Lardiers, le Chastellard

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Quand c’est Claude qui mène la randonnée, on est sûr qu’il y aura un peu de difficulté et quelques surprises. Majo, Julie, notre guide et moi stationnons à Lardiers, petit village des Alpes de Haute-Provence au pied de la montagne de Lure.
Lardiers : rien à voir avec le lard (latin lardum) ou la mésange charbonnière (provençal lardié) ou le sol brûlé selon la toponymie provençale de B et J.-J. Fénié (occitan ardre = brûler) ; personnellement, je pense plutôt que Lardiers vient de ladrerie, dénomination de léproserie au moyen âge, créée par les Hospitaliers à l’origine du village.
En passant, nous repérons le bistrot de pays qui nous désaltérera au retour : l’après rando est toujours un moment convivial et réparateur. Le soleil printanier et ses premières fleurs sont au rendez-vous.

Lien vers mon album

Album facebook de Jean-Pierre Alpes : Lardiers

Nous démarrons peinardement sur la route sur laquelle nous croisons les organisateurs du prochain trail de Lure qui démarre de Forcalquier, passe par Lardiers, Saint-Etienne-les-Orgues, monte vers Fontienne et les Mourres.

Face au champ de lavande, l’oratoire Saint-Joseph (sans statue de Joseph) marque le croisement de deux routes. A partir de maintenant, nous attaquons la montée, qui sera de moins en moins évidente, un peu sauvage dirons-nous. Claude nous offre les premiers tapis de fleurs jaunes. La montée est continue mais heureusement pour nous pas directement dans la pente.  Nous nous enfonçons maintenant dans un sous-bois ponctué de quelques clairières. Nous longeons la limite entre Ongles et Lardiers. A 850 m d’altitude, le paysage plein sud se découvre : je reconnais bien le pic de Bertagne avec sa face abrupte, la montagne Sainte-Victoire et tous ses baous en dentelle irrégulière.

Là, Claude décide de rejoindre en mode sanglier la combe de Gamby ; chacun choisit le passage qui lui convient dans la végétation basse et dégringole deux ou trois courbes de niveau. Sur quelques mètres seulement, nous marquons notre étonnement : ici et pas ailleurs, quelques plants de narcisses reconnaissables à leur longue tige plane, leur coronule en forme de coupe orangée, leurs fleurs groupées en ombelle penchées en arrière  ; après le sous-bois d’arbres dénudés, nous quittons la piste – dommage –  pour un sous-bois moussu avec le muguet qui n’a pas encore de clochettes. Encore un clapier puis une zone découverte : c’est à partir de là qu’il n’y a plus guère de passage visible ; il faut veiller à maintenir une direction NO-N de 347°. 200 m avant l’arrivée au sommet, c’est la vue sur la vallée du Largue.

Tandis que Claude cherche le fameux mur d’enceinte dont il a gardé le souvenir, je me dirige à la boussole sur le waypoint associé dont il m’a donné les coordonnées ; passage ardu dans les broussailles, et par une pente raide : il est toujours là ! Bien qu’en partie écroulé, on devine encore son épaisseur. Un immense pierrier s’est accumulé à son pied. Les fortifications de l’oppidum des Sogiontiques du Ve avant J.-C. à l’ère chrétienne, étaient constituées de deux voire trois murs d’enceinte en pierre sèche avec en son centre le village indigène.
Après une bonne suée et quelques mètres en mode sanglier nous atteignons fièrement le petit plateau du Castellar de Lardiers, situé à presque 1000 m d’altitude en avant de la montagne de Lure. De gros buissons d’anthyllis rendent le lieu désert plus accueillant.

Après abandon du site, un sanctuaire très fréquenté s’installa sur l’emplacement de l’habitat jusqu’à la fin du IVe siècle. Le sanctuaire est formé de trois carrés concentriques ; celui du centre (cella) de 5 m, les deux plus grands encadrent une galerie couverte (peribole) dont les murs intérieurs étaient couverts d’un enduit polychrome à motifs géométriques. Mais aussi un portique direction nord-sud et des constructions exigues.

Vous ne reconnaîtrez pas grand chose car les fouilles ont été recouvertes ; vous devinerez sans doute la voie sacrée grâce aux murs qui la bordent.

