** En suivant le canal de Manosque de la Brillanne à Ganagobie



Une randonnée inédite, mélange d’une idée de Bob_13/estoublon et d’une idée personnelle. Comme il fait chaud, j’ai privilégié l’absence de dénivelée et une randonnée moins longue qu’habituellement :  le canal de Manosque, ce vieux canal d’irrigation de 57km qui relie Corbières à Chateau Arnoux ; il distribue de l’eau brute pour l’irrigation agricole, mais aussi l’arrosage des jardins, l’alimentation des fontaines et des bassins communaux, sur environ 2600 hectares (La Provence, 24 juillet 2009). Nous laissons un véhicule près du célèbre pont romain puis revenons à la Brillanne où commence la randonnée ; la seconde partie se fera donc en forêt, au moment le plus chaud.

IMG_0005.jpgIMG_0008.jpgDébut : le PR balisé de jaune qui fait le tour de la Brillanne ; il commence d’abord le long d’une route puis s’enfonce en forêt, longeant le Lauzon qui offre, après le siphon1, quelques jolis coins de baignade vraiment tranquilles dans une eau blanchâtre, sans doute due aux carrières de craie.

Le canal de Manosque :

  • La loi du 07 juillet 1881 a déclaré d’utilité publique la construction du canal de Manosque.
  • L’acquisition des terrains et les travaux ont été exécutés par l’Etat entre 1881 et 1926.
  • L’Association Syndicale du Canal de Manosque, chargée de l’administration, de l’exploitation, de l’entretien, des travaux et de la perception des taxes, a été créée par le décret du 08 décembre 1892. Le canal de Manosque lui a été remis définitivement en 1926.
  • En 1977, l’entretien et l’exploitation du canal de Manosque sont remis en affermage à la Société du Canal de Provence.
  • En 2004, lancement de l’élaboration d’un Contrat de Canal

IMG_0015.jpgIMG_0016.jpgPrès du canal, nous croisons un employé chargé de son entretien ; nous l’interrogeons sur la possibilité de le longer jusqu’au pont romain. Il nous assure que cela est possible, et même au delà. Les berges du canal sont fleuries et les papillons décorent les tapis d’herbes de minuscules motifs mobiles et colorés ; la présence de l’eau est rafraichissante. A partir de maintenant, nous essaierons de suivre le canal jusqu’au bout. Nous rencontrerons cependant un obstacle de taille…

IMG_0029.jpgLe canal zigzague maintenant le long des champs d’oliviers : nous veillons à bien suivre les berges pour ne pas empiéter sur les propriétés privées ; à l’approche de la route, le canal disparait dessous, nous le retrouvons de l’autre côté après une petite grimpette. Au milieu de la vieille route, nous apercevons d’anciens clous  de chaussée qui séparaient autrefois les deux voies. Nous sommes maintenant au pied du village de Lurs, dans le quartier de Giropey où le célèbre Gaston Dominici emmenait ses chèvres. C’est d’ailleurs en revenant de ce quartier qu’il apprit l’assassinat des Drummond par sa femme Marie et sa belle-fille Yvette. Extrait du site Gaston Dominici innocent.

IMG_0035.jpgIMG_0031.jpgLes berges sont maintenant faciles à suivre ; de temps à autre, il faut marcher sur un mur étroit avec à gauche de l’eau et à droite un petit ravin. Un peu plus loin, le canal reconstruit s’éloigne du pont à parapet unique – ancien canal désaffecté qui nous permettra de traverser le ravin. Le garde-corps pour le passage des aigadiers – gardes du canal – est souvent en assez bon état. Une ancienne roue à aube est encore fixée sur le canal, vestige des premières tentatives de pompage pour monter l’eau vers des terres au dessus du niveau du canal. Le courant entraînait les pales de la roue. IMG_0033.jpgDes godets déversaient l’eau dans un réservoir surélevé, sans doute posé près du canal. A l’époque du cadastre napoléonien, cette zone était partagée, de chaque côté du canal, en parcelles de largeur identique appelées les îles de Giropey ou les îles de Peyredul. Des ponts permettent encore d’accéder sur l’autre rive.  Qu’y avait-il au delà ? des cultures ? de l’élevage ?

En septembre 1942 le mur amont du pont de Giropey s’effondre sur toute sa longueur ; il doit être réparé en catastrophe en déviant les eaux dans une bâche en bois de 30m, réalisée en 4 jours seulement ! le canal de Manosque, de son invention à ses nouveaux enjeux, C Chapuis, A de Réparaz, C Martel, H Pignoly, Alpes de Lumière, 2012

IMG_4967.JPGIMG_4966.JPGNous continuons à suivre les berges qui sont maintenant en terre ; ce sont de grosses bosses qu’il nous faut maintenant franchir, parfois envahies par la végétation ; nous sommes de plus en plus souvent à l’ombre, ce qui la rend la balade fort agréable. Au niveau de la gare de Lurs, un wagonnet rouillé termine sa vie de l’autre côté du canal. J’ai cherché bien longtemps comment il avait pu arriver là et à quoi il servait. Mon hypothèse est que ce wagonnet faisait partie du chemin de fer aérien reliant la mine de Sigonce à la gare de Lurs.

Le 20 mars 1927, le conseil municipal donne un avis favorable pour le projet de création, par la société des mines, d’un chemin de fer aérien reliant la mine de Sigonce à la gare de Lurs afin de pouvoir déverser le charbon directement dans les wagons SNCF.  Suite à la guerre de 1914-1918, l’Allemagne avait une dette de guerre à honorer. C’est ainsi que les allemands construisent les 26 pylônes qui seront nécessaires à cette installation, et les mettent en place entre Sigonce et Lurs, aidés de techniciens français. La ligne a une double longueur de 5726 mètres. Au départ, 110 wagonnets contenant 180 kg de charbon seront pincés à un monocâble. Finalement, après usage, ce seront 94 wagonnets qui feront la navette Sigonce-Lurs en 42 minutes. Extrait du site Sigonce, la mine de lignite

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Sigoyer et le vieux de village de Vière



J‘aime les vieux villages abondonnés. D’où celui-ci tire-t-il son nom de Vière, toponyme occitan alpin ? que ce soit sur la carte de Cassini (où il s’appelle Sigoyer du Dô sur Tallard) ou sur le cadastre napoléonien (1810, section A4, où il est noté Sigoyer Village), ce nom n’apparait pas. Le terme occitan  (= ville), désigne dans les Hautes-Alpes la localité principale de la commune. Ce même nom est donné au village abandonné d’Ongles dans les Alpes-de-Haute-Provence.

