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Du moulin de Pallières à la source de la Cadière


Je pars du parking de la Lanterne aux Pennes Mirabeau1, sans ombre mais proche du début de la randonnée, avec vue au nord sur le plateau de Vitrolles, le radar et l’affreux cube noir du stadium (Architecte Ricciotti, Grand prix de l’architecture 2006).

La météo ce jour à cet endroit :
Avec le vent et la température ressentie

Petite montée jusqu’à la Lanterne du Souvenir – d’où le nom du chemin : camin dou fanau. Offerte par la SACEM en 1928, elle n’était dédiée qu’aux morts de la première guerre mondiale. Après la seconde guerre mondiale, elle portera l’inscription des morts de la seconde guerre. Gravée sur la façade, la devise de la commune : Super pennas ventorum, sur les ailes des vents.

Sur le cadastre napoléonien (1833, Les Jonquiers, E3) deux moulins côte à côte : la tour du premier (parcelle 683) a été réutilisée pour bâtir la Lanterne du Souvenir : c’était un moulin à farine ; le second (parcelle 684) restauré depuis peu, était un moulin à huile devant lequel était construit un bassin, peut-être pour y récupérer l’huile. L’aire à battre et un champ d’oliviers se trouvaient à l’ouest. Derrière les moulins un vaste pré qui devait être en pente.

Sur le plan du début du XIXe, on s’aperçoit que le moulin à huile (aujourd’hui à farine) déversait l’eau de végétation dans le cours d’eau en-dessous le Merlançon. C’est peut-être le canal d’évacuation de cette eau que nous avons aperçu avec André lors de notre première visite.

Les étapes du travail permettant d’extraire l’huile des olives sont :
– déchirer la peau, réduire les olives en pâte, le triturage ;
– pressage : la pâte obtenue est placée dans des filtres (les scourtins en forme de bérets). […] les scourtins laissent passer l’huile lorsque l’ensemble est pressuré ;
– laisser décanter et cueillir l’huile :  […], au moyen d’une feuille (en métal et très plate) […]. L’eau de végétation est stockée dans les “Enfers” d’où elle est quelquefois déversée dans le cours d’eau voisin. Fédération des Moulins de France

Nous apercevons les ailes du moulin de Pallières qui tournent au moment de notre passage, ensuite le meunier qui grimpe la rampe menant à son moulin construit sur le rocher (voir photo ancienne ci-contre). Nous lui demandons si nous pouvons le visiter. Guy, un provençal  de souche à l’accent fortement chantant, nous accueille avec enthousiasme. Il nous explique comment faire la farine, régler les meules ; lorsqu’il évoque en langue provençale le nom des différentes parties du moulin, André et lui échangent : je ne capte que quelques mots au passage. Le meunier, anciennement responsable des espaces verts de la commune, a reproduit à l’étage une rose des vents du XVe.

Fièrement, il nous annonce que les deux farines de blé bio pennois seront vendues dans une boulangerie du village L’atelier du Gavothé. La restauration du moulin par une société spécialisée du Maine-et-Loire n’est pas totalement à l’ancienne puisque le moulin pourra fournir de l’électricité. Voir le site des Pennes. Retrouvez Guy Lagier sur la vidéo de FR3 : un passionné qui saura communiquer ses connaissances.

J’ai recensé pas moins de 8 meuniers habitant Les Pennes en 1841 ! Joseph SAUNIER (né le 13/09/1780 à Eyguières), Jacques SAUNIER son fils, Michel FOUQUE (né à Marignane) et Marius LION, Guillaume JACOMAN, Jean-Baptiste CADENEL, Christophe et Marius BOUDIER. Trois moulins sur la carte de Cassini de 1778 : un moulin à vent sur la crête, le moulin du Diable à Cadenel et le moulin Mourie ruiné dans la plaine du Brusc. Le moulin du Repos (Vitrolles) et celui des Bastides (Séon) sont proches des Pennes. Mais de quel moulin étaient-ils meuniers ?… En supposant qu’ils vivaient au plus près de leur lieu de travail, je  pense que ce sont les SAUNIER qui faisaient tourner le moulin du marquis Louis Nicolas II de VENTO des Pennes ; sa fille Claire-Henriette de PAZERY de THORAME (voir généalogie)  héritera du moulin ; après la Révolution, les biens du marquis passeront dans le domaine national en 1867 ; le moulin sera définitivement abandonné.

Pour ma deuxième visite, je vais continuer sur l’étroite crête de la barre rocheuse qui m’a fait penser en miniature à celle de Sainte-Victoire : rocheuse, toute en montées et descentes, nécessitant donc un peu d’attention ; après la barrière DFCI, je contourne le réservoir par la droite. Une rare trouée, sur la droite, entre les pins offre un magnifique point de vue sur les terres rouges vitrollaises où je serai tout à l’heure. Deux vestiges militaires également qui pourraient être des postes d’observation.

Le balisage bleu se dédouble : un ancien et un nouveau qui arrivent au même carrefour quelques centaines de mètres plus loin. Au nord vous retrouverez le point de vue sur l’étang, le plateau de Vitrolles, l’aéroport. Progressivement, la végétation devient plus aride. Tant que vous n’êtes pas passé au-dessus de l’autoroute, il ne faut surtout pas descendre trop bas. Une fois dessus, en le suivant des yeux vers le nord-ouest, vous arrivez jusqu’à l’aéroport et l’étang. Après l’autoroute, deux sentiers redescendent vers Pallières, l’officiel bleu étant le deuxième ; j’ai pris le premier, caillouteux et roulant, qui passe non loin d’une propriété privée mais sans mention d’interdiction.

