** Vestiges romains de l’aqueduc de la Traconnade

Publié le Catégories ----- * Aix et Durance, 13 Bouches-du-Rhône, En voiture ou en train ou en bateau, et à piedMots-clés , , ,
 

Cette balade découverte des vestiges de l’aqueduc romain qui alimentait Aix-en-Provence, situés à Jouques et Peyrolles, est plutôt une somme de petites balades qu’une vraie randonnée. Sans Alain Balalas qui nous accompagne et les retrouve tous, sans boussole, même au travers une végétation envahissante ou hostile, il aurait été impossible de les localiser. Je l’en remercie vivement.

1er vestige non loin de la source (photo estoublon1er vestige non loin de la source (photo estoublon)En commençant par la source, le premier vestige (sur terrain privé bien que ce ne soit pas signalé) taillé en plein rocher, est proche de la source de la Traconnade, sur le bord de la route, dans un endroit humide. L’intérieur du canal est en bon état : nous y circulons avec une bonne lampe de poche observant les concrétions, Emplacement de la lampe à huile des ouvriersles saignées horizontales laissant supposer l’emplacement de coffrages. Les ouvriers posaient leur lampe dans des encoches toujours visibles, creusées latéralement dans la roche à intervalles réguliers.

IMG_8837.JPGL’impasse du canal romain à Jouques porte bien son nom mais comment deviner où se trouvait le canal maintenant que tout est détruit ? le seul témoignage est une vieille photo imprimée que nous présente A. Balalas.

Un regard de visite (photo estoublon)IMG_8564.JPGDe nombreux regards de visite permettent de contrôler ou de nettoyer la conduite ; ils sont placés de façon plus ou moins régulière tout le long du parcours ; ils sont plus ou moins comblés mais encore visibles. Ce sont des puits rectangulaires, donnant accès au canal. Ils sont toujours soigneusement voûtés en claveaux1. Des encoches – opes2 – creusées dans les parois pour l’emplacement d’échafaudages facilitent l’accès au conduit durant la construction. Nous ne trouverons pas les dalles monolithiques qui recouvraient les regards, elles ont probablement été cassées ou réutilisées. Nous constatons d’ailleurs que les pierres de certains murs de soutènement proviennent certainement de l’aqueduc.

Sur la carte, j’ai pu mesurer approximativement la distance entre deux regards en suivant la courbe de niveau de la carte IGN : elle avoisine 72m, ce qui correspondrait à deux actus3, par analogie avec les principes énoncés par Vitruve et Pline l’Ancien […]. Entre le ‘puits Maurel’ et le regard 3, en suivant la courbe de niveau, il y a 4 actus3 : il manquerait donc bien un regard entre les deux. Cette règle a été appliquée à l’aqueduc du Gier à Lyon.

Voir aussi l’Etude de l’aqueduc de Béziers par l’Université de Franche Comté

IMG_8553.jpgIMG_8560.JPGDans le quartier de Saute-Lièvre, nous trouverons deux voûtins4 suivis dans le même axe d’une curieuse cabane en pierres.  La cabane est construite selon le même principe de voûtin composé de 8 à 10 claveaux1. Elle est fermée artificiellement dans le fond par un mur vertical de construction récente, ce qui est étrange pour une cabane. L’épaisseur de ses murs, la présence d’un reste de mur maçonné du côté gauche et collé à la cabane, nous font penser dans un premier temps, que son propriétaire a réutilisé le canal romain ; mais la voûte interne serait alors plus d’1m50 au dessus des voûtes les plus proches. Peut-être une reconstruction « à la romaine » avec les pierres du canal ?

IMG_8573.JPGremplissage des piles de pontQuant aux pont-aqueducs, il ne reste que la base des piles comme dans le vallon de l’Oume à Peyrolles (photo de gauche) ou Réclavier à Meyrargues. Les pierres sont probablement issues des carrières voisines. Les piles de pont ou les murs sont remplis d’un mélange compact de pierres et chaux qui les solidifie.

IMG_7734.JPGDans la carrière de calcaire Sainte-Anne à laquelle on accède en suivant les ornières laissées par les chariots transportant les pierres, deux sections de l’aqueduc en forme de T s’ouvrent sur un tunnel désormais bouché à l’autre extrémité. Une douzaine de claveaux sont bien visibles.

Intérieur du conduit (photo estoublon)A certains endroits de la carrière Campioni /Dubuisson, il est possible de circuler dans le conduit en parfait état de conservation avec son enduit blanc étanche et lisse. Plusieurs couches d’enduit hydraulique sont passées sur les parois : le premier un peu rosé (c’est celui que nous verrons le plus souvent) sert d’accroche à l’enduit blanc plus grossier. IMG_8593.JPGExtérieurement, le canal ressemble à un gros mur maçonné : il passerait facilement inaperçu s’il n’était par endroits écroulé. Le conduit n’est pas obstrué, sans doute parce que le lieu est inexploité et perdu en forêt. Pas étonnant qu’au XIXè siècle, les ingénieurs hydrauliciens les aient étudiés en vue d’une réutilisation de ces conduites pour l’alimentation des villes.