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IMG_4608.JPGPour parvenir au vieux village de Vière, il suffit de suivre le panneau indicateur près de l’église à partir du village de Sigoyer. Nous longeons les pâturages le long de la rivière : les nombreuses vaches font un concert de cloches. Avant d’emprunter le dispositif de franchissement du Tibaudon, nous cherchons un emplacement pour la cache de Ti’Mars…, cache qui sera dévoilée pour la rencontre Alp’en fête les 5 et 6 juin 2010 : GC25A13 Alp 11, Villages Perchés 8B : Sigoyer-Le Pissenton. Pour éviter que les troupeaux ne s’enfuient par une porte laissée ouverte, ce ne sont pas des échelles de bois comme en Auvergne mais un portillon mobile qui permet de franchir la clôture.

IMG_4611.JPGIMG_4624.JPGBientôt, nous quittons la dernière maison pour entrer dans les faubourgs de Vière. S’il n’y avait les panneaux d’information plantés dans l’herbe (installés par les bénévoles de l’association de sauvegarde du patrimoine de Sigoyer), il serait impossible de savoir qu’il y avait là des maisons. Les rues sont parfois envahies par la végétation. Il n’y a plus de pierres, récupérées sans doute par les habitants qui ont reconstruit ailleurs leur maison.  Dans le coeur du village, une tour ronde et un morceau du rempart délimitent encore le coeur du village.

sigoyer_1810.jpg

IMG_4616.JPGLa seconde église de Vière, construite derrière la maison seigneuriale, n’avait pas de cimetière resté à Saint-Laurent. Nous montons jusqu’à la borne, limite de propriété ?, sur la butte ; à nos pieds, le ravin de terres noires dans lequel les maisons ont été précipitées suite aux différents éboulements. Une frêle clôture délimite la zone dangereuse.  Sur le cadastre napoléonien, on voit bien que le coeur du village était coincé entre deux torrents : le Pissauton et le Baudon.

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Si guerres de religions et incendies n’ont pas épargné le village aux 16e et 17e siècles, c’est au début du 18e que survient le pire. Au XVIIè siècle, la cohabitation avec les loups devient difficile. Pour les éloigner, les habitants mettent le feu à leurs repaires dans les endroits pâturés des deux Céüze. Le résultat est catastrophique : lors de chutes de neige ou fortes pluies, rien ne retient les eaux des 4 ruisseaux environnants qui creusent des lits de plus en plus profonds. La première catastrophe a eu lieu en 1725, suivie de nombreux autres glissements de terrain. Ponts, routes, maisons sont emportés. Le château est habité par la comtesse née Caritat de Condorcet jusqu’en 1793. En 1845, la nouvelle église n’est plus qu’à quelques mètres du précipice creusé par le Baudon. On vend aux enchères le produit de sa démolition. Petit à petit, le village se vide ; les habitants emmènent planches, pierres, poutres et fenêtres pour reconstruire leur maison jusqu’à l’Eglise neuve. IMG_4621.JPGAu début du XXè siècle, l’Auberge du Midi abrite encore une des trois écoles. Les prairies de la Pra sont encore fauchées. Les bêtes y paissent encore. Le Barbu et la cantonnière [la femme du cantonnier], en mourant respectivement en 1934 et 1936, seront les derniers à quitter Vière. Ecrit d’après le Résumé de l’histoire de Sigoyer par M. Robert, membre de l’association de sauvegarde du patrimoine de Sigoyer, qui organise les visites guidées.

Site Internet de l’Association de diffusion de la culture scientifique dans les Hautes-Alpes

pierre_du_roi.jpgEntre la rue du château et la rue Chalançon, Ti’Mars… cherche un endroit pour placer sa deuxième cache GC259Z5 Alp 10, Villages Perchés 8A : Sigoyer Dô. Pendant ce temps, je continue à déambuler. Nous continuons à travers champs dans le quartier de la Pra dans une vaine recherche de la pierre du Roy. J’ai quand même trouvé une photo (à gauche) empruntée à l’album des journées du patrimoine 2007, paru sur le site de la mairie de Sigoyer. Mais je ne connais rien de cette pierre, sinon qu’elle n’a pas de rapport avec le roi.

IMG_4637.JPGAu bout du sentier une centaurée avec des fleurs blanches au coeur pourpre, ressemble presque à une plante cultivée pour les jardins.

Image de l’itinéraire Vière (Sigoyer) 4km 1h15 dépl. 103m dénivelée

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*** Le vieil Eyguians et le château des Arzeliers



IMG_4224.JPGDu beau temps enfin pour cette randonnée dans les Hautes-Alpes. Nous nous retrouvons au village du Vieil Eyguians après avoir malencontreusement suivi le GPS qui nous avait amené au point le plus proche à vol d’oiseau mais sur la mauvaise piste. Suivez donc les panneaux !

Pour chacun des trois villages abandonnés que GSA 05 propose de découvrir, la raison de l’abandon est différente : « à Vières [Sigoyer], c’est à cause de risques naturels ; à Arzeliers et au Vieil Eyguians, c’est plutôt l’exode rural qui a joué. Citation de GSA 05 [Gap Sciences Animations], Isabelle Potdevin Extrait de Villages abandonnés, pas forcément oubliés, Dauphiné Libéré du 23 mars 2010

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IMG_0168.jpgestoublon et moi, nous aimons les villages abandonnés. Sous la verdure et dans le calme, l’âme du Vieil Eyguians est encore perceptible : les habitants s’y sont réfugiés au moment des invasions sarrazines et ne l’ont abandonné qu’en 1902 ; mes acolytes privilégient la cache de seblultra Le vieil Eyguians pendant que je flâne, et reconnais grâce aux panneaux d’information :