Dès 1913 H. de Gérin-Ricard signale des milliers de lampes votives dont certaines portent des signatures connues, d’autres rudimentaires indiquant un pélerinage populaire ; A. Grenier considère ce lieu comme  un exemple de culte des sommets.
Suite aux sondages de 1955 à 1967, on sait que c’est un centre religieux important enseveli sous une montagne de pierres de 5 m de haut, un grand marché, un lieu d’assemblées fréquenté de la fin de la Tène au IIIe, détruit vers 260-270 au temps des empereurs romains Galien et Postume.
Sur la voie sacrée montant au sommet  de l’oppidum, bordée de murs en petit appareil, ont été trouvés 10000 anneaux de bronze, 3000 petites plaques percées d’un trou, des monnaies gauloises ou massaliotes des IIe et Ier siècles, des monnaies impériales de Néron à Constantin.
On trouve de nombreuses études sur ces objets, les uns s’étant penchés sur les dépôts métalliques1 (fragments d’armure, passoires, râpes, mais aussi les anneaux de toute taille, fibules, métaux cloués), les autres sur les lampes ou les monnaies. Un projet collectif de recherches devrait synthétiser tout cela et peut-être répondre à quelques questions telles que : quelle divinité était honorée ici ? belado dont le nom a été retrouvé sur un autel de la voie sacrée ?

Le Chastelard du Lardiers : de l’oppidum gaulois au sanctuaire gallo-romain, Objets de cultes gaulois et romains entre Rhône et Alpes, Paris, 2016, B. Girard, Cl. Malagoli, J. Roussel-Ode, L. Roux, N. Rouzeau
La Haute Provence monumentale et artistique, Raymond Collier, Digne, 1987
Carte archéologique de la Gaule CAG, n° 101, p. 238-252

Après avoir imaginé des milliers de pèlerins venus de toute la Gaule, nous nous installons autour de la grosse pierre plate qui nous servira de table de pique-nique.

Télécharger une excellente synthèse sur le Chastelard, Clodex

Nous reprenons notre route vers le pic Bouine et non pas Pébouine comme l’IGN l’écrit aujourd’hui. De bouina, borner en provençal car, si on regarde bien, le flanc ouest de ce pic sert de limite avec la commune de Saumane, et ses flancs nord et est servent de limites avec l’Hospitalet et Lardiers.

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Le vieux Redortiers par les Sartrons

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Troisième visite au vieux Redortiers avec Yves Provence  et un groupe de la communauté d’OVS ; elle est identique à celle du 11/11/2016 avec un écart vers les Sartrons. Se reporter aux précédents articles pour une description détaillée : je me contente aujourd’hui de photos et anecdotes nouvelles.

  • La première balade Du Contadour au vieux Redortiers (04/03/2012), vous parle de l’histoire du village et fait référence à la vie de Giono au Contadour ; elle est extraite du livre 25 balades sur les chemins de la pierre sèche, Florence Dominique, Le Bec en l’air, 2008, pages 130-139. Difficile d’un point de vue orientation à partir des Graves.
  • La seconde avec Yves Provence le 11 novembre 2016, Le Vieux Redortiers, sur un circuit de geocaching sur le thème de Giono.

Les photos de Yves Provence

Mes photos

Sur le parking face à la mairie, la fête se prépare : nous sommes priés d’aller nous garer un peu plus loin. Tandis que certains enfilent leurs chaussures, je parcours l’article de la Provence consacré au geocaching, rubrique insolite, avec une belle photo de Yves Provence.

Nous passons devant le moulin de Jean Giono, son enclos et le mur à arcades qui abritait des ruches. Sur une ancienne photo en noir & blanc, on le voit avec son âne Cornélia en train de tirer une charrette remplie de pierres.

Qui a repéré au carrefour vers les Graves, le panneau Chemin de la Résistance ? c’est Yves !