IMG_8672.JPGA quelques mètres à l’ouest du regard ci-dessous, une borne en pierre (marquée 134 ?) endommagée, datant sans doute du début du cadastre, se situe à une centaine de mètres de la limite entre les communes de Peyrolles et Meyrargues ; j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une borne-limite entre celles-ci mais en étudiant de près le cadastre sur geoportail, je pense qu’il s’agit plutôt de la limite entre trois parcelles agricoles du cadastre actuel, dont la grande parcelle nord du quartier Saint-Joseph devenue sans doute propriété de l’état suite aux travaux du canal E.D.F.

image27.jpgLe regard ‘Bouyala d’Arnaud’ (cité page 51 par André Bouyala d’Arnaud dans Evocation du Vieil Aix-en-Provence, Les Editions de Minuit, 1964) le plus spectaculaire, le plus profond (3m) mais aussi le plus difficile d’accès, est le dernier repéré sur la commune de Peyrolles, à 200m à peine à vol d’oiseau de Notre-Dame d’Astor (photo ci-contre d’estoublon). Profond de 3m en viron, les opes sont en vis à vis, bien visibles. Dans le fond, cassée, peut-être la pierre de couverture. Nous seront tous fortement impressionnés.

Photo extraite du site Meyrargues informationsLes seules arches de pont aérien visibles se situent sur la commune de Meyrargues qui tentent de les maintenir debout.

schéma extrait de Histoire de l'architecture occidentale J.Y. AntoineLes mesures de géolocalisation que j’ai prises peuvent manquer de précision selon les circonstances : il aurait fallu faire une moyenne sur un ensemble de mesures pendant 1mn30 à 2mn. Quant à l’altitude, très importante quand il s’agit d’un canal, nous avons pris des mesures tantôt au dessus du canal, tantôt au niveau du radier : il aurait fallu la prendre systématiquement à un point facilement repérable et similaire quel que soit le vestige trouvé, comme par exemple l’intrados5 de la voûte. Cela permettrait d’élaborer des hypothèses plus fiables sur le tracé manquant de l’aqueduc. Histoire de l’architecture occidentale, J.Y. Antoine, Université de Tours

Beaucoup de ces vestiges se situent sur des propriétés privées : vous ne pourrez donc les visiter sans l’accord de leur propriétaire. Certains sont difficilement accessibles comme le regard Bouyala d’Arnaud. Néanmoins, moyennant qu’ils soient bien choisis, sécurisés et facilement accessibles (par exemple, ceux repérés par Pt 3, Pt 4 sur les photos de la carte google map), ils représentent un atout touristique et culturel pour les communes de Jouques et Peyrolles ; ils pourraient a minima, faire l’objet d’un panneau d’information touristique et de petits circuits de randonnée. Quant aux enfants, ils prendraient plaisir à circuler à la lampe de poche dans le conduit, descendre dans un regard, sentir les courants d’air frais entre deux portions béantes,  observer les insectes qui s’y sont installés, tout en apprenant un peu plus sur les Romains.

Les aqueducs romains d’Aix (en anglais) avec photos
Carte googlemap des vestiges de l’aqueduc romain de la Traconnade

En savoir plus sur la présentation des aqueducs romains d’Aix-en-Provence

En savoir plus sur l’Archéologie de l’aqueduc romain de la Traconnade…

Aqueduc de la Traconnade : plus… de photos

Evocation du vieil Aix-en-Provence, André Bouyala d’Arnaud, Les Editions de Minuit, 1964, CNRS

Alimentation en eau des villes de l’Empire romain. Étude de la place et de la fonction des monuments de distribution de l’eau (fontaines et « nymphées ») en Italie et dans les villes de l’Empire … AGUSTA-BOULAROT

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1claveaux : les claveaux sont les pierres taillées en biseaux qui forment un arc ou une voûte
2ope : ouverture dans un mur destiné à recevoir une poutre, une solive, un chevron, un boulin, etc.
3un actus équivaut à 120 pieds de 0,2957 m, soit #35,48 m
4voûtin : portion de voûte
5intrados de la voûte : surface inférieure de la voûte
6extrados de la voûte : surface extérieure de la voûte

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Une réflexion sur « ** Vestiges romains de l’aqueduc de la Traconnade »

  1. Bravo pour votre compte rendu et votre carte. J’ai bien retrouvé les points mentionnés. J’en ai quelques autres à ajouter et j’aimerais poursuivre votre travail. Comment faire pour compléter votre carte avec des balises et des photos?
    Bien à vous
    [ndlr] Envoyez moi photos allégées et coordonnées en latitude/longitude : après vérification, je les ajouterai à la carte en vous citant

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