  • Chapelle Ste-MadeleineIMG_0163.jpgl’église Sainte-Madeleine restaurée en 1983, avec des poutres en cèdre de la forêt toute proche, dont les pierres sombres viennent sans doute des calcaires noirs d’Eyguians ; elle a toujours souffert d’humidité : d’ailleurs vous pouvez voir encore devant l’église un bassin alimenté par une source captée
  • le rempart derrière élevé par les seigneurs d’Arzeliers
  • la porte par laquelle on entre dans le vieux village
  • IMG_4246.JPGle cimetière à la croisée des chemins vers Arzeliers et celui menant à l’îlot : les croix de fer de certaines tombes ont été pillées ; sur l’une d’entre elles, on peut lire nettement le nom : « ici repose Joseph JULIEN décédé le 2 mars 1898 »
  • le chemin de ronde
  • le château
  • IMG_4237.JPGune cuve aux carreaux vernissés servant à la conservation du vin ou de l’eau

IMG_4255.JPGPuis c’est le sentier botanique Pierre Roux au cours duquel, de borne en borne, nous exerçons nos mémoires et nos connaissances. Le genévrier commun dont les baies servent à la fabrication de liqueurs : le genièvre est une spécialité de Belgique et du Nord de la France (je suis originaire de Lille…), il aromatise parfois la bière. Le prunellier, arbrisseau épineux dont les fruits trop mûrs sont utilisés également en alcool : là c’est notre Haut-Alpin qui connait. Le cèdre du Liban et son port majestueux ; le robinier faux acacia servant à faire des manches d’outils et des piquets. Certains vivent plusieurs centaines d’années. Grâce à l’attention que nous avons portée aux panneaux d’information, nous avons trouvé la cache Sentier botanique Pierre Roux, de seblultra.

IMG_0200.jpgIMG_0191.jpgPuis nous partons pour le château des Arzeliers ; le sentier est bien balisé, facile, quelquefois étroit. Les premières fleurs sont sorties pour notre plus grand plaisir. L’hépatique noble et ses fleurs violettes a de drôles de feuilles lobées comme le foie. Parfois au vu d’un ravin impressionnant, on devine l’instabilité de ces terres noires.

IMG_0215.jpgAu loin, les ruines du château des Arzeliers en position dominante. Perdu au milieu de nulle part et pourtant imposant par sa taille : nul doute qu’il a joué un rôle d’importance. IMG_0197.jpgUn panneau sans équivoque nous invite à ne pas pénétrer à l’intérieur des ruines. Mais notre curiosité est plus forte : je commence à grimper du côté de la plus forte pente jusqu’à être au pied du mur construit avec des pierres rondes ou carrées d’épaisseurs et couleurs différentes. Il a probablement été construit avec les matériaux trouvés sur place. A l’extrémité, une tour ronde en ruine. Nous le contournons par la droite, non sans mal. Nous croyons reconnaitre l’emplacement de la chapelle romane.

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La forêt du grand Duc et ses mimosas



IMG_0106.jpgNous étions partis pour 3 jours dans le massif du Tanneron et ses mimosas, nous n’en avons fait que deux, bloqués la première nuit à Cannes par la neige. L’alerte orange ne nous a pas découragés : nous étions venus pour la fête du mimosa. Description du circuit par le site Randoxygène

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IMG_0112.jpg« Importé d’Australie vers le milieu du 19è siècle par les « Lords Anglais » qui découvrirent la Côte d’Azur, le mimosa s’acclimata très bien aux pentes du Tanneron et en recouvre aujourd’hui toutes ses collines.
En 1931 pour la première fois, par reconnaissance pour cette fleur d’or, les Capitoulans lui consacrèrent une grande fête : depuis, la tradition est entretenue par les Mandolociens et la Fête du Mimosa, […]  se déroule tous les ans en Février.
Sur une production nationale de 18 millions de tiges de mimosa, 11 millions sont produites dans les Alpes Maritimes […].
Site de l’office du tourisme de Mandelieu

IMG_0396.jpgIMG_0398.jpgNous avons visité la forcerie Augier située non loin de notre chambre d’hôtes, au carrefour des 5 routes à Tanneron. Le fils Augier nous introduit dans la forcerie, pièce à la chaleur tropicale moite (25°C et 90% d’hygrométrie) ; j’ai la même impression que le jour de mon arrivée à l’aéroport  de Cayenne en Guyane. Le mimosa va y subir un forçage pour que sa floraison soit la plus longue possible. Grâce à cela, le mirandole peut être commercialisé en décembre. Le gaulois, espèce plus tardive, fleurira jusqu’à mi-mars. Le triage consiste à enlever les feuilles à la base de la tige et fleurs de mauvaise qualité. Le mimosa se vend au poids : chaque bouquet peut aller de 150g à 1kg.

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photo Ti’Mars… mimosa dans un jardin de Mandelieu

De retour à mon domicile, j’ai coupé les tiges en biseau au sécateur, dilué dans 1 litre d’eau chaude le conservateur (l’INRA a mis au point un conservateur dans les années 1960, appelé «Crysal»), et conservé mon mimosa une semaine dans une atmosphère pas trop sèche (j’ai placé un humidificateur près du radiateur, sinon il faut vaporiser le bouquet).

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La bergerie des pierres écrites, Abriès



Fête départementale de la randonnée dans les Hautes-Alpes, 2ème jour. Toutes les photos du 21 juin 2009
IMG_1716r_1.JPGVenant de Ristolas, apparait le chemin de croix d’Abriès menant à une chapelle consacrée à Notre Dame des Sept Douleurs.

Il a été érigé dans les années 1830 ; la niche de chacune des quatorze stations est ornée d’une plaque de métal gravée et peinte, représentant une des étapes du chemin de croix.

