutôt l’oppidum indigène de Mus que nous aurions aimé découvrir. Entre Antiquité et haut Moyen Age : traditions et renouveau de l’habitat de hauteur dans la Gaule du sud-est, L. Schneider, Actes du colloque de Fréjus, 7 et 8 avril 2001, Michel Fixot Ed., 2004

Au retour sur le sentier balisé, nous nous approchons d’une belle borne-limite  en granit (et non granite, la roche, terme de géologie) lisse et brillante ; plusieurs suivront à courte distance ; sans doute marquent-elles la limite des communes de Jouques et Saint-Paul. Les nombreux repères forestiers – rectangle blanc avec liseré rouge médian – délimitent quant à eux, la forêt communale de Jouques.

Au carrefour suivant, nous retrouvons le chemin balisé ; estoublon me fait remarquer la présence d’un impluvium – grande plaque de béton inclinée – qui permet à l’eau de pluie de s’écouler dans une citerne de protection contre les incendies ; il décode les informations que l’on trouve sur le pylône à haute tension juste à côté. Pylône 27 : Boutre-Tavel dériv tore-supra 400kv attache 27 ; Boutre-Plan d’Orgon 220kv attache 27.

Décodage: La fusion thermonucléaire vise à reproduire sur terre l’énergie des étoiles. Pour cela, il faut atteindre et maintenir des températures de l’ordre de 100 millions de degrés. Depuis 1988, date de sa mise en service, l’installation de recherche TORE SUPRA est le plus grand tokamak2 à aimant supraconducteur du monde. La ligne électrique de Boutre (près de Ginasservis) à Tavel (Vaucluse) a été déviée vers le poste de Plan d’Orgon ; elle sert donc à fournir l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement de la région sud-est et à celui du tokamak. L’autoroute nouvelle puissance délivre 400 kV par l’intermédiaire de deux lignes électriques distinctes et redondantes. Traduit du site iter.org.

RTE a décidé de mettre en place des balises avifaunes  sur les 350 mètres de liaison aérienne entre les deux nouveaux pylônes ; ces mesures permettront entre autres espèces, de protéger un couple d’aigles de Bonelli récemment installé dans le secteur (dont seulement 25 couples sont recensés en France). Extrait du site Réseau de Transport d’Electricité, dépêche du 14 juin 2004

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