Le maquis des Graves est l’un des premiers des Basses-Alpes créé sur l’initiative de Martin-Bret, afin de cacher des réfractaires au STO. Dès 1943, un groupe s’installe à côté de la ferme de Giono [je pense qu’à cette date il n’y habite plus]. Fin 1944, le maquis, trop important, est dispersé. L’un va s’installer à l’Héritier, l’autre aux Fraches où un terrain de parachutage sera homologué par la résistance ; le seul parachutage effectif est tombé dans le vallon de la Riaille mais a été récupéré. D’après Les chemins de la liberté sur les pas des résistants de Haute-Provence, ADRI/AMRID, ADRI, 2004

La maison des Graves, la seconde bâtisse ayant accueilli les contadouriens lorsque le moulin est devenu trop étroit, a bien changé depuis 2012 (voir l’article de 2012). La piste longe la route le long des champs : champs de sauge et de lavandin courent en ondulant vers le Ventoux coiffé de son bonnet blanc si caractéristique : il n’est qu’à 25 km de nous à vol d’oiseau.

Nous rejoignons la route à la Boutonnelle. Il va bien falloir marcher sur l’asphalte sur 1,800 km. Enfin, nous descendons dans le vallon de la Baume ; c’est là que je délaisse le groupe pour un aller-retour de 900m jusqu’à l’école des Sartrons évoqué dans le film de Jean Giono Crésus en 1960 (lire dans ce blog Le Contadour sur les pas de Giono et du film Crésus). Le berger Jules trouve un jour, au détour d’un sentier, un conteneur d’aviation qu’il perce avec son fusil ; cela laisse apparaître près de deux mètres cubes de billets de banque qu’il a bien du mal à compter tellement le nombre comporte de zéros. Il cherche de l’aide chez son ancienne institutrice Delphine à l’école des Sartrons.

– [Jules] Mademoiselle Delphine, ça serait au sujet du zéro […] comment ça se multiplie ?
– [Delphine] s’il n’y a que des zéros ce n’est pas un nombre […] On met un 1 devant, idiot ! […]
– [Jules] Moi j’étais venu pour vous parler d’un chiffre avec 30 zéros
– [Delphine] 30 zéros ? tu fais de l’astronomie ? Trente zéros dans le ciel, ça se prononce mais sur la terre, ça se prononce pas !

Extrait vidéo du film Crésus : Jules à l’école des Sartrons

Véritable école de Redortiers, loin de tout, construite selon les règles du XIXe, avec son mur protecteur, sa cour, le préau et les portes de bois des WC à la turque. La femme de Giono y a enseigné et y a vécu en 1915 alors qu’elle n’avait que 18 ans.

D’un pas rapide, je rejoins le groupe au lavoir envahi de moucherons maintenus sur place par la chaleur plutôt rare en octobre à cet endroit. La toiture restaurée a conservé sa forme décentrée d’origine. Nous montons dans le vieux village, montée rude à l’approche de midi ; n’hésitez pas à grignoter une barre de céréales avant de vous y attaquer ! Là haut, une borne d’incendie a été installée au carrefour des deux voies d’accès, bien après la désertion du village : les habitants n’ont jamais eu l’eau courante à Redortiers.

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Dernière modification le 13 Oct 2017

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Céreste côté campagne par le prieuré médiéval de Carluc

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Grâce à Yves voici un itinéraire campagnard pour se rendre au prieuré médiéval de Carluc à Céreste ; ma première visite date de 2006, c’était alors une de mes premières randonnées car facile avec un point d’intérêt remarquable.

Mon album photos

L’album d’Yves Provence

L’album de Céline (cliquer sur l’oeil en haut à droite pour les visualiser)

Nous passons devant la chapelle de Piété (propriété privée) devant laquelle un rosier trémière a été planté. L’IGN s’évertue à appeler romain le pont sur l’Encrême, il ne l’est pas ;  le panneau directionnel de la gare le nomme pont roman, il ne l’est pas davantage ; la commune l’appelle pont de la Baou (1740), c’est mieux.

Le pont de la Baou, alterch

Nous passons devant un énorme réservoir puis devant des bâtiments dont la construction est « signée » (toit en triangle, fenêtres entourées de briques rouges, un étage) : nous reconnaissons l’ancienne gare de Céreste, située sur la ligne Cavaillon-Saint-Maime. Côté Vaucluse, l’emprise de la ligne est en partie réutilisée par la véloroute du Calavon. Le projet est, à terme, de relier Avignon à Volx. Sur une carte postale ancienne datant de 1920 le train à vapeur arrive sur Céreste dans une large boucle : est-ce pour la forme rappelant celle d’un cerceau qu’elle est sous-titrée le derrunèu ?