Abriès, selon wikipedia

Nous partons du Roux d’Abriès pour la bergerie des pierres écrites. Je devine qu’elles doivent être nombreuses pour avoir donné leur nom à cette bergerie. Il est probable que ce sont des bergers partis en transhumance dans les alpages qui ont gravé ces pierres. « cette traditon [La maitrise de l’écriture] a ancré au sein de cette société un climat culturel assez inhabituel et bien éloigné des clichés qui décrivent les communautés montagnardes comme retardées et peu cultivées »

img_1718.jpgimg_1723.jpgLes animateurs nous présentent le Bric1 Bouchet (2997m) d’où descend le torrent qui fait si souvent des ravages. Nos animateurs ont improvisé un circuit de secours car une partie du GR est impraticable. Les passages à gué nécessitent quelque attention sur des pierres parfois instables.

img_1724.jpgimg_1751-150x150.jpgimg_1756.jpgimg_1758-299x300.jpg

Pulsatille blanche, centaurée de montagne, trolle d’Europe, sainfoin montagnard

« Le trolle d’Europe (3ème photo à partir de la gauche) ressemble à un gros bouton d’or aux fleurs fermées, ce qui empêche les abeilles et gros insectes d’assurer la pollinisation. Celle-ci est donc réalisée par une petite espèce de mouche, c’est le principe de mutualisme » (extrait du site Florealpes)

 

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La température décroit de 0°55 pour 100m ; quand nous arrivons à la bergerie, après avoir marché dans des prairies humides et des ornières profondes, beaucoup de randonneurs se couvrent. Le chalet de bois (altitude : 2130m), construit avec des troncs d’arbre empilés, est surélevé. De la neige fondue coule du toit ; par endroit il y a encore des plaques de neige au sol. Un enclos près des pierres écrites permet d’isoler les bêtes malades.

Qui sont ces personnes qui ont gravé leurs initiales sur les pierres ? sans doute des bergers qui pratiquaient la transhumance inverse entre le Queyras et le Piémont italien. D’autres personnes ont signé leur passage plus récemment. La technique est déjà celle du burin et du marteau, même si probablement le burin n’était qu’un clou et le marteau qu’une pierre.

« …[…] très forte mobilité de la population d’Abriès, de ses éleveurs qui ont longtemps pratiqué la transhumance inverse et entretenu pendant des siècles des relations avec les habitants des vallées piémontaises et qui étaient rompus aux finesses des transactions commerciales. Il suffisait d’une mauvaise récolte et d’une évolution brutale des marchés pour qu’une partie de la population s’en aille pendant quelque temps du village et cherche ailleurs des revenus honorables. » Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes, Abbé Paul Guillaume, Gap, 27e année, troisième série, n° 26

 

img_1727.jpgW.P.M. 1784 : cette gravure date d’un peu avant la révolution française. L’écusson du Dauphiné est symbolisé par 2 dauphins et la  royauté par une fleur de lys. Le W signifie ‘vive’ (on le retrouve sur beaucoup de pierres dans le village même d’Abriès) d’où vive P.M. Une gravure au texte similaire mais datant de 1808, existe dans « la rue des écritures » du village d’Abriès. Je n’ai pas trouvé qui pouvait être ce P.M.

Le Dauphiné est une ancienne province française, qui correspond aux départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes. Le blason du Dauphiné ne comportait à la base que le dauphin de Méditerranée. La fleur de lys n’a été ajoutée qu’après annexion par la France. […]

De 1343 à 1789, le Queyras sera l’un des cinq escartons de la fameuse république des Escartons. « Les communes autonomes se réunissaient en fonction des circonstances. C’est l’assemblée des chefs de famille du hameau dont chacun est nommé tour à tour procureur pour un an, qui définit et assure les services et travaux utiles à tous : déneigement, entretien des chemins et canaux d’irrigation, garde du bétail, gestion de la forêt, aide aux nécessiteux, assurance mutuelle, etc. et qui en répartit les frais et le travail entre tous les feux du hameau ». La démocratie avant l’heure ! Extrait du guide bleu PACA, Hachette, 1989

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Le tour de la Tête du Pape à Gigors



IMG_1768.JPGIMG_0146.jpgImpossible de ne pas savoir que la Tête du Pape1 est dans ce coin ! le bois, l’ancienne ferme à l’est, la piste fermée au public, tirent tous leur dénomination de la Tête du Pape. La randonnée est toute simple, avec des paysages diversifiés, bien agréable, au départ d’un tout petit village des Hautes Terres de Provence, Gigors. Départ de l’oratoire près d’un champ où trois chèvres se courent après jusqu’au moment où elles s’arrêtent, nous fixent bien en face, comme pour nous faire comprendre que nous les dérangeons.

IMG_0141.jpgLa montée est continue jusqu’au lieu dit Le Forest où les propriétaires d’une accueillante maison ont construit « les deux soeurs », fontaine à deux bacs du XXème siècle qui invite au rafraichissement.

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IMG_1772.JPGDans le jardin, le grand réservoir d’eau adossé à un oratoire (bizarre…), remplit l’abreuvoir. Il est alimenté probablement par un bélier hydraulique car il faut que l’eau remonte de plus de 2m dans la colonne. « Il faut de l’eau qui tombe pour actionner le bélier hydraulique. Si la pompe est installée correctement, elle IMG_1771.JPGpeut belier_hydraulique.jpgdéplacer l’eau sur une hauteur jusqu’à 10 fois plus grande que celle de la chute. […] Comme le taux de pompage est constant mais généralement lent, il est nécessaire de disposer d’un réservoir de stockage en prévision des périodes de forte demande ».

IMG_0138.jpgTi’Mars… a réussi à photographier un drôle de papillon aux ailes étroites d’un bleu métallique tachetées de blanc, à l’abdomen épais annelé de deux bandes jaunes, et qui ne ressemble pas à nos papillons européens. Peut-être est-ce une espèce tropicale qui s’est adaptée ? IMG_0140.jpgUn syntomidé ? « Les individus volent de jour avec un vol plutôt bourdonnant et assez particulier, à première vue ils semblent dépenser beaucoup d’énergie pour une efficacité réduite » écrit le musée de zoologie de Lausanne. Qui pourrait me confirmer son nom ? c’est Sylvie, inscrite à l’observatoire des papillons pour compter les espèces, qui, propose Syntomis (ou Amata) Kruegeri tandis que Marc, le baliseur et accompagnateur, propose Syntomis Phegea (ou Sphinx du pissenlit). Ces deux espèces se ressemblent tellement que je leur donne raison à tous deux (taille de l’une des taches, j’ai cru comprendre…) ! Qu’ils soient remerciés pour leur recherche.

IMG_0154.jpgIMG_1774.JPGEn haut de la montagne, nous nous interrogeons sur le nom des villages des Alpes à nos pieds. Au loin Theus et ses demoiselles coiffées, le barrage de Serre-Ponçon et ses deux étendues d’eau, Rochebrune près de la Durance, et une étrange colline pointue, le Mouisset. D’autres pyramides en face de nous, ont été sculptées par l’érosion.