Après avoir traversé la route D113, j’ai zigzagué dans la zone artisanale de l’Agavon et du quartier résidentiel Le Repos, ne prenant que de petites routes, découvrant avec bonheur une place à l’ombre et quelques bancs à côté du jeu de boules Maurice Marin. Depuis l’avenue du Mal de Lattre de Tassigny, je n’ai pas trouvé de ruelle publique pour rejoindre l’avenue Jean Monnet où passe le GR2013. Sans doute est-ce possible de traverser au garage Renault qui s’ouvre des deux côtés.

Début du cheminement le long de la Cadière en passant sous le porche du Chemin Vert. GR 2013 Marseille-Provence, Sentier métropolitain autour de la mer de Berre et du massif de l’Etoile, Le Cercle des Marcheurs, les Excursionnistes Marseillais, le Comité départemental de la randonnée pédestre des Bouches-du-Rhône, Editions Wildproject et FFR, 2013, du point 5 au point 3, sens contraire du descriptif, pages 34-35. Parcours qui ondule, tantôt près des arbres, traversant une prairie et s’éloignant plus ou moins de la rivière. Bien tentant de s’y baigner mais c’est formellement interdit par arrêté municipal. Un parcours bien agréable bordé de vasques, seuils, cascades et d’anciennes prises d’eau de l’irrigation agricole. Au niveau du parc de jeux près de la Ferme de Croze, une cabane de bois a été posée pour la pause technique.

Pour retrouver la Cadière après la traversée du chemin des Pinchinades, il faut descendre jusqu’au bord de l’eau par la droite puis remonter sur le sentier le long de terrains appartenant aux maraîchers. Après la passerelle métallique,  le sentier s’est écroulé : deux piliers de bois et la balustrade ne sont retenus désormais que par les autres encore en place.

Au sortir du sous-bois ombragé, les terres rouges en pleine lumière du soleil, provoquent un contraste saisissant. Des mamelons rouges sur la gauche, une piste poudreuse, des gorges étroites : un air de far west ! Des marnes rouges (argilites) qui alternent avec du calcaire plus ou moins marneux. Ces falaises rouges des Pinchinades enferment le site des gorges de Cabriès (Voir Source de l’Infernet par le GR2013). La source de l’Infernet, résurgence du Réaltor, surgit de sa grotte, remplit un bassin puis s’écoule en gerbe vigoureuse. En 1971, son débit était estimé à 200l/s. La source de l’Infernet donne naissance au ruisseau de la Cadière : deux toponymes différents pour le même ruisseau.

Les marches occidentales du massif de l‘Arbois sont caractérisées par une succession de plateaux, de terres rouges et de falaises calcaires […].
A l’arrière, les plateaux arides couverts de pinèdes et de garrigues ont été en partie dénudés par les incendies. Ils abritent des vallons sauvages et profonds mais aussi les grands domaines agricoles en activité de Saragousse et du Jas d’Arbaud qui perpétuent l’image des terroirs traditionnels.
Cet ensemble offre à la fois l’un des plus spectaculaires paysages géologiques de la Région PACA, et l’un des plus beaux panoramas du bassin de l’étang de Berre. PROPOSITION DE CLASSEMENT AU TITRE DES SITES DU MASSIF DE L’ARBOIS, 2013

Retour par le même itinéraire jusqu’au chemin des Pinchinades. N’aimant pas revenir par le même itinéraire, j’ai décidé de revenir par le parc des Barnouins. Mais pour arriver là, il faut traverser la Cité Haute-Provence, monter, encore monter le vallon des Magnans est par une mauvaise route, sous le soleil, assez pénible. Aussi quand j’arrive là haut, au niveau du parcours de santé, je m’offre une pause. Beaucoup de sentiers redescendent vers la ville en traversant le parc Victor Mellan (à noter : c’est une Zone d’Accueil du Public toujours ouverte l’été sauf risque exceptionnel noir) : j’ai pris celui passant près du Chalet Mistral, de l’aire de jeux. Je n’ai pas vu ‘le Château’.

J’ai retrouvé la très passante route départementale 113 que j’ai traversée au niveau du tunnel routier détruit par les Allemands le 20 août 1944 pour freiner la progression des alliés (Forum Sudwall, le tunnel des Pennes).

Il est orné [côté centre ville] aujourd’hui d’une allégorie des Pennes (jeune femme aux longs cheveux dénoués, portant une gerbe de blé et accostée d’une roue ailée), avec la devise des Pennes « Sur les ailes du vent ».

Pour remonter jusqu’au parking de la Lanterne, j’ai suivi mon inspiration par les ruelles étroites et les escaliers. J’ai ainsi découvert l’église Saint-Blaise (1871) et son campanile et la chapelle Notre Dame d’Aide, petit édifice construit en moellons nus, avec un clocheton à double arche.

Un parcours inédit, peu connu, un peu sportif, qui permet de découvrir le moulin restauré, profiter des points de vue depuis la crête (un peu de vigilance nécessaire), cheminer le long de la Cadière jusqu’aux spectaculaires Terres Rouges. Le retour par les Barnouins présente moins d’intérêt – on peut revenir par le même itinéraire – et terminer par la visite complète du village.

Image de l’itinéraire 12km600, 3h30 (4h25), 126m dénivelée(+282, -282). A vòsti bastoun !

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1pennes: d’origine celtique, signifie ici barres rocheuses. Le pluriel viendrait donc des deux crêtes rocheuses situées au sommet du vieux village des Pennes-Mirabeau.

©copyright randomania.fr

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