La section entre Apt et Saint-Maime – Dauphin, est concédée à titre définitif à la compagnie du PLM […] le 26 mai 1883. […] La ligne et l’embranchement, tous deux à voie unique, sont mis en service le . La ligne comporte quinze ouvrages d’art dans son trajet en Vaucluse, et dix-sept dans les Basses-Alpes. Selon wikipedia Ligne de Cavaillon à Saint-Maime

Quand je vous disais que la balade était campagnarde : au loin un troupeau de moutons, au bord du chemin un cheval dans un pré s’approche de nous espérant obtenir quelques caresses ou friandises. La piste de terre est encombrée de cailloux mais rien de difficile. Des champs à perte de vue avant d’arriver à l’ensemble architectural du prieuré de Carluc situé dans un vallon humide. Il a été l’objet de nombreuses recherches et… interrogations. Carluc est une étape sur la voie Domitia romaine signalée sur l’itinéraire d’Antonin, et étape sur le chemin de Compostelle  : cela nous sera rappelé par la coquille dessinée sur les panneaux directionnels.

Quand nous arrivons sur le site, le premier monument que nous découvrons est la chapelle Notre-Dame dont l’abside polygonale prend appui sur les fondations de l’abside romane primitive, semi-circulaire à l’intérieur et pentagonale à l’extérieur. C’est une forme assez rare en Basse-Provence. Ensuite une galerie à fonction funéraire avec des sarcophages de pierre de chaque côté ; à la fin de celle-ci un hypogée, espace rupestre funéraire supposé dédié à des personnalités, une salle couverte d’une coupole [chapelle Saint-Jean Baptiste ?], un appentis couvrant un espace ayant servi de carrière de pierres, une petite cellule creusée dans le rocher et une construction interprétée comme une chapelle [Saint-Pierre ?] qui aurait englobé une cellule rupestre. Dans un rayon de 200 m les tombes foisonnent autour de l’hypogée. Soyons honnête, j’identifie bien mieux le début de la visite que la fin.
Si l’on admet qu’un sanctuaire plus ancien a précédé le prieuré, la source près de la crypte pourrait évoquer une divinité aquatique ou une eau miraculeuse. Selon La Haute Provence monumentale et artistique, R. Collier, Digne, 1987

Vermot-Gauchy L, Le prieuré Saint-Pierre de Carluc, organisation monumentale et administration d’un relais de l’Abbaye de Montmajour en Haute-Provence du XIe siècle au XVe siècle, 2007, master 2, UNSA, sous la direction de Dominique Garcia
Boekholt C., Du nouveau à CarlucARCHIPAL, 61, 2007, pp.55-62

Au pied de l’ensemble architectural, un panneau d’information propose un hypothèse de restitution des lieux faite par J.M. Gassend de l’IRAA/CNRS. L’importance incontestable de Carluc par les dimensions du site, est confirmée par ses liens avec la célèbre abbaye de Montmajour et la quinzaine de prieurés ruraux sous son obédience.

Archinric, scribe de Montmajour dès 973-975, en devint l’abbé en 999 ; […] C’est probablement vers 1010 que l’abbé quitta Montmajour pour se réfugier à Carluc, bien que la nature et la motivation principale de ce retrait ne soient pas connues.

Le prieuré de Carluc, Serge Robert

Au sud de Carluc un lieu-dit Saint-Pierre, à 600 m à vol d’oiseau, a été fouillé en 2011 : on y trouve un bâtiment ayant servi de chapelle ; des tombes en bâtières, dont la datation est traditionnellement située dans les périodes hautes, autour des Ve-VIIe s., des tombes rupestres, des tombes en coffrage de pierres avec ou sans couverture de dalles et des tombes en pleine terre, attribuables aux Xe-XIIIe s. J’ai immédiatement pensé qu’il pouvait faire partie du site de Carluc mais selon la DRAC les hypothèses sur les liens avec le monastère de Carluc, où les textes mentionnent également une chapelle Saint-Pierre, ne peuvent pas à l’heure actuelle être confirmées ou infirmées. En tous cas, ces deux lieux ont la même fonction funéraire…

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Dernière modification le 08 Oct 2017

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