IMG_1794.JPGAu changement de versant, c’est un changement géologique (voir la page de Gigors-Bellafaire -Tête du Pape, du site geo-alpes) que nous avions déjà constaté à Clamensane ; cela est dû à la présence d’une faille de chaque côté de la Tête du Pape et au chevauchement de deux couches géologiques de datation différente. Nous passons dans les schistes puis dans les Terres Noires.

IMG_0158.jpgIMG_1790.JPGSur la piste de la Tête du Pape, nous entendrons beaucoup d’oiseaux au chant peu classique mais aucun ne se montrera ou c’est nous qui n’en verrons aucun. Nous tournons à droite à la ruine (tiens, le balisage jaune indiquant le virage, n’est pas dans le bon sens pour ceux qui feraient le circuit dans l’autre sens…). Là, les stipes pennées (« plumets ») ont déployé leur chevelure blanche : ça ferait un joli tableau impresssionniste pour un peintre amoureux de la campagne. De loin, on dirait des flocons de neige qui flottent sur les pâturages. Stipe pennée sur le site florealpes.com.

IMG_1813.JPGDe retour au village, ne manquez pas la fontaine à cinq pièces (si pièce =  bassin, alors je n’en vois que 4, la dernière n’aurait-elle pas été enlevée pour permettre aux voitures de passer ?…), taillée dans la pierre et datée de 1829, que les villageois auraient rachetée autrefois à leur Seigneur en la payant contre son poids de blé ; Gigors possède l’unique meule à plâtre du département (Information extraite du Guide d’Accueil Pays de la Motte-Turriers).

Tour de la Tête de Pape, par l’office du tourisme des Hautes Terres de Provence

IMG_0170.jpgCette fois, nous avons logé au Caire, à la maison des hôtes d’Ingrid et Marc (Marc, c’est celui qui a balisé ce parcours) à la Motte du Caire. Chambre simple, accueil plein de sollicitude : la maîtresse de maison a tout fait pour que je puisse me connecter à internet. En compagnie d’un belge et d’un breton, au cours du copieux dîner, nous avons appris plein de  choses sur la technique du vol à voile de montagne, dont le lancement catapulté qui a bien surpris Ti’Mars… (Club de vol à voile de la Motte du Caire)

Télécharger l’image de l’itinéraire Gigors, 5km340, 2h dépl sans les arrêts, 273m denivelée

Deux autres randonnées si vous êtes dans le coin : l’aqueduc des Sagnières, le vallon de la Piche

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1Ce pape est-il une allusion à Clément VI, fils de Charles d’Anjou, qui possédait le fief de la Motte du Caire ?

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Le vallon de la Piche, Faucon du Caire



Note  : après la parution de cet article, suite à nos remarques, l’office du tourisme des Hautes Terres de Provence a revu le balisage de cette randonnée.

Première randonnée conseillée par l’office du tourisme intercommunal (situé au pied de la via ferrata au Caire) classée difficile. Celui qui nous conseille nous laisse une photocopie, et un numéro de téléphone au cas où nous serions perdus : l’idée est curieuse mais nous comprendrons plus tard pourquoi il a pris cette précaution. Il nous montre un croisement sur la carte où il se pourrait bien que le panneau indicateur ne soit pas encore remis en place ! En tous cas l’accueil, la rapidité et la qualité des réponses sont meilleurs que dans les grandes villes. Bravo, nous reviendrons !

Nous allons à Faucon du Caire1 que le Chevalier de l’Ordre du Croissant Hélion de Glandevès reçut en récompense de ses services dans la conquête du royaume de Sicile au XVème siècle. Comme à Bras d’Asse, je suis surprise qu’il existait un baron dans ce village.

Télécharger le descriptif de la randonnée, site de l’O.T. des Hautes Terres de Provence

faucon_geologie.gifLa route longe le Grand Vallon, une vallée profonde que ne parcourt pourtant qu’un petit ruisseau. Ce n’est pas lui qui a pu creuser la vallée mais les écoulements de langues glaciaires du nord-est qui ont fondu. Le tracé de cette vallée a été dirigé par une grande fracture qui a mis  côte à côte deux compartiments très différents, d’un côté des calcaires argileux sombres, de l’autre des alternances de grès et marnes de Molasses rouges. Terres noires, marnes rouges, grès verts, toutes les couleurs de la géologie locale sont à Faucon. Si vous regardez la carte géologique (extraite du site Geol-Alp), vous verrez d’ailleurs qu’elle a plein de couleurs différentes.

img_0226.jpgÇa commence bien : un beau panneau tout neuf à l’entrée du sentier, comme celui qui est à gauche « le Caire par le Viéraron » ; nous longeons les terres noires du img_0230.jpgravin de la Bouchouse dont la surface a été rougie par les actions du climat. Le sentier est parfois à peine visible sous la végétation. La montée est raide et continue. Nous cherchons souvent le balisage tant il est situé soit trop haut, soit trop loin, soit absent ou invisible. Une petite cascade au loin, attire nos oreilles par son léger clapotis.

IMG_1423r.JPGIMG_1425r.JPGAu fameux croisement où il faut tourner à gauche (le panneau est bien présent…), la piste s’élargit et nous savons que les vaches l’empruntent également. Sur le petit coin de prairie avant la descente, nous observons les papillons et les fleurs de printemps qui ont eu tant de mal à sortir cette année. Nous passons à côté d’un effrondrement rocheux naturel qui semble avoir été dynamité tant les blocs sont tombés de façon désordonnée. La voie est barrée par un arbre en travers du chemin : impossible de le contourner, il nous faut l’enjamber.

Au changement de vallon, mon compagnon de route s’éloigne par la droite, enjambant les arbres et marchant sur les ronces ; il a toujours de bonnes IMG_1428r.JPGraisons pour me convaincre qu’il s’agit du bon chemin : « il faut revenir par l’autre vallon [de la Piche] » et en plus, « je vois bien le chemin sur mon GPS « . Au bout de 100m, nous nous trouvons en haut d’une barrière rocheuse dominant la rivière et il est impossible d’aller plus loin. Si le ravin de la Piche porte ce nom dérivé de pis – avec ses variantes pisse, pich, pissoun = cascade – c’est sans doute que des cascades y tombent en pluie fine mais nous n’en verrons pas de ce côté bien qu’ayant souvent côtoyé l’eau en traversant à gué le ruisseau. Vocabulaire et toponymie des pays de montagne, R. Luft, Club Alpin Français de Nice-Mercantour, 2006. J’ai d’ailleurs déjà rencontré une cascade de la Piche lors de ma montée au refuge de l’Estrop.

IMG_1435r.JPGDemi-tour puis descente dans la forêt par une piste que l’on devine plus qu’on ne la voit : elle n’est plus sur la cartographie du GPS. Quelques marques jaunes reviennent, manifestement rafraichies depuis peu. A nouveau, elles se font trop discrètes ; dans cette forêt au côté sauvage, nous parlons d’égarement possible, de couverture de survie, de briquet que nous aurions dû emporter, de coordonnées que nous aurions dû laisser à nos enfants, enfin de tout ce qui rassure quand on songe qu’on peut se perdre…

img_0232.jpgimg_0233.jpgSur la crête, je ne vois que plus tard la croix jaune qui nous indique une fausse piste : il fallait tourner à gauche en épingle à cheveu. Bientôt nous arrivons sur le promontoire où se trouvait un ancien castrum ; désormais s’y trouve un « rocher qui parle« , rocher artificiel qui diffuse un conte ou une anecdote reliée à un jeu thématique : je vous en reparlerai dans un autre article. La descente se fait par un escalier aménagé retenu par des traverses rondes en bois dont certaines ne maintiennent plus la terre. Manifestement, l’entretien du sentier n’est pas terminé.
IMG_1437r.JPGAu final ma curiosité n’a pas été rassasiée sur ce parcours dont l’intérêt réside dans la dépense physique et des fleurs que je n’ai vues nullement ailleurs ; certaines sont des espèces protégées comme cette orchidée qui ressemble à Ophrys bécasse, ou abeille, bourdon, mouche, les différences sont si subtiles et mon ignorance si grande… certaines fleurs sont rares comme l’Ephedra Negri qui se cache dans les marnes noires mais je n’en verrai pas.

Consulter Inventaires et protections réglementaires de l’environnement Région PACA – FAUCON-DU-CAIRE

Vallon de la_Piche itinéraire_4.400km 2h05 déplacement_(2h20 au total) 561m de dénivelée

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1caire : du celtique car, ker = pierre, sommet rocheux, le plus souvent accessible par escalade ; d’où la Motte du Caire, le Caire, Faucon du Caire

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La crête de Lure jusqu’au cairn 2000



IMG_1145.JPGIMG_1139.JPGEn montant jusqu’à la station, nous nous arrêtons à l’abbaye Notre-Dame de Lure fondée en 1166. De grands arbres déploient largement leur branchage : ce sont des tilleuls plantés probablement en 1824. Ils cachent à peine l’église dont le portail principal a été fermé à cause du vent qui y dépose les feuilles mortes. Lucien, l’ermite, s’occupe de son jardin tout en acceptant de discuter avec les randonneurs. Il a accroché un message au robinet de la fontaine pour signaler qu’il recherche un robinet à double voie. Face à l’église, de grands monuments ont été érigés en reconnaissance à Notre Dame de Lure.

IMG_1141.JPGL’église a été construite par les moines de l’abbaye de Boscodon ; abbaye chalaisienne, Lure dure 150 ans puis est absorbée par le chapitre de la cathédrale de Notre Dame des Doms à Avignon en 1303. Les 20 moines ne s’y installent pas. En 1481, elle devient simple chapelle. Au XVIème siècle elle tombe en ruine et est en partie ensevelie par un glissement de terrain. Un berger entend une voix qui lui commande de relever le sanctuaire. De 1637 à 1659 les travaux sont entrepris ; depuis cette époque le pélerinage du 15 août demeure toujours vivace.

La météo aujourd’hui à cet endroit
Avec la température ressentie

img_0091.jpgNous partons de la plus vieille station de ski du département (1934) mais qui depuis 1997, a fermé bon nombre de ses pistes. Nous passons près du monument dédié à l’astronome Godefroy Wendelin mais devenu illisible.

« Installé en Provence de 1598 à 1612 il crée en 1603 le premier observatoire météorologique et astronomique de son genre […] sur la montagne de Lure. A partir des observations des satellites de Jupiter, Wendelin et son confrère Peiresc furent les premiers à montrer que la troisième loi de Kepler s’appliquait aux satellites de Jupiter, apportant ainsi la preuve que ces lois étaient bien lois universelles ». Extrait de wikipedia

img_1216img_1170En ce 3 mai 2009, en quelques heures, soleil, vent, pluie, grêle, orage, soleil sur fond de neige se sont succédés sur la montagne de Lure. De 24° à Aix, nous sommes passés à 6° au point culminant à 1827m d’altitude. Montagne de contrastes, elle ne cesse de nous surprendre : pâturages, landes ou désert de cailloux, sentier rocheux et secs ou herbeux saxifrage à feuilles opposées ?Crocuset humides, bordé de résineux ou au contraire sans végétation ; nous ne verrons que deux espèces de fleurs de printemps, un seul insecte, et aucun mammifère,… pourtant y vivent 6 meutes de loups (information FR3 du 19/02/2010) dont un loup gris aperçu en 2006 (le loup est de retour dans la montagne de Lure), c’est sûr ! et peut-être même un autre dans le Ventoux..

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img_0121-300x225.jpgimg_1182-225x300.jpgVu d’en bas, le G.R. qui mène au sommet semble interminable mais monte tranquillement. Il est balisé par une série de poteaux de bois. Il y a tellement de neige sur la crête du sommet que je m’enfonce jusqu’aux chevilles. Le sentier de la crête ne se voit plus : talons bien plantés au sol pour ne pas déraper,  nous contournons par en dessous les antennes du signal de Lure qui étincellent de lumière. Mais le sentier des crêtes devait passer au-dessus. Nous le rejoignons un peu plus loin. Le  belvédère espéré s’est caché sous un voile brumeux.

img_0130.jpgLà de petites constructions de pierre sèche ont été bâties. Chacune a son style mais ont-elles leur utilité ? on ne peut pas y mettre grand chose, à part peut-être des boissons fraîches l’été !

Nous passons au pas de la Graille – un col d’une altitude de 1 597 m encore fermé en ce début mai. Il permet de passer de Saint-Étienne-les-Orgues (réunion de deux fiefs, celui de Saint-Etienne et celui des Orgues, durant le haut moyen-âge) à Noyers-sur-Jabron.  Quand nous sommes à l’adret, l’ombre est fraiche et nous avons besoin d’un vêtement chaud ; à l’ubac au contraire, on pourrait rester en T-shirt.
img_1201img_0143Le cairn 2000 est bien plus grand encore que le Pape que nous avions vu sur la crête de la Faye (les bergeries du Contadour) ; planté élégamment au milieu de la prairie, il se voit de loin et nous attend au sommet de la montagne. Devenu un véritable symbole pour les randonneurs, il est entouré de messages déposés par autant d’amoureux de la nature venus « mettre leur pierre à l’édifice ». C’est ce qu’a fait également mon compagnon de route qui a déposé en hauteur côté levant une pierre plate « Geocacheurs de Provence ». Si vous y allez, vous me direz si elle y est toujours…

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« Pour toi qui passes près de ces pierres,
sache que ce carrrefour est sans frontières,
il est symbole universel,
et pour les randonneurs (il est) leur tour de Babel »
27 avril 2000,
Comité Départemental de la randonnée, commune de Cruis

Img_1210.jpgArrêt pique-nique sur l’unique table à côté de l’unique arbre de la prairie. Sous le vent qui s’est levé, je sors ma baguette et y étale généreusement un demi fromage de Banon – le site de l’AOC Banon – que je déshabille des feuilles de châtaignier qui préservent son incomparable crémeux. « La technique du caillé doux n’utilisant que du lait de chèvre et de la présure convient parfaitement à son affinage particulier sans oublier bien sûr de le tremper dans la gnôle pour obtenir de ce crémeux à cœur l’inimitable saveur […]. S’il est accompagné d’un Châteauneuf du Pape blanc ou d’un ‘Côtes du Ventoux’ selon l’humeur, on en apprécie toutes les fragrances ». Extrait du site de Maître Acappella

img_1218img_0164.jpgLe temps ayant changé, nous décidons de ne pas prendre de risques et nous revenons au point de départ par la route qui, étant barrée, nous appartient totalement. Elle est aussi longue que celle des crêtes mais avec moins de dénivelée. Petite bataille de boules de neige : c’était trop tentant compte tenu du 1 mètre de neige bordant un des côtés de la route. Les quelques trous fraîchement creusés dans le tronc des arbres ont été faits par un pic, plutôt par un pic noir que par un pic épeiche car les trous sont assez grands et ovales, habituellement creusés à plus de 4m du sol, ce qui met les petits à l’abri des prédateurs terrestres. Il a en effet été observé avec certitude dans la montagne de Lure. Atlas communal des oiseaux nicheurs du Luberon et de la Montagne de Lure

Grâce à la cueillette des plantes médicinales, de nombreuses familles de droguistes à Saint-Etienne ont fait fortune ; les marchandises étaient vendues ou échangées sur les foires.

IMG_0094.jpgLe séjour n’aurait pas été complet sans notre chambre d’hôtes au mas de Foulara à Cruis. Gite de charme en pleine campagne dans un décor de verdure, il est tenu par un couple qui aime la région et régale généreusement ses pensionnaires avec des produits frais régionaux : quiche à la ratatouille, agneau de Sisteron aux petits légumes accompagnés d’un coteau de Pierrevert, fraises du pays et son coulis ‘maison’.

Itinéraire crête de Lure 15km870, 4h30 depl. (5h20_au total) 256m dénivelée

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* Cap Morgiou



Dès l’entrée dans le chemin de Morgiou, nous croisons des chasseurs. Au vu des traces de terre abondamment labourée, les sangliers ne sont pas loin. Mieux vaut sans doute les sangliers que la fameuse panthère noire de 2004 qui avait obligé la fermeture des calanques et la réquisition de l’armée ! N’empêche que nous avons cru en voir une, nous aussi, dans les carrières de Beaulieu au nord de Montpellier. Avis aux amateurs de sensations qui voudraient aller vérifier.

img_9581r.jpgDes touffes de globulaires bleus apportent une nuance printanière à cette randonnée d’automne. Après le chemin des crêtes de Morgiou, c’est la descente jusqu’au col du Renard qui est particulièrement difficile et risquée : un pierrier glissant de façon continue. Nous remontons ensuite jusqu’au fortin dont la longue muraille traverse presque totalement le cap dans sa largeur.

img_9578r.jpgimg_9585r.jpgimg_9591r.jpgCe fortin, construit en 1614, aurait été utilisé par les anglais appelés par la contre-révolution royaliste de 1793. En longeant le rempart construit directement sur le rocher, on s’aperçoit que l’enceinte devait veiller sur l’entrée des ennemis par la mer et leur accostage à partir de la calanque de Morgiou. A l’abri du vent derrière le mur de la batterie Est, un groupe de randonneurs déjeunent tout en discutant avec bonne humeur. Après la découverte de la cache Cap Morgiou : face à la mer de Bestioles, nous déjeunons plus loin, derrière un vestige de mur, près d’un énorme trou désormais comblé par des pierres : peut-être la carrière qui servit à construire le fort ?

Batteries du cap Morgiou

Calanque de Morgiou, histoire du fortin

grotte_cosquer_coupe.jpgA nos pieds, la calanque de la Triperie (mais pourquoi ce nom ? il semble avoir été donné récemment, peut-être par les militaires qui ont établi les cartes), bien à l’abri du vent, est étrangement calme et arrondie. L’entrée d’une vaste grotte sous-marine apparait dans la falaise verticale. reconstitution_cap_morgiou.jpgPlus à gauche, dans la pointe de la Voile, la célèbre grotte Cosquer s’ouvre sous 37 m d’eau. Henri Cosquer y découvre, en juillet 1991, des traces de mains, des peintures et des gravures. La datation au carbone 14 permet de faire remonter l’occupation de la grotte par l’homme entre 18500 et 27000 ans avant JC. » Elle est désormais murée pour être protégée. A gauche une tentative de reconstitution à l’époque où elle n’était pas envahie par la mer. La grotte Cosquer, site du ministère de la Culture

img_9601r.jpgimg_9603r.jpgimg_9615r.jpgimg_9620r.jpg

cap_morgiou_1.jpgJe pousse jusqu’au cap Morgiou, étroit et descendant jusqu’à 20m au-dessus de l’eau : à 2m des bords de la falaise, la sensation est grisante (1ère photo de gauche dans la série). Vu d’avion et inversé nord-sud, ne trouvez-vous pas qu’il a la forme d’un hyppocampe… ou d’un pélican ?
C’est l’heure de la descente vers la calanque de Morgiou et ses cabanons, presque tous construits en dur désormais, avec des installations sanitaires qui n’ont plus rien de rustiques. Nous reconnaissons sans difficulté, le torpilleur, îlot rocheux de la calanque de Sugiton ressemblant  à un navire de guerre (3ème photo de la série). Autrefois la pêche au thon se pratiquait à l’aide d’installations semi fixes, les madragues. Pour la madrague de Morgiou (1622-1853), voir la partie histoire des calanques sur le site du groupement d’intérêt public des calanques. En 1622, […], Louis XIII âgé de 21 ans, au cours de son passage à Marseille s’est vu offrir un divertissement organisé par la Prud’hommie des Pêcheurs de Marseille. Le jeu consistait à emprisonner des thons dans des seinches d’où ils ne pouvaient s’échapper. Cette pêche se pratiquait également sur la côte bleue ; elle a été interdite parce qu’elle n’était pas sélective. La calanque de Morgiou.

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Les pénitents des Mées



Album de la fête régionale randonnée 2008 (1)

Un week-end consacré à la randonnée, week-end organisé par la fédération régionale de la randonnée, à Volonne (04) pour sa seconde édition. On s’est raccroché au groupe à la dernière minute et nous ne l’avons pas regretté. L’hébergement en camping **** à Volonne (04) était à la hauteur de l’organisation.

penitents_wikipedia.jpgphoto wikipedia

Description de la randonnée, par le site saute-collines

 

IMG_0289.jpgIMG_0299.jpgLa première randonnée nous mène jusqu’aux fameux pénitents des Mées (itinéraire de 13.5km,  dénivelée 460m, 5h30 environ avec l’arrêt pique-nique) que tout le monde voit au loin en se rendant dans les Alpes mais que personne n’escalade jamais.

Ma météo aujourd’hui à cet endroit

Nous partons du village des Mées. Il a plu de la veille et le départ commence fort : se promener sur des galets mouillés compacts alors qu’on est si loin de  la mer, ça fait plutôt bizarre ! c’est un sentier en pente un peu raide, sur lequel la mairie décline toute responsabilité. Dans un virage en épingle, nous passons à proximité de la chapelle St-Roch, puis près d’une borne kilométrique (D101) et d’une fontaine moderne. Au XVIème siècle, cette chapelle prend ce vocable, certainement après les épidémies de peste de 1580 ou 1589, Saint-Roch étant habituellement invoqué lors de la peste et du choléra. J’en ai rencontré beaucoup dans la région, la peste de 1720 ayant débuté à Marseille, et s’étant propagé dans toute la Provence (voir La malédiction du grand Saint-Antoine dans ce blog). A la Révolution, elle est vendue comme bien national. Le 29 septembre 1984 M et Mme Jean-Marie Henry en font don à la ville des Mées. « L’Association a consacré exactement 20 chantiers de bénévoles […] soit pour monter les matériaux pour la toiture, soit pour rendre le chemin accessible et aménager l’intérieur de la chapelle et le parvis. » (extrait du site de l’association les Amis des Mées). C’était probablement l’église paroissiale primitive, lorsque le village était accroché au versant du rocher.

IMG_8132.JPGIMG_8143.JPGIMG_0310.jpgIMG_8135_galets.JPG
Marque de l’érosion sur les pénitents ; vue de près sur le poudingue

Bientôt, nous sommes sur la crête, dominant les pénitents qui semblent bien grands désormais. On les appelle ainsi en raison de leur silhouette ; d’après la légende, ils représentent les moines de la Montagne de Lure qui ont été pétrifiés par saint Donat au temps des invasions sarrasines pour s’être épris de belles jeunes femmes Mauresques qu’un seigneur avait ramenées d’une croisade. De là haut, je me rends mieux compte de leur composition et je vois que des morceaux de galets se détachent encore : l’érosion continue.
Schématiquement c’est le résultat de 3 phases essentielles (voir en détail Rochers et légendes, du site des Amis des Mées avec schémas):

  • 25 millions d’année : la faille de la Durance élève le côté ouest (Forcalquier, Manosque,…) ; contre cette élévation butent les anciennes rivières de nos rivières actuelles (la paléo Durance, par exemple) ; plus au nord naissent les Alpes aussitôt attaquées par l’érosion. Ces blocs arrachés, roulés et devenus galets s’accumulent dans un delta de 60 km de long et de 30 km de large (zone du plateau de Valensole), sur des épaisseurs considérables (Les Mées: 600 à 800 m.). Le calcaire dissout dans l’eau les cimente avec un grès très dur. La roche ainsi formée constitue le poudingue.
  • Ces dépôts s’arrêtent il y a environ 2 millions d’années. Au niveau des Mées, en profondeur, une couche épaisse de conglomérat accumulé, de plus de 100 mètres d’épaisseur et longue d’au moins un kilomètre, se trouve enfermée dans cette masse. Sont déjà pré-formés les futurs pénitents…
  • la Durance attaque le poudingue, le « rogne » sur une épaisseur d’environ 400 mètres. A chacun de ses passages puissants, elle arase le sol et crée une terrasse ; des vallons se forment, tel celui de la Combe.
    Quand elle atteint les Mées, elle butte contre cette partie très dure, racle la face nord-ouest et rabote ainsi une haute façade verticale. Nous retrouvons aujourd’hui, sur l’avant de nombreux rochers, cette face plane.
  • Lors des périodes glaciaires, le gel débite le poudingue en morceaux et laisse les matériaux sur place. Mais aux époques plus chaudes, les eaux sauvages venant du plateau emportent tous les matériaux instables qui vont s’engager dans les fissures existantes et ronger profondément le poudingue.

Sur le coté ouest, le poudingue, profondément travaillé dégage des monolithes. De cette double érosion, latérale et verticale, résultent ces formes coniques qui sont devenues des Pénitents. L’érosion continue toujours…
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